Finale de la 34e édition de l’International Hans Gabor Belvedere Singing Competition

A millésime d'exception, candidats difficiles à départager - Amsterdam

Par Christophe Rizoud | sam 04 Juillet 2015 | Imprimer

Qu’est-ce qui fait la différence entre un concours international de chant et un autre concours international de chant ? La qualité des candidats. Leur origine aussi – nous y reviendrons. En réunissant à Amsterdam quinze finalistes d’un niveau supérieur à la moyenne, le Belvedere confirme la position majeure qu’il occupe aujourd’hui parmi les compétitions vocales du monde lyrique. Revers de la médaille : dans une soirée où défilent, sous la baguette bienveillante d'Ed Spanjaard, quinze jeunes chanteurs, seuls les meilleurs marquent les esprits. Ceux qui, ailleurs, repartiraient avec une brassée de louanges passent ici inaperçus, ou presque.

Pourtant, Caroline Modiba est un soprano lyrique aux couleurs foisonnantes dont le vibratello en affolerait plus d’un. « Non mi dir » ne saurait se satisfaire d’une jolie voix. L’expression lui est aussi nécessaire. Même constat pour Hyekyung Choi, Comtesse Almaviva dépouillée de son indispensable part d’ombre, ou pour Noluvuyiso Mpofu. Bien qu’éclairée par des aigus effilés, la limpidité de « Ach, ich fühl’s » exige un supplément d’âme. Derrière ces notes d’une pureté délicieuse, une jeune fille souffre. Qui pourrait ici le deviner ? En Leporello, Domen Križaj a l’ironie trop sage. Et que Jared Bybee paraît raide ! Le label « baryhunk » décerné par le blog du même nom laissait espérer mieux que ce chant d’une plastique, certes avantageuse mais dépourvu de sex-appeal. A tout prendre, le Comte des Nozze di Figaro esquissé en un air par Lasha Sesitashvili a plus d’ampleur et de relief. Dommage qu’il échoue à rendre féroce la jubilation finale de « Hai già vinta la causa ».

A l’inverse de ces candidats privilégiant le chant à l’interprétation, Simone Osborne est une Juliette à la fraîcheur radieuse mais « je veux vivre » voudrait étoffe plus chatoyante. Premier finaliste kenyan de l’histoire du Belvedere, Zachariah Njoroge Kariithi doit compter sur son aisance scénique pour faire oublier une voix somme toute ordinaire et il faudrait plus de discipline vocale à Lukhanyo Moyake s’il veut rendre contagieux l’enthousiasme amoureux dont il anime Alfredo. A 21 ans, Mikhail Timoshenko semble encore jeune pour tirer Méphistophélès de son linceul caricatural. Peu inquiétants, les ricanements de « Vous qui faites l’endormie » n’en sont pas moins habilement personnalisés d’une voix au grain prometteur. Le hachis sonore qui au préalable tient lieu de récitatif montre que ce baryton-basse d’origine russe ne comprend – hélas – pas un traître mot de français.


 © Paul van Wijngaarden

On critique, on pinaille mais si on coupe ainsi les cheveux en quatre, c’est parce qu’au-dessus de cette mêlée déjà remarquable, se détachent cinq chanteurs difficiles à départager tant leurs qualités, indéniables, sont peu comparables. Quel rapport entre Kangmin Justin Kim et Tuuli Takala ? Le premier, célèbre pour son imitation de Cecilia Bartoli, démontre que son art ne saurait se réduire à celui du pastiche. Projection, timbre d’une androgynie troublante, technique autorisant trilles, messa di voce et plus encore un naturel surprenant chez une voix ô combien fabriquée forcent l’admiration. La seconde n’en est pas moins sensationnelle, elle qui d’un soprano solide, presque dramatique par l’ampleur extrait, dans la première aria de la Reine de la nuit des suraigus d’une précision stupéfiante. Comment  expliquer qu’aucun des deux chanteurs ne repartent avec un prix si ce n’est par le fait que l’avis du jury, au contraire du nôtre, se base sur l’écoute de plusieurs airs ?

Sans présumer de ce que furent durant les épreuves éliminatoire ses interprétations de « La fleur que tu m’avais jetée » et du lamento di Federico, Ki Hun Park se présente comme un prodige. Dans « Pourquoi me réveiller », des « r » exagérément roulés datent son Werther, ce qu’un jury francophone n’aurait peut-être pas laissé passer, la cuirasse du chant semble par endroit encore fragile mais l’intensité de l’expression échappe à l’analyse. Un troisième prix et – nouveau cette année – le prix des jeunes saluent cette détermination, exceptionnelle chez un ténor de moins de 21 ans. Lise Davidsen doit-elle à sa catégorie vocale d’être distinguée par un deuxième prix auquel s’ajoutent ceux de la presse internationale et du public ? L’air choisi, wagnérien contraste sans nul doute avec les six mozartiens de la sélection, d’autant  qu’il est chanté ici d’une voix inébranlable dont l’aigu, insolent et dardé, n’est pas le moindre des atouts. Avec Levy Sekgapane, c’est encore l’exception vocale que récompense le premier prix. Ils ne sont pas si nombreux les vrais ténors rossiniens, à l’émission haute et agile, capable de se mesurer à des partitions acrobatiques et d’en varier à propos les reprises. Ce que l’on retient de « Languir per una bella », ce n’est pourtant pas l’impressionnante maîtrise technique et stylistique mais la suavité d’un chant vécu dont aucune note n’agresse. Si méritée soit-elle, cette palme attribuée à un chanteur sud-africain tombe d’autant mieux que la prochaine édition du Belvedere aura lieu le 2 juillet 2016 à Cape Town.

Palmarès :
  • Premier prix : Levy Sekgapane, ténor, Afrique du Sud
  • Deuxième prix : Lise Davidsen, soprano, Norvège
  • Troisième prix : Ki Hun Par, ténor, Corée du sud
  • Prix de la presse internationale : Lise Davidsen, soprano, Norvège
  • Prix du public : Lise Davidsen, soprano, Norvège
  • Prix du jeune jury : Ki Hun Par, ténor, Corée du sud
Les autres prix sont détaillés sur www.belvedere-competition.com.