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MARSEILLE
07/11/04

June Anderson
© www.askonasholt.co.uk
Vincenzo BELLINI

La Sonnambula

Livret de Felice Romani
Création à Milan, Teatro Carcano, le 6 mars 1831

Version de concert mise en espace

Amina  : June Anderson
Terese : Martine Mahé
Lisa : Fabiola Masino

Elvino : Bruce Sledge
Rodolfo ; Tigran Martirossian
Alessio : Vladimir Stojanovic
Le Notaire : Philippe Talbot

Direction musicale : Frank Beermann
Orchestre et Choeurs de l'opéra de Marseille
Chef des Choeurs : Pierre Iodice

Mise en espace : Clovis Bonnaud
Lumière : Philippe Grosperrin

Marseille, le 7 Novembre 2004



La Sonnambula de Bellini est très difficile à incarner. Plus discrète que ses soeurs Norma ou Elvira (I Puritani), presque insaisissable dans sa sincérité naïve, plus touchante dans son désespoir, Amina demande une présence diaphane, troublante, l'innocence de la jeunesse et, par-dessus tout, cette infaillible technique vocale qui fait se pâmer les foules avides d'exploits et de "contre-machins" vertigineux.
Dans cette tendre élégie rustico-helvétique, le Maître de Catane épanche au mieux toute son ardeur mélodique, comme si pour lui le rêve éveillé permettait de surmonter les passions humaines et d'accéder ainsi à une sorte de sérénité contemplative.

Loin de certaines horreurs visuelles qui sont monnaie courante en ces temps troublés, et sur sa lancée, celle d'une audace éclectique qui lui fait grand honneur, Renée Auphan et son équipe phocéenne ont prouvé encore une fois que l'on peut très bien, faute de réels moyens, mais avec talent, intelligence, simplicité, passion, amour du métier bien fait tout simplement, réussir une version de concert.

L'adroite mise en espace de Clovis Bonnaud permet ainsi une lecture transparente du livret, laissant au chant et à la musique de Bellini la première place. Tours de force de l'entreprise : donner une belle leçon à certains metteurs en scène qui prennent l'opéra pour une séance de torture cérébrale ou masturbatoire et rendre vraisemblable une histoire jusque là traitée scéniquement presque toujours dans la plus rebattue des conventions ou pire, l'amateurisme folklorique.

Nous étions tous venus pour la belle, la grande, l'unique, la pyrotechnique June Anderson. Elle ne nous a pas déçu : pertinence du récitatif, pathétisme sans pathos, timbre limpide, style élégant et pur, vocalises irréprochables, perfection du trille, aigus survoltés. Un feu d'artifice vocal de tous les instants. L'ovation finale ? A l'aune de son talent : immense.

L'entourage, parfait, comme toujours à Marseille, ne pâlit pas un instant devant la diva américaine.

Martine Mahé dessine une Mère Teresa juste de ton, ferme de timbre et Fabiola Masino prête à la vindicative et jalouse Lisa une voix un rien acidulée, mais d'une franche et sympathique juvénilité.

Les autres révélations - comment fait donc Renée Auphan pour découvrir tous les mois de nouvelles et belles voix ? - resteront sans conteste Bruce Sledge (Elvino) et Tigran Martirossian (Rodolfo).

Pour le premier, mixez les voix de Gedda et Vanzo : de beaux moyens naturels, un pastel belcantiste séduisant, généreux, électrisant, frais, libéré, conquérant.

Le deuxième pourrait bien devenir le successeur des Ramey ou Alaimo. Simplement somptueux ! Voici un Comte racé, très smart, sûr de sa séduction, de son pouvoir. La basse arménienne nous renvoie avec nostalgie aux années soleil des Siepi, Ghiaurov. Sa basse de poids au bronze sombre, profond, se reçoit tel un uppercut en pleine figure.

Dans la fosse, Frank Beermann dirige consciencieusement les choeurs et l'orchestre de l'Opéra de Marseille, dans un modèle d'équilibre et de sensibilité. En totale symbiose avec son plateau, le maestro alterne délicatesse et volupté et rend ses lettres de noblesse à une partition trop souvent tirée vers la pire des opérettes.
 
 
 

Christian COLOMBEAU
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