Dara Savinova, une Carmen qui vient de l'Est

Par Laurent Bury | jeu 14 Décembre 2017 | Imprimer

Mais qui est donc Dara Savinova, que Jean-Christophe Spinosi a choisie pour être Carmen au cours d'une tournée de concerts qui fera escale à Versailles le 19 de ce mois de décembre ? Réponse en cinq questions.


Dara Savinova, qui êtes-vous ?

Je suis originaire d’Estonie, mais j’ai quitté mon pays il y a dix ans pour faire mes études de chant dans l’un des plus prestigieux établissements qui soient, l’Universität Mozarteum de Salzbourg. Après cela, j’ai été élève de l’Opéra studio de Zurich pendant deux ans, et j’ai également passé une année à Bâle. Je chante encore parfois à l’Opéra de Zürich, et dans les pays germanophones de manière générale.

Comment Jean-Christophe Spinosi a-t-il décidé de faire de vous sa Carmen ?

En fait, c’est un pur hasard. J’ai passé une audition devant Jean-Christophe Spinosi et j’espérais être prise pour interpréter le répertoire baroque. Et tout à coup il m’a demandé : Vous auriez Carmen ? J’ai répondu que ce n’était pas du tout un rôle que je prévoyais de chanter, mais il a voulu que j’essaye quand même, donc je lui ai chanté un des airs. Il a trouvé ma voix intéressante et m’a dit qu’il voudrait me réentendre. Un peu plus tard, je suis allée à Vienne pour une nouvelle audition, et c’est là qu’il m’a engagée pour Carmen ! Je ne pensais jamais aborder ce personnage avant d’avoir trente ans, car pour une mezzo, ce rôle est un peu une consécration. Autrement dit, les meilleures choses arrivent parfois par accident…

Avez-vous déjà eu l’occasion d’interpréter le répertoire français ?

J’ai chanté quelques petits rôles, comme Stéphano dans Roméo et Juliette, et en mai dernier on m’a confié le rôle-titre dans L’Enfant et les sortilèges. J’attends cette Carmen avec impatience, mais en même temps c’est un grand défi que d’interpréter un rôle comme celui-là pour mes premiers pas en France ! J’ai eu plusieurs coaches de langue et j’espère être bien préparée. J’ai appris le français durant mes études musicales, mais je ne le parle pas vraiment : je pense que pour réellement maîtriser une langue, il faut avoir vécu dans le pays, donc il faudrait que je vienne m’installer en France… En plus la technique vocale doit changer, à cause des voyelles qui ne sont pas les mêmes, par rapport au répertoire italien ou russe que je chante surtout.

Comment vous préparez-vous ?

Je dois dire que la version de concert, ou semi-scénique, me paraît plus difficile à affronter qu’une vraie représentation : il faut rester sur le plateau du début à la fin, tout près du public, et pas question de sortir de scène pendant trois heures ! Heureusement, je serai épaulée par une distribution formidable, qui vient en partie d’Europe de l’est. Migran Agadzhanyan est un des chanteurs préférés de Valeri Gergiev, c’est une des nouvelles stars du Théâtre Mariinsky et il a été été Don José, quant à Ekaterina Bakanova, qui sera Micaëla, c’est aussi une artiste expérimentée. Pour le personnage, j’ai lu la nouvelle de Mérimée, et mes professeurs m’aident aussi. Il est impossible de n’avoir aucune référence pour un opéra aussi connu que Carmen, mais j’évite de m’arrêter sur une version en particulier, et j’en ai plutôt une bonne dizaine, tout en essayant de faire éclore ma propre conception de l’héroïne, sans copier personne. Et comme cinq concerts sont prévus, dont deux en Espagne avant Versailles, je pourrai me rapprocher un peu de Séville, le lieu de l’action !

Quels sont projets, à plus ou moins long terme ?

En mars, je serai Rosette dans Manon à l’Opéra de Cologne, et cet été je serai à Pesaro pour chanter dans Il viaggio a Reims dans le cadre de l’Accademia rossiniana. Je vais aussi donner des concerts, participer à des concours, et je me produirai surtout en Allemagne la saison prochaine. Il est encore un peu tôt pour en parler officiellement, mais je reviendrai à Versailles pour un autre opéra, toujours avec Jean-Christophe Spinosi. Et en 2019, je serai le Marmiton dans Roussalka à Glyndebourne, même si je ne me sens pas très attiré par les rôles travestis. Pour l’avenir, je suis assez tentée par plusieurs rôles du répertoire français : Charlotte, Mélisande, ou Béatrice dans Béatrice et Bénédict. Mais j’aimerais aussi continuer à chanter le répertoire italien, car j’adore Rossini et je m’y sens chez moi !

Propos recueillis et traduits le 30 novembre 2017

 

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