Gran Teatre del Liceu, Barcelone

Par Jean-Marcel Humbert | jeu 04 Juin 2015 | Imprimer

Qui ne se souvient avoir vu à la télévision ou dans la presse le terrible incendie qui, en 1994, a totalement détruit la salle, la scène et les coulisses du Liceu ? Montserrat Caballe, notamment, les larmes aux yeux, regardait s’envoler en fumée un théâtre particulièrement cher à son cœur. En cinq ans, la salle est reconstruite à l’identique et rouvre en 1999. C’est évidemment l’occasion de créer du point de vue technique l’une des salles d’opéra les plus modernes du monde. L’ouverture de scène reste toutefois à ses dimensions d’origine (14 mètres).
Mais l’opéra le plus célèbre de Catalogne (et d’Espagne) se trouve rapidement confronté à une situation économique difficile, qui lui impose de s’intégrer dans des coproductions, de faire venir des spectacles « clé en main », de réaliser des productions parfois minimalistes, voire même de simples versions de concert.
En découlent aussi des semaines de chômage forcé imposées à plusieurs reprises aux 369 salariés, des licenciements, et un turnover incessant des dirigeants qui ne trouvent plus des conditions de travail et de programmation satisfaisantes. A défaut, une étonnante quantité d’offres culturelles complémentaires essaie de maintenir un prestige qui ne repose plus aujourd’hui sur les seules vedettes internationales qui ont fait les grandes heures du lieu. Le niveau de qualité globale reste cependant élevé, et la programmation variée.

Adresse : La Rambla, 51-59 (08002 Barcelona). Tel. (0034) 93 485 99 00. Le théâtre se situe au milieu de la Rambla, l’espace de promenade le plus célèbre de Barcelone, et donc le centre touristique de la ville.

Institution lyrique hébergée : Fundació del Gran Théâtre del Liceu. Le Liceu, à l’origine fondé sous la forme d’une société privée, est maintenant gouverné par un consortium public regroupant la Generalitat de Catalunya, l’Ajuntament de Barcelona, la Diputació de Barcelona, le Ministerio de Educación, Cultura y Deporte. Il est administré par la Fundació del Gran Teatre del Liceu, qui regroupe  le Consell de Mecenatge et  la Societat del Gran Teatre del Liceu.

Site Web : http://www.liceubarcelona.cat/

Années de construction : 1847 / 1862 / 1999.

Architecte : Miguel Garriga i Roca (1847) ; Josep Oriol Mestres (1847 et 1862).

Style architectural : néoclassique éclectique.

Répertoire de prédilection : dès l’origine et jusqu’à aujourd’hui, le répertoire italien constitue la part la plus importante des œuvres représentées. Mais le théâtre s’est également rapidement ouvert à un vaste éclectisme musical qui a commencé dès la seconde moitié du XIXe siècle avec Wagner et Mozart (Don Giovanni, 1866), pour s’étendre bien sûr aux zarzuelas, puis d’une manière plus générale à tous les compositeurs contemporains en vogue.

Activités pédagogiques et culturelles : rares sont les théâtres d’opéra à proposer une offre culturelle aussi large et diversifiée.
Tout d’abord les visites y sont dignes d’un musée, mais attention, il faut choisir les visites complètes, incluant le Cercle historique (Circulo), sorte de club à l’anglaise (où les femmes – dont Montserrat Caballé elle-même ! – n’ont été admises qu’en 2001), comprenant des salons de réception, une bibliothèque et un restaurant, et une collection d’art moderniste parmi les plus importantes de Catalogne (beaux tableaux de Ramón Casas, Francesc Miralles, Manuel Cusí et bien d’autres ; impressionnants vitraux inspirés des opéras de Wagner). Le cercle, hors visites guidées, n’est accessible qu’aux membres, y compris pendant les entractes. Une visite « premium » permet en outre de voir les coulisses, salles de répétition, etc.
Le service éducatif poursuit la tradition du premier Liceo à l’intention des enfants et des familles en proposant une préparation pédagogique avant les spectacles. Le « Petit Liceu » présente des spectacles et des cycles thématiques spécifiques adaptés musicalement et dramatiquement aux public scolaire et familial.
Le programme universitaire « Òpera Oberta » mis en place par le Liceu se propose de diffuser l’art lyrique parmi les étudiants du monde entier.
Des formations destinées aux professeurs présentent d’une manière détaillée tous les programmes de la catégorie scolaire. Des guides didactiques écrits complètent les présentations orales.
Un programme particulier est poursuivi en collaboration avec les écoles d’art (Escola Superior de Disseny ESDi, Escola Massana Centre d’Art i Disseny, ELISAVA Escola Superior de Disseny i Enginyeria de Barcelona, Eina Escola de Disseny i Art and Escola Superior de Disseny Bau). L’objectif principal est de développer des projets de recherche dans le domaine du design appliqué aux spectacles présentés au Liceu ou à leur promotion. Certains des clips vidéo des étudiants, visibles sur le site Internet du Liceu, sont tout simplement étonnants et bien représentatifs de la jeunesse et du foisonnement artistique de toute la Catalogne.

