L'Opéra municipal de Marseille

Par Maurice Salles | lun 03 Avril 2017 | Imprimer

En régie municipale directe depuis 1945, l’actuel Opéra de Marseille provient d’un ancêtre né en 1685, la ville étant alors la première du royaume de France, en dehors de Paris, à avoir le droit de posséder un théâtre « à privilèges » selon les statuts établis par Lully. Madame de Sévigné et sa fille y furent spectatrices.

Adresse : 2 rue Molière

Site web : http://opera.marseille.fr

Année d’inauguration :  1787. Celle du Grand Théâtre de Bordeaux en 1778 a peut-être contribué à prendre enfin la décision de construire un édifice souhaité depuis longtemps mais retardé maintes fois par de persistants conflits d’intérêt. Le départ de l’Arsenal des galères royales pour Toulon en 1781 libère des terrains. Une compagnie par action obtient le privilège d’y édifier un théâtre, qu’elle cède bientôt à une autre compagnie dans l’espoir de multiplier ainsi la valeur des surfaces qu’elle a conservées. L’édifice prendra le nom du Gouverneur de Provence, Prince de Beauvau, qui préside à son inauguration.

Histoire : En novembre 1919 un incendie resté mystérieux détruit entièrement l’intérieur. Ne subsistent que les murs, la colonnade et le péristyle. La reconstruction, de 1920 à 1924, mobilise un collectif d’architectes (Gaston Catel et Henri Ebrard), de sculpteurs (le fronton de scène est l’œuvre de Bourdelle), de peintres (Henri de Groux, Richelle, Louis Audibert, Mathieu Verdilhan, Augustin Carrara, Jean Jullien). Par la suite diverses réfections seront opérées. En 1944 une bombe perce la toiture. En 1969 la chute du grand lustre après une représentation d’Otello entraîne son remplacement par un plafonnier. En 1972 la salle est entièrement refaite, fauteuils, moquettes, rideau de scène, la marqueterie du parquet du Grand Foyer est changée, le bar réaménagé.

Style architectural : Si la façade est néo-classique, la salle actuelle est considérée comme la plus importante salle d’architecture art-déco en France. Elle a été classée monument historique en 1997.

Répertoire de prédilection : La proximité de l’Italie l’a toujours influencé. Au XIXe siècle les nouveautés y sont créées avant Paris, comme Norma ou Il Trovatore. Le bel canto s’y sent alors chez lui, avec l’opéra français pour fort ténors. Aujourd’hui on peut dire qu’il s’agit d’une maison « de tradition » qui programme toujours les piliers italiens et français du répertoire du XIXe siècle. Cependant c’est à Marseille qu’a été donnée la première intégrale des Troyens, qu’ont été créés en France Rusalka et La vieille fille et le voleur, de Menotti, créés à la scène le Christophe Colomb de Darius Milhaud et le Don Juan de Mañara d’Henri Tomasi. De 1971 à 1975 un festival d'opéra contemporain a même été tenté. Depuis les années 2000 ont été proposés des opéras peu joués ou méconnus, comme L’héritière, de Jean-Michel Damase, L’Aiglon d’Ibert et Honegger, Sampiero Corso, d’Henri Tomasi, Maria Golovine de Menotti, Salammbô de Reyer. L’actuel directeur, Maurice Xiberras, lui-même ancien chanteur, met l’accent sur le trio Rossini, Bellini, Donizetti, dont une œuvre au moins est systématiquement programmée avec l'assentiment du public.

Education et action culturelle : Les actions entreprises sont très nombreuses et très variées, en direction de publics différents. Ainsi des concerts à visée pédagogique autour d’une œuvre, d’un thème, d’un compositeur ou d’un courant musical sont organisés avec le concours de l’Orchestre Philharmonique ou par les artistes du chœur. Les élèves des établissements publics et privés inscrits au dispositif mis en place par l’Inspection d’Académie sont admis à quatre pré-générales à l’Opéra. Au théâtre de l’Odéon ce sont les générales des opérettes (6) qui sont ouvertes. Un programme spécifique, réalisé en partenariat avec le département, s’adresse aux collèges, sur la base de dix après-midi où les musiciens de l’Orchestre Philharmonique se produisent en concert. Un autre s’adresse aux étudiants, en partenariat avec l’Université d’Aix-Marseille ; il propose des invitations à une générale à l’Odéon, un concert de l’orchestre et à la pré-générale de Don Carlo. Des spectacles spécifiques sont proposés aux jeunes enfants pour 5 euros la place.

Le projet L’Opéra c’est classe vise à susciter la curiosité autour des œuvres du programme, mais aussi à faire connaître les métiers liés au spectacle et leurs filières professionnelles, et à amener à la perception de la collectivité des personnes travaillant à l’opéra comme la conjonction de personnalités différentes qui s’unissent pour réaliser un objectif commun : la mise au point et la réalisation aboutie d’un spectacle. Il fonctionne de pair avec Des clefs pour l’Opéra qui organise les visites du bâtiment et permet d’en découvrir la vie quotidienne.

Quelques chiffres :

  • 1832 places aujourd’hui, contre 2038 en 1924.
  • Surface de la scène : 390 mètres carrés – Fosse : 90 mètres carrés.
  • Ouverture du cadre de scène 11,5 mètres.
  • Hauteur sous les cintres : 20 mètres.

