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	<title>Antonio ABETE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 24 Jan 2026 07:37:18 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Antonio ABETE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Discothèque idéale : Monteverdi – L&#8217;Orfeo (Garido, K617 – 1996)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-monteverdi-lorfeo-garido-k617-1996/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jan 2026 07:35:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il avait coutume de dire que son passé de musicien populaire au Rio de la Plata y était pour quelque chose tout en soulignant que les musiques populaires latino-américaines puisaient encore aujourd’hui leurs sources dans la musique baroque. Sa passion pour les langues hispaniques et pour l’italien y était aussi pour beaucoup, tout comme ses &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il avait coutume de dire que son passé de musicien populaire au Rio de la Plata y était pour quelque chose tout en soulignant que les musiques populaires latino-américaines puisaient encore aujourd’hui leurs sources dans la musique baroque. Sa passion pour les langues hispaniques et pour l’italien y était aussi pour beaucoup, tout comme ses découvertes d’opéras et d’oratorios du baroque latino-américain enregistrées entre 1992 et 1994. Cela s’entend dès le début de <em>L’Orfeo</em>, enregistré deux ans plus tard en Sicile. La déclamation du texte semble inspirer tout naturellement la musique. Au premier acte, après la toccata d’ouverture rythmée comme jamais où les timbres profonds des cornetti et trombones dominent dans le ritornello, les merveilleux musiciens de l’ensemble Elyma introduisent, comme s’ils le fredonnaient, le texte que chante le personnage de la Musica. Moment suspendu que ce début grâce à l’émouvante soprano <strong>Maria Cristina Kiehr</strong> qui sait allier sa science du chant baroque à la simplicité des chanteuses populaires (comme elle en a connu en Argentine où elle est née) pour lesquelles le mot guide tout simplement le chant (CD 1, pl. 2). Orfeo qui entre en scène peu après est de la même veine dans l’interprétation du baryton <strong>Víctor Torres</strong>. Quelle belle diction de l’italien tant dans le legato lyrique que dans la déclamation plus théâtrale de « Rosa del Ciel » ou du célèbre « Ecco pur qu’a voi ritorno » (Victor Torres a été formé à l’opéra au Teatro Colón de Buenos Aires) (CD 1 – Pl 5 et 8). Il est vraiment poignant dans la déclamation funèbre qui suit la mort d’Eurydice (CD 1 – Pl 12). Et s’il ne fallait écouter qu’un seul acte de l’opéra, c’est sans conteste l’acte trois, tellement puissant tragiquement, qu’il faudrait choisir. Victor Torres y est particulièrement saisissant variant l’émission vocale, suivant le drame, alternant des sons droits à une vocalité plus opératique sans oublier la virtuosité des différentes sortes de mélismes et ornementations de la ligne de chant. L’orchestre est sans arrêt à l’écoute et semble improviser à chaque instant comme au théâtre. Mention spéciale au chœur Antonio Il Verso de Palerme.</p>
<p>Víctor Torres (Orfeo), Adriana Fernández (Euridice), Gloria Banditelli (Sylvia, Messagiera), María Cristina Kiehr (Speranza, La Musica), Antonio Abete (Caronte), Furio Zanasi (Plutone, Pastore IV), Roberta Invernizzi, (Proserpina, Ninfa), Maurizio Rossano (Apollo)<br />Gerd Türk, Fabián Schofrin, Giovanno Caccamo et Salvatore Sutera (pasteurs et esprits).<br />Gabriel Garido, Ensemble Elyma &amp; Ensemble vocal Studio di musica antica Antonio il Verso (Palermo).<br />K617 – 2 disques – Date de parution : 1996. Enregistrement la même année du 18 au 23 juillet 1996, en l&rsquo;église de Saint Martin à Erice (Sicile).</p>


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<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-1-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207095"/></a></figure>
