Un jour, une création : 3 août 1829, le chant lyrique du cygne de Pesaro

Par Cédric Manuel | mer 03 Août 2016 | Imprimer

Après le grand succès de son Comte Ory un an plus tôt, Rossini avait repoussé la proposition du librettiste Scribe d’un Gustave III ou le Bal masqué dont se saisira Verdi trente ans plus tard, avant finalement de choisir la tragédie de Schiller, Guillaume Tell. Etienne de Jouy en tire un premier livret énorme que son collègue Hyppolite Bis réduit et cisèle, aboutissant à un poème très réussi. Pour la musique, le génie se surpasse, élaborant un gigantesque chef d’œuvre de 4 à 5 heures selon les coupures, très fréquentes, avec ou sans ballets. La première Salle Le Peletier à Paris, ce 3 août 1829, n’est qu’un succès d’estime et Rossini récoltera surtout la Légion d’Honneur. L’œuvre reste néanmoins au répertoire très longtemps, plus ou moins charcutée et plutôt dans sa traduction italienne, moins réussie, avant de connaître une longue éclipse au XXe siècle. Malgré les importants moyens qu’elle requiert, elle revient peu à peu ces dernières années, et cette fois plutôt en français (Paris, Munich, Pesaro…). Tout le monde sait que cet opéra est le tout dernier composé par Rossini, à qui il restait pourtant près de 40 ans à vivre. Son silence musical ne fut pas total, fort heureusement, mais sa carrière lyrique se refermait avec  le merveilleux hymne à la liberté qui clôture l’œuvre. On s’est beaucoup perdu en conjectures, explications, analyses sur les raisons de ce renoncement, annoncé pourtant dès avant la première. La correspondance de Rossini est pourtant claire : il n’avait tout simplement plus envie. En voici le splendide crescendo final, ici à la Scala de Milan et en italien, pour souhaiter un buon compleanno a Riccardo Muti, qui a fêté il y a quelques jours son 75e anniversaire, et qui dirige avec sa tension et son énergie coutumières cette production de 1988. Retenons les derniers mots de Rossini pour l’opéra : en français, « Liberté, redescends des cieux » et dans la version italienne, « Sulla terra, libertà ». On ne saurait mieux dire ces temps-ci.

 

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