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	<title>Ain ANGER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<link>https://www.forumopera.com/artiste/ain-anger/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sun, 16 Nov 2025 17:37:40 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Ain ANGER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>TCHAÏKOVSKI, Iolanta (Bordeaux)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-iolanta-bordeaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Nov 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créé en 1892 au Mariinski au cours d&#8217;une soirée qui comprenait Casse-Noisette en deuxième partie, Iolanta est, par la force des choses, le testament lyrique de Tchaïkovski. Cette œuvre courte (1h30 environ) est souvent donnée en diptyque avec un autre opéra en un acte  – ou plus exceptionnellement avec Casse-Noisette, comme à Paris en 2016. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé en 1892 au Mariinski au cours d&rsquo;une soirée qui comprenait <em>Casse-Noisette</em> en deuxième partie, <em>Iolanta</em> est, par la force des choses, le testament lyrique de Tchaïkovski. Cette œuvre courte (1h30 environ) est souvent donnée en diptyque avec un autre opéra en un acte  – ou plus exceptionnellement avec <em>Casse-Noisette</em>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/iolanta-casse-noisette-paris-garnier-lamour-et-la-vie-dune-jeune-femme-enfin-de-deux/">comme à Paris en 2016</a>. L&rsquo;équipe artistique réunie pour cette nouvelle production bordelaise fait le choix judicieux de laisser l&rsquo;œuvre se suffire à elle-même, pour en révéler toute la singularité et la beauté.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Stéphane Braunschweig</strong>, qui a déjà fréquenté <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/eugene-oneguine-paris-tce-oneguine-sur-tapis-vert/">un autre opéra de Tchaïkovski</a> il y a quelques années avec moins de réussite, choisit d’épouser complètement la dimension symbolique du livret, écrit dans les mêmes années que le <em>Pelléas et Mélisande </em>de Maeterlinck. Sous son regard,<em> Iolanta </em>devient un drame symboliste qui parle de connaissance de soi et de connaissance du monde. Protégée dans l’<em>hortus conclusus </em>où son père la retient, Iolanta ignore que les autres humains possèdent une faculté qu’elle n’a pas : pouvoir voir la lumière du jour et la couleur des fleurs. Ses compagnes, tout comme elle et l’époux de sa nourrice, sont revêtus de costumes d’inspiration médiévale, d’un vert omnipotent (dessinés par <strong>Thibault Vancraenenbroeck</strong>), comme si son père lui avait également caché que le temps avait passé et que les hommes portaient aujourd’hui des costumes trois pièces gris et noirs (c’est le cas de son père, de son écuyer, du médecin et des deux chevaliers).</p>
<p style="font-weight: 400;">La jeune fille, recluse dans l’espace rassurant du conte – un monde clos et immuable où le danger de la vérité est retenu par une simple inscription projetée sur les murs – va voir son existence renversée par l’arrivée de deux hommes, qui entrent dans son « jardin » par la salle de spectacle, en traversant la fosse d’orchestre sur une passerelle. Vaudémont, épris de sa beauté, va lui révéler malgré lui qu’elle est aveugle, en lui demandant de cueillir une rose rouge. Ne parvenant à saisir que des roses blanches et ne comprenant pas ce que « rouge » signifie, Iolanta va se rendre compte que quelque chose lui échappe : les yeux ne servent pas qu’à verser des larmes. La condition étrange posée par le médecin de son père pour que la « guérison » de Iolanta soit réussie est qu’elle souhaite activement guérir (comme un prêtre exige qu’on ait la foi pour qu’un miracle puisse avoir lieu). La condamnation à mort de Vaudémont, si le traitement échoue, va résoudre Iolanta à désirer cette « guérison ». Elle réapparait finalement après son traitement, voyante, tandis que le salle s’éclaire et que les solistes brisent le quatrième mur en se plaçant au bord du plateau. Les choristes chantent depuis les côtés du parterre, englobant les spectateurs dans ce nouvel espace unifié : l’espace clos de Iolanta s’est ouvert et la jeune fille embrasse du regard le monde entier.</p>
<p style="font-weight: 400;">Ce passage de l’ombre à la lumière, de l’enfermement du moi à l’ouverture au monde, est bien rendu par le metteur en scène, qui multiplie les écrans et les parois pour « surcadrer », comme au cinéma, le lieu dans lequel Iolanta est enfermée. Le visage de la jeune fille, projeté en grand pendant l’air du roi René, rappelle aussi combien la tentative paternelle de protection est une forme de fixation. Le travail de la lumière est particulièrement soigné, ménageant des moments scéniques clairement différenciés pendant les différents airs. En outre, le soudain assombrissement du plateau au moment où Iolanta prend conscience de sa cécité est un bel effet, quoique facile. On regrettera seulement une direction d’acteur un peu sèche, qui enferme parfois les personnages dans des poses figées, où la passion peine à affoler les corps. Cependant, tout le cheminement méta-théâtral, jusqu’à l’union finale entre le plateau et la salle ainsi qu’entre les artistes et le public a un effet thérapeutique certain : on se prend à rêver, porté par la musique hymnique de Tchaïkovski, qu’il suffirait de désirer que la lumière triomphe pour qu’elle triomphe effectivement.</p>
