Un jour, une création : 22 mai 1813, le fast-opéra alla Rossini

Par Cédric Manuel | mer 22 Mai 2019 | Imprimer

Impressionnée par le succès du tout nouveau Tancredi du jeune Rossini (21 ans tout juste) à la Fenice, la direction du théâtre concurrent San Benedetto de Venise voit dans le compositeur son seul recours pour rebondir. Elle veut donc remplacer un opéra de Carlo Coccia par une œuvre comique du prodige. Sauf que nous sommes à la mi-avril 1813 et que la première de ce nouvel opéra est attendue… pour le 22 mai. Tête brûlée qui en a déjà vu d’autres, Rossini se met au travail. Pour l’y aider, on recycle à peu près totalement le livret d’Angelo Anelli, qui l’avait écrit pour Luigi Mosca, dont l’opéra – au titre identique : L’Italiana in Algeri – avait été créé à Milan quelques années auparavant. Rossini tricote donc une partition complète en 3 petites semaines. Devant un tel exploit, les railleurs l’accusent d’avoir allègrement pillé non seulement le livret utilisé par Mosca, mais encore sa musique. Une rapide écoute sur cette dernière, qu’on trouve sur le net, montre que le procès à Rossini est quelque peu abusif, même s’il est troublant d’entendre une autre musique sur des mots strictement identiques ! L’écoute du finale du 1eracte, délire jouissif chez Rossini et habile construction de facture assez classique chez Mosca, suffit à souligner les différences. Quoi qu’il en soit, la création du chef-d’œuvre de Rossini est un triomphe, grâce à cette énergie communicative et aussi à une distribution aux petits oignons. 

L’Italiana in Algeri est une œuvre propice à toutes sortes de délires de mise en scène, parfois avec tout le mauvais goût possible. Celle de Jean-Pierre Ponnelle pour le Met il y a 30 ans n’évite pas les balourdises mais reste un classique efficace, un « délicieux écoeurement », ainsi que nos colonnes la décrivaient il y a quelques années. Et puis, on y entend l’une des très grandes Isabella de l’histoire de l’œuvre, Marilyn Horne, en pleine forme. Pour changer de l’explosion burlesque de la fin du 1eracte, voici le finale de l’opéra lui-même, avec notre Pappataci Mustafà, « Mangia-è-taci » (« Mange et tais-toi »), définitivement berné par « la bella italiana ». Buon appetito !

 

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