Un jour, une création : 15 mai 1914, avec un peu d'Orient autour

Par Cédric Manuel | mar 15 Mai 2018 | Imprimer

Quelques mois avant l’horrible déflagration qui va ensanglanter l’Europe, l’Opéra-Comique présente Mârouf, savetier du Caire, la nouvelle œuvre lyrique d’Henri Rabaud, compositeur raffiné, chef d’orchestre renommé et futur directeur du Conservatoire de Paris à la suite de Fauré. C’est son troisième opéra, mais le seul qui connaîtra une gloire réelle et durable un peu partout dans le monde. Une reprise très récente et très réussie dans les lieux même de sa création en a montré la popularité. Sur un livret de Lucien Népoty, l’œuvre raconte l’histoire d’un savetier un peu cossard et maladroit qui se fait rosser par sa compagne Fattoumah à qui il rapporte un gâteau en sucre à la place du pain d’épices qu’elle lui a demandé. Pour se venger, elle crie partout que c’est lui qui l’a frappée. Ce qui lui vaut d’être rossé une seconde fois par le voisinage. Il s’échappe et se retrouve matelot sur un navire qui fait naufrage. Il retrouve par hasard sur la plage voisine son ami Ali, marchand qui le fait passer pour un très riche confrère qui attend une caravane pleine de richesses. Le sultan local l’invite chez lui en grandes pompes, ce qui n’est pas du goût de son vizir ; encore moins le fait que le sultan donne à Mârouf, subjugué, sa fille, la belle Saamcheddine. Le sultan, pas très malin, dépense sans compter tous les fonds de son pays, espérant se refaire avec la fameuse caravane de Mârouf. Ce dernier sent qu’il risque gros, avoue tout à Saamcheddine, qui s’enfuit avec lui. Ils se réfugient chez un pauvre fellah que Mârouf aide dans son travail agricole. Il découvre par hasard l’entrée d’un domaine mystérieux et par la même occasion que le fellah est un génie qui doit désormais satisfaire ses désirs. A ce moment, le sultan lui tombe dessus et s’apprête à lui couper le cou lorsque Mârouf ordonne au génie de faire apparaître la caravane. Tout est bien qui finit bien, sauf pour le vizir, fouetté pour avoir douté…

Rabaud réussit avec audace un chef d’œuvre d’équilibre, de finesse et de drôlerie qui méritait amplement un retour gagnant. Impossible de ne pas réécouter l’air de Mârouf décrivant sa caravane, « A travers le désert », chanté par Roberto Alagna.

 

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