<p style="font-weight: 400;">S’il est courant d’émettre des réserves sur une proposition scénique, force est d’admettre qu’on a rarement l’occasion d’entendre une distribution aussi équilibrée et juste que celle réunie par l’Opéra de Bordeaux pour cette <em>Iolanta</em>. La jeune soprano française <strong>Claire Antoine</strong> est idéale de musicalité et de tempérament dans le rôle de l’héroïne. La voix est ductile, ample, d’une rondeur homogène, avec ce qu’il faut de frémissement pour restituer la juvénilité du personnage et éclairer ses failles. À ses côtés, le Vaudémont de <strong>Julien Henric </strong>impressionne par sa vigueur et sa sensibilité. On se demande presque quel rôle l’interprète pourrait ne pas chanter, tant la tessiture est contrôlée et saine sur toute son étendue. Il se permet des aigus en voix mixte d’une beauté renversante à la fin de sa romance, tandis que son duo avec Iolanta, un des sommets de la partition, fait éclater toute la puissance de feu d’une voix lyrique aux accents cuivrés et dramatiques.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le roi René d’<strong>Ain Anger </strong>s’impose par un charisme et une autorité naturelle qui donne immédiatement au personnage sa crédibilité : un homme puissant, mais doux et sensible au sort de sa fille et de Vaudémont. À part quelques fragilités d’intonation dans le grave, la voix claque avec autorité et il fend l’armure dans son arioso, poignant de bout en bout. Dans le rôle du médecin, le baryton mongol <strong>Ariunbaatar Ganbaatar </strong>impressionne tout autant. La voix est tour à tour mordante et moelleuse, conduite avec une dextérité qui force l’admiration. Par ailleurs, les aigus de son arioso sont assurés avec une assurance implacable, au terme d’un crescendo vocal parfaitement mené. L’autre grand rôle de clé de fa se trouve être le compagnon de Vaudémont, Robert, ici incarné par le jeune baryton russe <strong>Vladislav Chizhov</strong>. Par sa morgue, sa vivacité scénique et sa classe vocale, il fait du personnage un lointain cousin d’Onéguine, séduisant <em>bad boy</em>, certain de ce qu’il désire.</p>
<p style="font-weight: 400;">Tous les seconds rôles sont tenus avec probité et élégance par des chanteurs français, qui servent avec bonheur la musique de Tchaïkovski. <strong>Abel Zamora</strong> continue en Albéric de confirmer tous les espoirs qu’on a pu placer en lui : le timbre est doux, la ligne soignée et la voix passe l&rsquo;orchestre avec aisance. Dans le rôle de Martha, <strong>Lauriane Tregan-Marcuz</strong> nous fait parfois penser aux contraltos russes des vieux enregistrements : la voix est très dense et sombre, sans perdre sa dimension incisive. Son mari est incarné par <strong>Ugo Rabec</strong>, qui conduit avec soin sa voix de basse pleine de noblesse. Enfin, les deux suivantes de Iolanta, Brigitte et Laura, sont interprétées respectivement par <strong>Franciana Nogues</strong> et <strong>Astrid Dupuis</strong>. La première charme par la lumière de son timbre et la seconde apporte des teintes plus sombres à l&rsquo;ensemble.</p>
<p data-start="272" data-end="838">Seule véritable ombre au tableau : la direction un peu frustre de <strong>Pierre Dumoussaud</strong>. Impossible d’accuser les instrumentistes de l’<strong>Orchestre national Bordeaux Aquitaine</strong> de jouer trop fort ou de négliger le fondu des timbres ; c’est au chef de veiller à l’équilibre de la masse orchestrale et à ce qu’elle ne couvre pas les voix. Comme les chanteurs disposent ici de moyens solides et n’ont aucune difficulté à passer l’orchestre, le volume orchestral crée surtout un déséquilibre sonore, donnant l’impression que l’orchestre se dresse devant les voix au lieu de les porter. On est également surpris d’entendre certains instruments se détacher de façon excessive, presque au point de laisser croire (fait impensable !) que Tchaïkovski aurait mal orchestré son œuvre. Le déploiement dramatique n’en demeure pas moins assuré : Dumoussaud maintient une tension constante et reste pleinement engagé d’un bout à l’autre de la représentation.</p>
<p data-start="272" data-end="838">Le chœur, surtout les pupitres féminins, n’appelle que des éloges et contribue à la réussite de ce très beau spectacle, capté le soir où nous y étions. Tout le monde peut l’apprécier en ligne sur la chaîne YouTube d’Opéra Vision.</p>
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		<item>
		<title>WAGNER, Siegfried &#8211; Milan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-milan-scala/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Jun 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>David McVicar poursuit son nouveau Ring wagnérien avec un Siegfried encore plus littéral que les &#160;Rheingold et Walküre précédents, parti pris qui séduira les tenants d’un certain traditionalisme mais qui ne comblera certainement pas les amateurs de relectures modernistes. Cette option était sans doute la plus à même de séduire le public scaligère, d’autant qu’elle &#8230;</p>
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<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/035_096A3227-Vogt-e-Ablinger-Sperrhacke-ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-192819"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala</sub></figcaption></figure>


