Un jour, une création : 24 avril 1931, le chef d'oeuvre consumé d'Albéric Magnard.

Par Cédric Manuel | mar 24 Avril 2018 | Imprimer

Albéric Magnard compte parmi les compositeurs français les plus injustement méconnus et même oubliés, malgré quelques merveilleux chefs d’œuvre très rarement donnés en musique de chambre ou symphonique. Il n’a réalisé que peu d'opéras dont un qui ressemble beaucoup à un oratorio, Guercœur, composé entre 1897 et 1901, mais qui n’a jamais été créé du vivant de l’auteur. La partition a hélas connu le même sort que son auteur, dont on sait qu’il a voulu empêcher un détachement allemand d’envahir sa propriété de Baron sur Oise, lequel y a mis le feu le 3 septembre 1914. 

L’ami de Magnard, Guy Ropartz, reprendra la partition pour piano chant et l’orchestration, qu’il a reconstituée grâce à ses souvenirs.

Le livret, très désabusé, jette un regard très pessimiste sur les effets des révolutions, jugeant qu’elles ne sont qu’un cycle inévitable : un tyran les suscite, il est renversé, le peuple qui le renverse ne sait pas quoi faire de son triomphe, court à l’anarchie, oublie les principes de liberté et de tolérance puis réclame un nouveau tyran pour remettre de l’ordre. Magnard était lui-même très épris des idées républicaines et de ses grands principes contre toute forme de dictature ou d'intolérance.

Guercœur, c’est en effet l’histoire d’un héros tué au combat contre un vilain tyran.  Il erre au paradis mais regrette la vie sur terre et en particulier l’amour de Giselle. Toutes les ombres du Paradis ont beau lui promettre qu’il s’illusionne, la Vérité l’autorise à retourner sur terre pour se rendre mieux compte. Revenu chez lui, il voit que sa femme a surtout été très heureuse de se précipiter dans les bras de son meilleur ami Heurtal et que le peuple libéré du tyran grâce au sacrifice de Guercœur se conduit en foule cruelle et anarchique. Heurtal se verrait d'ailleurs bien en fédérateur dictatorial de ce fatras qui l’acclame en rejetant le souvenir de Guercœur. Giselle applaudit mais l’apparition de son ancien amant la foudroie. Il lui pardonne au nom de la bonté et elle se sentira donc encore plus légitime à le trahir… Le peuple acclame Heurtal et même l’apparition de leur ancien libérateur n’y change rien. Ils veulent une nouvelle dictature et lynchent Guercœur, qui meurt (à nouveau) en demandant à la Vérité de pardonner son orgueil. Recueilli au paradis, il s’en remet à la Vérité et à l’Espoir.

La création, à l’opéra de Paris, est un succès, mais qui ne durera pas. Seule l’initiative heureuse d’un enregistrement – unique à ma connaissance – de l’opéra en 1986 sous la direction de Michel Plasson et avec l’incomparable José van Dam dans le rôle titre, redonnera une vie hélas éphémère à ce chef d’œuvre, dont voici un court extrait.

 

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