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	<title>Schwarzenberg - Ville - Forum Opéra</title>
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	<title>Schwarzenberg - Ville - Forum Opéra</title>
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		<title>SCHUBERT, Die Winterreise &#8211; Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-die-winterreise-schwarzenberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 Aug 2025 03:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une exceptionnelle Belle Meunière dimanche soir, ce deuxième cycle de Schubert présenté par Konstatin Krimmel et Ammiel Bushakevitz, devant le même public, suscitait évidemment beaucoup d’attentes. Le Winterreise contient une dimension d’ordre métaphysique (elle est moins présente dans Schöne Müllerin), les deux artistes allaient-ils rééditer leur exploit, dans un répertoire à la fois plus long, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une exceptionnelle <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-schone-mullerin-schwarzenberg/">Belle Meunière dimanche soir,</a> ce deuxième cycle de Schubert présenté par <strong>Konstatin Krimmel</strong> et <strong>Ammiel Bushakevitz</strong>, devant le même public, suscitait évidemment beaucoup d’attentes. Le <em>Winterreise</em> contient une dimension d’ordre métaphysique (elle est moins présente dans <em>Schöne Müllerin</em>), les deux artistes allaient-ils rééditer leur exploit, dans un répertoire à la fois plus long, plus intense et dramatiquement plus consistant ? La réponse est oui !</p>
<p>Nous ne reviendrons pas sur les qualités vocales exceptionnelles de Konstantin Krimmel, elle ne se sont pas estompées en deux jours, ni sur la complicité et la complémentarité surprenante qu’il entretient avec son pianiste, qui sont totales et exemplaires.</p>
<p>Le cycle commence tout en douceur, comme si toute la fatigue de l’hiver accablait déjà le chanteur, et le piano dans ses premières notes donne l’impression de prendre le train en marche, presque par effraction, de nous dévoiler une musique qui pré-existait, de rejoindre une aventure déjà commencée. On le sent d’emblée, la route va être douloureuse et longue. Le discours monte rapidement en intensité, mais tout le premier Lied est donné dans une atmosphère de grande simplicité et d’extrême douceur : tout un monde intérieur nous est offert, accessible dès les premières mesures. D’un Lied à l’autre le ton bien entendu va varier, entre désespoir, colère, résignation, et de temps en temps une magnifique lumière d’espoir, et au sein de chaque mélodie, beaucoup de contrastes, une dynamique très large dont Krimmel se sert pour relancer l’intérêt de l’auditeur, mettre un vers en exergue ou maintenir la pression dramatique qui sous-tend tout le cycle. Dès que le texte s’y prête, Krimmel interprète les personnages du récit, s’implique dans la narration, met du relief dans son discours, ce qui lui permet à d’autres moments de se ménager des élans de grande poésie (<em>Der Lindenbaum</em>, par exemple, ou <em>Auf dem Flusse</em>). L’auditeur est en prise directe avec la nature, si présente dans les textes de Müller, du fait que la salle ouvre côté jardin par de grandes baies vitrées sur la vallée, que le soir et quelques lourds nuages obscurcissent, en résonance directe avec le texte.</p>
<p>Le piano contribue de façon superbe, et techniquement parfaite, à établir chaque atmosphère, complètement dans le texte, lui aussi, et sans aucun effet démonstratif. <em>Rückblic</em>k est donné avec beaucoup de contraste entre les vers haletant du début et la tendresse du passage central ; dans <em>Irrlicht</em>, Bushakevitz trouve une couleur adéquate pour chaque strophe et répond ainsi à toutes les propositions du chanteur dont le discours est proprement poignant. Le cycle se poursuit, nouveaux contrastes dans <em>Rast</em>, où les phrases sont énoncées pianissimo, puis reprises en force, sentiment de fausse quiétude dans <em>Frühlingstraum </em>et de désespoir complet dans <em>Einsamkeit. </em>Sans interruption aucune, les musiciens entament la seconde partie du cycle sur un ton un peu plus positif, vite dissipé. Les menaces, les humeurs sombres se succèdent les unes aux autres, Krimmel développe un legato superbe dans <em>Die Krähe</em>, débouchant sur un crescendo impressionnant – la voix est pleine de réserves. On retrouve ce même lyrisme superbe et désespéré dans <em>Letze Hoffnung</em>, et un ton plutôt grinçant dans <em>Im Dorfe</em>, après un début narratif et contenu. <em>Stürmische Morgen</em> est l’occasion de montrer à nouveau toute l’ampleur et toute la puissance de la voix dans un climat proche de la terreur. Comme une petite danse innocente – à prendre au second degré – <em>Taüschung</em> introduit la dernière partie du cycle, les cinq Lieder les plus sombres : <em>Der Wegweiser</em>, où la fatigue du chemin, le rythme de la marche au piano, et une lente mélodie désespérée soutenue par un légato sublime expriment en un poignant oxymore à la fois le chemin parcouru et l’immobilisme ;<em> Das Wirthaus, </em>teinté d’amertume où pointe aussi la délectation morose, maintient peu ou prou la même atmosphère. <em>Mut</em>, sonne comme un cri éclatant, conduisant le voyageur vers le surnaturel (<em>Die Nebensonnen</em>) ; serait-il en train de perdre l’esprit ? Le chant est magnifique et poignant, complètement désespéré. La roue de la vielle, (<em>Der Leierman</em>) est aussi celle du cycle. Elle tourne quoi qu’il advienne, immuable, la plupart ne l’écoutent pas mais ceux qui l’entendent y voient l’expression du désespoir le plus sombre. Ce <em>Winterreise</em>  se termine en douceur, comme il avait commencé, par un long silence. Jamais il n’aura autant emporté son public, tant les émotions sont sincères, proches du texte, chantées avec simplicité et authenticité. Aucun geste inutile, aucun ornement, aucun effet de manche ou cabotinage, rien que la seule puissance de la musique et de la poésie, servies avec humilité et un talent fou.</p>
<p>Récompensés par des tonnerres d’applaudissement, les deux artistes très émus salueront longuement, mais ils en resteront là, et c’est très bien ainsi. La pluie n’a pas cessé, chacun s’en retourne chez lui dans la nuit noire, bouleversé par l’expérience, confronté à lui-même, comme il se doit.</p>
