Emporté par le chef

Requiem - Paris (TCE)

Par Christian Peter | dim 16 Juin 2013 | Imprimer
 
Moins d’une semaine après l’Opéra de Paris, voici que le Théâtre des Champs-Élysées affiche à son tour le Requiem de Verdi, avec l’Orchestre National de France sous la direction de Daniele Gatti. A cette occasion, les musiciens et leur directeur musical ont tenu à honorer la mémoire d’Henri Dutilleux, dont le National a créé la plupart des œuvres orchestrales, en proposant, en début de concert l’ « Ave Maria » extrait de l’Otello de Verdi, magnifié par le timbre clair de Julianna Di Giacomo dont l’interprétation extrêmement sobre a contribué à faire de cet hommage un moment de recueillement particulièrement intense.
Recueillement que le chef parvient à prolonger au début de la Messe des morts avec un « Requiem aeternam » retenu et ténu, avant le déferlement orchestral et choral d’un « Dies irae » particulièrement véhément, jouant ainsi sur l’intensité des contrastes et la dynamique, tout au long de la partition sans pour autant demeurer extérieur au mysticisme de l’œuvre comme le montre notamment son « Agnus Dei » suspendu, véritable moment d’élévation spirituelle. L’orchestre en grande forme et les chœurs remarquablement préparés, impétueux, on l’a dit, dans le « Dies irae », brillants dans le « Sanctus », voire inquiétants dans leurs interventions au cours du « Libera me », contribuent à la réussite de cette conception dramatisée à l’extrême de l’ouvrage, assumée avec panache.
Les solistes en revanche constituent un quatuor dont l’homogénéité n’est pas la qualité première. Remplaçant Barbara Frittoli, souffrante, Julianna Di Giacomo que l’on a pu entendre, en mars dernier, à Montpellier et à l’Opéra-Comique, dans le Roi d’Ys où elle fut une touchante Rozenn, tire admirablement son épingle du jeu. Sa voix large de grand soprano lyrique, capable d’émettre des aigus puissants et ronds mais aussi d’impalpables demi-teintes, lui permet d’affronter avec bonheur les difficultés de sa partie malgré un grave un rien confidentiel. De plus, son timbre juvénile a quelque chose d’angélique qui fait merveille dans le « Libera me ». Matti Salminen, en revanche, ne possède plus que la trame d’une voix désormais vieillie qui lui interdit tout legato et l’oblige à se réfugier plus souvent qu’à son tour dans le parlando. Cependant les intentions sont là, et son « Confutatis », même privé de ligne, parvient tout de même à émouvoir. Dotée d’une voix charnue, égale sur toute la tessiture, Sonia Ganassi aborde sa partie avec beaucoup de sobriété et une émotion contenue, à l’inverse de Fabio Sartori dont la voix de stentor a du mal à nuancer un « Ingemisco » captivant malgré tout, tant le timbre est séduisant et les moyens solides. Pourtant, en dépit de leur disparité, ces voix, dirigées de main de maître par Daniele Gatti, parviennent à une certaine homogénéité dans leurs duo et ensembles.
 
 

 

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