Histoire : Le Liceo Filodramático de Montesión est fondé en 1837 pour développer l’enseignement musical, et devient dès l’année suivante le  Liceo Filarmónico Dramático de S.M. la Reina Isabel II. Sur l’emplacement d’un couvent, un nouveau théâtre est édifié en 1847 par des actionnaires privés. Ce premier théâtre brûle en avril 1861 : seuls en subsiste la façade. Oriol Mestres reconstruit en un an les parties détruites. Mais le Liceu reste enclavé au milieu d’immeubles d’habitation, qui paralysent son fonctionnement et empêchent toute possibilité de modernisation. Un plan de destruction d’une dizaine d’immeubles entourant le théâtre est programmé pour la période 1992-2000, mais le sort en décide autrement, et une fois de plus le théâtre est la proie des flammes le 31 janvier 1994 par la faute de soudeurs travaillant au rideau de fer ; et une fois de plus sont seuls épargnés la façade (1847), le vestibule, les escaliers, le foyer et les espaces du Cercle (1861). La question du style de la reconstruction ne se pose pas longtemps, et il est décidé de tout refaire à l’identique, sauf les espaces de circulation, le décor des loges privées, ainsi que les peintures du plafond et de l’avant-scène qui sont une création contemporaine de Perejaume et le rideau de scène signé du couturier Antonio Miró. L’utilisation du bois pour les planchers et de la fonte pour les rambardes et les fauteuils permet de se rapprocher au maximum de l’acoustique d’origine.

Premier opéra représenté : au « premier Liceo » Norma de Bellini, le 3 février 1838 ; au Liceu actuel Anna Bolena, de Donizetti, le 17 avril 1847.

Créations marquantes : outre les opéras entrant au répertoire du Liceu, qui suivent d’un point de vue général toutes les créations de même type à travers le monde, un très grand nombre d’œuvres y trouvent leur première espagnole. Dans tous les cas, leur date de présentation suit en général de moins de 10 ans la date de création originale, et parfois moins. A titre d’exemple, les Dialogues des carmelites voient leur création espagnole au Liceu en 1959.
Les création originales du répertoire lyrique espagnol sont constituées en grande partie de zarzuelas (en 1858 est représentée Setze jutges de Pujadas, la première œuvre en catalan présentée au Liceu), mais également d’œuvres qui n’ont pas toutes connu de carrière hors d’Espagne.
Wagner est tout particulièrement apprécié au Liceu. La première représentation scénique de Parsifal hors Bayreuth y est donnée le 31 décembre 1913, et en 1955, le festival de Bayreuth, qui quitte pour la première fois son port d’attache, présente au Liceu Parsifal, Tristan und Isolde et Die Walküre dans les mises en scènes révolutionnaires de Wieland Wagner.
À noter que la première espagnole de Die Zauberflöte de Mozart n’y est donnée qu’en 1925.
Les représentations actuelles d’Aïda se déroulent dans les impressionnants décors de toiles peintes de Josep Mestres Cabanes (1945), restaurées pour l’occasion.

Meilleures places : comme dans beaucoup de théâtres, préférer les loges de face à l’orchestre. Surtitres en catalan, espagnol et anglais. De petits écrans permettent à toutes les places de suivre, si on le souhaite, le texte en sélectionnant sa langue préférée parmi les trois proposées.

Acoustique : comme dans tout théâtre, il y a des variations de perception sonore selon les places. Bien que l’on vante l’acoustique exceptionnelle du théâtre, il y a des endroits de l’orchestre où l’on ne perçoit qu’une espèce de bouillie sonore, alors qu’au poulailler, l’ensemble est d’une exceptionnelle clarté.

Tarifs 2014-2015 : de 10 à 268 euros, selon les spectacles et les distributions. Les représentations dites « populaires » proposent des places un peu moins chères avec des distributions moins prestigieuses, mais néanmoins le plus souvent excellentes.