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		<title>Récital Patrick Grahl &#038; Daniel Heide &#8211; Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-patrick-grahl-daniel-heide-schwarzenberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Patrick Grahl est un grand jeune homme un peu raide et plein d’assurances, qui cultive, non sans un certain conservatisme, l’art du Lied. Né et formé à Leipzig, d’abord dans le chœur d’enfants de Saint-Thomas puis au conservatoire avec Peter Schreier, il vient de faire son premier enregistrement en tant qu’évangéliste dans la Passion selon &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Patrick Grahl</strong> est un grand jeune homme un peu raide et plein d’assurances, qui cultive, non sans un certain conservatisme, l’art du Lied. Né et formé à Leipzig, d’abord dans le chœur d’enfants de Saint-Thomas puis au conservatoire avec Peter Schreier, il vient de faire son premier enregistrement en tant qu’évangéliste dans la Passion selon Saint-Mathieu, de participer à la production de <em>Die</em> <em>Schöpfung</em> de Haydn avec Philippe Herreweghe, sa carrière prend un envol international sous les meilleurs auspices. Nous l’avions entendu déjà <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-schone-mullerin-schwarzenberg-au-seuil-dune-tres-belle-carriere/">en juin 2022 dans la <em>Belle Meunière</em></a>. A relire le compte rendu de ce concert, l’impression est toujours la même et les qualités exceptionnelles de la voix toujours aussi impressionnantes, avec des progrès dans la décontraction et l’approfondissement du répertoire.</p>
<p>Grahl commence son récital, principalement centré sur des poèmes de Heinrich Heine, par six mélodies de Mendelssohn. La voix, puissante, très libre et légèrement nasale, rappelle évidemment – mais c’est une illustre référence – celle de son professeur Peter Schreier, avec le même éclat brillant dans les aigus, la même agilité, un splendide legato, et l’impression qu’il peut tout faire, toutes les couleurs dans toutes les tessitures. L’interprétation dans cette première partie de programme, laisse peu transparaître de la personnalité de l’artiste, comme si l’homme se cachait timidement derrière sa voix, sans conteste son meilleur atout.</p>
<p>Connaissez-vous Johann Vesque von Püttlingen ? Né à Opole (aujourd’hui c’est la Pologne, mais à l’époque c’était la Prusse) d’un père né à Bruxelles (à l’époque c’étaient les Pays-Bas Autrichiens) que les affres de l’exil avaient conduit à servir la famille Lubomirski. Juriste, diplomate, il fit carrière à Vienne où il devint l’ami de Johann Vogl, le baryton à qui Schubert dédia une partie de ses Lieder et qui en fut un brillant interprète. Et c’est ainsi, en amateur, mais avec tout de même une solide formation musicale, à l’imitation du cercle brillant auquel il appartenait, qu’il se mit à composer, principalement des Lieder. Et parmi ceux-ci, un recueil sur des textes de Heine intitulé <em>Die Heimkehr</em>, remplis d’un humour un peu grinçant et décalé, parfois jusqu’à la noirceur ou l’autodérision, c’est la veine la plus féconde de ce poète. La découverte de ce répertoire rare permet au chanteur d’explorer une dimension humoristique et même carrément burlesque, un ton qu’on n’attendait pas nécessaire chez lui et dont il s’acquitte fort bien ; il fait surgir le diable lui-même dans les deux dernières mélodies, qui se terminent ironiquement par une forme chorale, presque un sacrilège !</p>
<p>Viennent ensuite, pour conclure la première partie du récital, cinq mélodies de Schubert sur des textes de Seidl, visiblement un ajout récent au répertoire des deux musiciens, puisque Grahl les chante avec partition – la communication avec le public s’en ressent – et que le travail avec le pianiste, hésitations et survol, semble plutôt un chantier en cours d’élaboration qu’un accomplissement. Le très beau <em>Zügenglöcklein</em> est néanmoins magnifiquement construit, avec beaucoup de relief malgré sa structure strophique un peu répétitive.</p>
<p>L’œuvre majeure du programme arrive en seconde partie, puisqu’il s’agit du <em>Dichterliebe</em> de Schumann – rien moins – qui va s’avérer extrêmement périlleux pour le pianiste, ce dont tout le monde s’étonne, Daniel Heide est pourtant très familier de l’œuvre (peut-être pas dans sa tonalité originale ?). Toujours est-il qu’il loupe la première modulation du premier Lied, semant le trouble dans le public tout en laissant le chanteur imperturbable. D’autres trop nombreux accidents au piano émailleront la prestation, par défaut de préparation ou d’attention, on ne sait, et c’est fort dommage car le chanteur, lui, est tout simplement époustouflant de bout en bout. Avec une maîtrise parfaite du texte, un sens poétique jamais en défaut, les Lieder s’enchaînent les uns aux autres, dans un discours parfaitement fluide, et servis par une voix digne de tous les éloges. Construisant son interprétation sur le contraste des atmosphères, tour à tour véloce (<em>Die Rose, die Lilie</em>), philosophique (<em>Wenn ich in deine augen seh)</em> ou tendre (Ich will meine Seele tauchen), il peut aussi se montrer solennel (<em>Im Rhein</em>) ou très assertif (<em>Ich grolle nicht</em>), glissant un sourire dans la voix pour <em>Und wüssten’s die Blumen.</em> Après un nouvel incident au piano dans le neuvième Lied, le chanteur profite de l’écoute remarquablement attentive du public pour livrer sur le ton de la confidence, tout en retenue et émotion <em>Hör’ ich das Liedchen klingen</em>. On passe ensuite à un ländler doux-amer, puis à un sublime <em>Leuchtende Sommermorgen</em>, tout en demi-teintes, offert comme une caresse, dans un sentiment d’apaisement et de sérénité, sans doute le point culminant du cycle.</p>
<p><em>Ich hab’ im Traum geweinet</em> est magnifiquement structuré autour du silence, que vient rompre la voix a cappella, et dont la dernière et longue phrase est chantée dans un seul souffle, une véritable prouesse. Le rêve se poursuit encore avec la mélodie suivante, s’interrompt pour de nouveaux incidents pianistiques (remous dans l’assistance) mais qui ne parviendront pas à déconcentrer le chanteur dans <em>Aus alten Märchen</em> – et le cycle se termine avec beaucoup d’émotion dans la voix, presque des trémolos, pour la dernière phrase<em>, Ich senkt&rsquo; auch meine Liebe und meinen Schmerz hinein.</em></p>
<p>Comme on aurait aimé ne pas devoir distinguer la performance du chanteur, réellement exceptionnelle, de celle du pianiste, vraiment décevante…</p>
<p>Deux bis viendront clore l’après-midi, <em>Mondnacht</em> de Schumann et <em>Nachtlied</em> de Mendelssohn, tous deux sur des textes d’Eichendorff.</p>
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		<item>
		<title>SCHUMANN / SCHUBERT, Liederabend &#8211; Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schumann-schubert-liederabend-schwarzenberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tenir un récital à deux est un exercice difficile à plus d’un titre. La composition d’un programme cohérent, avec des propositions de sens ou la construction d’une progression dramatique, n’est pas aisée lorsqu’il faut tenir compte des impératifs de deux chanteurs. Il faut éviter que les Lieder s’enchaînent comme les perles d’un collier, comme autant &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tenir un récital à deux est un exercice difficile à plus d’un titre. La composition d’un programme cohérent, avec des propositions de sens ou la construction d’une progression dramatique, n’est pas aisée lorsqu’il faut tenir compte des impératifs de deux chanteurs. Il faut éviter que les Lieder s’enchaînent comme les perles d’un collier, comme autant de petites bulles isolées sans réel rapport entre elles. On attend aussi des interprètes qu’ils s’appliquent à construire une relation, une communication avec le public alors que l’interlocuteur change toutes les cinq minutes. Enfin, il faut aussi que les voix s’accordent entre elles, avec une convergence esthétique et stylistique.</p>
