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	<title>Biarritz - Ville - Forum Opéra</title>
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	<title>Biarritz - Ville - Forum Opéra</title>
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		<title>Récital Marina Viotti (About last night) &#8211; Biarritz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-marina-viotti-about-last-night-biarritz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Aug 2024 05:42:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nuit d’ivresse. Était-ce au Carlos, un des spots de Biarritz, plage des Basques, où les surfeurs vident des chopes face au coucher du soleil après avoir taquiné la vague ? Dans un trinquet du Port-Vieux ? Au Bar Jean près des Halles ? Ou plus haut, au-delà du phare, sur la route d’Anglet, au Kostaldea, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nuit d’ivresse. Était-ce au Carlos, un des spots de Biarritz, plage des Basques, où les surfeurs vident des chopes face au coucher du soleil après avoir taquiné la vague ? Dans un trinquet du Port-Vieux ? Au Bar Jean près des Halles ? Ou plus haut, au-delà du phare, sur la route d’Anglet, au Kostaldea, en surplomb de l’océan ? <strong>Marina Viotti</strong> ne se souvient pas. Jeux de regard, un verre, deux, trois&#8230; La nuit s’étire, les mains se frôlent, puis les lèvres… Rideau. Ce n’est pas la rencontre mais son lendemain – « About last night » – que raconte la mezzo-soprano au Biarritz Piano Festival, lorsque les corps épuisés se détachent et que les cœurs s’interrogent. La narration épouse les contours d’un programme hétéroclite qui brasse les langues – français, anglais, italien…– et les répertoires – mélodies, opéra, variété… – indifféremment.</p>
<p>Une brève prise de parole entre chaque numéro tente de tisser le fil narratif. Non sans mal. Les coutures semblent parfois épaisses. L’enchaînement du « Paon » de Ravel avec « Dos Gardenias », une chanson érigée en tube par le Buena Vista Social Club, n’est pas si évident. La voix, mieux que les mots, crée le lien. Voix dont on connaît les sortilèges pour l’avoir goûtée à plusieurs reprises ces dernières saisons, onctueuse comme le chocolat chaud que sert Cazenave sous les Arceaux à Bayonne, ou s’il faut continuer de filer la métaphore locale, charnue et longue à la manière d’un vin rouge d’Irouléguy, d’une teinte profonde tirant sur le pourpre et le grenat. Voix égale sans distorsion aux extrémités de la tessiture – l’aigu ne semble jamais tiré, le grave écrasé. Voix caméléon, à l’aise dans tous les styles, le music-hall autant que l’opéra, « Cry me a river » autant que « mon cœur s’ouvre à ta voix », deux des sommets de la soirée, l’un et l’autre à fleur de peau, sensibles, ensorcelants.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Viotti1-1294x600.jpg"><span style="background-color: var(--ast-global-color-5); color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; font-weight: inherit;">Marina Viotti © Polina Jourdain-Kobycheva</span></pre>
<p>D’agilité, il sera peu question. Seul le rondo de <em>Cenerentola</em>, en bis, rappelle la maîtrise technique, l’apparente facilité avec laquelle la gamme est parcourue de haut en bas – et inversement –, l’intensité variée, le trille battu. Comme précédemment, la musicalité dans ce numéro virtuose, orné et varié à l’envi, demeure éblouissante. Séduit aussi l’art de l’interprétation, la manière de raconter, non les mésaventures d’une jeune femme en jetlag amoureux un lendemain de cuite, mais l’histoire recelée par chacune des pages chantées. « Johnny », par exemple, une mélodie de Britten que l’on dirait composée par Weill, où la narratrice tente de séduire un homme dont elle n’est pas le genre.</p>
<p>S’il faut émettre des réserves, elles porteront sur la prononciation, en mal de clarté, chez Satie et Ravel d’abord, alors que les couplets de la Périchole s’avèrent d’une limpidité réjouissante et d’une justesse de ton acquise au contact de la scène – on se souvient <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-perichole-2e-distribution-paris-tce-deuxieme-distribution-de-premier-choix/">des représentations triomphales de l’œuvre de Jacques Offenbach au Théâtre des Champs-Elysees en 2022</a>.</p>
