Dix extraits d'opéra pour se rafraîchir

Par Anonyme (non vérifié) | lun 08 Août 2016 | Imprimer

Bienvenue en ce début du mois d'août où les températures ont tendance à grimper, voici une sélection d'extraits d'opéras dont la fraîcheur musicale suggérée saura attiédir la chaleur environnante.


1. Henry Purcell, King Arthur, « What power art thou »

Depuis que le chanteur allemand Klaus Nomi en a fait un tube new wave sous le titre de « Cold Song » (l’air du froid), « What power art thou », extrait de King Arthur, est connu de tous, sans que l’on sache forcément qu’il s’agit d’une partition originellement destinée à une basse et non à un contre-ténor. Reste qu’avec ses accords grelottants, cette scène fameuse – inspirée vraisemblablement du chœur des trembleurs au 4e acte d’Isis de Lully – saura ramener à des températures convenables un thermomètre trop élevé, tel un glaçon dans un verre d’eau chaude. [Christophe Rizoud]  

2. Antonio Vivaldi, Tieteberga, « Sento in seno »

Sur une tendre mélodie, de subtils pizzicati confiés à toutes les cordes – à l’exception de deux violons et d’un violone – suggèrent admirablement les pleurs simulés de Lotario prétendant avoir été trahi par Tieteberga afin de pouvoir la répudier. Quelle qu'en soit la sincérité, cette pluie de larmes fait l’effet d’une douche tiède, tellement bienfaisante que Vivaldi n’hésitera pas à reprendre l’air, écrit à l’origine pour le castrat Francesco Natali, dans au moins deux de ses ouvrages ultérieurs : Armida al campo d'Egitto en 1718 et Giustino en 1724. [Christophe Rizoud]

3. Jean-Philippe Rameau, Platée, « Quittez, nymphes, quittez vos demeures profondes »

Il pleut, il mouille, c'est la fête à la grenouille. Ce n'est pas la très batracienne nymphe Platée qui démentira cette adage, elle qui, lorsqu'elle se sent d'humeur particulièrement folâtre, appelle de ses vœux une pluie diluvienne pour arroser ses états. En l'occurrence, se croyant aimée de Jupiter, elle imagine que les larmes de Junon viendront « inonder ces climats ». Lui succèdent le choeur « Epais nuages, tombez sur nous », puis l'air où Clarine, suivante de Platée, invite le soleil à déguerpir au plus vite. Après ça, si vous n'êtes pas rafraîchi, c'est que vous y mettez de la mauvaise volonté. [Laurent Bury]

4. Wolfgang Amadeus Mozart, Così fan tutte, « Soave sia il vento »

S’il ne fallait donner qu’un seul exemple du génie de Mozart, peut-être choisirions-nous « Soave sia il vento », trio extrait de Cosi fan tutte qui, sur un tapis orchestral soyeux, exhale une brise bienvenue par temps de canicule, un zéphyr délicat et apaisant telles les pales d’un ventilateur brassant un air brûlant, celui du jeu de l’amour et du hasard, léger, malicieux, fripon mais non exempt de déconvenue et d’amertume. [Christophe Rizoud]

5. Carl Maria von Weber, Oberon, « Ocean, thou mighty monster »

L’air le plus connu d’Oberon de Weber, pour ne pas dire le seul qui ait vraiment survécu, est celui où la princesse Rezia décrit l’effet vivifiant du terrible océan déchaîné. C’est bien simple, on se croirait sur la plage, à se prendre en plein visage les embruns porté par les aquilons furieux, l’écume, la houle, les brisants… Pourtant, attention, car ça ne dure pas longtemps : la tempête s’apaise, mais on a quand même été bien rafraîchi. Le navire espéré apparaît, et c'est autour de Rezia de se lâcher toutes voiles dehors. [Laurent Bury]

6. Richard Wagner, Das Rheingold, Prelude and Rhinemaidens

En quête de fraicheur, sur un Mi bémol immobile, hypnotique et abondamment commenté, immergeons-nous longuement dans les eaux froides du Rhin et batifolons avec ses trois filles dont le chant liquide repose sur une langue imaginée par Wagner que Marcel Beaufils présentait comme « la plus violente matière d’allitérations qu’ait jamais tiré de son fonds l’onomatopée allemande ». [Christophe Rizoud]

7. Arrigo Boito, Mefistofele, « L'altra notte »

Tandis que Faust est destiné à brûler dans les flammes de l’Enfer, Marguerite se morfond sur la paille humide d’un cachot avant sa rédemption. « Le vent est froid, la prison est sombre » : en voilà une au moins qui ne souffre pas de la canicule. Quant à ce « fond de la mer » où elle a jeté son enfant, on entend bien qu’il ne doit pas y faire trop chaud non plus… [Laurent Bury]

8. Nikolaï Rimski-Korsakov, Snegourotchka, « Aller au bois cueillir les baies »

Fille du Bonhomme Hiver et de la Fée Printemps, Snegourotchka est littéralement une enfant de neige, mais l’opéra de Rimski-Korsakov qui porte son nom est sous-titré « conte de printemps », saison pendant laquelle, bizarrement, la jeune fille se languit alors que les demoiselles humaines, au contraire, sont pleines d’ardeur. Et c’est bien là le problème : au dernier acte, et aux premiers rayons du soleil, Snegourotchka fond. Littéralement. Mais avant d’en arriver là, elle a le temps de chanter les joies de températures plus fraîches, comme la cueillette des baies hivernales qu’on pratique entre amies… [Laurent Bury]

9. Kurt Weill, Street Scene, Ice Cream sextet

Dans Street Scene de Kurt Weill, on trouve au premier acte un sextuor où Mr Fiorentino, l’Italien de service, régale de glace ses colocataires accablés de chaleur. Outre le jeu de mots un peu facile entre « ice cream » et « I scream » (« glace » et « je crie ») et le clin d’œil appuyé à Donizetti, on appréciera l’entrain gourmand – et rafraîchissant – d’une musique qui mériterait d’être connue – et jouée – davantage (véritable patchwork stylistique, l’opéra est un des plus accomplis de son auteur). [Christophe Rizoud]

10. Samuel Barber, Vanessa, « Must the winter come so soon? »

A force de vous plaindre de la chaleur, vous verrez que l’été finira par se terminer, et vous vous plaindrez que l’hiver arrive trop tôt, comme la jeune Erika dans Vanessa de Samuel Barber. Un hiver digne de Walt Disney, avec cerf affamé et chouette gelée, dans cette forêt où l’on ne voit pas passer les jours car la lumière ne semble jamais y entrer. On se croirait au royaume d'Allemonde, avec ses endroits où l'on ne voit jamais le soleil. Brrrr… [Laurent Bury]

 

 

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