<p><strong>Sophie Rennert</strong>, récitaliste expérimentée, est l’hôte des Schubertiades depuis 2020. Graduée de l’université de Vienne, elle couvre tous les répertoires et s’est fait remarquer lors de sa participation à l’enregistrement de l’intégrale des Lieder de Brahms chez Hyperion, en compagnie de Graham Johnson. Elle a une voix de mezzo assez typée, une technique éprouvée qui lui permet d’être à son aise dans tous les registres de la voix, une belle diction, et développe un style d’interprétation très traditionnel, où chaque effet semble étudié et chaque émotion bien contrôlée. Cette voix se présente avec un petit vibrato serré, mais alors que beaucoup de ses consoeurs se servent du vibrato comme d’un élément expressif parmi d’autres, une façon de varier le timbre ou la couleur, il est ici présent en permanence, un élément constitutif de la voix en quelque sorte, ce qui finit par irriter.</p>
<p>Papageno très apprécié, <strong>Ludwig Mittelhammer</strong> s’est aussi fait remarquer dans l’oratorio. Sa belle voix de baryton, généreuse et très stable est de celles qu’on apprécie d’emblée, mais qu’on ne retient pas nécessairement, une voix assez standard mais de très bon niveau. Stylistiquement, son approche du répertoire est beaucoup plus spontanée, plus tournée vers l’expression directe des émotions, plus moderne sans doute que celle de sa partenaire. Mais ils se connaissent depuis un petit temps déjà, ont participé aux mêmes master-classes, et on peut imaginer qu’ils ont pris plaisir à élaborer la programmation de ce récital à deux, ou plutôt à trois, avec le pianiste <strong>Joseph Middleton</strong>, grand familier du Lied, lui aussi.</p>
<p>Beaucoup de pièces peu connues figurent au programme, en particulier dans la première partie consacrée à Schumann, et on doit saluer cette incursion en des territoires moins courus. Chacun a sans doute apporté en guise de bagage son répertoire propre, on a recherché quelques duos qui puissent s’y insérer, et voilà l’affaire bouclée. Mais cela ne fait pas un programme cohérent pour autant. On peine à trouver un fil rouge, ou même une thématique commune aux Lieder enchaînés ici ; on ne perçoit pas plus les raisons qui les font apparaitre dans un ordre plutôt qu’un autre, on ne sent guère de progression dramatique. Autre réserve, il n’est pas certain que les deux voix s’accordent si facilement. La différence de style, le fait qu’il s’agisse de deux tessitures graves, une approche plus conventionnelle d’un côté, plus émotionnelle et spontanée de l’autre, nuit un peu à la cohérence de la proposition globale. On n’évite pas non plus la surenchère sonore entre les deux voix dans les duos.</p>
<p>A ces réserves près, le récital contient quelques pages très réussies, des moments de toute beauté tant dans Schumann que dans Schubert, parmi lesquels on relèvera par exemple <em>Die Kartenlegerin</em>, plein d’un humour distancié, <em>Mädchen-Schwermut</em> émouvant,  <em>Dichters Genesung</em>, pièce plus consistante et bien menée, <em>Aufträge</em> autre passage réussi qui fait surtout travailler le pianiste (!) et <em>Nachtlied </em>sur un texte de Goethe, que le baryton conduit splendidement en prenant le risque du pianissimo, un très beau moment de poésie. La première partie du récital se termine sur le duo <em>Die tausend Grüße, die wir dir senden</em>, très animé et plein d’humour. Ceci dit, l’alternance des voix ne me semble pas très heureuse dans Schumann, dont le discours musical est déjà fait de courts fragments, d’idées surgies et à peine développées, de ruptures et de reprises, sans qu’il faille encore ajouter le changement permanent d’interprète.</p>
<p>C’est un peu différent dans Schubert, qui s’accommode mieux de cette alternance. Le répertoire choisi pour cette seconde partie est aussi plus familier, avec pour moment fort <em>An die Entfernte</em>, Goethe encore, investi d’une belle intensité dramatique, <em>Alinde</em>, très jolie mélodie fort bien rendue, <em>An die untergehende Sonne</em>, sorte d’ode au soleil menée avec une simplicité de bon aloi et un changement de couleur très bienvenu dans la partie centrale, ou encore <em>Sehnsucht</em>, le texte cette fois est de Schiller, dans une veine épique, pleine de vie et de vaillante ardeur.</p>
<p>Joseph Middleton, le pianiste de cette aventure, aura sans doute découvert lui aussi pas mal de répertoire à l’occasion de ce récital hors des sentiers battus, et la mise en place est solide, on n’en attendait pas moins du grand professionnel qu’il est. Son jeu solide parait parfois un peu percussif et trop présent ; sans doute le travail de musique de chambre avec les chanteurs n’est-il pas complètement abouti, il y manque encore souvent de la délicatesse dans la recherche de couleurs et une vision poétique des mélodies présentées.</p>
<p>En guise de bis, les deux artistes interpréteront encore le <em>Nachtgesang</em> de Schubert :  <em>Liebe ist ein süßes licht,</em> l’amour est une douce lumière. Tout un programme…</p>
<p>Tant en ce qui concerne la consistance du répertoire que l’intensité de l’interprétation, la soirée – sans démériter vraiment – laisse un peu l’auditeur sur sa faim. Sans doute la comparaison avec <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-schone-mullerin-schwarzenberg/">l’exceptionnelle <em>Belle Meunière</em> de Konstantin Krimmel et Ammiel Bushakevitz</a> entendue la veille constituait-elle un voisinage trop éclatant…</p>
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		<title>Récital Andrè Schuen et Daniel Heide &#8211; Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-andre-schuen-et-daniel-heide-schwarzenberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Aug 2025 07:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Schwarzenberg est un village de montagne dans le Vorarlberg autrichien, niché dans un paysage superbe et que rien ne distinguerait des autres s’il ne bénéficiait pas d’une salle de concert de 600 places, rénovée en 2001, infrastructure précieuse qui justifie la présence ici depuis 1976 d’un festival de grande qualité. La programmation, centrée autour de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Schwarzenberg est un village de montagne dans le Vorarlberg autrichien, niché dans un paysage superbe et que rien ne distinguerait des autres s’il ne bénéficiait pas d’une salle de concert de 600 places, rénovée en 2001, infrastructure précieuse qui justifie la présence ici depuis 1976 d’un festival de grande qualité. La programmation, centrée autour de l’œuvre de Schubert, fait alterner concerts de musique de chambre et récitals de Lieder. Cette belle salle tout en bois, déguisée en chalet alpin, présente une acoustique idéale pour le répertoire qu’elle entend servir, et attire depuis près de 50 ans un public tant local qu’international, nous sommes ici au cœur de l’Europe, à deux pas des frontières suisse et allemande.</p>