<p>Vite, s’installe un climat de complicité, à porter aussi au crédit de Marina Viotti – une attitude, une simplicité, qui engendrent naturellement sympathie et proximité. Complicité avec <strong>Todd Camburn</strong>, son partenaire depuis de longue année, passant lui aussi avec une facilité déconcertante d’un répertoire à l’autre ; complicité avec la salle, rapidement conquise. Les applaudissements fusent. Des spectateurs, pris plus ou moins au hasard, sont invités à monter sur scène. <strong>Mary Feminear</strong> prête le concours de son soprano flûté au duo de <em>Cosi</em>. C’est en chœur que le public entonne finalement « Padam » avant de se lever pour ovationner la chanteuse, encourageant ainsi le Biarritz Piano Festival à renouveler les incartades vocales dans ses prochaines éditions .</p>
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		<title>Albert de l’Espée, la folie de pierre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/albert-de-lespee-la-folie-de-pierre/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jul 2019 20:49:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sur la route de Biarritz à Saint-Jean-de-Luz, histoire du château d’Ilbarritz et de son bâtisseur, Albert de L’Espée, un doux cinglé d&#8217;opéra comme on les aime. Grand-orgue du Sacré-Cœur de Montmartre, construit en 1898 par Aristide Cavaillé-Coll pour le baron de l’Espée © P. Marteau De l’orgue à l’opéra bouffe En 1890, Aristide Cavaillé-Coll, le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Sur la route de Biarritz à Saint-Jean-de-Luz, histoire du château d’Ilbarritz et de son bâtisseur, Albert de L’Espée, un doux cinglé d&rsquo;opéra comme on les aime.</em></p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="326" src="/sites/default/files/styles/large/public/esp2.jpg?itok=oWl65qcP" title="Grand-orgue du Sacré-Cœur de Montmartre, construit en 1898 par Aristide Cavaillé-Coll pour le baron de l’Espée © P. Marteau " width="468" /><br /><font color="#002000">Grand-orgue du Sacré-Cœur de Montmartre, construit en 1898 par Aristide Cavaillé-Coll pour le baron de l’Espée © P. Marteau </font></p>
<p><strong>De l’orgue à l’opéra bouffe</strong></p>
<p>En 1890, Aristide Cavaillé-Coll, le célèbre facteur d’orgue, reçoit une commande originale : concevoir un instrument gigantesque autour duquel sera édifié une maison. L’auteur de cette demande surprenante s’appelle Albert de l’Espée, baron de titre, dont les excentricités commencent de faire quelque bruit dans le monde. Né en 1852 sous le signe de la fortune et de la puissance, il est un des héritiers de la famille Wendel, une des plus grandes dynasties lorraines de maîtres de forges. Enfant, lors d’un séjour chez son grand-père, au Château de Froville, il a découvert les ressources sonores inépuisables de l’orgue. Si en 1867, à l&rsquo;occasion d&rsquo;un premier séjour à Paris, il fait la connaissance de son compatriote messin, Ambroise Thomas, ses pas le portent davantage du côté de Sainte-Clotilde. Aux consoles de cette église du 7e arrondissement, édifiée peu d’années auparavant, officie alors le plus grand organiste de son temps, César Franck. D&rsquo;après son biographe, Christophe Luraschi*, l&rsquo;attrait qu&rsquo;éprouve Albert de l&rsquo;Espée pour l&rsquo;orgue n&rsquo;a rien de religieux ou de mystique. La puissance seule de l&rsquo;instrument le fascine. Il aime aussi l’impression de pouvoir à l’aide d’un instrument unique, créer l&rsquo;illusion de l&rsquo;orchestre, élément prépondérant de la musique de Wagner à laquelle il succombera plus tard.  </p>
<p>Tout en continuant d&rsquo;entretenir cette passion grandissante, de brefs mais nombreux séjours parisiens engendrent une nouvelle addiction. L&rsquo;opéra bouffe au lendemain de la guerre de 1870 continue de faire recette. Au nom d&rsquo;Offenbach, s&rsquo;ajoute désormais celui de Lecocq ou de Planquette dont <em>Les Cloches de Corneville</em> veulent balayer de leur tintement joyeux la défaite de Sedan. Albert de l&rsquo;Espée fréquente alors assidument les théâtres lyriques à la mode où il applaudit <em>Le Roi Carotte</em>, <em>La Fille de Madame Angot</em> et <em>La jolie Parfumeuse</em>.</p>
