C  R  I  T  I  Q  U  E  S

les concerts de Forum Opera


Théâtre des Champs-Elisées, Paris

Le Nozze di Figaro
(Wolfgang Amadeus Mozart)

(21/10/01)

Direction musicale : René Jacobs
Mise en scène : Jean-Louis Martinoty
Décors : Hans Schavernoch
Costumes : Sylvie de Segonzac
Lumières : Jean Kalman
Chorégraphie : Coocky Chiapalone
Continuo pianoforte : Nicolau de Figueiredo
Chef de choeur, assistant musical : Piers Maxim

Concerto Köln
Choeur du Théâtre des Champs-Elysées

Susanna : Patrizia Ciofi
Figaro : Lorenzo Regazzo
Il Conte d'Almaviva : Pietro Spagnoli
La Contessa d'Almaviva : Véronique Gens
Cherubino : Monica Bacelli
Marcellina : Sophie Pondjiclis
Bartolo : Antonio Abete
Don Basilio : Peter Hoare
Barbarina : Carla di Censo
Antonio : Alessandro Svab
Don Curzio : Serge Goubioud

Après " Cosi fan Tutte " qui n'avait convaincu que pour des raisons musicales, René Jacobs aborde pour la première fois " Le Nozze di Figaro " et cette fois la réussite est exemplaire grâce à une rencontre inespérée entre un musicien novateur et un metteur en scène, Jean-Louis Martinoty, intelligent et clair.

Dans un décor d'Hans Schavernoch d'une désarmante simplicité fait de toiles inspirées par la peinture du XVIIIème siècle et de quelques rares accessoires modulables, le déroulement de cette " folle journée " se fait sans aucun accroc avec une lisibilité parfaite (y compris le périlleux dernier acte) respectant à la lettre l'oeuvre et l'esprit comique de cet opéra dit "bouffe " mais où l'on retrouve si souvent une gravité derrière des sourires de façade. Chaque personnage, même secondaire, est finement caractérisé par une direction sans faille de Jean-Louis Martinoty et le spectateur s'attache à chacun d'entre eux au fil de la soirée quels que soient leurs qualités et leurs défauts. On s'éloigne des stéréotypes pour des représentations bien plus subtiles et humaines. Même le Comte, l'habituel " méchant " de l'histoire, peut nous toucher et nous montre vite son côté pathétique. A l'inverse, la Comtesse est moins une victime éplorée qu'une femme capable de souffrir certes, mais aussi de s'amuser de la situation.

La représentation donnée dans son intégralité (3 heures 10) passe très vite, trop vite, y compris ce fameux quatrième acte si souvent amputé des airs de Marcellina et Basilio, personnages jusque là secondaires et caricaturaux, qui nous livrent enfin quelques clés de leur véritable caractère dans ces passages essentiels. Soulignons les magnifiques costumes de Sylvie de Segonzac et les éclairages finement dosés entre le clair et l'obscur de Jean Kalman.

Le Mozart de René Jacobs ne plaira pas à tout le monde, en particulier aux nostalgiques des orchestres romantiques mais sa démarche est parfaitement justifiable et cohérente. Ainsi qu'il l'explique dans le programme (remarquablement réalisé par ailleurs), il définit son approche musicale non pas " baroque " mais plutôt " néoclassique " qui pour lui est " le souci de plus en plus intense non pas de reconstruire les pratiques d'exécution musicale du temps de Mozart mais de les utiliser avec imagination propre à la personnalité individuelle du musicien." On peut dire que la réalisation suit bien les intentions car on découvre des Noces totalement différentes, surprenantes, parfois un peu brutales avec quelques décalages ici et là compensés par une vivacité et une élégance rarement rencontrées. La vitesse des tempi est bien là mais sans uniformité, Jacobs autorisant des ralentis judicieux dans certains passages, par exemple lors du deuxième Air de Cherubin. L'ornementation ajoutée n'est pas excessive et même bienvenue car exécutée avec un goût impeccable.

La distribution est proche de l'idéal. Véronique Gens, après Lyon et Aix-en-Provence, est maintenant souveraine dans le rôle de la Comtesse qu'elle maîtrise parfaitement chantant avec une sûreté vocale impressionnante. Pietro Spagnoli se confirme comme l'un des plus grands chanteurs de sa génération avec sa voix souple, libre et bien timbrée capable de magnifiques éclats. Si Lorenzo Regazzo est un comédien convaincant, son chant est un peu trop tendu en début de représentation et il gagne petit à petit en consistance vocale. Patrizia Ciofi est une idéale Susanna, percutante de voix et de jeu, réussissant un parfait " Deh vieni, non tardar ". Monica Bacelli, habituée du rôle de Cherubin depuis plus de dix ans, se surpasse encore. Antonio Abete, Peter Hoare, Sophie Pondjiclis et Carla di Censo, sans être sans reproches vocalement (chacun a encore quelques défauts techniques à corriger) caractérisent avec aisance leur rôle.

En résumé, un très grand moment de bonheur passé dans un Théâtre des Champs-Elysées plein à craquer. Diffusion sur France Musiques le 27 octobre prochain à 19 heures 30.
 
 

Christophe Vetter

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