Un jour, une création : 30 septembre 1868, il ne faut pas cracher sur Nanterre !

Par Cédric Manuel | lun 30 Septembre 2019 | Imprimer

Pendant cet été 1868, Offenbach a beaucoup travaillé, si bien qu’il n’est pas allé, comme il en avait pourtant l’habitude, prendre les eaux à Ems ou à Bade, où la présence en masse de gens de la haute société lui ont déjà permis de présenter bien des œuvres nouvelles avec succès. Ce n’est pas bien grave : nouveautés ou pas, on joue quand même en son absence sa musique avec une petite troupe venue des Bouffes-Parisiens.

Le théâtre éponyme, justement, « son » théâtre du passage Choiseul dont il a dû abandonner la direction quelques années auparavant, vient d’être repris après plusieurs patrons successifs par Charles Comte, son propre gendre, qui a un peu agrandi la salle. Pour la réouverture en septembre 1868, Offenbach envisage donc de présenter une nouvelle œuvre, petit opéra-bouffe de moins d’une heure, mais qui constitue une grosse farce propre à vous libérer l’esprit de tout souci. Il en demande le livret à Henri-Charles Chivot et Henri-Alfred Duru (rien qu’avec de tels noms, on ne pouvait pas s’attendre à rester trop sérieux) et on peut légitimement penser qu’ils avaient abusé d’un sévère mélange de boissons fortes et de substances prohibées pour pondre cette Île de Tulipatan, dont la première didascalie met dans l’ambiance : « La scène se passe dans l’île de Tulipatan, à 2500 km de Nanterre, 473 ans avant l’invention des crachoirs hygiéniques » (sic)…

Il y est question d’un certain Octogène Romboïdal, grand sénéchal du roi Cacatois XXII, lequel n’a pas un sens très prononcé des libertés publiques (ce doit être un cousin éloigné d’Ouf Ier). Ce Romboïdal se lamente d’avoir une fille, Hermosa, qui se prend surtout pour un garçon, et voilà qu’il reçoit la visite de Cacatois, qui vient avec son fils le prince Alexis, qui n’est pas des plus virils. Mais c’est qu’en fait on découvre bientôt qu’Hermosa est vraiment un garçon et Alexis une fille, ce qui laisse de la marge pour un certain nombre de quiproquos qui finissent évidemment par un mariage.

Le soir du 30 septembre 1868, le triomphe de cette pochade est total. Certes, c’est un humour un peu daté, mais Offenbach se déchaîne avec une musique échevelée, dès l’ouverture typique de son auteur, ou encore dans cet air déjanté de Cacatois XXII, chanté par Franck Le Guérinel, ici avec accompagnement piano, et aux côtés de Marie Lenormand, qui cancane hardiment dans le cadre de l’excellente émission de Benoît Duteurtre, « Etonnez-moi Benoît » que les fidèles de France Musique connaissent bien. 

 

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