<p><strong>Misanthrope et mari</strong></p>
<p>Son mariage avec Delphine de Bongars en 1883 ne parvient pas à le distraire de ce passe-temps, aussi essentiel à son train de vie que l&rsquo;étude de l&rsquo;orgue ou la pratique de la chasse dans son chalet de Séguret aux Adrets-de-l&rsquo;Esterel. Déjà, ses tics et ses tocs intriguent ses contemporains. Maniaque de l&rsquo;hygiène, Albert de l&rsquo;Espée refuse, pour sa consommation personnelle, son linge ou l&rsquo;entretien de sa maison, une autre eau que celle de La Théoule, acheminée par carriole dans des bonbonnes préalablement rincée à l&rsquo;eau de mer bouillie. Quel que soit son lieu de villégiature, source et puits font l&rsquo;objet d&rsquo;un examen minutieux. Il engagera un chimiste assermenté à cet effet. Chaque installation dans une de ses nombreuses résidences obéit à un rituel d&rsquo;une rigueur hygiénique sans concession. Tapis, coussins, rideaux sont préalablement secoués, étalés au soleil pendant une journée puis savonnés avant d&rsquo;être de nouveau étendus à l&rsquo;air libre. Les matelas sont nettoyés à l&rsquo;alcool de menthe et un cube de camphre glissé entre les couvertures, entre multiples autres précautions sanitaires. Au quotidien, le Baron ne manipule qu&rsquo;avec des gants les pièces et billets de banque, auparavant désinfectés. La préparation de ses repas obéit à des règles également strictes qu’il serait fastidieux d’énumérer ici tant elles comportent de consignes.</p>
<p>Cette phobie des microbes, motivée par une bronchite chronique qu&rsquo;il a contractée enfant, ne contribue pas à resserrer les liens du mariage. La naissance en 1890 d’un fils, baptisé René, ne suffit pas à rapprocher les deux époux. En attendant le divorce prononcé seulement en 1916, leur vie se sépare. Misanthrope, Albert de l’Espée préfère à la compagnie des hommes celle de ses chiens qu’il entoure de multiples sollicitudes, jusqu’à installer dans ses chenils des couchettes climatisées et surélevées pour éviter aux animaux le contact du sol.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="308" src="/sites/default/files/styles/large/public/esp1.jpg?itok=BYaKn7WW" title="Biana Duhamel © DR" width="468" /><br /><font color="#002000">Biana Duhamel © DR</font></p>
<p><strong>Coup de foudre aux Bouffes Parisiens</strong></p>
<p>S’il délaisse à présent l’opéra bouffe pour les grands drames wagnériens mieux à même de flatter son goût de la démesure, le Baron s’offre par curiosité un soir de 1890 un billet pour la nouvelle opérette d’Edmond Audran, <em>Miss Helyett. </em>Dans le rôle-titre, une chanteuse de 20 ans, Biana Duhamel retient son attention plus que de raison.</p>
<p>Impossible de savoir à quoi ressemblait Albert de l’Espée qui a toujours formellement refusé d’être portraituré ou photographié. Mais à l’âge de 38 ans, les témoignages confirment que ses premiers atouts n’étaient pas physiques. Ses arguments pécuniers sont en revanche de ceux auxquels une jeune artiste ne peut résister en ce (demi-)monde où la comédienne doit aussi être courtisane si elle désire vivre confortablement. Contrairement à ce que ses originalités donnent à penser, le Baron est homme discret. Il ne veut pas sa liaison avec Biana Duhamel tapageuse mais préfère au contraire enfouir leurs amours dans un de ces manoirs mystérieux qu’il a édifiés à Belle-Ile, Thonon, Keroset, Séguret, Antibes, Montriond ou mieux, à proximité de Biarritz, sur la colline d’Ilbarritz d’où l’œil embrasse à la fois les contreforts des Pyrénées, la forêt des Landes, la côte Cantabrique et, à l’infini, les flots tumultueux de l’océan. C’est ici, à l’abri de tous les regards, dans ce décor à l’échelle inhumaine, qu’il conçoit son projet le plus déraisonnable.</p>
<p><strong>Et soudain surgit face au vent…</strong></p>