<p><strong>David McVicar</strong> poursuit son nouveau <em>Ring</em> wagnérien avec un <em>Siegfried</em> encore plus littéral que les &nbsp;<em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-milan-scala/">Rheingold</a></em> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/__trashed-2/"><em>Walküre</em></a> précédents, parti pris qui séduira les tenants d’un certain traditionalisme mais qui ne comblera certainement pas les amateurs de relectures modernistes. Cette option était sans doute la plus à même de séduire le public scaligère, d’autant qu’elle est associée à une approche visuelle spectaculaire, renforcée par une excellente direction d&rsquo;acteurs, ciselée dans les moindres détails et souvent d’une grande justesse. A l’acte I, on verra donc Siegfried en tablier limer l’épée brisée, faire fondre la limaille dans un creuset rougeoyant, la faire couler dans un moule, actionner le soufflet de forge, sortir Nothung chauffée au rouge, la plonger dans un bain refroidissant au milieu des vapeurs, faire des étincelles avec son marteau de forge, etc… C’est d’ailleurs assez réjouissant, d’autant que la touche de second degré est apportée par un Mime qui virevolte et sautille, surexcité, tout en tentant de préparer la soupe sur le même foyer (et en s’y brulant le fessier). Les autres décors sont variés et somptueux. A l’acte II, on découvrira ainsi une forêt mystérieuse dont les troncs d’arbres sont comme des humanoïdes fossilisés. Le dragon est une marionnette géante (à la manipulation bruyante), sorte de squelette de King-Kong. Au dernier acte, on retrouvera bien entendu le décor de <em>Die Walküre</em>, avec, d’abord endormie, Grane, le cheval de Brunehilde (un artiste déguisé monté sur des sortes d’échasses à ressort). Au global, un spectacle lisible et esthétique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/050_GN1A0214.ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-192820"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p>Le Mime de <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke</strong> domine le premier acte. Certes, le ténor autrichien est un habitué du rôle (il incarnait Mime <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/jaime-le-son-du-cor-le-soir-au-fond-des-bois/">lors de la précédente production parisienne de Günter Krämer à Bastille par exemple</a>), mais nous ne l’avions jamais vu à ce point déchaîné, avec une composition histrionique absolument phénoménale, un peu à la limite de<em> La Cage au Chaste Fol</em> il faut bien le dire. Ce Mime irrésistible est même attendrissant dans son délire monomaniaque, et on finit par se sentir triste de le voir éliminer par cette brute de Siegfried. À ses côtés, <strong>Klaus Florian Vogt</strong> fait un peu pâle figure, d’autant que les projections vocales sont assez similaires. La technique du ténor allemand est bien connue, avec notamment une émission du registre aigu constamment mixée entre voix de tête et voix de poitrine. Inutile donc d’attendre les aigus <em>spinto</em> fracassants d’un authentique <em>heldentenor</em> (1) : les notes sont bien là, et avec ce qu’il faut de volume, mais elles ne sont jamais percutantes. Son entrée le voit d&rsquo;ailleurs en difficultés : si l’on en entend bien le début de celle-ci (« Hoi-ho! Hoi-ho! Hau&rsquo;ein! hau’ein! »), les seize notes qui suivent (répétées en piqués sur « Ha! » ) sont inaudibles depuis la salle, à l’exception d’une ou deux plus aiguës, la clarté du timbre permettant alors au chanteur de surmonter la masse orchestrale. Enfin, la voix est toujours trop claire, même si elle a gagné en largeur de timbre : elle peut convenir à un Lohengrin évanescent, voire à un Siegmund, mais peine a traduire la dimension héroïque du personnage. Le chant est toutefois moins haché que par le passé, avec un meilleur <em>legato</em>. Au final, on admirera la performance et l’engagement dramatique du ténor allemand, même s’il nous laisse quelque peu notre faim. Le Wanderer est ici en capuche plutôt que coiffé du traditionnel chapeau (c’est dire le niveau de disruption de la mise en scène) : <strong>Michael Volle</strong> y fait un pas de plus dans la légende, et les mots peinent à rendre compte de l’intensité et de l’intelligence de son chant. Son interprétation du Wanderer est fine et complexe, exprimant à la fois, le désarroi, la révolte, les velléités de puissance ou de grandeur, et la résignation… Du grand art. La voix est puissante, d’une belle fraicheur, superbement articulée : à 65 ans et dans ce répertoire, cela tient du miracle. L’Alberich d&rsquo;<strong>Ólafur Sigurdarson</strong> est ici moins exposé que dans le <em>Rheingold</em>. Le baryton islandais confirme toutefois ses grandes qualités, avec un chant posé, d’une certaine noblesse, composant un personnage qui semble un peu revenu de tout (un discret haussement d’épaules tandis qu’il disparait suffit à exprimer avec finesse cette résignation). <strong>Anna Kissjudit</strong> remplaçait Christa Mayer souffrante. La voix est belle, avec un timbre rare de contralto, mais la projection est insuffisante pour la Scala, et elle ne peut assumer l’ampleur tellurique exigée. C’est une Erda discrète, sans mystère. <strong>Ain Anger</strong> est à nouveau Fafner, voix correcte mais sans grand relief et à l&rsquo;impact limité.&nbsp; <a href="https://www.forumopera.com/questionnaire-de-proust-francesca-aspromonte/">Appréciée dans le répertoire baroque</a>, <strong>Francesca Aspromonte</strong> est un oiseau à la voix bien projetée mais à l&rsquo;aigu un peu tendu. <strong>Camilla</strong> <strong>Nylund</strong> avait presque réussi à nous convaincre dans <em>Die Walküre</em>. La deuxième journée la voit davantage à la peine. La prudence la pousse d&rsquo;ailleurs à se ménager : la seconde partie du grand duo, « Ewig war ich, ewig bin ich », démarre ainsi avec un simple filet de voix à peine audible, puis le soprano donne de plus en plus de puissance pour terminer sur un contre-ut lumineux et mieux projeté. Surtout, la voix, dépourvue de largeur de timbre, manque de chaleur, d’ampleur et d’opulence. La musicalité est réelle, mais le soprano finlandais ne peut offrir que des moyens de soprano lyrique quand on attend ceux d&rsquo;un authentique soprano dramatique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/164_GN1A0615.ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-192828"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Alexander Soddy</strong> confirme sa maîtrise du discours wagnérien avec une direction lumineuse sans être chambriste, une grande attention au plateau (sans compromis sur l&rsquo;exigence musicale toutefois). Le chef d&rsquo;orchestre britannique choisit par ailleurs d&rsquo;exposer davantage certains pupitres aux sonorités plus aiguës, produisant une pâte sonore plus claire qu&rsquo;à l&rsquo;ordinaire. Son <em>Siegfried</em> est ainsi moins sombre, moins oppressant, plus dynamique, assez original et tout à fait cohérent. L&rsquo;Orchestre de la Scala de Milan est en état de grâce. Certains pupitres sont tellement excellents qu’on croit parfois entendre des solistes alors que la phalange est simplement à l’unisson. L’introduction orchestrale de l’acte III, vibrante et contrastée, est l&rsquo;un des sommets de la soirée.</p>
<p><a href="https://www.teatroallascala.org/en/ring-des-nibelungen.html">Rappelons que la Scala proposera deux <em>Ring</em> complets en mars 2026</a>, le premier sous la baguette d’Alexander Soddy et le second sous celle de Simone Young.</p>
<pre>(1) On se gardera toutefois de trop grandes généralités historiques : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=WGRIjzHw1ws">les extraits de Jean de Reszke</a>, référence wagnérienne à son époque, enregistrés sur le vif en 1901, semblent évoquer une voix plus près de celle de Vogt que ce celle de Lauritz Melchior.</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-milan-scala/">WAGNER, Siegfried &#8211; Milan</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Le Crépuscule des dieux &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-le-crepuscule-des-dieux-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Tétralogie proposée par La Monnaie de Bruxelles a beaucoup fait parler d&#8217;elle. Par ses choix très audacieux certes, mais surtout par l&#8217;abandon en rase campagne du metteur en scène, Romeo Castellucci, qui a jeté l&#8217;éponge après La Walkyrie. Les raisons invoquées sont passablement obscures, et continueront sans doute d&#8217;alimenter les conversations lors des dîners &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-le-crepuscule-des-dieux-bruxelles/"> <span class="screen-reader-text">WAGNER, Le Crépuscule des dieux &#8211; Bruxelles</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La <em>Tétralogie</em> proposée par La Monnaie de Bruxelles a beaucoup fait parler d&rsquo;elle. Par ses choix très audacieux certes, mais surtout par l&rsquo;abandon en rase campagne du metteur en scène, Romeo Castellucci, qui a jeté l&rsquo;éponge <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkyre-bruxelles/">après<em> La Walkyrie</em></a>. Les raisons invoquées sont passablement obscures, et continueront sans doute d&rsquo;alimenter les conversations lors des dîners en ville les cinq prochaines années. Et il a fallu trouver en catastrophe un nouveau metteur en scène. C&rsquo;est finalement <strong>Pierre Audi</strong> qui a été choisi, sachant qu&rsquo;il ferait le choix d&rsquo;ignorer le travail de Castellucci sur les précédents volets. Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-bruxelles/">un <em>Siegfried</em> très réussi</a>, surtout compte tenu des délais impartis, l&rsquo;impatience était palpable dans la grande salle de La Monnaie ce mardi soir. Comment Pierre Audi allait-il donner vie à cette ultime journée, où l&rsquo;action est si enchevêtrée ? Une fois de plus, l&rsquo;homme de théâtre libanais s&rsquo;en sort avec les honneurs, grâce à deux lignes directrices : stylisation et fidélité. Fidélité à une histoire que Pierre Audi décide de raconter dans sa littéralité. Il ne manque vraiment que le fil des Nornes et le cheval. Pour le reste, tout est conté avec une application stricte des didascalies de Wagner : Siegfried est un héros sans peur, Brünnhilde une Walkyrie déchue, les Gibichungen sont des ambitieux (incestueux, mais cela est devenu un classique), Hagen un monstre de haine et les Filles du Rhin des aguicheuses qui voient loin dans l&rsquo;avenir. Comme la direction d&rsquo;acteurs est en plus admirable de précision, et que les chanteurs jouent leur rôle avec conviction, on se glisse avec facilité dans l&rsquo;histoire. Surtout que Pierre Audi est bien trop fin pour tomber dans le piège d&rsquo;un premier degré simpliste, type peau de bête et décors en carton-pâte.</p>
<p>La stylisation est le deuxième axe de son travail. Des figures géométriques, quelques accessoires, des costumes intemporels, des éclairages sublimes, et voilà un théâtre qui évoque irrésistiblement le peu que nous connaissons des mises en scène de Wieland Wagner. Audi, en conférence de presse, revendique d&rsquo;être un homme de la narration. Mais certaines images de son spectacle se gravent pour longtemps dans la mémoire : les trois nornes en vers à soie couleur cuivre, le dialogue cauchemardesque entre Hagen et Alberich, entre veille et sommeil,&nbsp; les robes des filles du Rhin comme couvertes par les vagues, le récit de jeunesse de Siegfried, symphonie de noir et de blanc &#8230; Légère déception pour les dernières minutes du finale, où les talents visuels de Pierre Audi auraient pu aller plus franchement dans le spectaculaire, avec un incendie du Walhalla qui reste un peu sage. Mais on apprécie le retour des Filles du Rhin, sacrifié dans tant d&rsquo;autres mises en scène. Certaines belles âmes ont déploré lors des entractes l&rsquo;absence de « déconstruction », de « distance critique ». Ces concepts ont leur place dans l&rsquo;opéra contemporain, mais voir de temps à autre un <em>Crépuscule des Dieux</em> aussi naïvement beau que celui-ci est une jouvence.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gotterdammerung_AinAnger_IngelaBrimberg_AndrewFoster-Williams%C2%A9MonikaRittershaus-1294x600.jpg" alt="">© Monika Rittershaus</pre>