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		<title>MONTEVERDI, Orfeo — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/orfeo-geneve-surprise-surprise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Oct 2019 15:17:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que l’on attendait beaucoup, voire trop, d’une distribution alléchante, d’un ensemble aguerri à ce répertoire et d’un chef inspiré, la bonne surprise nous vient de la mise en scène que signe Iván Fischer.  Les réussites des chefs qui se hasardent dans ce type de réalisation restent exceptionnelles. Une équipe particulièrement inventive, efficace, nous offre des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que l’on attendait beaucoup, voire trop, d’une distribution alléchante, d’un ensemble aguerri à ce répertoire et d’un chef inspiré, la bonne surprise nous vient de la mise en scène que signe <strong>Iván Fischer</strong>.  Les réussites des chefs qui se hasardent dans ce type de réalisation restent exceptionnelles. Une équipe particulièrement inventive, efficace, nous offre des tableaux qui servent à merveille l’histoire qui se joue, fable ou drame. Directement issue de la pastorale, avec ses allégories, dans le contexte de la Renaissance humaniste, cette mise en scène est traditionnelle, kitsch durant le prologue, littérale, cohérente. L’ouvrage s’ouvre sur une projection de feuillages automnaux, la scène herbeuse comportant quelques monticules. On sourit lorsque, après la Musica, Orfeo fait son apparition, surprenant Christ issu d’une image pieuse du XIXe, cheveux et barbe longues, tunique immaculée. L’intention est manifeste, confirmée par la première apparition d’Euridice : virginale, où le blanc et l’azur s’unissent. Caron sera vêtu de bure sombre, sorti du <em>Nom de la rose</em>… Ensuite, de la perspective du Teatro Olimpico de Vicence, le porche central et les latéraux s’ouvriront sur des paysages animés pour nous entraîner dans cette vision de l’antiquité que chérissait la Renaissance. Le troisième acte, avec le récit de la Messagère, est une réussite magistrale, où vidéo et éclairages s’associent pour la plus juste expression. L’approche de la barque de Caron, puis son entrée rivalisent de beauté. Au reste, Proserpine et Pluton emprunteront cette barque, assortie à leur rang. L’étonnement ne sera pas moindre lors de la bacchanale du dernier acte. L’humour, dont sont dépourvues tant de réalisations, trouve ici sa place : après les deux premiers bergers aux premiers actes,  nous assisterons aux métamorphoses de Bacchus (en Priape, puis en David de Michel-Ange, enfin en Vénus de Botticelli) au finale. Les chorégraphies, originales, singulières, empruntent harmonieusement à tous les styles. Elles aussi ne manquent pas de surprendre, dès le début : le chœur « Vieni Imeneo »  est dansé non pas comme une pavane, à laquelle la rythmique invite, mais animé, joyeux. La réalisation traduit une réflexion approfondie du chef sur les procédés propres à permettre à l’auditeur, quatre siècles après la création, d’en retrouver l’esprit autant que la saveur : pour la fable, Iván Fischer a choisi une antiquité de fiction, revisitée à travers le prisme de l’humanisme.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="393" src="/sites/default/files/styles/large/public/orfeo_c_judithhorvath_05.jpg?itok=Ftm-2ayq" title="Orfeo, Euridice et deux bergers  © Judith Hovarth" width="468" /><br />Orfeo, Euridice et deux bergers  © Judith Hovarth</p>
