C O N C E R T S
 
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NEW-YORK
Metropolitan Opera
07/12/2001
 
Billy Budd

Benjamin Britten

Conductor : SIR ANDREW DAVIS

Chorus Master : DONALD PALUMBO
Stage Director : DAVID McVICAR*
Set Designer : CHARLES EDWARDS
Costume : BRIGITTE REIFFENSTUEL
Lighting : DUANE SCHULER
Choreographer : LEAH HAUSMANN**
(c'est la version de Paris avec l'inévitable balai du IIIe acte : entrée
des moussaillons, pas de deux Budd / Vere (le cygne blanc) et Budd /
Claggart (le cygne noir), sodomie collective sur la strette finale)

*Lyric Opera debut
**American Opera debut

Billy Budd : NATHAN GUNN*
Captain Vere : KIM BEGLEY
Claggart : SAMUEL RAMEY
Redburn : RICHARD STILWELL
Flint : STEPHEN WEST
Ratcliffe : MICHAEL DEVLIN
Squeak : DAVID CANGELOSI (pas mal du tout)
Red Whiskers : NEIL JENKINS*
Novice : JOHN McVEIGH* (encore mieux)
Dansker : KEVIN LANGAN
Donald : DALE TRAVIS

 


À VOILE ET A VAPEUR

Après le peep-show zambellesque de Bastille, la nouvelle production du Lyric Opera de Chicago laisserera des regrets aux voyeurs lyricomanes : autant vous le dire tout de suite, tout le monde reste habillé et Budd n'exhibera sa poitrine qu'un court moment à l'acte I et enchaîné à l'acte II.

De ce point de vue, la production parisienne frisait le contresens : Vere n'est pas amoureux d'un Billy bodybuildé (des marins musclés, il n'y a que ça sur un navire) ni Claggart jaloux d'une belle musculature. Certes, Billy n'est pas un gringalet (il tue Claggart d'un seul coup de poing), mais sa beauté est d'abord angélique, et autant intérieure qu'extérieure.

À cet égard, le physique de beau ténébreux de Nathan Gunn ne correspond guère au rôle (c'est quand même pas aussi dramatique qu'un Fabio Sartori en Duc séducteur).

Vocalement, son premier acte est un peu terne. Le second est en revanche magnifique, culminant dans le monologue de Bill enchaîné (tenue vestimentaire déjà évoquée, éclairages plongeants), d'une intense émotion.
Contrairement au "Guerre et Paix" de Bastille (qui m'avait fait penser : "quel dommage que d'aussi gros pectoraux cachent d'aussi petits poumons"), la voix passe aisément l'orchestre.

À ses côtés, Samuel Ramey peine à trouver ses marques en Claggart : bridé dans cet histrionisme qui fait merveille dans toute sorte de Méphisto(s), le Grand Sam se limite à interpréter un Scarpia de bateau-lavoir. Heureusement, la voix sait se colorer magnifiquement, atteignant un noir absolu dans les phrases les plus maléfiques. Pour les fans pour qui ce point constitue un baromètre importan : pas de vibrato exagéré.

Déjà entendu à Paris, Kim Begley est un Vere encore plus bouleversant qu'à Bastille, même si son timbre nasal n'est pas des plus agréables.

Tous les seconds rôles sont magnifiquement chantés et joués (une habitude aux US décidément) et les choeurs sont de grande qualité.

Ni traditionnelle ni ultra-moderne, la production est avant tout efficace : la scène finale de Vere, vieillard vêtu de haillons, est un sommet d'émotion; petit à petit, le cadavre de Bill pendu se détache de l'obscurité ; puis Vere tombe inanimé alors que le noir absolu tombe soudainement sur la scène.

Enfin, la superbe direction de Soeur Andrew Davis vient couronner le tout, et renvoie le pauvre Gary Bertini aux oubliettes.
 
 
 
 

Placido Carrerotti
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