<p>Cette forme de «tradition revivifiée» trouve un écho dans la direction <strong>d&rsquo;Alain Altinoglu</strong>. Sous la baguette du directeur musical de la maison, <strong>l&rsquo;Orchestre symphonique de La Monnaie</strong> sonne avec une densité, un soyeux, un fondu qui rappellent le meilleur de la tradition bayreuthienne. Que de fils entrelacés, quelle texture riche, quelle fusion dans les timbres ! Il faudrait des pages entières pour détailler ce que les instrumentistes de La Monnaie offrent à leur chef et aux auditeurs, en termes de précision et de chaleur. On se contentera de mentionner la clarinette basse, promue par son talent et sa netteté au rang de protagoniste du drame. Mais le maestro ne se laisse jamais enivrer par les splendeurs sonores de son orchestre. Il est constamment à l&rsquo;écoute de ce qui se passe sur scène. Le début du prologue en est un excellent exemple, à mettre en regard avec la première scène de l&rsquo;acte III. Confronté à des Nornes qui se révèlent excellentes diseuses mais un peu avares en puissance (<strong>Marvic Monreal, Iris Van Wijnen, Katie Lowe)</strong>, Altinoglu retient ses chevaux et contient son formidable volcan orchestral dans des limites qui permettent au texte de « passer », créant une atmosphère de poésie lunaire. Face à des Filles du Rhin qui elles sont dans un festival de jouissance vocale (<strong>Tamara Banjesevic, Jelena Kordic, Christel Loetzsch</strong>), il déchaîne toutes les ressources de sa phalange. La beauté du Rhin ruisselle via les cors, les clarinettes, les harpes, les contrebasses. Un sentiment de panthéisme, de communion avec la nature envahit alors le spectateur. Cette interaction permanente entre les capacités de la fosse et celles de la scène est la signature des grands chefs d&rsquo;opéra.</p>
<p>Une même osmose entre la baguette et le chant entoure les prestations de Siegfried et Brünnhilde. <strong>Bryan Register</strong> a foison d&rsquo;idées nouvelles sur la façon de chanter son rôle. Grâce à son timbre d&rsquo;une souplesse couleuvrine, il accentue le côté lyrique du personnage, et le récit de sa jeunesse au III est un enchantement : cette voix a quelque chose d&rsquo;attendri et de séduisant, et son mimétisme avec l&rsquo;oiseau qu&rsquo;il cite est bluffant. Mais ce ne sera pas faire injure à ce magnifique artiste de dire qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;ampleur d&rsquo;un Wolfgang Windgassen ou d&rsquo;un Max Lorenz, et que, partout où volume et métal sont nécessaires, cela sonne un peu court. Heureusement, le maestro veille comme une bonne fée, et il entoure ce timbre d&rsquo;un halo de douceur, de rêve et de beauté. Tout « passe »&nbsp;alors sans problème. Le problème est différent avec<strong> Ingela Brimberg</strong>. Sans être l&rsquo;égal d&rsquo;une Birgit Nilsson ou d&rsquo;une Nina Stemme, la soprano déploie un volume appréciable et parvient à projeter sa voix avec une belle adresse, ce qui permet notamment de faire comprendre le texte. Et, comme pour Siegfried, elle met remarquablement en valeur le côté élégiaque de sa partie, notamment dans les passages où elle évoque son amour. Mais cette prise de rôle (pour la Brünnhilde du <em>Crépuscule</em>) reste périlleuse, surtout qu&rsquo;elle chante aussi dans le <em>Tristan und Isolde</em> mis en scène à Liège en ce moment. Le corps humain ayant ses limites, elle arrive épuisée à son immolation. Qu&rsquo;à cela ne tienne, l&rsquo;artiste va déployer toute une série d&rsquo;artifices pour camoufler ses difficultés, aidée par un chef qui sait exactement doser ses effets pour venir en aide à sa chanteuse.</p>
<p>En Hagen, <strong>Ain Anger</strong> propose une conception plus classique du chant wagnérien : un timbre noir, charbonneux, une puissance presque jamais prise en défaut, sauf dans son «Hojotoho» du II, mais rétablie avec quelle maestria après un très court passage à vide. Comme le chanteur a en plus la silouhette parfaite pour le méchant manipulateur, l&rsquo;incarnation atteint à une sorte de perfection. Il faut le voir arpenter la scène, presque en permanence, pétrifier les autres d&rsquo;un simple regard, s&#8217;emparer de sa lance pour les usages les plus divers, pour réaliser que, plus que jamais, Hagen est le personnage le plus important du <em>Crépuscule</em>. Les Gibichungen sont eux aussi de la meilleure eau. Difficile d&rsquo;imaginer plus veule et lâche que le fantôche incarné par <strong>Andrew Foster-Williams.</strong> Son look clinquant entre en résonance avec un style de chant volontairement sophistiqué, qui contraste parfaitement avec les sorties abruptes de Hagen. Et il parvient à exister lors du trio qui clôt l&rsquo;acte II, ce qui est toujours une gageure. La Gutrune <strong>d&rsquo;Anett Fritsch</strong> est un enchantement : son timbre est comme un jaillisement d&rsquo;eau pure, à l&rsquo;image de son leitmotiv. Sa diction et sa façon de chanter pour toute la salle, jusqu&rsquo;au dernier rang du quatrième balcon, annoncent une interprète wagnérienne dont il faudra retenir le nom. La Waltraute de <strong>Nora Gubisch</strong> révèle, comme toujours, un tempérament passionné et un engagement sans réserve.