<p>Des innombrables traductions musicales du mythe, les plus connues s’achèvent par une bacchanale, conformément aux textes d’Ovide et de Virgile. Mais presque toujours entend-on l’œuvre de Monteverdi se conclure sur le « lieto finale » où Apollon invite son fils à le rejoindre au ciel. Seule la musique de cette seconde version nous étant parvenue, Iván Fischer a voulu revenir au premier livret avec son horrible fin, où les Bacchantes démembrent et dévorent Orfeo. A cet effet, il en réécrit la musique, empruntant nombre de motifs entendus et pastichant le reste, fort bien, au demeurant. On attendait donc un cinquième acte sombre et violent. Même si l’ensemble est légitime et cohérent (les transes traduites par les danseuses sont fortes), là où on pressentait l’horreur absolue, la folie orgiaque, le démembrement, c’est sur une sorte de divertissement que s’achève l’ouvrage, nous rappelant qu’il s’agit d’une fable. Pourquoi pas ?  Mais alors était-il utile de substituer ce finale à celui que choisirent enfin Striggio et Monteverdi ?</p>
<p>Le prologue s’était ouvert sur une percussion imposant un rythme de marche, puis était entrée la flûte, avec ses diminutions, avant que les cornets s’emparent de la toccata. La progression, source d’attente, aurait été bienvenue si quelques petits accidents n’avaient altéré l’ensemble. Les effectifs de l’orchestre correspondent globalement à ceux voulus par le compositeur, à l’exception des cordes, sur-représentées, mais avec une seule contrebasse, sonore, dont le jeu est manifestement moderne. Leur placement en fosse autorise les oppositions attendues, mais éparpille les cordes pincées, au détriment de leur cohésion. L’instrumentation surprend, ici et là, comme les nuances ou le caractère (les sacqueboutes sont tout sauf infernales). Certaines réussites : la sinfonia qui précède le « Possente spirto », confiée à ces mêmes cuivres, est retenue à souhait, ambiguë, anticipant ainsi sa reprise, qui endormira Carone. Les couleurs font parfois défaut, y compris dans les danses. Malgré la dynamique imposée par la direction, cela reste convenu, un peu terne, dépourvu de vigueur et de clarté. La précision est parfois mise à mal, notamment lorsque les cordes pincées s’unissent aux claviers, que tiennent Ivan Fischer et un de ses musiciens. Le chœur, aligné en fosse devant le proscenium, est équilibré et puissant.</p>
<p>Tous les chanteurs sont familiers de l’ouvrage et de ses exigences stylistiques. La distribution est sans faiblesse, si ce ne sont les deux basses, <strong>Antonio Abete</strong> (Carone) – qui maquille sa voix, oublieux de la justesse – et <strong>Peter Harvey </strong>(Plutone) : les graves caverneux leur font défaut. Même si le concepteur-réalisateur considère Orfeo comme un « looser », un « poète-musicien mystique », ce n’est pas un doux illuminé que campe <strong>Valerio Contaldo</strong>, d’une humanité confondante, inspirée, passionnée, radieuse comme désespérée. Son premier air « Rosa del ciel », qui atteste cette approche christianisée de l’invocation à Apollon, va se muer en passion amoureuse pour Euridice. Redoutable sommet de la partition, le « Possente Spirto » est vaillant, virtuose dans sa progression, avec ses trilles, ses passages, magique. La voix est splendide d’expression, de sensibilité, riche en couleurs, agile et corsée. Le jeu dramatique est exemplaire, jusqu’à la synchronisation des accords du chitarrone sur sa lyre. Les bergers que chantent <strong>Cyril Auvity</strong> et <strong>Francisco Fernández-Rueda</strong> sont remarquables, dès la première intervention. Après l’avoir chantée souvent avec Gardiner, <strong>Michal Czerniawski</strong>, nous vaut une Speranza intéressante.</p>
<p>Des trois voix de femme on ne sait par laquelle commencer, l’excellence leur étant commune. <strong>Emöke Baráth</strong> est certainement l’Euridice la plus recherchée de notre temps. Après l’avoir donnée en juin au TCE, elle sera de nouveau à Genève en décembre pour une version de concert (dirigée par Emiliano Gonzales Toro). Sa Musica est une narratrice dont le récit, souple, varié, est servi par des moyens rares, avec une profonde intelligence du texte. Les deux interventions d’Euridice confirmeront la fraîcheur de l’émission et la qualité de la prosodie. <strong>Luciana Mancini</strong> est une grande messagère, puissante, dramatiquement juste, émouvante. La voix est sonore, large, égale, colorée à souhait. La Proserpine de <strong>Núria Rial</strong>, Bacchante ensuite, est impressionnante de chaleur et de séduction.</p>
