Sur les ondes lyriques en mars 2018

Par Marie-Laure Machado | sam 03 Mars 2018 | Imprimer

Février fêtait joyeusement les amoureux sur des ondes lyriques technicolor. Mars préfère les délicieuses histoires d’amour qui finissent plutôt mal. Outre le centenaire du décès de  Claude Debussy (le 25), nous commémorerons aussi le 20 mars un anniversaire, resté confidentiel, celui du compositeur Bernd Alois Zimmermann (1918-1970).


►Samedi 3 mars, 15h45 CET (reporté au 18 mars), Culturebox : Richard Wagner, Tristan und Isolde – Berlin, Staatsoper Unter den Linden (durée 5h25)

Dans cette mise en scène de Dmitri Tcherniakov du chef d’œuvre de Wagner, Tristan et Isolde jouent à s’aimer ainsi que le titrait Laurent Bury dans son compte rendu du spectacle. Ils mourront cependant d’amour, in fine, comme dans le livret, derrière un écran de tulle (pour vidéos) filtrant l’histoire du philtre d’amour – les lacaniens se réjouiront ! Si la mousseline tchernakovienne peut empoisonner la vue, restent les ailes de la musique. L’éblouissante soprano Anja Kampe (Isolde) et le rutilant ténor Andreas Schager (Tristan) célèbrent le mythe de l’amour absolu aux côté d’Ekatarina Gubanova en Brangäne et de Stephen Milling en König Marke. Charge au chef d’orchestre Daniel Barenboïm de donner à ressentir les mélancolies et les paroxysmes de la légende wagnérienne.

►Samedi 3 mars, 19h CET, WQXR : Giacomo Puccini, Madama Butterfly – New York, MET, 2018 (durée 3h14) et mêmes jour et heure sur CatalunyaMusica et Sverigeradio.

Voix, corps, mains, tout en Ermonela Jaho chante, raconte éperdument la tragédie de Butterfly. A travers sa musique, les ondes transmettront-elles la force de son incarnation de la petite geisha, vulnérable, déchirante ? Pour compléter l’histoire de cette âme d’enfant qui aime et se disloque, Roberto Aronica sera Pinkerton, Maria Zifchak Suzuki, Roberto Frontali Sharpless, dirigés par le très puccinien Marco Armiliato et dans la si poétique mais unique mise en scène d’opéra du cinéaste Anthony Minghella, mort en 2008 (création pour l’ENO et le MET en 2005).

►Samedi 3 mars, 19h CET, Operavision : Bohuslav Martinu, Juliette ou La Clé des Songes – Prague, Narodni divadlo, 2018 (durée 2h45)

La mise en scène de Zuzana Gilhuus pour Juliette ou La Clé des Songes est à la fois fidèle au texte et libre à souhait. Ainsi fut Bohuslav Martinu, fidèle à la musique mais libre à souhait ! C’est dans les années 1930 qu’il s’enthousiasme pour la pièce surréaliste de Georges Neveux et en compose le premier acte d’un opéra. « …j’étais sensible à sa musique qui se développe toujours sur plusieurs plans : la joie sur fond de mélancolie, l’ironie sur fond de tendresse.(…) J’avais retrouvé ma pièce et pourtant j’avais l’impression de l’entendre pour la première fois… », dira le dramaturge.. Avec Peter Berger (Michel), Alzbeta Polackova (Juliette), entre autres très nombreux chanteurs, dirigés par Jaroslav Kyzlink.

►Samedi 3 mars, 20h CET, RTS-Espace2 : Vincenzo Bellini, La Sonnambula – Opéra de Lausanne, 2018.

►Dimanche 4 mars, 02h15 CET, WFMT : Charles Gounod, Faust – Chicago, Lyric Opera, 2018.