&nbsp; Si son récit glace le sang dans les moments de désolation et dans les graves, il faut reconnaître que les moyens font défaut dès que on passe au-delà du mezzo forte. L&rsquo;Alberich de <strong>Scott Hendricks</strong> a semblé un peu boudé par le public au moment des saluts. A cause d&rsquo;une petite faute de texte au début de sa scène ? C&rsquo;est bien injuste, parce que le baryton a bien des choses à dire dans ce rôle, à commencer par un pouvoir d&rsquo;insinuation et un timbre « visqueux » qui l&rsquo;assimile à une vipère. La note du programme prétend mettre en valeur son côté humain, mais voilà bien un personnage que l&rsquo;on adore détester. Les <strong>chœurs de La Monnaie</strong> prennent beaucoup de plaisir à occuper la scène, même si les mouvements de chorégraphie ne sont pas encore tout à fait au point, et que la polyphonie les amène parfois à se prendre les pieds dans le tapis. La présence et l&rsquo;ardeur sont cependant là, et toute la seconde partie de l&rsquo;acte II est électrisée par leur contribution.</p>
<p>Aucune représentation du <em>Crépuscule</em> <em>des dieux</em> ne peut prétendre à la perfection. Le nombre de facteurs qui interviennent est trop élevé. Wagner lui-même ne confiait-il pas : « après avoir inventé l&rsquo;orchestre invisible, je voudrais inventer le théâtre invisible ». Mais compte tenu de toutes les limitations de l&rsquo;entreprise, la proposition de Pierre Audi à Bruxelles s&rsquo;impose comme un des plus beaux spectacles des dernières années, et clôt cette belle aventure de la plus éclatante manière qui soit. Une salle debout a salué l&rsquo;équipe artistique et marqué bruyamment sa satisfaction que tant d&rsquo;obstacles aient pu être surmontés.</p>
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		<title>L&#8217;Opéra de Vienne rend hommage à Otto Schenk</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/lopera-de-vienne-rend-hommage-a-otto-schenk/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jan 2025 16:16:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nous l’annoncions dans nos colonnes, le metteur en scène viennois Otto Schenk est décédé le 9 janvier dernier à l’âge de 94 ans. Le Wiener Staatsoper, où il a tant été présent, a décidé de lui rendre hommage en mettant en avant quelques-unes de ses plus marquantes mises en scène. C&#8217;est pourquoi le site internet &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous l’annoncions <a href="https://www.forumopera.com/breve/deces-dotto-schenk/">dans nos colonnes</a>, le metteur en scène viennois Otto Schenk est décédé le 9 janvier dernier à l’âge de 94 ans. Le Wiener Staatsoper, où il a tant été présent, a décidé de lui rendre hommage en mettant en avant quelques-unes de ses plus marquantes mises en scène. C&rsquo;est pourquoi le <a href="https://play.wiener-staatsoper.at/">site internet</a> de l&rsquo;Opéra d&rsquo;Etat met en accès libre le streaming de captations prestigieuses. Ainsi <em>L’Elisir d’amore</em> (<strong>Nazarova</strong>, <strong>Volkov</strong>),  <em>Der Rosenkavalier</em> (<strong>Kleiber</strong> / <strong>Lott</strong>, <strong>Moll</strong>, <strong>von</strong> <strong>Otter</strong>, <strong>Hornik</strong>, <strong>Bonney</strong>), <em>Ariadne auf Naxos</em> (<strong>Lindsey</strong>, <strong>Davidsen</strong>, <strong>Spyres</strong>), <em>Die Fledermaus</em> (<strong>de</strong> <strong>Billy</strong>, <strong>Nigl</strong>, <strong>Sabirova</strong>), <em>Andrea Chénier</em> (<strong>Harteros</strong>, <strong>Kaufmann</strong>), <em>Die Meistersinger von Nürnberg</em> (<strong>Thielemann</strong> / <strong>Anger</strong>, <strong>Kaimbacher</strong>, <strong>Pelz</strong>), <em>Fidelio</em> (<strong>Vogt</strong>, <strong>Kampe</strong>) sont-ils à consommer sans modération jusqu’au 31 janvier 2025.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold – Milan (Scala)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-milan-scala/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Nov 2024 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dernier grand projet de son surintendant Dominique Meyer, la Scala se lance dans une nouvelle production du Ring wagnérien. Das Rheingold vient conclure la saison 2023-24. Die Walküre et Siegfried sont d&#8217;ores et déjà annoncés respectivement pour février et juin 2025. Götterdämmerung devrait suivre la saison prochaine et on parle d&#8217;un cycle complet en 2026 &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="672" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/096A5722-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x672.jpg" alt="" class="wp-image-176245"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Photo : Brescia et Amisano ©Teatro alla Scala</sub></figcaption></figure>


<p>Dernier grand projet de son surintendant Dominique Meyer, la Scala se lance dans une nouvelle production du <em>Ring</em> wagnérien. <em>Das Rheingold</em> vient conclure la saison 2023-24. <em>Die Walküre</em> et <em>Siegfried</em> sont d&rsquo;ores et déjà annoncés respectivement pour février et juin 2025. <em>Götterdämmerung</em> devrait suivre la saison prochaine et on parle d&rsquo;un cycle complet en 2026 (le précédent avait été donné en 2013). Les choses ne s&rsquo;annonceraient pas sous les meilleurs auspices. Initialement prévu à la tête de l&rsquo;Orchestre de la Scala de Milan, Christian Thielemann a récemment abandonné le navire (officiellement, pour des raisons de santé), obligeant le théâtre à trouver in extremis une solution de remplacement. Simone Young a ainsi assuré les trois premières représentations tandis qu&rsquo;Alexander Soddy assure les trois suivantes (les deux chefs sont également annoncés en alternance pour <em>Die Walküre</em> et <em>Siegfried</em>). Dans de telles conditions, le travail réalisé par <strong>Alexander Soddy</strong> est on ne peut plus remarquable et original. Le chef britannique n&rsquo;a pas cherché ici à recréer un son <em>germanique</em> mais a su profiter des qualités naturelles de l&rsquo;orchestre (transparence, clarté, finesse&#8230;) dans une approche plus italianisante. Sous sa baguette,<em> Das Rheingold</em> deviendrait presque une comédie élégante <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-milan-scala/">dans le style du <em>Rosenkavalier</em> donné quelques jours plus tôt en ce même lieu</a>. Pour cette raison même, certains passages <em>grandioses</em> sont dès lors un peu frustrants : l&rsquo;introduction orchestrale de la scène 3 (quand nous pénétrons dans le royaume d&rsquo;Alberich) ou l&rsquo;ascension finale au Walhalla. La direction de Soddy est également éminemment théâtrale, en parfaite symbiose avec les chanteurs. Au final, sa conception est intéressante, même si elle rompt avec nos habitudes d&rsquo;écoute.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GN1A2719-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176249"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Photo : Brescia et Amisano ©Teatro alla Scala</sub></figcaption></figure>


<p>La distribution est globalement d&rsquo;un très bon niveau. <strong>Michael Volle</strong> offre un Wotan parfaitement abouti. A 64 ans, le baryton allemand impressionne par la fermeté de sa voix. La projection est d’une belle puissance, sans effort apparent, et sans signe de fatigue vocale. L’aigu est sûr, moins mixé qu’en certaines occasions, appuyant ainsi l’autorité au personnage. Le texte est dit avec intelligence, les inflexions vocales étant toujours d’une grande justesse. Son Wotan n’est pas tout d’une pièce. Plutôt qu’une figure monolithiquement patriarcale sure d’elle-même, il semble déjà à moitié conscient de son déclin. C’est une interprétation qui d’ailleurs se défend : pour citer Woody Allen, l’éternité c’est long, surtout vers la fin. En revanche, son dieu parait ainsi moins volontaire et retors, un peu comme s’il se laissait entrainer malgré lui par Loge. Ce dernier est incarné par <strong>Norbert Ernst</strong>, ténor à la voix un peu engorgée, manquant de mordant, vocalement beaucoup moins percutant que les interprètes habituels du rôle. Dramatiquement, le chanteur autrichien manque de présence et son Loge est trop transparent. L’Alberich de <strong>Ólafur Sigurdarson</strong> obtient un succès mérité aux saluts. L’acteur est excellent et le rôle ne lui pose vocalement aucun problème&#8230; et même pas assez, paradoxalement ! On en effet a un peu l’impression d’entendre un ténor dans un rôle de baryton (pensons à Placido Domingo dans sa seconde partie de carrière) : le chanteur islandais n’a ainsi jamais besoin de pousser sa voix pour sortir une note exposée, quand bien même Wagner prévoit un climax à l’orchestre, ce qui créée une sorte de décalage où l’impact dramatique musical est perdu. A l’occasion de la reprise de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tannhauser-bayreuth-2/"><em>Tannhaüser</em></a> à Bayreuth cet été, nous écrivions de <strong>Siyabonga Maqungo</strong> que nous suivrions sa carrière avec intérêt. Son Froh vient confirmer cette impression : la voix est toujours aussi rayonnante, bien projetée. Certes on associerait plus spontanément son timbre au répertoire du belcanto romantique, mais un chant d’une telle qualité dans le répertoire wagnérien est un luxe dont il faut se féliciter. <strong>Andrè Schuen</strong> est un Donner vocalement très correct et bon acteur. Le Mime de <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke </strong>est en tous points excellent : on a hâte de l’entendre dans <em>Siegfried</em> où sa partie est plus développée. Le Fasolt de <strong>Jongmin Park</strong> triomphe lui aussi à l’applaudimètre. La voix est puissante, homogène sur toute la tessiture, avec notamment de beaux graves profonds bien ronds. Face à une telle présence, le Fafner d’<strong>Ain Ange</strong>r reste de très bon niveau mais un peu en retrait. La Fricka d’<strong>Okka von der</strong> <strong>Damerau</strong>  est un peu pâle : techniquement, le rôle est bien chanté mais la caractérisation scénique est quasiment inexistante. On en dira autant d’<strong>Olga Bezsmertna</strong>, voix néanmoins lumineuse en Freia. En Erda, rôle généralement confié à un contralto et non à un mezzo comme ce soir, <strong>Christa Maye</strong>r n’a qu’une courte intervention et sa voix n’est pas apparue suffisamment chauffée, l’émission n’étant pas toujours très stable. Enfin, les trois filles du Rhin sont parfaites.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="633" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/096A5748-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x633.jpg" alt="" class="wp-image-176246"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Photo : Brescia et Amisano ©Teatro alla Scala</sub></figcaption></figure>


