En direct de New-York : Lise Davidsen, nouvelle star du Met

Ariadne auf Naxos - New York

Par Christian Peter | lun 14 Mars 2022 | Imprimer

Depuis sa victoire au concours Operalia en 2015, Lise Davidsen s’est rapidement imposée sur les grandes scènes internationales en suivant un parcours jalonné de succès. L’ampleur de sa voix de soprano dramatique et la splendeur de son timbre ont subjugué les publics les plus exigeants, celui de Bayreuth notamment. Dès novembre 2019 la soprano norvégienne effectue des débuts fulgurants sur la scène du Metropolitan Opera dans La Dame de pique. Il n’en fallut pas davantage pour qu’elle soit programmée cette saison dans deux opéras, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg à l’automne dernier et Ariane à Naxos, l’un de ses rôles fétiches, pour lequel elle obtient le privilège de participer aux retransmissions du Met dans les cinémas.


Ariadne auf Naxos © Marty Sohl / Met Opera

Absent depuis une dizaine d’années de la première scène new-yorkaise, l’opéra de Richard Strauss est proposé dans la production d’Elijah Moshinsky, créée en 1993, avec Jessye Norman dans le rôle-titre et filmée dix ans plus tard en vue d’une parution en DVD avec Deborah Voigt et Natalie Dessay. Cette production tout à fait traditionnelle a bien traversé le temps, seuls certains costumes, ceux de Zerbinette et de ses comparses notamment, trahissent son âge. L’action est située au dix-huitième siècle, le prologue se déroule dans un décor monumental qui représente les coulisses d’un théâtre et l’arrière de la scène. Côté jardin, on aperçoit des escaliers qui mènent sans doute à l’appartement du riche propriétaire des lieux. L’acte unique se déroule  sur le plateau nu avec comme toiles de fond une succession de rideaux aux motifs bleutés. Le dernier s’ouvre pour laisser apparaître un voilier rouge lors de l’arrivée de Bacchus et, à la fin de l’opéra, un soleil gigantesque vers lequel se dirige le couple nouvellement formé.

La distribution, sans faille, offre un écrin de luxe à la prima donna. Les seconds rôles n’appellent que des éloges, Sean Michael Plumb campe un Arlequin vif et sonore au timbre chaleureux, Ryan Speedo Green ne lui cède en rien sur le plan du volume. Alok Kumar et Miles Mikkanen complètent avec bonheur ce quatuor facétieux. Les voix des trois Naïades se marient harmonieusement dans leurs interventions ponctuées par les suraigus de Deanna Breiwick. Leur apparition, juchées sur un dispositif à roulettes de plusieurs mètres de haut, produit un effet spectaculaire. Comme il le confie lors de son interview à l’entracte, Wolfgang  Brendel prend un grand plaisir à incarner le Majordome avec sa voix de baryton qui donne l’impression que par moment il chante. Isabel Leonard (le Compositeur) interprète son premier rôle Straussien au Met. La cantatrice est attachante, elle possède une belle présence scénique et une ligne de chant raffinée, son timbre clair traduit à merveille la jeunesse du personnage, cependant son duo avec Zerbinette recèle bien peu d’émotion et son air « Seien wir wieder gut » aurait gagné à conclure le prologue avec davantage d’éclat. Brenda Rae en revanche ne manque ni de brillance ni d’abattage. Ella campe une Zerbinette chaleureuse et sensible aux aigus étincelants et aux trilles impeccables, dont elle n’est pas avare. Son grand air « Grossmächtige Prinzessin » ne se réduit pas à une simple démonstration de virtuosité, il est empreint de tendresse et d’empathie vis-à-vis d’Ariane. Brandon Jovanovich s’impose dès son entrée grâce à sa voix solide et son timbre viril. Hélas, les choses se gâtent un peu lors du duo final dans lequel on l'aurait souhaité plus héroïque. De plus, ses aigus plafonnent et sonnent un peu bas. Il faut dire que le rôle est réputé inchantable et en face de lui, les moyens impressionnants de sa partenaire ne lui facilitent pas la tâche.


Ariadne auf Naxos © Marty Sohl / Met Opera

On l’aura compris Lise Davidsen est la grande triomphatrice de la soirée, le public ne s’y trompe pas et lui réserve une belle ovation lors des saluts. La voix est immense, les aigus insolents et les graves solides. De plus, la cantatrice possède un timbre chatoyant qui ne laisse pas indifférent. Son monologue « Es gibt ein Reich » tout empli de nostalgie, témoigne de sa capacité à nuancer sa ligne de chant, il constitue l’un des plus aboutis que nous ayons entendus. La saison prochaine, Davidsen aura de nouveau les honneurs d’une retransmission dans les cinéma, cette fois dans Le Chevalier à la rose où elle incarnera La Maréchale.

Au pupitre Marek Janovski propose une direction alerte dans le prologue, suave au cours de l’acte unique, puissante dans le final et scintillante de bout en bout.

Le samedi 26 mars,  le Metropolitan Opera retransmettra dans les cinémas du réseau Pathé Live Don Carlos de Verdi dans sa version originale en français.

 

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