Cinq questions à Marianne Crebassa

Par Christophe Rizoud | jeu 16 Juillet 2015 | Imprimer

Après un passage éclair au Kissinger Sommer, où nous l'avons rencontrée, Marianne Crebassa interprète à Montpellier le 18 juillet une oeuvre rarement à l'affiche de Jacques Offenbach : Fantasio


Fantasio d’Offenbach en version de concert à Montpellier le 18 juillet, pour vous c’est une récréation ?

Une récréation ? En fait, l’œuvre n’est pas vraiment drôle, ça reste du Offenbach ; ça se sent mais le livret est plus sérieux que ce qu’on a l’habitude d’entendre chez Offenbach. D’un point de vue technique, l’écriture est plus facile que d’autres partitions. Elle ne demande pas la même endurance que Mozart par exemple. Après dans Offenbach, il y a d’autres difficultés : le texte, l’alternance du parler et du chanter, être drôle, ce que je trouve beaucoup plus difficile que d’être dans l’émotion. Le rire est plus difficile à jouer que les larmes, pour moi en tout cas. Il est difficile de trouver la justesse dans ce qui est drôle. Mais ça reste une récréation parce que je vais retrouver à cette occasion des gens que je connais bien, et le festival de Montpellier !

Qu’avez-vous appris à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris que vous n’auriez pas appris ailleurs ?

Plein de choses… Ce qui est unique à l’Atelier lyrique, c’est que ce n’est pas une école mais en même temps, l’environnement est protecteur. On est épaulé, on est préparé. Il y a tous les jours des coachings de toute sorte – voix, langue, théâtre…  – qu’un jeune chanteur ne peut normalement pas s’offrir. On débute tout de suite dans les meilleures conditions. On est en troupe sans l’être vraiment, on peut laisser parler son individualité, gagner en visibilité. Puis il y a le fait d’être sur une grande scène dans une grande maison. L’Opéra de Paris est une énorme machine, gigantesque, qui offre parfois les conditions les plus difficiles, c’est-à-dire des grandes productions qui vont vite, où il faut se montrer réactif. Il faut aussi aborder l’acoustique de Bastille qui peut être difficile. Garnier, c’est autre chose, l’ambiance, la salle est plus petite, les matériaux sont différents, le son résonne autrement, le lieu est chargé d’histoire…

Auriez-vous préféré être soprano ?

Non, pas du tout. Je ne suis pas sûre que les rôles de soprano correspondent à ma personnalité. Je pense aussi qu’il est important d’accepter sa voix. On vit avec, on travaille avec, on vibre avec. Au départ, j’étais même assez contente parce que je me suis dit qu’en étant mezzo, je ne serai pas trop dans la lumière. Je ne sais pas si j’aurais supporté la pression d’être un soprano avec les rôles que tout le monde attend. Puis j’adore les rôles en pantalon. J’aime les personnages, j’aurais été triste de ne pouvoir chanter que des rôles de femme. Jouer un homme est aussi plus facile car il n’est pas toujours évident quand on est jeune d’assumer sa féminité. Il y a des filles pour qui c’est évident, il y en a d’autres comme moi pour qui ça prend plus de temps. On se découvre petit à petit. Travestie, j’avais l’impression que j’étais vraiment moi, que je pouvais garder le noyau de la personne que j’étais, sans attribut masculin ou féminin, une espèce d’état fondamental…

C’est la raison pour laquelle vous avez coupé vos cheveux ?

Non, au contraire, c’est pour mieux jouer les rôles de femme ! Couper mes cheveux a été assez symbolique en fait. J’aime le look androgyne, j’aime l’ambiguïté et ce n’est pas parce qu’on a les cheveux courts qu’on n’est pas féminine mais effectivement, ça a été le début d’un changement.

Vous chantez cet été à Bad Kissingen, à Montpellier… Quand prenez-vous des vacances ?

En août, ce seront mes premières vacances depuis plusieurs années ! Quand je dis vacances, c’est : pas de chant, pas de partition, rien ! J’écouterai de la musique, je ne pourrai pas m’en empêcher mais, pour moi les vacances, c’est, d’une certaine manière, retrouver l’insouciance de l’enfance : les grandes vacances, le moment où on a l’impression que deux mois, c’est tellement énorme, c’est tellement long qu’on ne sait pas comment on va pouvoir occuper ses journées, avec qui. On ne pense à rien. J’entends beaucoup de chanteurs qui disent perdre le placement de leur voix s’ils ne chantent pas pendant cinq jours. Moi au contraire, ça m’aide. Plus je me repose, plus j’ai du temps où je ne chante pas et surtout où je ne chante pas en me mettant la pression, mieux ma voix se porte… Il y a des moments où, oui, j’ai senti que passer peut-être trop de temps sans chanter pouvait être mauvais. C’est-à-dire que je pense que, pendant mes vacances, je ne vais peut-être pas arrêter de chanter complètement.

Propos recueillis le 26 juin 2015 à Bad Kissingen

 

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