<p>La session d’août s’ouvrait hier par un récital d’<strong>Andrè Schuen</strong>, baryton né lui aussi dans les Alpes, mais du côté italien, pur produit du Mozarteum de Salzbourg. Ce tout jeune quadra, repéré par les Schubertiades en 2015 déjà, s’est depuis lors produit sur les plus grandes scènes internationales, fut un Guglielmo inoubliable à Salzbourg en 2020 et enregistre en exclusivité pour Deutsche Grammophon, c’est dire s’il a fait du chemin. Il proposait un programme intitulé « Rêves / Cauchemars » constitué de Lieder de Strauss, Wagner et Zemlinsky, accompagné de son fidèle pianiste <strong>Daniel Heide</strong>, remarquablement attentif, inventif et efficace, tout en restant discret, le rêve pour tout chanteur !</p>
<p>Depuis ses débuts, Schuen a mis un peu d’ordre dans sa chevelure, conservé son allure fière et élancée, avec un rien de nonchalance, beaucoup de décontraction et un charme fou, qui vous conquiert une salle avant même d’émettre un son. L’allure athlétique, vêtu d’un simple Tshirt sous son costume bleu nuit, il entame son récital par Strauss, sans aucun artifice, avec une voix naturellement belle, nourrie, gouleyante, quasiment aussi libre qu’une voix parlée. En récitaliste accompli, il met le texte, la poésie tout à l’avant plan, n’hésite pas à s’exposer dans des nuances pianissimo, avec une intériorité riche de mille nuances et sans aucune affectation. Nous sommes ici au cœur de la tradition germanique, une civilisation qui place musique et poésie au-dessus de tout, le Lied au sommet de la pyramide, à l’opposé de ceux qui le considèrent comme un art d’agrément. Variant les couleurs avec spontanéité, une sincérité très communicative, parfois au détriment de la précision, il parcourt l’œuvre de Strauss en poète, avec un lyrisme discret, sans guimauve ni mauvais goût.</p>
<p>Un baryton est-il autorisé à chanter les <em>Wesendonck-Lieder</em> ? Il est certain que Wagner pensait à une voix de femme pour ces cinq mélodies dédiées à sa bien aimée, mais le texte peut bien s’entendre avec une voix d’homme, à l’heure où les frontières de genre sont sans cesse questionnées. Il existe d’ailleurs quelques exemples illustres de chanteurs qui s’y sont confrontés, plutôt avec succès, dont <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/matthias-goerne-et-lorchestre-national-de-france-paris-tce-les-tableaux-crepusculaires-dun-maitre/">Matthias Goerne en mars 2022 au Théâtre des Champs Elysées</a>,  ou au disque chez DGG, ainsi qu’une version ténor de Michael Spyres à Strasbourg en janvier 2024, <a href="https://archive.org/details/michael-spyres-wagner-wesendonck-lieder-strasbourg-26.01.2024">disponible sur le net</a> . Mais la plupart du temps, ce répertoire reste malgré tout l’apanage des voix féminines. Si Daniel Heide s’efforce de transformer son piano en orchestre symphonique, et réussit même à lui donner des couleurs…brahmsiennes (!), Schuen n’a pas tout à fait le legato qu’on attend ici, même si sur le plan poétique, le rendu des atmosphères et le sens du texte, il rend justice à ces mélodies. Le lyrisme, le souffle wagnérien fait un peu défaut au début, mais le climat dramatique de <em>Traüme</em>, préfiguration de Tristan et Isolde, lui convient assez bien.</p>
<p>En seconde partie de programme, ce sont quatre mélodies peu connues de Zemlinsky, son opus 8 sur des textes anti-militaristes composées vers 1900 et du plus grand intérêt. Les deux dernières en particulier, sur des textes de Detlev von Leliencron font songer au <em>Dormeur du val</em> d’Arthur Rimbaud. Dans une veine musicale ironiquement héroïque, qui convient magnifiquement à notre baryton, ces mélodies qui évoquent les misères du soldat sonnent encore aujourd’hui comme un salutaire appel à la paix, bien loin donc de la musique de salon ! Merci pour cette découverte.</p>
<p>Retour à Richard Strauss pour la dernière partie du récital qui s’achève par les quatre magnifiques mélodies de l’opus 27, dont <em>Ruhe, meine Seele</em> et <em>Morgen !, </em>des chefs-d’œuvre absolus interprétés ici avec tout le soin nécessaire, des aigus très brillants dans <em>Heimliche Aufforderung</em>, et une fragilité confondante dans <em>Morgen !</em>. Du grand art, incontestablement.</p>
<p>Deux bis viendront récompenser l’ardeur du public<em>, Zueignung</em> de Strauss sur un texte de Hermann von Gilm et <em>Tragödie</em> de Robert Schumann sur un texte de Heinrich Heine.</p>
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		<title>SCHUBERT, Schöne Müllerin &#8211; Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-schone-mullerin-schwarzenberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Aug 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Posture romantique, la chemise ouverte et la chevelure en crinière de lion, Konstantin Krimmel est une sorte de géant venu des montagnes, un physique impressionnant qui cache un cœur tendre. Nous l’avions déjà entendu et repéré ici-même en 2022, voix exceptionnelle qui promettait déjà beaucoup. Eh bien, il a encore fait des progrès ! Né à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Posture romantique, la chemise ouverte et la chevelure en crinière de lion, <strong>Konstantin Krimmel</strong> est une sorte de géant venu des montagnes, un physique impressionnant qui cache un cœur tendre. Nous l’avions déjà <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-konstantin-krimmel-et-ammiel-bushakevitz-elegance-et-poesie/">entendu et repéré ici-même en 2022</a>, voix exceptionnelle qui promettait déjà beaucoup.</p>
<p>Eh bien, il a encore fait des progrès !</p>
<p>Né à Ulm dans une famille d’origine roumaine, il a reçu sa formation à Stuttgart. Repéré par les Schubertiades dès 2020, lauréat de nombreux prix, il s’est vu offrir des concerts régulièrement depuis lors, avec pour couronnement cette année-ci trois récitals couvrant les trois grands cycles de Schubert : <em>Schöne Müllerin</em> hier soir, <em>Winterreisse</em> mercredi prochain (nous y serons) et <em>Schwanengesang </em>samedi : une véritable consécration.</p>
<p>La voix est idéalement placée, très en avant dans le masque facial, ce qui lui permet toutes les nuances, du pianissimo le plus tendre au fortissimo le plus tonitruant sans rompre la ligne de chant, mais aussi une magnifique variété de couleurs et de relief. La voix est parfaitement libre, tout le haut du corps est détendu, la diction très soignée, le visage s’éclaire d’expressions toutes liées au texte, exprimant avec franchise et sincérité les émois du jeune apprenti meunier qu’il incarne presqu’idéalement, avec son physique d’homme des bois taille XL. Tout ici est réuni pour donner vie à une partition que tout le monde connait, à l’endroit et à l’envers, ce qui génère toujours des attentes démesurées.</p>
