Un jour, une création : 31 août 1928, pour quat'sous t'as un opéra-cabaret

Par Cédric Manuel | jeu 31 Août 2017 | Imprimer

L’Opéra de quat’sous de Kurt Weill est très directement inspiré du fameux Beggar’s opera, l’Opéra du Gueux de John Gay, présenté à Londres en 1728. Pièce de théâtre avec musique, davantage qu’opéra, parodie satirique des mœurs et des arts de l’époque, cette œuvre très populaire tombe dans les mains de Bertold Brecht en 1927, qui assiste à Londres à une reprise. Le dramaturge en fait réaliser la traduction et pense d’abord, avec la maison d’édition Schott, à Paul Hindemith pour l’adaptation musicale. Ce dernier refuse et Brecht se tourne alors vers Kurt Weill, jeune compositeur qui avait commencé sa vie professionnelle comme chef dans un théâtre en Allemagne et comme professeur à Berlin, déjà connu comme résolument moderniste. Malgré quelques doutes et même des craintes de la part des producteurs, le spectacle se monte enfin, avec Lotte Lenya en Jenny, Erich Ponto en Peachum et Harald Paulsen en Mackie. L’œuvre remporte un triomphe immense au Theater am Schiffbauerdamm de Berlin dès la première du 31 août 1928, atteignant 350 représentations en 18 mois et partant immédiatement à la conquête du monde entier dans la foulée. « Voilà de la musique utilitaire qui se laisse utiliser », selon le mot célèbre du musicologue Theodor Adorno. Cette œuvre hardie ne sera pas du tout du goût des nazis, qui la classeront parmi les œuvres « dégénérées », ce qui suffit à la rendre sympathique. En voici l’un des morceaux les plus célèbres, le fameux chant du canon, grinçant et inquiétant, sur un rythme de charleston inoubliable. Ici dans la première transposition au cinéma, dès 1931, un film de Georg Wilhelm Pabst, avec Lotte Lenya.