Du cinéma à l'opéra

La Bohème - Tours

Par Sylvain Angonin | ven 13 Avril 2012 | Imprimer
 

Pour un critique, rendre compte de l'interprétation d'une œuvre qu'il connaît bien le conduit peut-être à une exigence excessive et il lui est difficile de faire abstraction des nombreuses représentations auxquelles il a assisté. Force est de constater que lorsque toutes les synergies déployées s'accordent, quelques soirées nous surprennent agréablement avant de s'inscrire dans les mémoires. C'est le cas de La Bohème, qui à Tours, tient toutes ces promesses.

Les premières notes retentissent et apparaît le décor élégant conçu par Nathalie Holt. Des marches d'escaliers disposées coté jardin terminent leur course dans la petite mansarde. Délimitée par deux murs latéraux, une verrière face public apporte cette fraîcheur visuelle agréable accentuée par les lumières douces de Michel Theui. Vraiment, une scénographie aussi bien équilibrée réjouit un œil averti. Paris, omniprésent dans cette mise en scène, est notamment figuré par de grandes photographies en noir et blanc disposées en fond de scène ; Un Paris qui s'endeuille disparaissant derrière une toile blanche dans le quatrième acte pour tirer sa révérence durant l'agonie de l’héroïne.
A l'heure où l'opéra s'impose au cinéma, l'idée forte de cette production est l'insertion de références cinématographiques : des affiches de cinéma portant des noms de réalisateur comme Jean-Luc Godard, un spot d'éclairage sur pied (provenant d'un tournage de film) orienté vers les protagonistes. Les changements de décors présentés en ombres chinoises donnent aux spectateurs l'illusion d'être sur un plateau de cinéma.
Le metteur en scène Gilles Bouillon et le dramaturge Bernard Pico réussissent avec brio l'exercice périlleux de vouloir une « Bohème baignée par les mythologies de notre propre jeunesse, électrisée par l'univers des plateaux de cinéma ».

Les interprètes bien préparés remplissent pleinement leur devoir d'acteur, à commencer par le duo Lianna Haroutounian (Mimi) et Leonardo Caimi (Rodolfo). Que d'émotions durant « l'Addio, senza rancor » où Rodolfo ému, s’approche pudiquement de Mimi qui le retient d’un geste gracieux de la main. Poignant. Le langage du corps, aussi fort que la musique et le texte, s’accompagne de qualités vocales dignes d'éloges. Haroutounian étonne dans un premier temps effaçant toute marque de timidité de l’héroïne. Plus à l’aise dans les tableaux suivants, la chanteuse parvient à contrôler son chant laissant entendre la rondeur de son timbre, des aigus onctueux et des graves présents. Quant à Caimi, on peut difficilement rêver mieux pour le rôle de Rodolfo : puissance, accents à la fois doux et virils, technique solide lui permet d'émettre les plus beaux sons dans tous leurs extrêmes. Il est certain que nous aurons l’occasion de reparler de ce ténor qui faisait ses débuts en France.

Caroline Bleau en Musetta est un véritable objet de désir. Vêtue d’une robe rouge vive assortie aux chaussures, la soprano use de séduction voire de provocation. Le timbre légèrement acidulé, les notes piquantes correspondent au rôle sans le transcender. Le peintre Jean-Sébastien Bou s'illustre aussi bien par son jeu convaincant que par un chant nourri dont on connait la qualité. Complétant la distribution, Christian Helmer en Colline, interprète avec une juste solidité le « Vecchia Zimarra », tandis que le Schaunard de Ronan Nedelec à la voix légèrement nasale se montre bon comédien.

L'orchestre de Tours met en relief les nombreux thèmes d'une partition luxuriante sous la direction précise de Jean-Yves Ossonce. Tout en prenant soin de maintenir l'équilibre entre le plateau et la fosse même durant les moments de grandes emphases, Ossonce suit les conseils qu'un jour Puccini donnait à un chef d'orchestre : « Maestro, si vous vous endormez, tous s'endormiront ! De la vie, de la vie !... ». Message reçu pour cette Bohème qui n'avait pas été représentée à Tours depuis une trentaine d'années.

 

 

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