Cinq questions à Christine Brewer

Par Christophe Rizoud | jeu 15 Juillet 2010 | Imprimer
Conversation au téléphone le 7 juin dernier avec la soprano américaine Christine Brewer, qui entre deux récitals, concerts et représentations d’opéra, prenait quelques jours de repos chez elle près de St. Louis, dans le Missouri. Echanges autour de son histoire, de Birgit Nilsson, de Benjamin Britten et autres sujets majuscules.
   
 
Où avez-vous grandi ?
 
Le long du Mississippi, dans la partie sud de l’Illinois. Mes frères et moi travaillions dans les fermes du coin l’été quand nous n’allions pas à l’école. Après avoir achevé assez jeune la première partie de ma scolarité, j’ai complété ma formation au McKendree College, le collège le plus ancien de l’Illinois. J’ai obtenu mon, diplôme de professeur à l’âge de 20 ans. Un an plus tard, j’épousais Ross Brewer. Nous enseignions tous les deux à l’école publique. Durant toutes ces années, je n’envisageais de gagner ma vie comme chanteuse mais je prenais des cours de chant. Je me produisais aussi dans les églises et faisais partie du St. Louis Symphony Orchestra Chorus. Ma voix était alors petite et légère mais, à 28 ans, après la naissance de ma fille, j’ai noté un changement radical. J’avais 33 ans quand j’ai emporté les Metropolitan Opera National Council Auditions. On ne peut pas dire que j’étais précoce !
 
Incroyable ! Comment cela s’est-il passé exactement ?
 
J’étais soliste à l’église de St. Michael et St. George à Saint Louis, une congrégation à laquelle appartenaient plusieurs membres du conseil d’administration de l’opéra dont, parmi eux, à l’occasion, le directeur général, Richard Gaddes. C’est alors que je me suis présentée à un concours sponsorisé par le St. Louis Symphony dont Gaddes était justement membre du jury. Je n’ai pas gagné mais quelques jours après, il m’écrivait de surtout ne pas me décourager parce qu’il estimait que j’avais du potentiel. Comme gage de sa confiance, il avait joint à sa lettre une centaine de dollars qui correspondaient au montant du prix que je n’avais pas gagné. Puis, il m’a demandé de passer une audition à la suite de laquelle j’ai été admise dans les chœurs de l’Opéra de Saint Louis. Je participais aux représentations chaque fois que mes activités d’enseignante le permettaient. De temps à autres, des chefs d’orchestre comme Stephen Lord et John Nelson, me confiaient des petits rôles. Puis un jour, Colin Graham m’a demandé d’interpréter Ellen Orford dans Peter Grimes. C’est là que ma carrière a basculé.
  
Il paraît que vous avez travaillé avec Birgit Nilsson ?
 
Exact ! En 1988, j’ai participé à une master class d’interprétation de lieder qu’elle animait à Washington, DC. Là, elle m’a invité à suivre une formation de six semaines à Buekeburg en Allemagne. Il y avait seulement six chanteurs dans ce cours et nous avions des leçons chaque jour. Quand la BBC a enregistré certains de mes concerts, je lui ai envoyé les disques et elle me faisait par de ses critiques en retour. Je lui aussi envoyé l’enregistrement de ma première Isolde à Londres, que Warner Classics avait acheté et publié sans la moindre retouche. A la suite de quoi je n’ai pas eu de ses nouvelles pendant un bon moment et j’ai pensé qu’elle n’avait pas dû l’apprécier. Puis, j’ai fini par recevoir une lettre qui commençait par « Frau Isolde !!! » et où elle me disait combien elle avait apprécié ce disque. Elle concluait par « c’est votre rôle, vous devez le chanter ! ». Et c’est vrai qu’il me va comme un gant. J’ai déjà interprété quelques Isolde et il en reste heureusement d’autres à venir.
 
Justement, quels sont vos prochains projets ?
 
Je passerai deux mois cet été à Santa Fe où j’interprèterai Lady Billows dans Albert Herring, l’un de mes rôles favoris. J’adore chanter la musique de Britten à cause de la manière vraie et sincère dont elle exprime notre humanité. C’est pourquoi j’aime tant chanter Ellen Orford. Je pense d’ailleurs que Peter Grimes est l’un des meilleurs opéras jamais composés. Albert Herring, c’est différent ; je l’aime parce qu’il m’offre l’opportunité de montrer mon côté comique. Je pense être quelqu’un d’amusant parce que je considère toujours avec humour les choses qui m’arrivent. La comédie est difficile cependant, car la frontière est étroite entre ce qui est drôle et ce qui ne l’est pas est. A Santa Fe, nous aurons un metteur en scène extraordinaire en la personne de Paul Curran. Il a déjà réalisé Peter Grimes et Die Frau ohne Schatten à Chicago. Il est écossais et comprend parfaitement Britten. Andrew Davis sera à la baguette. Difficile donc de faire mieux !
 
Britten est aussi l’un des rares compositeurs du répertoire anglophone.
    
Tout juste ! J’adore chanter ma propre langue : l’anglais. Selon moi, si vous n’êtes pas capable de chanter votre propre langue, c’est qu’il y a un problème. Souvent, le programme de mes récitals n’est composé que de chansons anglaises et américaines. Parce qu’il est important aussi que le public sache qu’il existe de la bonne musique en anglais. C’est Glenn Freiner, mon professeur au McKendree College, qui le premier a attiré mon attention sur des songs qu’interprétaient autrefois des artistes comme Kirsten Flagstad, Helen Traubel, Eileen Farrell et Eleanor Steber. Chaque fois qu’il assistait à un récital, il notait le titre des chansons américaines qu’il entendait et s’en procurait les partitions. A sa mort, il m’a légué ce trésor. Nous en avons enregistré plus d’une vingtaine avec Roger Vignoles pour Hyperion. Le disque, intitulé Echoes of Nightingales, devrait paraître dans quelques mois.
 
Propos recueillis par Maria Nockin le 7 juin 2010,
adaptés en français par Christophe Rizoud.
© Christian Steiner

 

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