►Lundi 5 mars, 01h20 CET, Arte : Carl Maria von Weber, Oberon, König der Elfen – Munich, Bayerische Staatsoper, 2017 (durée2h 58)

Belle proposition que la diffusion du peu fréquent Oberon de Carl Maria von Weber, dans la nouvelle production du Festival d’Opéra de Munich en 2017. On retrouve avec plaisir les couleurs et le lyrisme raffinés du compositeur de Der Freïschutz, une sacrée aptitude au singspiel (ici en version allemande) et une émouvante écriture vocale entre Flûte mozartienne et Fidelio beethovénien. Le fougueux Ivor Bolton dirige Julian Prégardien (Obéron), Alyona Abramowa (Titania), Anette Dash (Rezia), Brenden Gunell (Hüon von Bordeaux), Rachael Wilson (Fatime) et Johannes Kammler (Sherasmin), dans la mise en scène de Nikolaus Habjan, qui invite trois marionnettes sur scène mais transpose le livret.

►Vendredi 9 mars, 19h30 CET, CNSMDP : Georg Friedrich Haendel, Giulio Cesare in Egitto, 2018.

►Samedi 10 mars, 19h CET, WQXR : Gioachino Rossini, Semiramide – New York, MET, 2018 (durée 3h29), mêmes jour et heure, CatalunyaMusica et mercredi 7 mars, 01h25 CET, RadioMET.

Semiramide met un point d’orgue à la carrière italienne de Rossini, mais il s’agit aussi d’une des dernières splendeurs du genre opera seria. Dans la luxueuse et colossale mise en scène de John Copley (1990), avec ors, jardins suspendus, trône qui s’élève dans les airs et pas moins de cinq costumes pour Semiramide, d’éminents chanteurs rossiniens s’emparent d’une partition aux mélodies magnifiques, mais aux difficultés rythmiques hallucinantes. La percutante Angela Meade est la sixième Semiramide du MET, son Arsace de fils est l’époustouflante mezzo Elisabeth DeShong, l’intense Ildar Abdrazakov est Assur, rôle qu’il pratique depuis Pesaro en 2003, enfin l’aussi agile que vaillant Javier Camarena débute en Idreno, tous dirigés par le brillant Maurizio Benini. (attention ! changement de distribution possible)

►Samedi 10 mars, 20h CET, RTS-Espace2 : Charles Gounod, Faust – Genève, Grand Théâtre, 2018 (durée)

« Il n’y a pas de grâce sans force, disait Ingres. C’est qu’en effet la grâce et la force sont complémentaires l’une de l’autre dans le total de la beauté, la force préservant la grâce de devenir mièvrerie, et la grâce empêchant la force de devenir brutalité… », disait Gounod dans ses « Mémoires d’un artiste ». Et dans Faust, comme dans d’autres opéras (Mireille, Roméo et Juliette…), les trésors de son écriture musicale résultent souvent de la volonté d’équilibrer ces deux principes. En ce début d’année, à Genève, dans Faust, la soprano Ruzan Mantashyan faisait figure de révélation en Marguerite, avec John Osborn (Faust), Adam Palka (Méphistophélès), Jean-François Lapointe (Valentin), Marina Viotti (Marthe) et Shea Owens (Wagner), dans une mise en scène de Georges Lavaudant et la direction musicale de Michel Plasson.

►Dimanche 11 mars, 15h CET, Culturebox : d’après l’œuvre de Giacomo Puccini, Butterfly – Limoges, Opéra-théâtre, 2018 (durée 2h35)

►Dimanche 11 mars, 20h CET, France-Musique : Giuseppe Verdi, La Traviata – Paris, Opéra Bastille (durée 3h)

►Mercredi 14 mars, 19h30 CET, Operavision : Pietro Mascagni et Ruggero Leoncavallo, Cavalleria Rusticana et Pagliacci – Bruxelles, La Monnaie de Munt, 2018 (durée 3h20)   

►Samedi 17 mars, 15h CET, Operavision : Giuseppe Verdi, Aïda – Stockholm, Royal Swedish Opera, 2018 (durée 3h environ)

Dans cette Aïda suédoise, Michael Cavanagh, metteur en scène connu pour son Nixon in China de John Adams au San Francisco Opera en 2012, évacue le monde des pharaons pour s’intéresser surtout à la tragédie du triangle amoureux en conflit avec notre société actuelle, ses guerres et ses totalitarismes. Dans une esthétique épurée, aux images fignolées, Aïda et Radamès sont respectivement les jeunes et audacieux Christina Nilsson et Ivan Defabiani, entourés de la wagnérienne chevronnée Katarina Dalaymann en Amnéris, sous la direction de Pier Giorgio Morandi.