Anecdotes : le Liceu est l’une des rares grandes salles nationales du XIXe siècle à ne pas avoir de loge royale, du fait que la construction du théâtre n’avait pas été financée par la monarchie, mais par des  actionnaires privés.
Le 7 novembre 1893, lors de la soirée inaugurale de la saison pendant le deuxième acte du Guillaume Tell de Rossini, l'anarchiste Santiago Salvador lance deux bombes sur les spectateurs d’orchestre. L’une explose, faisant une vingtaine de morts et quantité de blessés. Les places des personnes tuées ont été longtemps retirées de la vente pour garder le souvenir de cette soirée d’horreur.

Tenue : plutôt très élégante, tout particulièrement aux premières et pour les membres du Cercle, mais en même temps très mélangée. Tout style vestimentaire est accepté à toute catégorie de place.

Vestiaire : au rez-de-chaussée, hôtes et hôtesses très efficaces et aimables. Acceptent les paquets et sacs.

Toilettes : à chaque étage, très modernes et bien dimensionnées pour l’importance du théâtre (2 292 places).

A l’entracte : le programme est publié en deux versions au choix : catalan et castillan. Pour ceux à qui ces nourritures intellectuelles ne suffiraient pas, un buffet est proposé dans le grand foyer historique « des miroirs ». Un second vaste foyer de style contemporain a été aménagé au sous-sol. Outre des buffets traditionnels (cava – vin pétillant catalan de méthode champenoise –, autres boissons et sandwichs variés), le restaurant Singularis, intégré dans le théâtre, propose aussi  sur réservation des prestations plus sophistiquées pendant l’entracte et à l’issue de la représentation.

Le bémol : la forme fer à cheval « réel », c’est-à-dire avec deux retours regardant vers la salle et non vers la scène, est évidemment très pénalisante pour les places les moins chères, d’où même au premier rang (du fait de luminaires très esthétiques mais bouchant la vue) on ne voit quasiment rien.

Le dièse : à ces mêmes places, la présence de petits écrans vidéo permet de voir le spectacle « comme à la maison », mais avec le son en direct.

Accessibilité : avant même que d’entrer, il faut noter que la ponctualité règne encore au Liceu ; les retardataires sont invités à suivre le premier acte sur des écrans vidéo. Du fait de la récente reconstruction des accès, tous les espaces sont accessibles au personnes à mobilité réduite. Un service d’audio-description est disponible pour les malvoyants.

Accès : bus nos 14, 59 et 91.
Métro ligne 3 station Liceu (vendredi jusqu’à 2 heures du matin, samedi toute la nuit, les autres jours jusqu’à minuit).
 « Bicing » (le « Vélib » barcelonais), station 55 - La Rambla, 80.
Parkings Plaça de la Gardunya, Plaça de Catalunya, La Rambla, 31, La Rambla, 26, Hospital, 25, Av. de la Catedral.

Boutique : malheureusement, l’excellente boutique qui se trouvait au sous-sol, librement accessible depuis l’extérieur, a maintenant fermé ses portes depuis un an pour cause de rentabilité insuffisante. Elle était pourtant gérée par des disquaires-libraires particulièrement compétents, et l’on y trouvait de rares trésors et occasions.

Où dîner à proximité : avant le spectacle, on prendra volontiers une boisson au Café de l´opéra (rambla, n° 74). L'établissement moderniste ouvert depuis 1929 en face du Liceu a gardé son décor d'origine, avec ses glaces gravées à  l'acide représentant des héroïnes d'opéra. A l'étage, des salons (souvent fermés) sont décorés d'affiches anciennes.

Pour dîner, le choix est évidemment important, entre les très proches et très touristiques « Los Caracoles » ou « Les Quinze Nits » sur la place Royale (réputée pour ses pickpockets).  Les restaurants de l'hôtel España (Calle Sant Paua au coin du Liceu) a malheureusement connu une rénovation agressive et perdu son charme populaire, mais a gardé ses magnifique décors modernistes de Montaner. Notre choix se portera plutôt sur un restaurant historique plus éloigné, Les 7 portes (inauguré par Isabelle II), où l'on peut dîner à la table occupée par Maria Callas le 5 mai 1959, après son récital au Liceu

Et en cas de petit creux dans la matinée, un vraie boutique populaire ouverte en 1962 où manger de délicieux churros et boire un chocolat chaud : Xurreria Laietana, 46 Via Laietana (heures d'ouverture un peu fantaisistes... Aux dernières nouvelles, en juin 2015 : lundi-vendredi 7 h - 13 h, dimanche 7 h 30 - 13 h 30, fermé le samedi).

Où dormir à proximité : l’offre hôtelière de Barcelone est immense, et la gamme de prix très large. Le choix sera donc conditionné par la proximité que l’on souhaite avec le Liceu. L’hôtel España (Calle Sant Paua) reste un bon compromis, mais on trouve également dans le centre des pensions de famille moins onéreuses.
 

 

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