<p>Dès l’entame du cycle, le ton est donné : par les couleurs de la voix, par une ornementation discrète et libre, dans le genre de celle que Julian Prégardien a défendu dans son enregistrement paru l’an dernier, principalement dans les Lieder strophique où la même mélodie revient abondamment, et avec la complicité absolue d’<strong>Ammiel Bushakevitz </strong>au piano, on y reviendra, il place son interprétation sous l’angle de la narration, évitant la théâtralité d’une personnalisation trop immédiate, mais en respectant les alternances de climat voulues par la partition.</p>
<p><em>Wohin ?</em> est donné tout en nuances, en insistant sur les figuralismes qui nous font entendre le bruissement du ruisseau, <em>Halt !</em> est un joyeux paysage où pointe déjà une question que le Lied suivant poursuit. Et avec quel plaisir il tient tous les rôles dans <em>Am Feierabend</em>, exagérant les contrastes, introduisant une note d’humour. En rupture complète et dans la simplicité, <em>Der Neugierige</em> est très mesuré, d’une grande délicatesse, délicieusement poétique, propre à générer l’émotion. Nouvelle couleur avec <em>Ungeduld</em> : on est entièrement dans le texte, joué presque comme au théâtre, avec une réelle virtuosité vocale jamais prise en défaut. La simplicité confondante de <em>Morgengruß </em>renoue avec la narration pure, de même que <em>Des Müllers Blumen, </em>d’une naïveté presqu’enfantine, exprimée par des nuances piano d’une grande pureté. Krimmel n’est jamais aussi émouvant que quand il dépose les armes, abandonnant toute idée de beau chant – sa voix splendide suffit – pour raconter les choses simplement. Il fait confiance à la partition : sous le texte un peu fade de Müller se déploie le chant pur de la musique de Schubert qui sauve tout.</p>
<p>Vient ensuite <em>Tränenregen </em>donné avec un certain détachement philosophique, rehaussé par les petites ritournelles du piano, très investies, et le magnifique passage en mineur à la dernière strophe du Lied. <em>Mein ! </em>introduit une nouvelle rupture de ton et un retour à la virtuosité. C’est aussi l’occasion pour le chanteur de montrer une personnalité très forte, imaginative, capable d’un investissement permanent sous des dehors détendus. La voix est pleine de réserves, dont il use librement dans <em>Pause</em>, largement orné à nouveau, d’une grande modernité de ton mais sans enfreindre la tradition. Ironique et un peu cabot dans <em>Mit den grünen Lautenbande</em>, il montre une diction impeccable dans <em>Der Jäger</em>, une virtuosité impressionnante sans détimbrer aucunement, qui se poursuit encore dans le Lied suivant.</p>
<p><em>Die liebe Farbe </em>constitue sans doute la cime de la grande arche que Krimmel construit un peu à notre insu, où il pousse le pathétique à son paroxysme dans des nuances proprement sublimes à force de simplicité et de délicatesse. Il réserve ses moyens vocaux considérables pour <em>Die böse Farbe </em>et tient son public en haleine pour <em>Trockne Blumen </em>: l’intensité expressive est maximale, avec une belle intériorité magnifiée encore par la simplicité de la mélodie, et rehaussée entre chaque strophe par de longs silences qui en renforcent le sens. Du très grand art ! Le cycle bascule alors vers une mélancolie résignée, une émouvante lassitude (<em>Der Müller und der Bach) </em>et une conclusion en forme de constat philosophique (<em>Des Baches Wiegenlied</em>). L’histoire va s’achever comme elle a commencé, en toute simplicité, et sans aucun signe de fatigue.</p>
<p>D’avoir ainsi détaillé chaque mélodie du cycle, on en oublierait presque de parler de la construction de l’ensemble qui est pourtant parfaitement présente, et dont on ne se rend vraiment compte qu’à la fin, à l’heure où la nature consolatrice apporte la paix et la résignation. L’engagement total des deux musiciens pendant tout le cycle, leur parfaite maîtrise et leur talent, ils les ont mis au service de la narration, de la spontanéité, et de l’épanouissement vocal. C’est cela qui a permis de faire émerger le sens et la poésie du texte (celui de Müller, mais surtout celui de Schubert). Et que dire du pianiste, partenaire de longue date, qui tout au long du récital, aura su se montrer discret, mettant sans cesse le chanteur en avant, en parfaite unicité d’intention avec lui, et pourtant bien présent dès qu’il est seul entre deux strophes ou en de courts postludes. La construction du cycle, qu’on sent très travaillée, est réellement affaire commune aux deux musiciens, une seule intention, une seule voix menée à deux plutôt qu’un dialogue, un type de complicité que seule permet une longue expérience à deux.</p>
<p>La concentration de Krimmel est telle qu’une fois le cycle terminé tout en douceur, il impose par sa seule immobilité un long et magnifique silence au public, pourtant débordant d’enthousiasme. La salle finira pourtant par s’exprimer en une explosion spontannée pour une longue standing ovation. On sent les deux musiciens très émus par ces acclamations. De guerre lasse et après de nombreux rappels, ils accorderont encore un bis, <em>Süßes Begräbnis</em> de Carl Loewe sur un texte très sombre de Friedrich Ruckert, choisi, comme l’explique longuement le chanteur, pour sa proximité de climat avec les deux derniers Lieder du cycle.</p>
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		<title>Récital Ian Bostridge &#8211; Julius Drake — Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-ian-bostridge-julius-drake-schwarzenberg-entre-ravissement-et-deception/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Jun 2022 08:05:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il n’a jamais rien fait comme tout le monde. Depuis le tout début de sa carrière, Ian Bostridge cultive son originalité, ces façons de faire qui ne sont qu’à lui, et qui, à côté d’un évident talent, l’ont porté à côté de quelques autres au sommet de l&#8217;univers du Lied. On pardonnait ses excentricités, son étrange maintien &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il n’a jamais rien fait comme tout le monde. Depuis le tout début de sa carrière, <strong>Ian Bostridge</strong> cultive son originalité, ces façons de faire qui ne sont qu’à lui, et qui, à côté d’un évident talent, l’ont porté à côté de quelques autres au sommet de l&rsquo;univers du Lied. On pardonnait ses excentricités, son étrange maintien en scène (ou doit-on plutôt parler d’absence de maintien ?) sa prononciation exagérément articulée, aux limites de la préciosité, ses attaques agressives, sa façon aussi de faire ressortir une syllabe comme pour réveiller l’auditeur, au risque de briser la ligne du chant. La voix est belle, reconnaissable entre toutes, riche de mille couleurs, l’homme est intelligent, très cultivé et musicien, que demander de plus…</p>
<p>Alors, était-ce un soir de méforme, ou déjà un signe du temps qui passe sur la voix après presque trente ans de carrière, toujours est-il que ce que nous avons entendu hier n’était plus en mesure de faire oublier tout le reste : le visage torturé de grimaces et de rictus du chanteur, comme s’il subissait Dieu sait quelle souffrance épouvantable, le corps comme secoué de spasmes, les mains nouées, le balancement d’un pied sur l’autre sans jamais trouver de position d’équilibre, un incessant remue-ménage à l’opposé de ce qu’on pourrait attendre – dans Schubert du moins – de simplicité et de sérénité et qui détourne tant l’attention qu’on finit par décider de fermer les yeux.</p>