Commodités :

  • Au rez-de-chaussée un bar, deux vestiaires l’un à cour, l’autre à jardin, et des toilettes dames à jardin et messieurs à cour.
  • Au premier étage (en fait un demi-étage) les foyers Karpo et Ducreux avec chacun un vestiaire.
  • Au deuxième étage on accède au premier balcon et au Grand Foyer, avec le bar principal, deux vestiaires et deux toilettes sur le modèle du rez-de-chaussée.
  • Au troisième étage, troisième bar et deux vestiaires à cour et à jardin.
  • Au quatrième étage, on accède au deuxième balcon, et on trouve deux vestiaires et deux toilettes disposés comme précédemment.
  • Au cinquième étage, des toilettes.
  • Au sixième étage ni toilettes ni vestiaires.

Meilleures places : Pour entendre et voir, au centre des balcons, la qualité acoustique croissant avec la hauteur, mais en moins d’un siècle la taille du spectateur moyen a dû beaucoup augmenter car l’espacement des rangées est tel qu’on a bien du mal à caser ses genoux même si l’on n’a pas le gabarit d’un basketteur !

Anecdotes : Comme dans d’autres maisons, la règle des trois débuts existait à Marseille (les artistes présentés sur scène n'étaient admis dans la troupe de l'opéra à titre définitif qu'après avoir fait victorieusement leurs débuts dans trois rôles différents et c’est le public qui choisissait). Et comme ailleurs les frictions entre public et direction n’ont pas manqué : charge des gendarmes à cheval et arrestations (1882), évacuation de la salle (1883), intervention de la police et rébellion du public (1883). Le conflit peut porter sur les chanteurs – le Don José de 1895 - mais aussi sur des danseuses, comme lors du Guillaume Tell de 1894 ou de La Traviata de 1896, qui durent être interrompus parce que le public n’acceptait pas les décisions de la commission théâtrale. Au gré des municipalités successives, qui en modifient le règlement, les suppriment puis les rétablissent, les débuts ne disparaîtront qu’après la première guerre mondiale.

En 1900, par souci de démocratiser l’opéra le docteur Flaissières, maire de Marseille avait décrété l’abaissement du prix des places de troisième et quatrième galerie. La mesure favorisait peut-être les mélomanes mais des couples en quête d’intimité venaient s’y ébattre dans la pénombre propice. Tant et si bien qu’il fallut doubler le prix des places pour mettre fin à ces exhibitions.

En 1949, c’est une Aida à grand spectacle où soixante tirailleurs sénégalais en garnison figurent dans le triomphe de Radamès.

En 1962 les interprètes de Carmen ne sont pas couverts de fleurs mais de légumes !

Se loger :  L’Opéra de Marseille étant voisin du Vieux Port, on peut trouver de nombreux établissements dans cette zone, dont certains de haut standing. Par sa proximité avec l’Opéra, à moins de deux cents mètres en ligne droite, le Grand Hôtel Beauvau a notre préférence. Longtemps resté dans son jus il a subi récemment une rénovation qui lui a enlevé une partie de sa patine aristocratique. On y a néanmoins conservé les traces du passage de célébrités littéraires ou musicales dont maintes chambres portent le nom et qui ont vu le même décor s’encadrer dans les hautes fenêtres donnant sur la mer. La résidence, sensiblement plus éloignée, est située directement sur les quais et offre en prime depuis les étages les plus élevés la vue sur Notre-Dame-de-la –Garde. Encore plus loin, sur le même quai, L’Intercontinental installé dans l’ancien hôpital Hôtel-Dieu offre la même vue avec en prime sa terrasse. Pour des budgets plus modestes, l’Ibis budget Marseille vieux port est à cinq minutes de l’Opéra.

Se restaurer : Fermé le dimanche, le restaurant-librairie des sœurs Laffitte Les Arcenaux, cours Etienne d’Orves, est désormais une institution renommée pour son décor, sa cuisine provençale et sa cave. Autre institution moins chic mais où l’on fait la queue pour déguster crustacés et fruits de mer en composant soi-même son plateau, Toinou, cours Saint-Louis. Plus proche de l’Opéra, L’Hippopotamus du quai des Belges est sans surprise. Attention : les enseignes sont évidemment très nombreuses dans cet épicentre touristique qu’est le Vieux Port, mais beaucoup ferment à 22h30, et il est donc indispensable de s’informer si l’on souhaite dîner après une représentation en soirée.

Y aller : par avion, on arrive à Marseille en venant de l’aéroport de Marignane. Outre les taxis une navette par autocar et certains trains conduisent à la gare Saint-Charles.

De la gare à l’Opéra on peut prendre le métro, direction La Fourragère, jusqu’à la station Vieux Port. En sortant côté Canebière prendre la première rue à droite, la rue Beauvau, on aperçoit l’Opéra dans le fond. On peut aussi descendre le Boulevard d’Athènes jusqu’à la Canebière, et tourner à gauche en direction du Vieux Port jusqu’à la dernière rue à gauche, la rue Beauvau au bout de laquelle on aperçoit la façade de l’Opéra.

En voiture, prévoir d’arriver avec un peu d’avance car le parking Général de Gaulle est souvent plein, mais celui du cours Etienne d’Orves n’est vraiment pas loin.

 

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