Un jour, une création : 9 septembre 1833, Le Tasse la boit.

Par Cédric Manuel | dim 09 Septembre 2018 | Imprimer

Donizetti était tout à fait passionné par l’histoire du Tasse, le grand poète épique et exalté qu’on prenait un peu pour un fou. Le compositeur confie à Jacopo Ferretti le soin de lui bâtir un livret s’inspirant de la vie tourmentée du grand homme. Ferretti va fouiller un peu partout, tantôt chez Goldoni, tantôt chez Byron, et tricote finalement une histoire de jalousies croisées entre le Tasse, Eléonore d’Este – qui fut une protectrice attentionnée du poète – un obscur et grotesque Gherardo qui croit que le poète aime une autre Eléonore qu’il convoite lui-même mais qui aime le Tasse, et enfin le secrétaire du duc de Ferrare, frère d’Eléonore d’Este, jaloux du Tasse parce qu’il n’a pas ses talents. Un embrouillamini assez caractéristique, à se taper la tête contre les murs. Il faut dire que le Teatro della Valle de Rome, destinataire de ce Torquato Tasso, avait posé la condition que l’œuvre nouvelle devait intégrer un rôle pour sa basse buffa vedette, Lauretti, qui chantera donc Gherardo.

Toute cette histoire, bien sûr, finit mal et le poète n’a plus que ses yeux pour pleurer (le librettiste aussi). Donizetti a pourtant mis beaucoup d’ardeur à construire sa partition, travaillant particulièrement le personnage principal qu’il destinait au grand ténor Rubini et que chantera finalement le non moins grand baryton Giorgio Ronconi lors de la création de cet opéra semiseria, voici tout juste 185 ans. Donizetti dédie même l’œuvre aux villes du Tasse : Sorrente où il est né, Rome où il est mort et Bergame, d’où était originaire sa famille, et en particulier son père.  Bergame, par ailleurs ville natale de Donizetti. Mais rien sur Ferrare, théâtre des bonheurs et des malheurs du Tasse, et cadre de l’argument de l’opéra.

Ce dernier remporte un franc succès malgré son argument compliqué. Il est rapidement repris puis tombe dans un oubli dont il peine à sortir aujourd’hui. En voici la scène finale dans l’à peu près seul enregistrement intégral, pris sur le vif à Gênes voici plus de 30 ans, avec Simone Alaimo dans le rôle titre.  Le son est un peu précaire mais l’ensemble reste écoutable, même s’il ne s’agit pas d’une interprétation renversante. 

 

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