<p>On sort donc partagé de cette représentation : ravi par l’intelligence de la réalisation visuelle, admiratif et ému par les solistes, quelque peu déçu par l’interprétation instrumentale.</p>
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		<item>
		<title>Monteverdi &#8211; L&#039;Orfeo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/monteverdi-lorfeo-non-loin-de-larcadie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Dec 2017 06:13:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nous savons depuis Caen et Paris, où Bernard Schreuders assistait à l’Orfeo comment l’aborde Paul Agnew, seul maître à bord, à la fois, chef, organisateur, metteur en scène, chanteur : le présent DVD – Blu-Ray en est le témoignage abouti. La Thrace n’est pas l’Arcadie, Poussin et Monteverdi ne se sont jamais rencontrés, mais comment ne &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous savons depuis Caen et Paris, où Bernard Schreuders assistait à l’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/lorfeo-paris-philharmonie-orphee-mon-semblable-mon-frere">Orfeo</a> comment l’aborde <strong>Paul Agnew</strong>, seul maître à bord, à la fois, chef, organisateur, metteur en scène, chanteur : le présent DVD – Blu-Ray en est le témoignage abouti. La Thrace n’est pas l’Arcadie, Poussin et Monteverdi ne se sont jamais rencontrés, mais comment ne pas établir la correspondance au spectacle qui nous est offert ? L’inspiration est bien la même, « <em>vision fantasmée de l’Antiquité au XVIIe siècle</em> », réflexion sur le thème de la mort (« <em>et in arcadia ego </em>»), enfin, la clarté du message, la maîtrise de la ligne et des couleurs sont partagées par les deux créateurs. Paul Agnew y fait explicitement référence et son interprétation, la mise en scène, les décors,  les costumes, les éclairages en portent la marque.</p>
<p>Fort de l’intimité des Arts Florissants aux madrigaux, dont ils ont donné les huit livres entre 2012 et 2017, son nouveau chef nous redit sa conviction : « <em>L’Orfeo [y] trouve bien sa source</em> », passant sous silence la formidable progression qui conduit du premier livre à l’ultime dont les « madrigaux » n’ont plus que le nom, authentiques œuvres dramatiques, à la dimension instrumentale essentielle.  Loin de l’apparat et des luxuriances de Jacobs, l’approche, dans le même esprit que celle d’Alessandrini,  est cohérente et pleinement assumée. Mais ici, toute violence semble estompée, voire bannie. Clarté, équilibre, modération, pureté de la ligne,  élégance, distinction. Ne sont-ce pas là les attributs de l’art français plus que ceux de l’italien ? Là résident donc les limites de cette lecture.</p>
<p>Quelles que soient les réussites, voire les références, des réalisations scéniques disponibles en DVD (Ponnelle, Pizzi, Audi, Wilson, Brown…), Paul Agnew s’en démarque de façon originale et inattendue. Modeste, sa mise en scène dans un décor unique, s’apparente davantage à une mise en espace. Elle séduit et nous offre de belles images, aux éclairages subtils et chaleureux, cultivant le clair-obscur. Elle se fonde sur le texte de Striggio et ses sources mythologiques : L’opposition Apollon-lumière à Pluton-obscurité, la nature magnifiée par Ovide, bien sûr. Si l’idée paraît bienvenue de traduire son rythme par un cercle de pierres, sa réalisation fait malheureusement très carton-pâte. Oublions ce détail. Les costumes de toile,  simples, rustiques, participent à la fraîcheur de la production, et leurs drapés sont valorisés par les lumières. L’image traduit bien la conception qui préside à l’entreprise : aventure collective d’une équipe jeune, familière &#8211; dont aucun des membres ne déçoit – toute entière dévouée à l’œuvre.</p>