<p>Quiconque aperçoit aujourd’hui à la sortie de Biarritz sur la route de Saint-Jean-de-Luz le Château d’Ilbarritz ne peut manquer d’être fasciné par l’aspect sinistre et étrange de l’édifice, non pas folie de bord de mer enchevêtrée à de capricieuses tourelles mais bloc de pierre flanqué d’une tour massive, juché au sommet de la colline comme un pied-de-nez aux éléments. Il a fallu convaincre trente propriétaires de vendre soixante-quinze parcelles de terrain, raconte Christophe Luraschi*, et racheter ou échanger avec la municipalité de Bidart des chemins communaux pour constituer un domaine d’une soixantaine d’hectares, payé en 1894 350.000 francs or (plus d’un million d’euros). Il a fallu à l’architecte, Gustave Huguenin, dessiner plus de mille deux cents plans. Il a fallu ouvrir une nouvelle carrière à Bidache dans l’arrière-pays, assécher un étang, détourner le cours des ruisseaux, canaliser les sources, amener de la terre fertile par charrettes entières, promettre aux ouvriers les plus méritants de doubler leur salaire pour que surgisse en un temps record face aux vents de l’Atlantique cette bâtisse fantastique. Coût de la bagatelle : environ cinq millions de francs or (le lecteur pourra, par une habile règle de trois, convertir la somme en euros s’il ne craint pas d’aligner les zéros). </p>
<p>Ces travaux pharaoniques ne sont pas destinés à la maîtresse du Baron mais à l’orgue tant convoité dont le volume doit occuper deux des cinq étages de l’édifice envisagé comme son gigantesque écrin. L’escalier en chêne de Hongrie sculpté assure une acoustique parfaite. Les deux-tiers de la demeure et les souffleries sont alimentées par une usine électrique privée. Biana Duhamel, de son côté, est dotée de sa propre maison, la Villa des Sables, bâtie par souci de discrétion à l’orée du domaine. Un drapeau hissé sur la plus haute terrasse du belvédère sert de signal aux deux amants. Les chiens disposent aussi de leur pavillon. Les cuisines sont placées en bord de plage et reliées au château par un souterrain de 150 mètres afin que leur odeur n’incommode pas le maître des lieux (elles accueillent aujourd’hui le Blue Cargo, restaurant-club modeux de la Côte Basque). La propriété est sillonnée de chemins couverts pour pouvoir être parcourue dans tous les sens et jouir de tous les points de vue à l’abri du soleil comme de la pluie. Au total, quinze bâtiments, équipés du téléphone, et trente-cinq refuges s’ajoutent au bâtiment principal. Au sein de cette monture de pierre est enfin serti en 1897 le Cavaillé-Coll colossal commandé sept années auparavant.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="354" src="/sites/default/files/styles/large/public/esp4.jpg?itok=qZBoswCC" title="Le Château d'Ilbarritz au début du 20e siècle © DR" width="468" /><br /><font color="#002000">Le Château d&rsquo;Ilbarritz au début du 20e siècle © DR</font></p>
<p><strong>Jouer Wagner devant la mer</strong></p>
<p>Il faudrait plusieurs pages – voire un livre entier* – pour parcourir la liste des innombrables fantaisies d’Albert de l’Espée. Avec l’installation de l’orgue dans la demeure conçue à son intention, l’amoureux fou des opéras de Wagner peut donner libre cours au plus acharné de ses caprices. De nuit comme de jour, selon l’humeur du moment, face à l’océan déchainé, les 70 jeux, 74 registres mis en œuvre par 4 claviers manuels et un pédalier de plusieurs dizaines de notes répandent dans la lande environnante des pages entières de <em>Tannhäuser</em>, de <em>Parsifal</em> ou – évidemment – du <em>Vaisseau fantôme</em>. Souvent répétée, la scène de chasse du <em>Crépuscule des dieux</em> donne lieu à une mise en scène savamment orchestrée où les aboiements des chiens, sur ordre des domestiques, accompagnent au loin la mort de Siegfried jouée par le Baron en extase.</p>
<p>Il s’agit du premier orgue jamais réalisé pour un particulier et du quatrième en France par son importance. Les soufflets sont chargés par trois ventilateurs actionnés par des dynamos. Des accumulateurs sont alimentés par une usine à une centaine de mètres de la maison. Un système de ventilation souffle de l’air frais ou chaud, selon la saison. La console est orientée à l’ouest face à la mer de manière à permettre, en jouant, d’admirer le panorama à perte de vue.</p>
<p>La séparation avec Biana Duhamel en 1898 aura raison de cette foucade. Le domaine est mis en vente sans trouver d’acquéreur. L’orgue s’avère un handicap à l’achat. Albert de l’Espée revient une dernière fois en 1902 actionner les soufflets wagnériens de l’imposante machinerie avant de la céder au successeur de Cavaillé-Coll, Charles Mutin. L’instrument est enlevé pièce par pièce et remonté dans les ateliers de l’Avenue du Maine à Paris.</p>
