Miroirs de Gounod : Faust

Par Laurent Bury | lun 05 Mars 2018 | Imprimer

S'il a depuis longtemps perdu ce titre, Faust  fut longtemps l'opéra le plus joué au monde, l'œuvre la plus emblématique du genre, malgré une genèse complexe qui s'étend sur plusieurs décennies et une partition qui connut de nombreux états divers avant de prendre sa forme plus ou moins définitive (puisqu'elle est souvent représentée plus ou moins amputée, de son ballet ou de sa scène de la chambre).


Composition : janvier à août 1858. Gounod était fasciné par le chef-d’œuvre de Goethe depuis 1838. De 1840 datent ses premières idées pour mettre en musique la « Nuit de Walpurgis », ainsi que le thème qui allait devenir « O nuit d’amour, ciel radieux ». En 1849, il compose un scène intitulée Marguerite à l’église, sans rapport musical avec la scène de l’église qu’il produirait dix ans plus tard. Il faut néanmoins attendre 1855, et sa rencontre avec Barbier et Carré, pour que le projet d’un Faust commence à se concrétiser, bien que différé à cause de plusieurs autres commandes dont certaines n’aboutiront jamais.

Création : 19 mars 1859 au Théâtre-Lyrique (dans sa forme opéra-comique) /3 mars 1869 à l’Académie impériale de musique (dans sa forme opéra avec ballet)

Cette année-là : à Paris, Herculanum de Félicien David est créé le 4 mars, et Le Pardon de Ploërmel de Meyerbeer, le 4 avril ; le 16 novembre, Offenbach donne Geneviève de Brabant. A Rome, le 17 février 1859, création d’Un ballo in maschera.

Librettistes : Jules Barbier et Michel Carré, d’après la pièce Faust et Marguerite de Carré, adaptation de la première partie du Faust de Goethe (plus tard, Gounod envisagera également de mettre en musique la deuxième parte, mais le projet n’aboutira jamais)

Genre : d’abord opéra-comique avec dialogues parlés et mélodrames en prose, Faust s’étoffe au fil des productions et, enrichi d’un ballet et de récitatifs chantés, devient un opéra à part enière pour sa (re-)création à l’Académie impériale de musique, dix ans après.

Intrigue : Revenu de tout, le vieux docteur Faust invoque le diable auquel il demande qu’il lui rende sa jeunesse. Une fois le pacte signé, Faust fait la conquête de Marguerite, qu’il abandonne après l’avoir engrossée ; par ailleurs, il tue en duel Valentin, le frère de la jeune femme. Coupable d’infanticide, Marguerite est jetée en prison, où Faust vient lui rendre visite, mais elle refuse de s’évader avec lui. A sa mort, elle est accueillie au ciel tandis que son séducteur est damné.

Personnages : Faust, ténor ; Marguerite, soprano ; Méphistophélès, basse ; Valentin, baryton ; Siébel, mezzo-soprano ; Dame Marthe, mezzo-soprano ; Wagner, baryton

Les créateurs : Gounod avait conçu le rôle de Marguerite pour Delphine Ugalde, créatrice de Coraline dans Le Toréador d’Adam dix ans auparavant. Caroline Miolan-Carvalho, l’épouse du directeur du Théâtre-Lyrique, devait chanter dans La Fée Carabosse de Victor Massé : elle imposa un échange pour s’emparer de Faust et laisser la pauvre Ugalde essuyer un échec cuisant avec la partition de Massé. Entre 1859 et 1867, madame Carvalho créa au total cinq rôles conçus pour elle par Gounod (Marguerite, Baucis, Sylvie dans La Colombe, Mireille et Juliette)

Le tube : L’air des bijoux, forcément. Mais il faudrait aussi citer « Salut, demeure chaste et pure », « Le veau d’or », « Vous qui faites l’endormie »…

La scie : au choix, le Chœur des soldats, « Anges purs, anges radieux », l’air de Siébel (dont Ravel imagina une version pour piano revue et corrigée par Chabrier)…

Anecdote : Dans sa cavatine, le ténor interprétant le rôle de Faust doit émettre sa note la plus aiguë sur la dernière syllabe de cette phrase, « où se devine la présence (d’une  âme innocente et divine) ». A l’origine, le livret disait « où la présence se devine », ce que justifiait la rime avec « divine », et surtout le fait qu’il était plus facile de faire coïncider le contre-ut de poitrine avec le son i… 

CD recommandé : Version EMI dirigée par Michel Plasson, avec Cheryl Studer, Richard Leech, José Van Dam et Thomas Hampson, au moins parce qu’elle est plus intégrale que bien des versions antérieures, parce qu’elle inclut divers morceaux écartés de la partition.

DVD recommandé : Ah, si la production de Jorge Lavelli à l’opéra de Paris était commercialisée ! On peut néanmoins la voir sur YouTube. Faute de mieux, on se rabattra sur le spectacle capté en 2004 à Covent Garden (DVD EMI), avec Roberto Alagna, Angela Gheorghiu et Bryn Terfel, dans une mise en scène de David McVicar qui situe l’action dans un XIXe siècle impressionniste (Marguerite est la serveuse du « Bar aux Folies-Bergère » de Manet)

 

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