<p>Orfeo, c’est d’abord le rôle-titre, écrasant, auquel <strong>Cyril Auvity</strong> s’identifie pleinement. Sa vérité dramatique relève de l’évidence, au chant idéal : voix riche et pleine, colorée, dont la maîtrise de la ligne et de l’ornementation sont manifestes. Dès le « Rosa del ciel » du premier acte, nous avons la promesse d’un grand Orphée. Son « Tu sei morta », est particulièrement poignant. Messagère comme l’Espérance, <strong>Lea Desandre</strong> nous émeut, voix idéalement fraîche, pure, d’un soutien et d’une expression admirables. Que penser de l&rsquo;Eurydice de <strong>Hannah Morrison</strong> ? Voix céleste, juvénile, qui s&rsquo;intègre parfaitement au projet. Le Caron de <strong>Cyril Costanzo</strong> ne serait-il qu&rsquo;un fonctionnaire médiocre de l&rsquo;administration des enfers ? <strong>Antonio Abete</strong> campe avec autorité un Platon à voix bien timbrée. Comment ne pas satisfaire la requête de la Proserpine de<strong> Miriam Allan</strong>, dont la conduite est remarquable ? Paul  Agnew s’est réservé le petit rôle d’Apollon, où il est pleinement convaincant : nulle ambiguïté sur les liens filiaux qui l’unissent à Orphée, mais aussi à cet ouvrage qu’il porte avec amour. Les chœurs, de solistes, comme dans la pratique ancienne – bergers, esprits infernaux – sont d’égales réussites.  L’admirable continuo, animé principalement par Thomas Dunford, est un modèle de vie.  Le bonheur des instrumentistes, totalement immergés dans l’action, est communicatif. Leur retrait aux deux côtés de la scène au dernier acte focalise l’attention et la force dramatique sur le dialogue douloureux et grave entre Orphée et Apollon, et leur permet un retour festif pour conclure dans la joie. Il faut souligner l’excellence du jeu de chacun, des vents aux cordes tant l’oreille y trouve de plaisir. Les choix assumés par Paul Agnew sont légitimes et défendus efficacement, avec conviction. Si certains préféreront une vision plus expressionniste, plus « moderne », l’interprétation, de qualité indiscutable, séduit par sincérité et sa cohérence, par sa fraîcheur et sa juvénilité.</p>
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		<item>
		<title>MARAIS, Alcione — Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/alcione-paris-opera-comique-tempete-de-lumiere-pour-rouvrir-favart/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Apr 2017 02:29:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Ah non ! Ils nous ont encore fait le coup de la cage de scène vide ! » pense-t-on d’abord quand le rideau se lève sur Alcione. Pour sa réouverture en fanfare après vingt mois de travaux, l’Opéra-Comique aurait-il choisi de se montrer nu ? Ne les a-t-on pas déjà assez vus, ces murs percés de hautes portes &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Ah non ! Ils nous ont encore fait le coup de la cage de scène vide ! » pense-t-on d’abord quand le rideau se lève sur <em>Alcione</em>. Pour sa réouverture en fanfare après vingt mois de travaux, l’Opéra-Comique aurait-il choisi de se montrer nu ? Ne les a-t-on pas déjà assez vus, ces murs percés de hautes portes métalliques, par où arrivaient les décors, du temps où il y en avait ? Impression trompeuse, néanmoins, et l’on se ravisera vite, parce que le spectacle est tout sauf pauvre, et parce que cette nudité apparente ne relève en rien d’une facilité. Il est même plutôt courageux d’oser inventer aux fastes louis-quatorzien un équivalent moderne, au lieu de se laisser aller à l’imitation servile du Grand Siècle. Ce que proposent ici <strong>Louise Moaty</strong> et <strong>Raphaëlle Boitel</strong>, c’est une vraie vision personnelle de la tragédie lyrique de Marin Marais, et la présence de danseurs-acrobates-grimpeurs permet de faire voir à nos yeux du XXI<sup>e</sup> siècle ce que les machines et la décoration réalisaient autrefois : oui, le palais de Ceix s’écroulera, oui, les démons voltigeront au deuxième acte… Plus étonnant encore, les somptueux éclairages d&rsquo;<strong>Arnaud