<p>L’aventure pourrait s’arrêter là si le Baron, encore amoureux, d’une blonde Autrichienne cette fois, ne se ravisait et décidait en 1907 d’investir de nouveau son domaine d’Ilbarritz en le dotant d’un nouvel orgue. Cet instrument, commandé à Mutin, d’une dimension et qualité légèrement inférieures au précédent (63 jeux réels sur trois claviers de 68 notes et pédalier de 35 notes) offre encore plus de combinaisons sonores dont un mécanisme destiné à reproduire le son du cor bouché de Siegfried. Dans l’usine s’affairent les électriciens, selon le bon vouloir du seigneur de ces lieux. Que nul ne dorme ! Albert de l’Espée satisfait durant ses nuits d’insomnie ses fantasmes wagnériens les plus insensés. Ultime sursaut de vie, avant qu’une nouvelle rupture sentimentale ne condamne à jamais Ilbarritz au silence.</p>
<p><strong>Rocambolesque jusqu’à la dernière note</strong></p>
<p>L’art lyrique toutefois n’a pas dit son dernier mot. La Villa des Sables avait trouvé en 1898 un acquéreur en la personne de Pedro Gailhard, directeur de l’Opéra de Paris, qui la vend en 1904 au directeur de l’Opéra Comique, Pierre-Barthélemy Gheusi. Ce dernier devient également propriétaire du Château d’Ilbarritz en 1911 après avoir assuré au Baron de conserver le domaine en l’état.</p>
<p>Après être passé en 1920 entre les mains du Docteur Bastide, un Biarrot amateur de musique, l’orgue de Mutin – le deuxième – est démantelé pour être finalement installé d’une part à l’église San-Salvador d’Uzurbil, d’autre part au Monastère Sainte-Scholastique d’Urt, près de Bayonne. Quant au Cavaillé-Coll, il trône depuis 1913 sur une autre colline, également sacrée, celle de Montmartre dans la Basilique du Sacré-Cœur.    </p>
<p>Biana Duhamel a tenté plusieurs fois de revenir au théâtre. Sa dernière tournée en 1903 est un désastre. Elle tombe malade, perd sa voix et meurt dans le plus grand dénuement en 1910. Elle repose à Paris au Père Lachaise.</p>
<p>Après son divorce en 1916, Delphine a épousé son amant de longue date, François Caze de Caumont. La mort accidentelle en 1924 de son fils, René, précipite sa propre fin, en 1926. Le jeune homme, âgé seulement de 33 ans, s’était marié quelques années auparavant avec une jeune roturière Yvonne Fournier. Il meurt sans héritier.</p>
<p>Albert de L’Espée est décédé huit ans plus tôt, le 4 janvier 1918, à l’âge de 65 ans, dans un anonymat qui ne lui aurait pas déplu. Inhumée provisoirement à Antibes, sa dépouille est transportée en 1920 dans le caveau familial des Wendel à Hayange où il repose toujours, loin de son domaine d’Ilbarritz, partiellement démantelé par les promoteurs, mais dont la silhouette inquiétante du château, prochainement hôtel spa, défie encore l’océan en un hymne bilieux à Wagner et la folie des hommes.</p>
<p>* Christophe Luraschi,<i> Albert de l&rsquo;Espée</i>. Editions Atlantica, Biarritz, 1998</p>
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		<title>Une vie de Rossini — Biarritz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/une-vie-de-rossini-biarritz-rossini-sous-son-plus-beau-jour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 May 2016 06:55:39 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand on se prend à hésiter entre deux plages, l&rsquo;une d&rsquo;entre elles est toujours Biarritz. L&rsquo;aphorisme, attribué à Sacha Guitry, reste aujourd&rsquo;hui vrai, à condition de ne pas l&rsquo;étendre au concert classique. Sur ce plan, la station balnéaire compte en France trop de rivales pour tenir la corde. Le lancement des « Beaux jours de la musique », une nouvelle manifestation à l&rsquo;initiative de <strong>Thomas Valverde</strong>, déjà créateur et organisateur chaque été du Festival International de Piano Classique, veut modifier la donne. L&rsquo;idée est de mêler les styles et les époques : musique du passé et du présent ; pop, électronique, jazz et lyrique ; <strong>Bachar Mar-Khalifé</strong> (musicien libanais), <strong>Chucho Valdés</strong> (présenté comme un monstre sacré du jazz Cubain) et <strong>Raphaël Pichon</strong> avec son ensemble Pygmalion dans des motets de Bach (mardi 17 mai), <strong>Maxime Pascal </strong>à la tête du Balcon dans le Concerto pour un piano espace n°2 de Michael Levinas (vendredi 20 mai) ou encore <strong>Karine Deshayes</strong>, accompagnée des Forces majeures de <strong>Raphael Merlin</strong>, à qui revient la mission d&rsquo;ouvrir le bal, dans le théâtre Art déco du Casino, face à la grande plage, celle-là même qui rendait Guitry hésitant. On le comprend.</p>
