C O N C E R T S
 
...
[ Sommaire de la rubrique ] [ Index par genre ]
 
......
PARIS
(Opéra Bastille)

03/02/2002

 
Don Quichotte
(Jules Massenet)

Direction musicale : Stéphane Denève
Mise en scène : Gilbert Deflo
Décors et costumes : William Orlandi
Lumières : Joël Hourbeigt
Chorégraphie : Antonio Marquez

Dulcinée : Béatrice Uria-Monzon
Don Quichotte : José Van Dam
Sancho : Alain Vernhes
Pedro : Jael Azzaretti
Garcias : Allison Cook
Rodriguez : Jean-Pierre Trevisani


A sa création la saison dernière, le Don Quichotte de Gilbert Deflo n'avait pas fait l'unanimité. Ses références au cirque en avaient agacé plus d'un, considérant qu'elles privaient l'oeuvre de sa poésie. Sergio Segalini, très nuancé comme à son habitude, avait même parlé de "tape-à-l'oeil vulgaire"... La reprise à laquelle nous venons d'assister me confirme dans une opinion contraire. Il faut tout d'abord reconnaître que le travail de Deflo reste très cohérent au fil des 5 actes, aidé en cela par la permanence de ce décor circulaire et par une direction d'acteurs très précise. C'est un numéro de cirque que nous offre le chevalier, c'est son dernier tour de piste et l'image au 5e acte de Rossinante et Grison relégués au magasin d'accessoires ne manque pas d'émotion. Le spectacle est terminé, c'était notre dernière représentation... Les bonnes idées abondent (la scène des moulins traitée avec toute la fantaisie à laquelle nous invite la musique) ainsi que les belles images (les danseurs de flamenco apparaissant par transparence au début du 4e acte). Certains auraient préféré une vision plus sérieuse de l'oeuvre, mais il ne faut pas oublier toute la fantaisie que Massenet a apportée à la partition de cette "Comédie héroïque" dont l'humour est une composante primordiale. Du reste, la mise en scène de Gilbert Deflo laisse sa part à l'émotion dans la scène des brigands où Don Quichotte parait soudain illuminé, et dans celle de la mort que le dépouillement scénique rend encore plus poignante.

A la baguette, Stéphane Denève nous offre une lecture nerveuse et colorée, n'hésitant pas à adopter des tempos assez vifs mais prenant plaisir à mettre en valeur le moindre détail d'orchestration. Il croit visiblement à cette partition sans chercher à en masquer certaines facilités. Il nous convainc davantage que le trop sage James Conlon de la saison passée. Mentionnons encore la bonne prestation des choeurs, le remarquable violoncelliste solo, justement salué par une ovation du public au début du 5e acte, et les excellents danseurs de la Compagnie Antonio Marquez, qui illuminent le spectacle. Un bon quatuor de prétendants bénéficie du soprano très frais de Jael Azzaretti, promise sans doute à un bel avenir. Béatrice Uria-Monzon est la plus séduisante des Dulcinée : sa grande beauté et son timbre riche conviennent merveilleusement à ce personnage et, si la diction est comme souvent perfectible, elle parvient à nous éblouir puis à nous émouvoir dans son aveu du 4e acte. José Van Dam nous impressionne toujours par sa parfaite musicalité, un timbre assez bien préservé et une parfaite identification au personnage. Son Don Quichotte sublime et dérisoire, superbement intériorisé, constitue l'une des incarnations scéniques les plus abouties à laquelle j'ai assisté. Même si ses meilleures années sont désormais derrière lui, il nous offre une grande leçon de théâtre et de chant. Merci Monsieur Van Dam ! Alain Vernhes a (enfin) obtenu un triomphe sur la première scène française, et c'est justice. Tout y est : une diction qui constitue un modèle, la puissance nécessaire, un timbre riche, une grande verve scénique pour camper un Sancho proche de l'idéal. Il est tant que l'on reconnaisse à sa juste valeur cet excellent chanteur.

En conclusion : il y a des jours où l'on se laisserait convaincre que le bonheur existe !
 


Vincent Deloge

[ Sommaire de la Revue ] [ haut de page ]