Lavisse </strong>transfigurent le plateau et les costumes d’<strong>Alain Blanchot</strong>, de coupe et de couleurs pourtant modernes, taillés dans des étoffes étonnantes par leurs motifs ou leur texture : on croit d’abord voir le Poussin des <em>Sept Sacrements</em>, puis une diablerie de Magnasco lors de l’invocation des puissances maléfiques, autant d’images magnifiques qu’on s’étonne de voir naître au fil des actes. La fameuse tempête paraît peut-être un peu moins frappante, à contre-jour derrière ses grandes voiles blanches, et la fausse mer argentée du dernier tableau est quand même un peu maigre. Mais quelle fête de matelots nous est offerte par ces intrépides artistes que rien ne semble devoir empêcher de s’élever dans les airs ! Et avec quelle aisance les chanteurs semblent être devenus danseurs et s’être mêlés à leurs confrères muets !</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="289" src="/sites/default/files/styles/large/public/9_alcione_dr_vincent_pontet.jpg?itok=3pL_N9lJ" title="© Vincent Pontet" width="468" /><br />
	© Vincent Pontet</p>
<p>Pour <strong>Jordi Savall</strong>, cette <em>Alcione</em> est l’aboutissement de nombreuses années d’efforts, et son amour pour Marin Marais trouve enfin à s’exprimer sur une scène. Dans la fosse, on est d’abord frappé par la vigueur de sa direction, par cette robustesse terrienne que les percussions contribuent à donner au premier mouvement de l’ouverture. Et malgré la présence de la mer et de l’air, éléments si importants dans l’intrigue, la musique gardera toujours cette solidité remarquable, loin de toute frénésie, de toute agitation emportée qui la priverait d’une partie de sa force (comment s’ôter de la tête la petite phrase des matelots qui revient tout au long de leur fête, portée par la saveur d’instruments populaires et presque aussi entêtante que la <em>Sonnerie de Sainte-Geneviève-du-Mont</em> ?). Et chapeau aux continuistes particulièrement en verve, jamais à cours d’embellissements pour le discours que l’on tient au-dessus d’eux, sur le plateau.</p>
<p>Les chanteurs réservent leur lot de retrouvailles et de découvertes. Retrouvailles avec ces deux frères de voix que sont <strong>Cyril Auvity</strong> et <strong>Marc Mauillon</strong>, par le naturel apparent de leur émission, toujours surprenant, où la déclamation semble couler de source en un flux continu. Le ténor insère dans son chant les notes les plus aiguës avec la même aisance que toutes les autres, et le baryton nous rend sensible l’amertume d’un personnage complexe et tourmenté. A leurs côtés, <strong>Lea Desandre</strong> s’impose dans le rôle-titre, comme on ne l’en aurait pas forcément crue capable après avoir entendu ses quelques phrases dans <em>Zoroastre </em>dirigé par Raphaël Pichon ; plus que son timbre de mezzo assez clair, c’est le dramatisme de toutes ses interventions qui frappe le spectateur. Avec une articulation toujours expressive et une admirable aisance scénique, <strong>Lisandro Abadie</strong> est souvent contraint par la partition à des notes très graves qui mettent moins en valeur sa voix, tandis que sa complice dans le crime trouve en <strong>Hasnaa Bennani </strong>une interprète pleine de distinction mais à qui l’on souhaiterait à certains moments un peu plus de volume sonore. <strong>Antonio Abete </strong>ne parvient pas à éviter une diction parfois exotique du français (c’est d’autant plus dommage qu’il est le premier à prendre la parole après le lever du rideau) et les aigus sont à plusieurs occasions lâchés comme s’ils échappaient désormais à son contrôle, ce qui prive d’autorité son Grand-Prêtre et son Neptune. Autour d’eux s’active une constellation de jeunes artistes issus du toujours dynamique chœur du Concert des Nations, parmi lesquels on remarque l’Apollon éclatant de <strong>Sebastian Monti </strong>ou le virevoltant Matelot de <strong>Yannis François</strong>.</p>
