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VIENNE
22/02/05

Elina Garance
© elenigaranca.com
WERTHER

Jules MASSENET

Livret : Edouard Blau, Paul Milliet
et Georges Hartmann d'après Goethe

Werther : Marcelo Alvarez
Charlotte : Elina Garanca
Sophie : Ileana Tonca
Albert : Adrian Erod
Le Bailli : Alfred Sramek
Schmidt : Peter Jelosits
Johann : Marcus Pelz

Enfants de l'école du Staatsoper
Chef de choeur : Ernst Dunshirn
Orchestre du Staatsoper dirigé par Philippe Jordan

Décors et costumes : Peter Pabst en collaboration
avec Petra Reinhardt pour les costumes
Mise en scène : Andrei Serban

Vienne le 22 février 2005

Werther n'était plus à l'affiche du Staatsoper depuis de nombreuses années. Vu le nombre de caméras et de micros disposés dans la salle le soir du 22, il y a de fortes chances que cette nouvelle production soit immortalisée et paraisse un jour sur le marché.

Dans cette nouvelle mise en scène, un immense arbre occupe le centre de l'espace scénique du début à la fin. Ses branches aussi épaisses que des troncs abritent en leur sein une plateforme terrasse. Il perdra ses feuilles en automne et sera entouré de neige au dernier acte. A ses pieds, des meubles de jardin au premier acte, quelques tables ou chaises de plein air à l'acte II, des meubles d'intérieur à l'acte suivant, puis un seul lit où Werther agonise.

Andrei Serban a décidé de transposer l'action à la fin des années 50 et joue beaucoup sur les changements de saisons : lumière estivale pour le premier acte, automnale pour le suivant, sapin de Noel pour le III, sol blanc pour le dénouement. Le début surprend quand on est habitué à des Werther de l'époque de Goethe ou de Massenet. Les enfants sont habillés pour les jeux de plage, hula hoop inclus, et la mère de Charlotte n'en a pas eu six mais une bonne quinzaine! Ou alors il est à supposer qu'ils sont avec leurs copains... qui chantent tous "merci grande soeur" à destination de Charlotte. 

Puis le spectateur s'habitue à cette transposition et peut apprécier quelques belles robes d'époque que portent Charlotte, Sophie et des jeunes filles invitées. En voyant ces costumes, ou plus tard Charlotte devant son téléviseur "antique" au troisième acte, on croit voir un mélo de Douglas Sirk. La blondeur de Elina Garanca la rapproche d'ailleurs de certaines héroïnes du septième art. Sur le plan du jeu, la jeune mezzo originaire de Riga offre une interprétation fouillée de bout en bout. Aguicheuse au début, déstabilisée et nerveuse par la suite, sa composition est passionnante. Marcelo Alvarez paraît plus emprunté, plus chanteur qu'acteur, mais Werther n'est-il pas en partie inhibé ?

Sur le plan de l'articulation, seul Adrian Erod est intelligible, le baryton faisant honneur à ses origines partiellement françaises. Il faut avouer que si l'on ne connaissait pas le livret, on perdrait une bonne part de ce que les autres chantent. Quel dommage en particulier que les mots de Charlotte se transforment en bouillie pour chats !

Vocalement, Elina Garanca possède une voix superbe sur toute la tessiture, et après l'avoir entendue ici en janvier dans la vocalité d'une Rosina, puis dans de la zarzuela au bal de l'Opéra, on est heureux de retrouver ce même niveau d'excellence, la diction exceptée. Marcelo Alvarez est un Werther à la hauteur, émouvant dès l'hymne à la nature, assuré dans "Lorsque l'enfant", maître de ses moyens dans "Pourquoi me réveiller ?". Du beau chant, en vérité.

Le reste de la distribution est d'un bon niveau, à commencer par la Sophie d'Ileana Tonca, jalouse de sa soeur, jouant bien le dépit amoureux face à l'indifférence de Werther. Son beau-frère, Albert, devient particulièrement inquiétant au troisième acte, lucide sur ce qui se passe. Serban décide de le faire revenir au dénouement pour observer (espionner ?) Werther et Charlotte - devenue fort tendre avec ce dernier. Il repousse sa femme pendant les dernières mesures alors qu'elle est prostrée à ses genoux.

Philippe Jordan assure un juste équilibre entre une lecture passionnée et analytique de la partition. Sa direction est dramatique, se permet quelques rubati, se montre attentive aux chanteurs, mais claire et sans aucun effet facile. Tous les chanteurs et le chef seront ovationnés au rideau final.
 
 

Valéry FLEURQUIN
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