Dix cas de harcèlement sexuel à l'opéra

Par Anonyme (non vérifié) | jeu 25 Janvier 2018 | Imprimer

L’affaire Weinstein a réveillé les consciences et libéré la parole. A l’opéra aussi, le harcèlement sexuel existe. En voici dix cas parmi les plus inacceptables. Hashtag #balancetonporcalopera.


1. Platée (Jean-Philippe Rameau, 1745)

Le verbe harceler se conjugue à tous les temps et toutes les personnes. On a beau être une nymphe batracienne, on peut rêver de frotter son entre-cuisses (de grenouille) à un corps mâle pour lui imposer un rapport non désiré. Platée, l’habitante des marais, a jeté son dévolu sur le dieu du mont Cithéron : selon elle, s’il la fuit, c’est signe qu’il l’aime, et quand il dit non, c’est qu’il veut dire oui. Loin de comprendre qu'il vaut mieux renoncer, la hideuse harceleuse le poursuit de ses assiduités avec obstination et finit par se jeter sur l’objet de son désir, dans un concert de coassements concupiscents. [Laurent Bury]

2. Le nozze di Figaro (Wolfgang Amadeus Mozart, 1786)

Droit de cuissage : tyrannie sexuelle exercée par les porcs aristocratiques à une époque où nul n’osait encore les balancer. Avant même que les privilèges soient abolis, le comte Almaviva devra se mettre à genoux et implorer le pardon de son épouse pour avoir troussé toutes les jeunes filles du château et pour avoir voulu mettre une jeune mariée dans son lit. Pendant ce temps, la comtesse a bien failli mettre Chérubin dans le sien, mais c’est vraisemblablement l’ingénue Barberine qui aura le privilège de déniaiser le jeune page. [Laurent Bury]

3. Le Comte Ory (Gioachino Rossini, 1828)

L’aventure paraissait à l'époque joyeusement grivoise. C’est avec moins d’amusement que nos esprits désormais éclairés considèrent les manigances du Comte Ory, travesti en ermite puis en nonne, pour mieux assiéger de ses ardeurs la Comtesse Adèle jusqu’en son château et même en son lit. Que Denis Podalydès dans sa récente mise en scène à l’Opéra Comique ait fait de la vertueuse châtelaine une nymphomane ne rend pas plus excusables les agissements de celui que les réseaux sociaux aujourd'hui poursuivraient à juste titre de leur vindicte. [Christophe Rizoud]

4. Il trovatore (Giuseppe Verdi, 1853)

Abuser de sa position pour exercer un odieux chantage sexuel ne date pas de l’affaire Weinstein. Dans Il trovatore, en plein Moyen-Age espagnol, le Comte de Luna ne consent à sauver la vie de Manrico – le Trouvère – qu’en échange des faveurs de Leonora. Piégée, la jeune femme feint d’accepter l’abominable marchandage mais absorbe du poison pour s’y soustraire. Las, doutant de sa vertu, Manrico refuse de fuir ; Leonora meurt sans pour autant épargner l'échafaud à son amant. George Bernard Shaw en déduira qu’un opéra, c'est une histoire où le baryton fait tout pour empêcher le ténor de coucher avec la soprano. Notre époque n’en tirerait pas les mêmes conclusions. [Christophe Rizoud]

5. Orphée aux Enfers (Jacques Offenbach, 1858)

Dans cette géniale caricature du Second Empire qu’est Orphée aux Enfers, on sait que John Styx, le serviteur de Pluton, doit son nom au fleuve qui, dans la Mythologie, sépare les mondes des vivants et des morts, mais on ignore souvent que son prénom moque l’usage, alors à la mode à Paris, d’employer des domestiques anglais. Le personnage serait sympathique s’il ne dépassait la mesure en essayant de séduire Eurydice malgré elle. Vertement repoussé, il ne trouve rien de mieux qu’aggraver son cas en entonnant des couplets – « Quand j’étais roi de Béotie » – geignards et assommants lorsqu’ils ne sont pas chantés avec l’humour nécessaire pour que le « domestyx » puisse être acquitté au bénéfice du rire. [Christophe Rizoud]

6. Carmen (Georges Bizet, 1875)

Comme le faisait remarquer Roselyne Bachelot dans son dernier édito, il est paradoxal que Carmen ait été choisie récemment à Florence pour dénoncer la violence à l’encontre des femmes. Au contraire, s’il faut ranger dans un camp la bohémienne de Bizet, nous la placerons du côté des bourreaux et non des victimes. Pour preuve, ce qui lui tient lieu d’air d’entrée et donc de carte de visite, la Habanera avec ses paroles lourdes de sens : « si je t’aime, prends garde à toi ». Des menaces aujourd’hui intolérables quel que soit le sexe de celui qui les profère. [Christophe Rizoud]

7. Siegfried (Richard Wagner, 1876)

Quand ce salaud de Prince Charmant réveille Blanche-Neige ou la Belle au Bois Dormant en lui roulant une pelle sans se soucier de savoir si elle est consentante, on s’indigne devant cette énième preuve de l'intolérable domination masculine. Quand ce grand couillon de Siegfried colle sa bouche sur les lèvres de celle qu’il avait déjà prise pour un homme, non seulement il s’apprête à commettre l’inceste avec sa tante, mais il reviendra même (dans Le Crépuscule des dieux) violer Brünnhilde en empruntant l’apparence physique d’un autre. Edifiant, non ? [Laurent Bury]

8. Tosca (Giacomo Puccini, 1900)

Il ne suffit pas au baron Scarpia d’exercer sa libido sur la cantatrice Floria Tosca. Sexuel, son harcèlement est aussi moral. Il est d’ailleurs permis de penser que le chef de la police romaine préfère la chasse aux trophées, la traque à l'hallali, l’odeur du sang au sang. Harceleur ? Oui et de la pire espèce, celle des prédateurs, qui levraudent pour le plaisir de levrauder. Prisonnière de ses filets poisseux, Tosca n’aura d’autre issue que de le poignarder pour échapper à son exécrable chantage. En vain. Le marché, de dupe, aboutira au plus beau saut de l’ange du répertoire. Il n’y a pas de justice. [Christophe Rizoud]

9. Salome (Richard Strauss, 1907)

Est-ce parce qu’il est « chaste, autant que la lune » que Jean-Baptiste suscite autant la concupiscence de Salomé ? Après avoir exigé en vain de lui toucher le corps, puis les cheveux, puis de baiser sa bouche, la jeune princesse obtiendra satisfaction et le prophète passera à la casserole, mais post mortem, et réduit à l’état de tête coupée présentée dans un bassin d’argent. Le triomphe de la harceleuse sera néanmoins de courte durée, puisque son beau-père horrifié ordonnera que l’on tue la mangeuse d’hommes. [Laurent Bury]

10. L’Heure espagnole (Maurice Ravel, 1911)

On connaît en France la « promotion canapé », mais n’en déplaise à Crébillon fils, le sofa n’est pas le seul meuble qui se prête au harcèlement. A en croire le librettiste de L’Heure espagnole, les horloges favorisent aussi les desseins condamnables de Castillanes assez assoiffées de sexe pour contraindre tous les hommes à leur passer sur leur corps. Enfin, quand ils en sont capables, « et faut-il que, de deux amants, l’un manque de tempérament et l’autre à ce point de nature ? ». Heureusement pour la gourmande Concepcion, les muletiers se révèlent plus harcelables que les poètes et les banquiers. [Laurent Bury]

 

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