<p>La voix elle aussi, a un peu de mal à trouver son équilibre : les aigus sont un peu moins souples, moins gouleyants que par le passé, la couleur des voyelles est souvent altérée, avec des A très assombris, et des I pointus comme des flèches. Les qualités qu’on lui connaît depuis toujours sont bien présentes cependant : richesse des couleurs, soin apporté aux détails, diction très claire, sens du texte et parfaite connaissance du romantisme allemand.</p>
<p>Et lorsqu’on ferme effectivement les yeux, ainsi débarrassé des mimiques du chanteur et de son encombrant manège, ce qu’on entend le mieux, et c’est un pur délice, c‘est le pianiste. <strong>Julius Drake</strong>, partenaire de Bostridge depuis de très nombreuses années, apporte par sa réconfortante présence, sa régularité, son sens de la phrase et sa vision toujours inspirée du texte, le climat musical et poétique qu’il faut ; si l’un n’est que charge, caricature et exagération, l’autre n’est que rondeur, mesure et poésie.</p>
<p>Balançant ainsi entre émerveillement et agacement, l’auditeur fait son miel de quelques moments choisis, un magnifique <em>Lob der Tränen </em>où le pianiste développe des merveilles de poésie, un délicieux <em>Wiegenlied</em>, également superbement accompagné, <em>Die Sterne</em>, grand moment de poésie, un exceptionnel <em>Strophe aus « Die Götter Griechenlands », </em>au prix de quelques autres moments très contestables, <em>Rastlose Liebe</em> rempli de pitreries qui cachent mal une certaine faiblesse vocale, <em>Versunken</em> attaqué avec violence et beaucoup trop rapidement, jusqu’au <em>An dem Mond</em> final où le chanteur, complètement déconcentré butte sur un mot – ça arrive – ne parvient pas à se reprendre, se prend la tête entre les mains dans un geste de désespoir. Imperturbable et souriant, Julius Drake sans s&rsquo;interrompre rejoue l’introduction et le chanteur reprend, mais la magie, elle, a disparu pour de bon.</p>
<p> </p>
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		<title>Liederabend — Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/liederabend-schwarzenberg-enthousiaste-jeunesse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jun 2022 17:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En marge des nombreux récitals présentés cet été à Schwarzenberg figurait ce concert de quatuor vocal, entièrement consacré à Schubert, et révélant un répertoire rarement donné en dehors de l’Autriche, puisé au sein de la très abondante (mais inégale) littérature schubertienne pour petits ensembles vocaux avec piano. Ces œuvres souvent composées sur un coin de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En marge des nombreux récitals présentés cet été à Schwarzenberg figurait ce concert de quatuor vocal, entièrement consacré à Schubert, et révélant un répertoire rarement donné en dehors de l’Autriche, puisé au sein de la très abondante (mais inégale) littérature schubertienne pour petits ensembles vocaux avec piano. Ces œuvres souvent composées sur un coin de table dans un but de divertissement ou pour des circonstances diverses, mettent néanmoins en musique des textes de qualité. C’est toute une atmosphère de joyeuse camaraderie, d’interminables soirées entre amis arrosées de vin blanc frais, de longues conversations romantiques à refaire le monde qui sont évoquées ici et que tenteront de reproduire les cinq artistes de cette avant-soirée. Si le côté festif est bien présent, la réussite n’est cependant pas entièrement au rendez-vous.</p>
<p>Il y a d’abord que le quatuor vocal n’est guère homogène ; les voix intérieures, <strong>Mauro Peter</strong>, ténor entendu en récital l&rsquo;avant-veille et <strong>Sophie Rennert</strong>, mezzo-soprano dominent assez sensiblement le casting, tant vocalement que par leur plus grande expérience, face à <strong>Brenda Rae</strong>, soprano un peu instable au vibrato bien trop large pour ce type de répertoire et <strong>David Steffens</strong>, voix certes puissante, mais sans grande couleur lorsqu’il quitte la nuance forte. Ensuite, ces quatre chanteurs ont chacun résolu de se faire entendre, c’est pour cela qu’ils sont venus, et entre eux s’établit rapidement une surenchère vocale, au grand détriment de la lisibilité des partitions : c’est à qui prendra le dessus (et le conservera), et tant pis pour les autres, au point que le piano est entièrement couvert, lui qui pourtant donne le ton, le rythme et la structure dont tous ont bien besoin.</p>
<p>A-t-il manqué d’une répétition ou deux ? Ce concert d’après midi a-t-il été pris avec trop de désinvolture face à un répertoire que la plupart de ces solistes découvrent, et à la difficulté – toujours éprouvée – de chanter ensemble ? Si tout est rythmiquement en place, la hiérarchisation des voix, le sens des textes et les véritables propositions interprétatives font souvent défaut. Il y a aussi, il faut bien le reconnaître, que toutes ces partitions ne sont pas des chefs-d’œuvre, et que certaines pourraient bien sommeiller encore un peu au fond de leur tiroir sans déranger personne.</p>
<p>J’ignore si c’est <strong>Helmut Deutsch</strong> qui est à l’origine de cette programmation, ni si c’est lui qui a coaché l’ensemble ; toujours est-il qu’il semble un peu perdu et pas toujours inspiré – lui non plus – pour (par exemple) donner un sens à la scène de Faust présentée quasi comme un mélodrame, ou au très long poème <em>Cronnan</em>, dont la conduite et la construction dramatique sont peu claires.</p>
<p>La seconde partie du concert parait un peu mieux maitrisée, elle présente aussi des partions moins obscures : ainsi, <em>Der Tod und das Mädchen</em> en version pour soprano et mezzo-soprano sort du lot, mais <em>Der Jüngling un der Tod</em>, présenté ici comme une sorte de pendant pour ténor et basse manque sa cible tant la basse peine à s’imposer dans la nuance piano. Il se rattrape un peu dans le duo entre Hector et Andromaque, la veine héroïque convenant mieux à sa voix. Vient ensuite une version à deux voix du célèbre <em>Nur wer die Sehnsucht kennt</em>, émouvante, et enfin une longue et intéressante prière sur un texte de Friedrich de la Motte Fouqué, l’auteur d’<em>Ondine</em>, reprise par l’ensemble du quatuor. Séduit par la joyeuse atmosphère que fait régner toute cette belle jeunesse, et sans doute plus enthousiaste que moi, le public réclamera encore deux bis.</p>
<p> </p>
