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5 questions à Eva Mei

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Interview
10 juin 2005

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Comment avez-vous débuté ?

Tout de suite après le Concours Mozart de 1990, à Vienne, j’ai été engagée par l’Opéra de Vienne pour chanter Constance dans L’Enlèvement au sérail. Dans la foulée, j’ai été invitée à Zurich pour chanter Donna Anna dans Don Giovanni, ainsi qu’à Amsterdam, dans les deux cas sous la direction de Nicolas Harnoncourt. Et les engagements se sont enchaînés, La Reine de la Nuit à Berlin avec Barenboïm, à nouveau Constance à Londres sous la direction de Colin Davis… J’ai même chanté Traviata à Berlin avec Fabio Luisi, j’avais 23 ans …

Que représente ce personnage, pour vous ?

Beaucoup de choses parce que je crois profondément à l’efficacité rédemptrice de l’amour. Pour moi, dire que c’est une oeuvre pour la maturité ou la fin de la carrière est erroné. Une composante du personnage qui le rend profondément émouvant est sa jeunesse, qui rend la mort d’autant plus cruelle. Elle est jeune mais la vie qu’elle a menée a flétri son âme prématurément, et comme par miracle, l’amour d’Alfredo et pour Alfredo va lui rendre son innocence perdue. Je crois que même très jeune on peut sentir le rôle et l’âge n’y fait rien si on ne le sent pas. En tout cas, c’est ainsi que je vois les choses.

Cet opéra reflète toutes les facettes d’une femme ; la musique exprime d’une situation à l’autre toute la palette des sentiments. De plus, le drame de cette femme est intemporel. Dans le conflit avec la société bourgeoise incarnée par Germont elle semble vaincue, mais en fait elle est la seule à connaître une véritable évolution, et même si son corps lâche prise, sa mort n’est pas la fin de Violetta, elle devient par là-même le symbole de l’amour immortel. En fait, plus je chante ce rôle, pour moi qui chante aussi beaucoup Mozart, et plus je me rends compte que Verdi et Mozart sont les deux musiciens qui ont le mieux compris la psychologie féminine. Dans leurs opéras, dans la musique comme dans le livret, on trouve tout ce qu’il faut savoir pour les interpréter, tout est déjà dans la musique…

Comment voyez-vous la tradition italienne du beau chant ?

Existe-t-elle encore ? Il me semble qu’aujourd’hui le bel canto n’est plus enseigné. Mon grand-père maternel a enseigné pendant quarante ans au Conservatoire russe de Paris ; il avait fait partie de la troupe de Toti dal Monte et chanté avec Tetrazzini, Galli-Curci, Chaliapine. Il disait toujours : « le beau chant, ce n’est pas le beau cri ».

A cette carence de l’enseignement s’ajoute l’aspect mercantile de notre société, où les jeunes chanteurs ne sont plus considérés comme des artistes qui doivent se former et mûrir mais comme des produits dont il s’agit d’exploiter la vogue. On les confronte à des rôles qui excèdent leurs moyens, non par ambition artistique mais dans un esprit de « marketing » et évidemment beaucoup sont détruits par ce système.

On entend souvent dire : « il n’y a plus de voix ». Evidemment c’est faux, mais ce qui n’existe plus c’est la construction patiente d’une carrière. C’est dire à quel point le rôle et la responsabilité des agents et des directeurs d’opéras sont importants.

Comment vous, si latine, ressentez-vous le style Harnoncourt ?

Le maestro Harnoncourt est une des personnes qui comptent le plus dans ma vie. Avec lui, j’ai appris non seulement sur le plan musical mais aussi sur le plan humain. J’ai eu la chance de travailler avec lui dès mes débuts et depuis je garde présente à l’esprit ces convictions – qui sont les siennes – que l’artiste est au service du compositeur et que dans les oeuvres il n’y a rien de gratuit, que rien n’est là par hasard. Nous, interprètes, sommes les intermédiaires, les voies par lesquelles la musique parvient au public. Une représentation, avec Harnoncourt, c’est un dialogue qui va du compositeur aux musiciens, des musiciens au public, du public aux musiciens et ainsi de suite.

Il croit profondément à ce qu’il fait, c’est un homme d’une grande sincérité et cela me, cela nous – je parle des artistes qui travaillent avec lui – pousse à donner le meilleur de nous-mêmes, à aller jusqu’à nos limites, pour répondre à sa générosité.

Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

Pour l’instant, après La Clemenza di Tito à Zurich, seulement des concerts jusqu’à l’automne, puis Il Turco in Italia à Turin, La Finta Giardiniera à Zurich et, toujours dans cette ville, une autre production de Don Giovanni.

En fait, mon désir actuel est de ralentir le rythme de participation à des opéras et de me tourner davantage vers les concerts.

Je voudrais vous signaler la sortie, en principe pour la fin de l’année, d’un enregistrement qui probablement sera fort controversé, sous la direction de Harnoncourt du Requiem de Verdi, auquel je participe en compagnie de Bernarda Fink, Michael Schade et Ildebrando d’Arcangelo avec les musiciens de Vienne. Ce sera une occasion de vérifier qu’Harnoncourt dirige en fonction de ce qui est écrit et non pour produire des effets…

Propos recueillis par Maurice Salles

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