C O N C E R T S
 
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MARSEILLE
11/04/2004

(Béatrice Uria-Monzon)
Georges BIZET

CARMEN

Direction musicale : Emmanuel Villaume
Mise en scène : Patrice Caurier et Moshe Leiser
Décors : Christian Fenouillat
Costumes : Agostino Cavalca
Lumières : Christophe Foret

Orchestre et Choeurs de l'Opéra de Marseille
Chef des Choeurs Pierre Iodice
Enfants de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône
Direction Samuel Coquard

Carmen : Béatrice Uria-Monzon
Micaela : Guylaine Blanchard
Frasquita : Gisèle Blanchard
Mercedes : Doris Lamprecht
Don José : Jean-Pierre Furlan
Escamillo : André Cognet
Morales : Pierre Doyen
Le Remendado : Eric Huchet
Le Dancaïre : Ivan Ludlow
Zuniga : Fréderic Caton

Représentation du 11 avril 2004



Importée de Cardiff, où elle a soi-disant remporté un vif succès voici cinq ans, la production du binôme Caurier-Leiser n'aura séduit que leurs inconditionnels. Si le talentueux tandem a eu raison de sortir le livret de Meilhac et Halévy du traditionnel carton-pâte folklorique andalou, force est de reconnaître que la tristesse et la morosité sont souvent au rendez-vous durant les trois heures de spectacle.

Choristes et solistes, mal fagotés, mal éclairés dans des tons pisseux qui donnent la nausée, évoluent entre trois panneaux charbonneux et assurent quand même le minimum syndical exigé... mais sans chaleur, sans passion, sans cette rage de vivre, d'aimer et mourir propre à Carmen. Des exemples ? La Habanera, d'où est banni tout sex-appeal, ressemble fort à une explication de texte, dans le style voyez comme la chair est triste et dégouline d'ennui. Escamillo, lui, s'excuse, à genoux, de faire son métier, et présente tous les attraits d'un attaché de presse de la SPA. Aucun humour ne passe également dans le quintette pourtant d'allure toute mozartienne...
Vous croyez être au bout de vos peines ? Que nenni ! Voici au troisième acte des contrebandiers dont la démarche chaotique a tout d'une séance de masturbation collective ou de crise de turista. Le pompon est atteint au dernier tableau. La salle explose de rire avec un A deux cuartos glacial, des choeurs gesticulant au-dessus de la fosse d'orchestre fixant le public pour le très attendu défilé d'une invisible Cuadrilla (idée piquée à Ponnelle !) et un ultime duo situé au rayon fruits et légumes d'un quelconque marché ouvert. La Chuppa-Chups sur le Turròn ? Carmen, qui mime une vachette d'Intervilles, essayant tête baissée d'encorner avec son peigne à mantille son ex-amoureux. Une fois son crime accompli, Don José part en coulisse comme si de rien n'était, certainement à la recherche d'un caddy, car pressé de finir ses emplettes...
Certes, tout cela sent le travail, la recherche d'un jeu théâtral bien orchestré ou novateur, mais la paella se digère mal.

Sans doute paralysé ou gêné par ce qui se passe sur scène, Emmanel Villaume, au pupitre, semble se faire diriger par ses artistes et ne peut éviter légers décalages ou accidents passagers.

Les quelques éclairs de lumière de cette fastidieuse matinée nous les devrons aux choeurs (le paseo se reçoit comme un uppercut en pleine poitrine!) et aux solistes.
Une distribution hexagonale irréprochable et sans faille essayant avec talent de sortir l'ensemble de la grisaille, cela valait quand même le déplacement.

Impeccables seconds rôles avec une mention pour l'accorte Frasquita de Gisèle Blanchard ; mais en Mercedes, Doris Lamprecht est aussi fort sympathique.

Du sérieux, du solide avec Eric Huchet et Ivan Ludlow, Remendado et Dancaïre aux curieux rapports sado-masochistes.

Sonore à souhait, Fréderic Caton rend enfin justice à Zuniga dont les interventions ne sont pas si secondaires que cela. Plaisir également d'entendre chanté entièrement, donc non savonné, l'air terrible d'Escamillo par un André Cognet en grande forme.

Très attendue, la Canadienne Guylaine Girard a réussi ce tour de force de sortir de l'icône traditionnelle une Micaela pleine de vie et de volonté.

Avec, approximativement, deux-cent soixante Carmen au compteur, Béatrice Uria-Monzon ne finira jamais de nous surprendre. Hautement racée, cette gitane a un chic et un chien irrésistibles. Les mouvances de ce corps superbe laissent pantois. La comédienne, malléable à toutes les idées - même les plus saugrenues comme ici : boudeuse de début à la fin du drame - étonne. Vocalement, c'est parfait. Comme toujours chez cette grande artiste.

Don José solaire, sincère, sanguin puis pitoyable dans sa déchéance, Jean-Pierre Furlan justifie par cet emploi la première place qu'il occupe dans la maigre cohorte actuelle des ténors héroïques français. Les éclats véristes des deux derniers actes lui vont comme un gant et les élans amoureux des deux premiers sont comme un rappel aux Vanzo ou Finel des meilleurs jours. Qui lui confiera Radamès ? Les paris sont ouverts !
 
 
 

Christian COLOMBEAU
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