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		<title>SCHUBERT, Die Schöne Müllerin — Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-schone-mullerin-schwarzenberg-au-seuil-dune-tres-belle-carriere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jun 2022 16:15:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Né à Leipzig, Patrick Grahl a tout naturellement commencé sa formation de musicien dans le chœur d’enfants de Saint-Thomas avant de rejoindre le Conservatoire de sa ville où il fut l’élève de Peter Schreier. Il fit ses débuts de soliste à l’Opéra de Lyon et à la Fenice de Venise, fut un évangéliste remarqué dans le récent &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Né à Leipzig, <strong>Patrick Grahl</strong> a tout naturellement commencé sa formation de musicien dans le chœur d’enfants de Saint-Thomas avant de rejoindre le Conservatoire de sa ville où il fut l’élève de Peter Schreier. Il fit ses débuts de soliste à l’Opéra de Lyon et à la Fenice de Venise, fut un évangéliste remarqué dans le récent enregistrement de la <em>Passion selon Saint-Jean</em> dirigé par Hans-Christoph Rademann et compte déjà à son actif l’enregistrement d’un premier récital, comprenant les <em>Dichterliebe</em> de Schumann et paru chez Cavi-Music. Ses débuts ici à Schwarzenberg, dans une <em>Belle Meunière</em> tout simplement magistrale, sont le gage d’une carrière toute tracée comme récitaliste.</p>
<p>L’air d’un adolescent grandi trop vite, un peu engoncé dans son frac (un habit que sa génération ne porte plus guère), une tête de premier de la classe un peu trop sûr de lui, ce jeune homme entre en scène comme on part à la conquête monde. Le premier contact avec la voix est envoûtant : puissante, charnue, magnifiquement bien placée, cet instrument semble capable de toutes les couleurs imaginables dans toutes les dynamiques possibles. Le chanteur puise à sa guise dans ce nuancier très riche, composant son discours, élaborant ses propositions narratives avec goût et discernement. Sa diction est tout simplement parfaite, chaque mot est articulé sans que rien paraisse forcé, et sans que la ligne de chant soit jamais interrompue. Avec un sens aigu du texte, de la narration, il varie les propositions expressives, allant même jusqu’à ornementer un peu dans les longs Lieder strophiques, et trouve pour chaque personnage du récit une couleur différente. Il captive ainsi son public par l’abondance des propositions musicales, tout en restant dans le ton du cycle, qu&rsquo;il compose Lied après Lied, comme on trace un sillon.</p>
<p>Au caractère léger et divertissant du début succèdent les épisodes plus introspectifs, voire carrément douloureux qui révèlent chez lui une grande culture et une familiarité instruite avec l’univers romantique, mais aussi un monde intérieur plein de poésie et d’une rare maturité, qu’il livre pudiquement. Il n’hésite pas à chanter pianissimo, aux limites de l’audible, dégageant ainsi de très belles émotions, partagées avec une grande sincérité. Son intelligence du texte musical, sa grande concentration sont sans cesse mises au service du sens poétique de l’œuvre. On sent parfois le jeune chanteur un peu moins à son aise face à la surabondance de texte dans certains Lieder, ce qui l’oblige alors à plonger le nez dans la partition (dans <em>Der Jäger</em>, par exemple) au détriment de la communication visuelle avec le public, mais c’est là peu de chose. De toute évidence, le jeune ténor entre aujourd&rsquo;hui dans le cénacle des meilleurs chanteurs de Lieder de sa génération et une très belle carrière s&rsquo;ouvre devant lui.</p>
<p>A ses côtés, <strong>Daniel Heide</strong> particulièrement en forme fait assaut de propositions imaginatives, comme si l’aisance du chanteur libérait le pianiste de sa réserve, lui permettant alors un surcroit d’expressivité et quelques audaces pianistiques. A l’excellente diction du chanteur correspond l’excellente articulation du pianiste qui met en lumière telle mélodie, tel contrechant, tel élément rythmique ou percussif sans que ces petits coups de projecteur sonore paraissent artificiels. Ses propositions sont toujours en phase avec celles du chanteur, les renforcent, les magnifient, et ils forment ensemble un duo parfaitement complémentaire.</p>
<p>Patrick Grahl termine son récital dans le même état de fraicheur qu’il l’a commencé, sans aucune fatigue apparente. Mais quatre rappels bien mérités ne seront récompensés d’aucun bis, le cycle, c’est évident, se suffisant à lui-même.</p>
<p> </p>
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		<title>Récital Regula Mühlemann et Tatiana Korsunskaya — Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-regula-muhlemann-et-tatiana-korsunskaya-schwarzenberg-convaincre-ou-seduire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jun 2022 19:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Robe en lamé et chignon bien serré pour la chanteuse, satin noir et longue chevelure de jais pour la pianiste, le glamour fait ce soir son entrée, sur la scène de Schwarzenberg. Entre convaincre ou séduire, les deux jeunes femmes n’ont pas voulu choisir, et ont résolu de jouer sur les deux tableaux ! Dans un &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Robe en lamé et chignon bien serré pour la chanteuse, satin noir et longue chevelure de jais pour la pianiste, le glamour fait ce soir son entrée, sur la scène de Schwarzenberg. Entre convaincre ou séduire, les deux jeunes femmes n’ont pas voulu choisir, et ont résolu de jouer sur les deux tableaux !</p>
<p>Dans un récital partagé entre Schubert, pour la première partie, et Schumann pour la seconde, les deux jeunes femmes partent à l’assaut d’un public certes varié, mais exigeant et connaisseur. Depuis des années en effet, Schwarzenberg, petite localité nichée au milieu du Vorarlberg autrichien accueille dans un cadre idyllique et avec une programmation très pointue la fine fleur des interprètes du chant et de la musique de chambre. Le public vient de Zurich, de Bregenz ou même de Ulm, Augsbourg ou Munich, mais une large partie de la salle est purement locale, et donc rurale, tout aussi avertie et connaisseur, témoignant au passage que le répertoire du Lied romantique est encore bien vivant. Certes, le public n’est pas ici plus jeune qu’ailleurs, mais dans la génération de ceux qui ont reçu l’essentiel de leur éducation dans les années ’70, ce répertoire fait tout simplement partie de la culture générale, ou de la culture tout court, l’écoute particulièrement attentive et participative en témoigne. Pas de sonnerie de téléphone portable, donc, pas de toussotement, pas de bruit de sac en plastique ou de papier froissé, tout ici contribue à l’épanouissement de la musique dans une salle à l’acoustique exceptionnelle, entre gens de bonne compagnie, pour le plus grand bonheur de tous.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/muhlemann.jpg?itok=Gcf-0shx" title="Tatiana Korsunskaya, piano et Regula Mühlemann, soprano" width="468" /><br />
	Tatiana Korsunskaya, piano et Regula Mühlemann, soprano</p>
<p>Entrée dans le métier il y a une petite dizaine d’années, <strong>Regula Mühlemann</strong> se produit sur des scènes de plus en plus importantes. Elle sera Pamina dans quelques semaines à Salzbourg et fait aujourd’hui des débuts très remarqués aux Schubertiades. Sa voix, un soprano au vibrato serré et un peu acidulé, est absolument délicieuse, d’une grande fraîcheur, avec une technique bien rodée qui lui permet des aigus faciles et bien timbrés. La palette de couleurs est cependant assez limitée, et l’articulation est parfois un peu molle : la chanteuse ne s’aide guère des consonnes pour mettre du relief dans le texte, privilégiant toujours la ligne de chant, particulièrement belle et homogène, à la compréhension du poème mis en musique. A cette petite réserve près, l’ensemble de la prestation est de très haute tenue, présentée entièrement de mémoire, très contrôlée à défaut d’être toujours très poétique.</p>