<p>Après les représentations à l&rsquo;Opéra-Comique (jusqu&rsquo;au 7 mai), le spectacle sera donné à Caen et à Versailles.<br />
 </p>
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		<title>MONTEVERDI, Orfeo — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lorfeo-paris-philharmonie-orphee-mon-semblable-mon-frere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Mar 2017 03:00:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quand Paul Agnew affirme que le secret de la perfection de L’Orfeo est à rechercher dans les madrigaux de Monteverdi, ce vaste champ d’expérimentation harmonique et dramatique, il parle en connaissance de cause et en apporte une éblouissante démonstration. Entamée à Caen le 28 février, la tournée européenne des Arts Florissants s’achevait à la Philharmonie &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand <strong>Paul Agnew</strong> affirme que le secret de la perfection de <em>L’Orfeo</em> est à rechercher dans les madrigaux de Monteverdi, ce vaste champ d’expérimentation harmonique et dramatique, il parle en connaissance de cause et en apporte une éblouissante démonstration. Entamée à Caen le 28 février, la tournée européenne des <strong>Arts Florissants</strong> s’achevait à la Philharmonie de Paris ce 20 mars, alors que paraît chez Harmonia Mundi un troisième et dernier volume de madrigaux enregistré à la Cité de la Musique (2014) en partenariat avec la Philharmonie de Paris et le Théâtre de Caen (livres VII et VIII). Cette anthologie fait écho à l’intégrale des huit livres donnés en concert, projet ambitieux confié à Paul Agnew, directeur adjoint de l’ensemble et ancien pilier du Consort of Musicke qui avait déjà relevé ce défi, mais en studio (L’Oiseau-Lyre).</p>
<p>Pour cette nouvelle lecture de <em>L’Orfeo</em>, dont il assure également la mise en espace, le ténor écossais a fait appel à plusieurs chanteurs qui l’ont accompagné dans son périple madrigaliste et se partagent principalement les rôles des Bergers et des Esprits Infernaux. Les historiens sont aujourd’hui à peu près sûrs que le premier chef-d’œuvre de l’histoire de l’opéra fut créé par une troupe d’une dizaine d’interprètes qui assuraient également les chœurs. Ce n’est probablement pas une attitude puriste mais plutôt sa compréhension intime du langage de Monteverdi qui motive le choix de Paul Agnew. Fantasmant sur le luxe des spectacles de cour, d’autres chefs ont réuni des effectifs qui regardent encore vers la Renaissance et ont privilégié le son au détriment des mots. Confiée à une poignée de solistes aguerris, les pages chorales affichent, au contraire, un relief saisissant et le texte, une parfaite lisibilité. Dans l’allégresse comme dans l’affliction, nous sommes frappé à la fois par l’intensité et par le naturel de l’expression.  </p>
<p>La qualité exceptionnelle de cette performance repose autant sur la cohésion de l’équipe que sur de belles et fortes individualités, ce qui prend tout son sens si nous songeons que les Bergers sont les amis d’Orphée et que la mort d’Eurydice les affecte personnellement, à commencer bien sûr par la Messagère, qui d’ailleurs se prénommait Sylvia avant d’être le témoin de la tragédie. Si les graves de <strong>Lea Desandre</strong> se dérobent et privent de consistance la Speranza, en revanche, du drame d’Eurydice, elle livre un récit stupéfiant de justesse. La maturité de l’artiste (23 ans !) ne laisse pas d’étonner, sa sensibilité nous émerveille mais les producteurs seraient bien avisés de lui laisser le temps de travailler et de construire son instrument. Seul, en duo ou dans les ensembles, le Premier Berger hérite d’une des parties les plus développées de <em>L’Orfeo</em> et mérite mieux qu’un second couteau. Nous avons le plaisir d’y retrouver le ténor superbement timbré et pénétrant de <strong>Zachary Wilder</strong> dont nous avions déjà pu apprécier l’urgence théâtrale au détour du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/breve/insoutenable-densite-de-monteverdi-a-la-cite-de-la-musique">VII<sup>e</sup> livre</a> ou dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/la-dafne-bruges-alarcon-et-la-belle-au-bois-dormant"><em>La Dafne </em></a>de Marco Da Gagliano.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/attachment-1_1.jpeg?itok=C5asxyJV" title="Cyril Auvity (Orfeo) @ Philippe Delval" width="468" /><br />
