27 septembre 1921 : la mort d'un roi des enfants

Par Cédric Manuel | dim 26 Septembre 2021 | Imprimer

On peut supposer qu’un créateur ou qu’une créatrice n’aime pas rester dans la postérité comme l’homme ou la femme d’une seule œuvre. Tel est portant le destin d’Engelbert Humperdinck, immortel auteur de l’opéra Hänsel et Gretel et dont on ne sait généralement rien d’autre.

Qu’il est loin, pourtant, ce magnifique succès obtenu alors qu’il avait déjà presque 40 ans. Si loin lorsque, ce soir du 27 septembre 1921, Humperdinck s’installe dans un fauteuil du théâtre de Neustrelitz, petite ville du Mecklembourg, un peu plus de 100 kilomètres au nord de Berlin. Il est là pour y assister à une représentation du Freischütz de Carl-Maria von Weber, mise en scène pour la première fois par son fils Wolfram, alors âgé de 28 ans.

Humperdinck doit être un peu fatigué. Il l’est bien souvent ces dernières années, depuis une mystérieuse maladie qui l’avait frappé lors d’un voyage à Londres en 1911, suivie d’une violente attaque cérébrale à son retour l’année suivante. Après une très longue convalescence, il en avait conservé une paralysie permanente de la main gauche et quelques difficultés pour se déplacer et pour parler. Son fils, justement, l’avait aidé à terminer ses dernières œuvres pour la scène, Die Marketenderin (la marchande) en 1914 et l’ultime Gaudeamus de 1919. Entretemps, en 1914, le compositeur avait ajouté son nom à ceux de 92 autres personnalités signataires du « Manifeste des 93 », document de propagande des plus nationalistes, contestant toute exaction de l’armée allemande en Belgique au début de la Première guerre mondiale. Sombre déclin, aggravé par la mort de sa femme deux ans plus tard. Au contraire de certains artistes célèbres de tous horizons –tel Richard Strauss ou encore Thomas Mann-  le compositeur n’adhérera pas à la Société allemande de 1914, créée dans l’élan du Manifeste des 93 pour œuvrer en faveur de ce que l’on appelle alors en France l’Union sacrée.

Ce soir du 27 septembre 1921, lorsque la fatigue qu’il ressent se transforme en une atroce douleur, Humperdinck a juste le temps de comprendre que son attaque de 1912 n’était qu’une répétition. Ce soir là, il joue son dernier acte. Le compositeur s’effondre au milieu d’un grand tumulte. La représentation s’interrompt, on l’emmène mais il est trop tard. Quelques heures plus tard, il meurt, à l’âge de 67 ans. Son corps sera ramené à Berlin, où il sera inhumé auprès de sa femme, au cimetière de Stahnsdorf. Quelques semaines plus tard, c’est bien sûr Hänsel et Gretel que l’opéra de Berlin choisit pour célébrer la mémoire du compositeur qui ne serait désormais connu que pour ce chef d’œuvre bien réel, qu’il n’avait jamais réussi à réitérer, même avec Konigskinder, « les enfants du roi », plus de 10 ans auparavant. Nouvel essai et nouvel échec de celui qui se consacrera surtout à l’enseignement. Ce wagnérien assumé, qui allait donc définitivement rester l’homme d’une seule œuvre malgré un catalogue fort varié, ce conservateur nationaliste savait pourtant mettre dans sa musique les étoiles qui font briller les yeux des enfants.

 

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