►Dimanche 18 mars, 18h CET, StaatsoperTV : Giuseppe Verdi, Les Vêpres Siciliennes – Munich, Bayerische Staatsoper, 2018 (durée 4h), et aussi dimanche 11 mars, même heure, BRKlassik

A Munich, Antù Romero Nunes met en scène et Omer Meir Wellber dirige Les Vêpres siciliennes, opéra souvent considéré comme transitoire dans le répertoire lyrique de Verdi. Le timbre grenat intense comme la sûreté technique de la soprano Rachel Willis-Sorensen conviennent parfaitement au fort tempérament de la duchesse Hélène. Bryan Hymel est le courageux patriote sicilien Henri, amoureux d’Hélène, un des rôles les plus difficiles du répertoire pour ténor. Oppresseur et père pathétique, esquisse de Philippe II dans Don Carlos, l’élégant verdien Georges Petean a tout à fait l’étoffe de ce personnage compliqué qu’est Guy de Monfort. En Procida, Erwin Schrott ne peut que marquer les esprits.

►Mardi 20 mars, 19h30 CET, BRKlassik : Bernd Alois Zimmermann, Die Soldaten Allemagne, Oper Nurnberg, 2018 (durée 3h30)

Il faut ouvrir des oreilles grandes comme des soucoupes pour écouter l’apocalyptique Die Soldaten de Bernd Alois Zimmermann, qui fête son centenaire ce 20 mars ! Comme dans la pièce de Jakob Michael Reinhold Lenz, dramaturge allemand de la fin 18e, dont a été tiré le livret, le compositeur rejette les trois unités : lieu, temps et action, pour créer la sphéricité du temps sur scène. Passé, présent et avenir coexistent par la pluralité et la simultanéité des actions ainsi que par la juxtaposition des couches sonores. Formes anciennes, sérialisme, jazz, répertoire liturgique (grégorien, Bach), motifs mélodiques répétitifs…toute l’histoire de la musique est là. Avec une pointe d’ironie, nous nous demandons ce que va donc bien pouvoir chambouler le très controversé Peter Konwitschny, dans sa première mise en scène de l’unique et dantesque opéra de Zimmermann, qui reste toujours une œuvre révolutionnaire à elle seule. Avec, dans les rôles principaux, Suzanne Elmark (Marie), Jochen Kupfer (Stolzius) et Uwe Stickert (Desportes), dirigés par Marcus Bosch.

►Vendredi 23 mars, 19h CET, Operavision : Ludomir Rozycki, Eros & Psyché – Varsovie, Opera Narodowa, 2018

►Samedi 24 mars, 19h CET, WQXR : Giacomo Puccini, Turandot – New York, MET, 2018 (durée 3h04)

►Mardi 27 mars, 20h CET, CatalunyaMusica : Umberto Giordano, Andrea Chénier – Barcelone, Gran Teatre del Liceu (durée 2h35)

►Samedi 31 mars, 19h CET, WQXR : Wolfgang Amadeus Mozart, Cosi fan tutte – New York, MET, 2018 (durée 3h31), mêmes jour et heure, CatalunyaMusica et vendredi 16 mars, 01h25 CET, RadioliveMET

Le MET nous invite à de véritables agapes mozartiennes avec Amanda Majeski (Fiordiligi), Serena Malfi (Dorabella), Adam Platchetka (Guglielmo), Ben Bliss (Ferrando), Christopher Maltman (Don Alfonso) et Kelli O’Hara (Despina), sous la direction musicale de David Robertson. Pour traiter de l’éternel problème de la fidélité en amour,  le librettiste Lorenzo Da Ponte a utilisé le thème du déguisement. Phelim McDermott, lui, met en scène ce Cosi fan tutte dans un monde de carnaval, la foire de Coney Island, pendant les années 50, avec cracheurs de feu, femmes à barbes, avaleurs d’épées, boa constrictor, etc.

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