	Cyril Auvity (Orfeo) © Philippe Delval</p>
<p>La voix d’<strong>Antonio Abete</strong> (Pluton) bouge beaucoup désormais, mais elle possède la noirceur qui fait défaut à celle de <strong>Cyril Costanzo</strong> (Charon). Sans doute desservie par le diapason, plus bas que d’ordinaire dans cette oeuvre, la jeune basse peine à assumer les notes extrêmes tout en restant compréhensible. Si Proserpine a connu des velours autrement sensuels, le charme sophistiqué de <strong>Miriam Allen</strong> n’opère pas qu’au royaume d’Hadès. L’Orphée de <strong>Cyril Auvity</strong>, lui, ne joue pas la carte de la séduction, pas même avec Charon. Les traits de « Possente spirto » pourraient être plus énergiques, plus brillants et le célèbre numéro ne tient pas toutes ses promesses. Néanmoins, relisons Striggio : ce n’est pas la virtuosité du demi-dieu qui vient à bout du Nocher des Enfers, mais bien le chant, sans apprêt, du mortel, qui culmine dans une demande pressante et irrésistible (« Rendetemi il mio ben Tartarei numi »).</p>
<p>Cyril Auvity ne donne pas l’impression de jouer : il vit dans sa chair les affects puissants et contradictoires qui transportent puis ravagent Orphée, intériorisant sa douleur jusqu’au murmure avant de laisser éclater sa révolte, sans pour autant verser dans le cri et l’emphase. Le ténor au métal assombri mais chaleureux ne réussit pas seulement sa prise de rôle, il réussit à abolir la distance qui le sépare du spectateur et à nous faire oublier que tout ceci n’est pas réel. Lorsque après avoir perdu une seconde fois Eurydice, le poète retrouve les champs de Thrace et l’enfer sur terre, son monologue semble jaillir spontanément, sous nos yeux et nos oreilles. Nous sommes totalement désarmé par la sincérité de cet homme qui n’est plus une figure mythologique et n’est pas davantage un artiste, mais notre semblable, notre frère, dont le cœur saigne et qui nous bouleverse. Hier Télémaque, aujourd’hui Orphée, demain ou après-demain, Ulysse ? Osons rêver et sachons patienter…  </p>
<p>Paul Agnew a dû concevoir, vraie gageure, une mise en espace qui puisse fonctionner dans des lieux aussi différents que le Théâtre de Caen, l’Opéra de Versailles et la Grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris, pour ne citer que les étapes françaises de cette production itinérante. Disposant manifestement de moyens limités qui doivent expliquer la facture grossière et disgracieuse de certains costumes, l’apprenti metteur en scène, qui incarne aussi Apollon, a opté pour un décor unique et minimaliste : un cercle de menhirs évoquant le culte du Soleil au milieu duquel quelques musiciens, dans le même équipage (vaguement) inspiré de Poussin, se mêlent aux protagonistes de la pastorale alors que les autres se répartissent, avec le continuo, entre cour et jardin. Certains éléments de la gestuelle, naïfs et trop systématiques (vigoureuses accolades, bras tendus vers le ciel), pourraient prêter à sourire, mais ne nous focalisons pas sur l’accessoire alors même que Paul Agnew et sa troupe renouent avec l’essence de la tragédie de Monteverdi et Striggio dans ce qu’elle a de plus humain, dans ce qui la rend intemporelle et universelle. Difficile de savoir ce qui dans cette version <em>d’Orfeo </em>relève de la direction d’acteur, de la vision du chef et de celle que chacun avait de son personnage, mais toute beauté recèle sa part de mystère ; réjouissons-nous plutôt qu’il soit question d’un DVD et croisons les doigts pour que ce ne soit pas qu’une rumeur.</p>
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