<p>Le programme du récital, entièrement consacré à Rossini, reprend une grande partie des titres de <a href="http://www.forumopera.com/cd/karine-deshayes-une-vie-de-rossini-nee-pour-chanter-rossini">l&rsquo;album récemment paru sous le label Aparté</a>, dans un ordre savamment choisi pour ménager progression et respiration. L&rsquo;acoustique de la salle offre un relief bienvenu aux Forces Majeures, orchestre – on le rappelle – constitué d&rsquo;instrumentistes issus de formation prestigieuses de musique de chambre. Chaque pupitre se détache distinctement sans que jamais l&rsquo;on perde l&rsquo;impression d&rsquo;ensemble, comme une image dont on percevrait simultanément le sujet et chacun des pixels qui la compose. On aime décidément cette lecture dégraissée de Rossini, libre, juvénile mais rigoureuse, impertinente, énergique, d&rsquo;une énergie revigorante jusque dans ses excès assumés – les à-coups qui dans « Tanti affetti » transmuent l&rsquo;orchestre en orphéon municipal.</p>
<p>Dans une robe lamée rouge, les cheveux blonds coiffés à l&rsquo;antique, Karine Deshayes rappelle cette belle Hélène qu&rsquo;elle fut <a href="http://www.forumopera.com/la-belle-helene-tours-les-palmes-academiques-de-m-offenbach">à Tours en fin d&rsquo;année dernière</a>. Qu&rsquo;écrire que nous n&rsquo;ayons pas déjà écrit sur la maîtrise à laquelle est parvenue la cantatrice française d&rsquo;un des styles les plus codifiés et les plus difficiles qui soient ? La beauté de la voix, toujours plus épanouie dans le haut médium avec, en contrepartie, une moindre assurance dans le grave – la cantate <em>Giovanna d&rsquo;Arco</em> parait parfois inconfortable ; les reflets mordorés d’un timbre velouté dont semble avoir été effacées toutes aspérités ; l&rsquo;assurance et la précision de l&rsquo;aigu – les hauteurs stupéfiantes que la chanteuse atteint comme si aucune note ne lui était impossible ; l&rsquo;effort de diction dans les deux mélodies en français, orchestrées spécialement par Raphaël Merlin – <em>L&rsquo;âme délaissée</em> et <em>Nizza</em> ; l&rsquo;ornementation variée dans les reprises ainsi que l&rsquo;exige ce répertoire ; la musicalité ; l&rsquo;agilité bien sûr. Oui mais encore ? Dans l’air de <em>Semiramide</em>, l&rsquo;impression de voir se dresser la reine de Babylone dans son entière complexité, superbe et fragile ; pressentir derrière les vocalises d’un « Bel raggio lusinghier» enivrant la vacuité des illusions ; entrevoir les failles et les fêlures qui précipiteront la chute de la mère incestueuse. De quoi rendre impatient d’entendre Karine Deshayes chanter l’intégralité du rôle en février 2018. Dans la Romance d&rsquo;<em>Otello</em>, là aussi plus qu&rsquo;<a href="http://www.forumopera.com/cd/karine-deshayes-une-vie-de-rossini-nee-pour-chanter-rossini">au disque</a> ou <a href="http://www.forumopera.com/a-lopera-avec-karine-deshayes-paris-prenons-du-plaisir">en concert en novembre dernier aux Invalides</a>, la façon dont l&rsquo;interprète dépasse la pureté de la mélodie et tout ce qu&rsquo;elle impose en termes de souffle et de maintien pour rendre perceptible l&rsquo;angoisse diffuse de Desdemona. C&rsquo;est lorsque l&rsquo;expression transcende ainsi la technique que la musique de Rossini prend tout son sens.</p>
<p>Deux bis – la cavatine de Rosina dans <em>Il barbiere Di Siviglia</em> et une <em>Canzonetta spagnuola</em> sauvage où Karine Deshayes laisse entrevoir la Carmen qu’elle sera début juin à Avignon – remercient le public de son enthousiasme. Souhaitons aux « beaux jours » de Biarritz d’autres beaux soirs comme celui-là.</p>
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