Cinq questions à Kenneth Tarver

Par Maurice Salles | lun 27 Juin 2011 | Imprimer
A quelques jours de sa participation aux festivités données à Monaco pour le mariage de SAS le prince Albert, le ténor Kenneth Tarver, Belshazzar remarqué à Toulouse entre autres, se prête au jeu des 5 questions.
   
 
 
Comment vous êtes-vous engagé dans la carrière de chanteur lyrique ?
Tout enfant, à Détroit, j’ai été fasciné par les manifestations artistiques et j’ai eu la chance d’être soutenu par ma famille. J’ai assisté à des spectacles comme Annie, A Chorus Line, Sweeney Todd, Alwin Ailey, Dance Theater to Harlem, et même Hamlet. A l’école primaire, l’année de mes neuf ans, j’ai interprété l’homme de fer blanc du Magicien d’Oz et je me souviens de l’horreur d’être obligé d’apparaître en scène avec les chaussons de danse et le collant ! Puis j’ai chanté des solos dans le chœur de l’école vers ma treizième année, et à seize ans j’ai quitté la maison avec une bourse pour l’Académie Interlochen Arts, et c’est là que j’ai commencé à étudier le chant.
Mon premier rôle d’opéra fut Don Ottavio, du Don Giovanni de Mozart, au conservatoire de musique Oberlin Collège. A cette époque je n’aurais jamais imaginé que c’est avec ce rôle que quelques années plus tard je ferais mes débuts européens, d’abord à Stuttgart puis au Festival d’Aix-en-Provence, et encore moins que je l’enregistrerais sous la direction de René Jacobs pour Harmonia Mundi.
 
Vous avez déjà interprété le rôle de Belshazzar. Qu’aimez-vous dans ce personnage ?
Je peux dire qu’à la dernière représentation je serai partagé entre la satisfaction et la tristesse. Ce projet s’est développé sur de nombreux mois, au cours desquels l’équipe s’est transformée en une grande famille. Rosy (Joshua), Kristina (Hammarstrom), Bejun (Mehta) et Jonathan (Lemalu) sont d’excellents compagnons. L’orchestre aussi (les merveilleux musiciens de l’Akademie für Alte Musik) et le chœur extraordinaire, le RIAS Kammerchor, nous ont tellement soutenus… Evidemment dans ma carrière cette collaboration avec René Jacobs représente un sommet. Il y a de multiples raisons au plaisir que j’éprouve à interpréter le personnage de Beshazzar. En particulier, dans cette production, l’expérience physique des déplacements en scène ajoutée aux exigences vocales pour exprimer l’univers obscur et intense de Belshazzar est très gratifiante.
 
Y a-t-il des rôles du répertoire français qui vous tentent ?
On m’a souvent dit que ma voix convient très bien à un certain répertoire français, comme La Dame blanche ou à certains rôles, comme le comte Ory, ou Orphée de Gluck dans la version pour ténor. J’en ai les pré-requis virtuoses. J’ai même chanté du Berlioz, et Auber (Fra Diavolo). Mais j’ai surtout chanté du Mozart (six rôles), du Rossini (seize rôles), du Haydn (trois rôles), Fenton du Falstaff de Verdi, Ernesto dans Don Pasquale de Donizetti. Par goût, je suis attiré par les rôles de bel canto ; je regrette encore d’avoir dû décliner, à cause d’un engagement antérieur, l’offre de Sir Richard Bonynge de débuter avec lui en Elvino de La Sonnambula ; et mon rêve est de chanter Nemorino, un rôle merveilleux qui allie le bel canto à une profonde humanité. Mais je suis fier qu’on m’ait appelé pour un rôle techniquement très difficile dans le Sesostri de Domènec Terradellas qu’Harmonia Mundi va publier sous peu.
 
Avez-vous un compositeur préféré ?
Mozart. Pour chanter sa musique on doit prêter attention à la beauté du legato, à l’homogénéité du ton, à la pureté de l’intonation et à l’élégance du phrasé. Ottavio, Ferrante et Belmonte conviennent parfaitement à ma voix et j’espère avoir l’occasion de les chanter dans les années à venir. J’aimerais aussi beaucoup pouvoir chanter la version pour ténor d’Idamante, avec l’air exquis accompagné au violon « Non temer amato bene ».
Mais mon rôle préféré est celui d’Orphée dans la version que Gluck écrivit pour ténor. La tessiture très élevée le rend très difficile, mais la musique est si merveilleuse que même en chantant on peut en jouir, et puis, la voix d’Orphée dompte jusqu’aux bêtes féroces ! De plus cet opéra intègre une autre de mes passions, la danse ! C’est pourquoi j’ai beaucoup aimé une production récente, à Stuttgart, où nous devions travailler très intensément avec les danseurs.
 
Sur votre site vous posez en dandy. Cela représente-t-il l’essentiel de votre personnalité ?
Avec cette photographie j’annonce l’essence de ma vie artistique : un homme qui se consacre à chanter avec style.
 
Propos recueillis par Maurice Salles
Kenneth Tarver © DR

 

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