C O N C E R T S
 
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LE PIN-LA-GARENNE (ORNE)
16/08/03

Détail du "Triomphe de Galatée"
  Raphael, c. 1512-14
Georg Friedrich Haendel (1685 - 1759)

Acis and Galatea
(version originale de 1718)

Oratorio en deux actes
sur un livret de John Gay et autres, 
d'après Les Métamorphoses d'Ovide (XIII)

Distribution :

Galatée : Béatrice di Carlo
Acis : Marcio Soares-Holanda
Polyphème : Rémi Cotta
Damon : Thierry Maraldo

Le Choeur : Laurence Duclay
Tomomi Mochizuki, Frédéric Saraille, Emmanuel Leclercq

La Camerata alla francese

Violons : Aurélien Azan Zielinski, Julien Gaben
Violoncelle et continuo : Arnaud Crozatier
Contrebasse : Gilbert Briez
Hautbois : Céline Morandeau, Yushi Yamamoto
Flûtes à bec : Emmanuelle Isenmann
Clavecin et continuo : Sébastien Amadieu

Direction musicale : Jacques Gandard

Mise en scène : Ruth Orthmann
Lumières : Thierry Bazin
Directeur de production : Philippe Egasse

Le Pin-la-Garenne (ORNE)
Cour d'honneur du château de la Pellonnière

Samedi 16 août 2003


ACIS, GALATEE ET LA COLERE DU CIEL...
"Haendel est le maître inégalable de tous les maîtres ! 
Allez-y, et apprenez à produire d'aussi grands effets avec aussi peu de moyens".

Ludwig van Beethoven

Le Perche est une région verdoyante où il pleut beaucoup... Pourtant, depuis cinq ans déjà, la courageuse équipe qui anime ces manifestations à la Pellonnière a pris l'initiative - hasardeuse quand on connaît le climat de la région - de donner chaque année, en plein air, un "opéra de poche" dans la splendide cour d'honneur du château.


(Le Château de la Pellonnière)

Il y a deux ans, les cieux bienveillants avaient permis que se déroule un très beau Dido and Aeneas, dans des conditions idéales : ciel bleu étoilé et vent, certes un peu frais.

L'an dernier, lors d'un été exécrable, les ennuis avaient déjà commencé avec un superbe Demetrio e Polibio de Rossini. Sur décision des organisateurs, prise deux jours avant le concert, il fut néanmoins donné, dans l'église du village, avec une mise en scène et des éclairages aménagés pour la circonstance. Cette année, canicule oblige, on était en droit d'attendre des conditions optimales. Hélas, trois fois hélas, la température ayant chuté brutalement, la pluie est arrivée : ce soir-là, précisément elle se mit à tomber au moment où le spectacle allait commencer ! Attente sous les parapluies, ouverture jouée par l'orchestre pendant une accalmie, entrée du premier protagoniste et de nouveau, pluie...

Par égard pour les instruments et en particulier le clavecin, il fallait prendre une décision. Le repli dans l'église pour une version de concert fut voté à l'unanimité par le public venu en grand nombre et très enthousiaste.

On ne saura donc pas ce qu'était la mise en scène de Ruth Orthmann, élève d'Antoine Vitez et assistante d'André Engel, qui avait choisi de situer l'oeuvre à notre époque, dans une maison de campagne, où séjourne pendant l'été, entouré de ses amis, le couple de bergers amoureux formé par Acis et Galatée. Côté décors, les meubles de jardin en teck et paille tressée, très "bobos", les chaises longues, installés sur une scène avec pour toile de fond des rosiers anciens, une jolie porte et les murs d'un très vieux château (le décor naturel de la Pellonnière, bien sûr), la crème solaire et les serviettes de bain éparpillées, les drinks présentés sur un bar, faisaient penser à la terrasse d'une belle propriété : un lieu parfait pour une villégiature...

Oui, mais voilà, les cieux en ayant décidé autrement, ce fut une vraie version de concert que nous entendîmes, sans éclairages particuliers - église illuminée a giorno - les chanteurs ayant malgré tout conservé leurs costumes, "branchés années soixante", un peu décalés...

Cela ne dut pas être facile de s'extraire totalement de la mise en scène pour se replonger dans une version de concert, plus traditionnelle. Dans l'ensemble, il faut reconnaître que les interprètes s'en tirèrent tous plutôt bien, très bien même, compte tenu des circonstances.

Béatrice di Carlo, au timbre rond et fruité, a campé une belle Galatée, nonobstant peut-être un certain manque de poésie, ces imprévus l'ayant probablement quelque peu perturbée. Le ténor brésilien Marcio Soarès-Holanda (Acis) est doté d'une jolie voix, certes peu puissante, mais son chant s'est avéré très musical et stylé.

La basse Rémi Cotta (Polyphème) s'est distinguée des autres solistes par une belle égalité de timbre, l'autorité de son interprétation, servie par une réelle présence. Également danseur, il n'avait pas l'air particulièrement déstabilisé par les changements de dernière minute. Il doit en tout cas être habitué à passer du chant à la danse, voire à conjuguer les deux, puisqu'il se produit aussi dans des comédies musicales.

Par contre, Thierry Maraldo (Damon), malgré un timbre de baryton assez séduisant, eut, surtout au début du concert, quelques problèmes de legato et de justesse, qui s'atténuèrent au fil de la soirée.

L'ouvrage fut donné dans sa version originale (1718) et donc dans un cadre similaire à celui de sa création, puisqu'il fut donné pour la première fois au château du duc de Chandos, qui en était le commanditaire. Il s'agit de la seule oeuvre dramatique éditée du vivant du compositeur, et précisément l'une des plus jouées, comme Le Messie, sans discontinuer depuis près de trois siècles.

Le choeur et l'orchestre, réduits au minimum - 4 pour les choristes, 8 pour les instrumentistes - sont d'une grande richesse sonore, surprenante pour un tel effectif. Comme toujours, Jacques Gandard et sa Camerata à la Française font merveille : il s'agit quasiment d'un "orchestre de solistes", car à part les violons et les hautbois, au nombre de deux, il n'y a en effet qu'un instrument par pupitre. Un seul chanteur assure également chaque partie du choeur, d'ailleurs avec beaucoup de talent.

Grâce à ce travail de chambristes accomplis, l'absence de mise en scène se fit moins cruellement sentir, la musique de Haendel nous étant restituée dans toute sa splendeur et sa suavité. Espérons qu'à l'avenir, les cieux seront plus cléments et que les dieux, sans doute outragés par le sort cruel d'Acis - il est changé en ruisseau ! - adouciront les effets de leur colère.
 
 
 

Juliette BUCH
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