<p>Dans Schubert, le ton est volontiers ingénu, voire infantile, en passant sur la sensualité de certains textes (dans <em>Heimliches Lieben</em> ou  <em>Versunken</em>, par exemple), et il faudra attendre la fin de la première partie pour trouver dans <em>Gretchen am Spinnrade</em>, magistralement interprétée, une émotion réellement incarnée. Tout est extrêmement soigné, travaillé, contrôlé, laissant peu de place à la subjectivité ou à la spontanéité.</p>
<p>Dans Schumann, qui convient visiblement mieux à son tempérament, elle offre davantage de couleurs (<em>Die Sennin</em>), une plus grande variété d’expressions et laisse entrevoir une plus grande part d’elle même dans le célèbre <em>Kennst du das Land</em>, particulièrement émouvant. La dernière partie du récital, Schumann toujours, mais des pages moins courues, permettra de très heureuses découvertes puisées dans les opus plus tardifs du compositeur créant une véritable apothéose.</p>
<p>Tout au long de la soirée, la chanteuse a pu compter sur le soutien infaillible et remarquablement solide de sa pianiste. Issue du conservatoire de Moscou, <strong>Tatiana Korsunskaya</strong> est aujourd’hui installée en Suisse où elle enseigne, à Bâle et à Bern. Sa précision  diabolique (pas une seule fausse note de toute la soirée), mais aussi son attention aux fluctuation de tempo de la chanteuse en ont fait une partenaire idéale. Son jeu, un peu sur la réserve dans Schubert, aurait sans doute bénéficié de plus de liberté de ton si la pianiste s’était laissé aller à un tout petit peu de désinvolture, ce qui semble très peu dans sa nature. Elle aussi s’est davantage révélée dans la deuxième partie de la soirée consacrée à Schumann, dont la très riche écriture pianistique lui fournit plus souvent l’occasion de briller pour son compte.</p>
<p>Les deux femmes visiblement complices recevront un accueil très chaleureux de la part du public, qui obtiendra encore deux bis, un <em>Blumenstrauss</em> puisé chez Mendelssohn, et l’inévitable Truite déjà entendue hier, mais toujours aussi fraîche en son ruisseau !</p>
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		<title>Récital Mauro Peter et Helmut Deutsch — Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-mauro-peter-et-helmut-deutsch-schwarzenberg-un-duo-tout-en-contrastes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jun 2022 16:40:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A l’occasion du 225e anniversaire de la naissance de Schubert, le festival de Schwarzenberg a mis sur pied l’ambitieux projet d’un cycle de récitals de Lieder reprenant l’intégrale de ceux publiés par Schubert de son vivant. On sait en effet qu’il a eu à cœur d’assurer la publication d’une partie de sa très abondante production de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A l’occasion du 225e anniversaire de la naissance de Schubert, le festival de Schwarzenberg a mis sur pied l’ambitieux projet d’un cycle de récitals de Lieder reprenant l’intégrale de ceux publiés par Schubert de son vivant. On sait en effet qu’il a eu à cœur d’assurer la publication d’une partie de sa très abondante production de Lieder (un tiers environ), en les regroupant suivant différents critères : en fonction de l’auteur des textes, en fonction du (ou de la) dédicataire, ou parce que les textes constituent déjà un ensemble cohérent, ou un cycle. Ces affinités voulues par le compositeur ont souvent un sens qu&rsquo;il est donc bien logique de vouloir le respecter en concert, en conservant à ces petits ensembles de Lieder rassemblés sous un même numéro d’opus, leur logique interne et leur cohérence.</p>
<p>Le récital de samedi soir faisait partie de ce vaste projet. Et le principal intérêt des intégrales est de remettre en lumière des œuvres oubliées ou injustement délaissées, qui sont alors autant d’intéressantes découvertes pour le spectateur même le plus averti.</p>
<p>Tête de bon garçon sur un corps de rugbyman, <strong>Mauro Peter</strong> s’est affirmé au cours des dix premières années de sa carrière comme un chanteur assez complet. Il s’est tout d’abord fait remarquer au concours Schumann de Zwickau en 2012 avant de rejoindre la troupe de l’opéra de Zürich, sa ville natale, puis de s’affirmer sur la plupart des grandes scènes germaniques. Une grande aisance naturelle, beaucoup de spontanéité, une juvénile ardeur et un plaisir très communicatif de chanter lui assurent la sympathie d’un public très large. Sa vision du Lied rattache le genre à ses traditions populaires, avec humour, franchise et émotions directes, plutôt qu’à la sophistication et au raffinement à outrance. Schubert s’en accommode volontiers, l’atmosphère ici est conforme à ce qu’on imagine des soirées viennoises du compositeur et de ses amis. La poésie n’est jamais loin, faite d’une certaine naïveté, d’émotions au premier degré et de beaucoup de sincérité, comme dans <em>Meeres Stille</em>, présenté ici avec une économie de moyens presque miraculeuse.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/mauro_peter.jpg?itok=C9uookH8" title="Helmut Deutsch, piano et Mauro Peter, ténor" width="468" /><br />
	Helmut Deutsch, piano et Mauro Peter, ténor</p>
<p>Voir ce bon géant accompagné par <strong>Helmut Deutsch</strong>, sans doute aujourd’hui le plus chevronné des pianistes spécialisés dans ce type de répertoire, c’est mesurer un contraste de génération, bien sur, mais aussi de personnalité : très extraverti du côté du chanteur, tout en retenue, modestie, mais aussi précision et remarquable efficacité du côté du pianiste. Faisant corps avec son instrument, il évoque par son attitude les célèbres silhouettes de Brahms au clavier. Très attentif à son partenaire qu’il cadre avec discrétion, il assure la cohérence de l’ensemble de la prestation, mettant un peu de rigueur juste là où il faut.</p>
<p>Chanteur et pianiste se complètent et s’entendent fort bien, livrant tout au long du récital une prestation globalement soignée, variée et agréable, avec son lot de véritables découvertes. La voix est parfaitement homogène dans tous les registres, le texte bien compréhensible, et si on peut regretter que Mauro Peter ne parvienne pas à s’affranchir complètement de la partition, on doit bien reconnaître que cela ne nuit guère, dans son cas, à ses qualités de communication avec le public.</p>
<p>C’est probablement la fin du récital, sur des poèmes de Goethe, qui révèlera le meilleur des deux musiciens, avec de magnifiques couleurs intimes dans <em>An dem Mond.</em></p>
<p>Deux bis viendront compléter le récital, l’inévitable <em>Die Forelle</em>, et un <em>Schweitzerlied</em> par lequel le chanteur rend un discret hommage à sa terre natale.</p>
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