<p><a href="https://www.forumopera.com/v1/concerts/rheingold_macvicar_strasbourg07.html">Déjà auteur du mise en scène du <em>Ring</em> à Strasbourg il y a plus de 15 ans</a>, <strong>David McVicar</strong> offre ici une production différente (quoiqu’avec quelques emprunts). Après ce prologue, il est difficile d’imaginer dans quelles directions s’engageront les journées suivantes : en l’état, l’approche nous a semblé plutôt littérale, sans volonté de relecture, même si la scénographie est moderne. Celle-ci est simple et élégante, rappelant parfois la vieille production d’Otto Schenk au Metropolitan de New York, mais malheureusement sans le côté mystérieux de celle-ci en raison d’éclairages bien trop crus. Le fleuve est figuré par des éclairages bleus. Les Filles du Rhin s’ébattent au milieu des débris d’une gigantesque statue. L’or est symbolisé par un danseur à demi nu dont Alberich volera le masque. Le costume de ce dernier semble inspiré des mangas. Le Walhalla est classiquement représenté par un escalier monumental. Les dieux portent eux aussi initialement des masques. Ceux-ci symbolisent la jeunesse éternelle apportée par Freia : les dieux les quittent lorsque la jeune femme est emmenée par les géants. Leurs costumes sont plutôt surprenants. Wotan est vêtu d’une jupe longue noire (déjà vue épousant le fessier de Méphisto dans le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/quand-londres-damne-le-pion-a-paris/"><em>Faust</em> londonien du même McVicar</a>). Fricka ressemble à Montserrat Caballé en Maria Stuarda. Froh est le moins gâté avec un masque triple et une robe à panier verte évoquant Louis de Funès dans <em>La Folie des grandeurs</em> (allusion à la construction du Walhalla ?) : à moins que le metteur en scène n’ait voulu insister sur la triple symbolique du dieu du printemps (fertilité, prospérité, paix). Les géants sont montés sur des échasses et assistés de quatre danseurs (ce sont eux qui agissent pratiquement, se saisissant de Freia par exemple). On ne peut qu’être admiratif devant l’aisance vocale des interprètes dans de telles conditions. Loge est lui aussi flanqué de danseurs, postés derrière lui, et sensés figurer les flammes par le mouvement de leurs bras. L’antre d’Alberich comprend un masque doré géant, symbolisant son trésor. Les nains sont joués par des enfants du Chœur de voix blanches de la Scala. La scène de transformation en dragon est particulièrement réussie (celle en crapaud l’est moins) avec l’utilisation d’une marionnette figurant un squelette préhistorique. Erda sortira de dessous l’escalier géant : avec ses longs cheveux blancs qui lui descendent jusqu’aux genoux, elle ressemble au Père Fouras dans<em> Fort Boyard</em>. Comme à Strasbourg, l&rsquo;or sous lequel Freia se dissimule au regard des géants est une version miniature du masque. Un rideau noir tombe entre chaque scène pour permettre les changements de décors. Au finale, l’escalier du Walhalla se parera des couleurs de l’arc en ciel (comme à New York). Comme toujours avec McVicar, la direction d&rsquo;acteurs est par ailleurs impeccable. Au global, sa mise en scène &nbsp;s&rsquo;adresse, plutôt intelligemment, à un public peu familier de l&rsquo;ouvrage, davantage qu&rsquo;à un cercle d&rsquo;initiés comme à Bayreuth. Il sera de plus intéressant de voir comment le propos du metteur en scène évolue dans les ouvrages suivants.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/096A5499-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176236"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Photo : Brescia et Amisano ©Teatro alla Scala</sub></figcaption></figure>
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		<title>WAGNER, Tannhaüser &#8211; Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tannhauser-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Aug 2024 06:55:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme Parsifal quelques jours plus tôt, Munich propose ce soir la reprise d’une production wagnérienne créée quelques années plus tôt avec un distribution presqu&#8217;entièrement différente. En 2017, Romeo Castellucci exposait déjà plusieurs de ses tics (la gaze en guise de quatrième mur, les animaux, ou les textes pas toujours lisibles notamment) qui le font depuis progressivement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme <em>Parsifal</em> <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-munich/">quelques jours plus tôt</a>, Munich propose ce soir la reprise d’une production wagnérienne<em> </em>créée quelques années plus tôt avec un distribution presqu&rsquo;entièrement différente. En 2017, Romeo Castellucci exposait déjà plusieurs de ses tics (la gaze en guise de quatrième mur, les animaux, ou les textes pas toujours lisibles notamment) qui le font depuis progressivement glisser vers une caricature de lui-même. Toutefois il conserve ici une ambition graphique capable de séduire et faire oublier leur quête de sens aux spectateurs analytiques qui voudraient en trouver derrière tous ces signes, souvent plus sibyllins que polysémiques, tout cadre narratif semblant aboli. A défaut de<a href="https://www.slate.fr/story/266117/theatre-berenice-racine-romeo-castellucci-isabelle-huppert-mise-en-scene-tragedie"> tirade devant une machine à laver</a>, on commence tout de même par être agacé au point de vouloir fermer les yeux devant ce ballet d’amazones pendant l’ouverture et la bacchanale : les archères passent 20 minutes à décocher des flèches dans un œil géant en fond de scène, qui devient une oreille, qui devient une pomme. Plusieurs sens sont attaqués donc. Tannhäuser utilisera ensuite ces mêmes flèches comme une échelle pour grimper au Venusberg. On comprend ensuite vite que l’arc remplace la harpe, la flèche la note et Elisabeth ira jusqu’à en ficher une dans le dos du héros à la fin de l’acte II. L’inverse n’est pas vrai, ce sont bien des arcs que les chasseurs portent à la fin du premier acte, et qu’ils banderont pour menacer Tannhäuser à la fin du second. Cette introduction est donc en totale opposition avec la musique de la bacchanale, vouée au plaisir des sens. Le jeu des couleurs est plus lisible : à Venus le rouge, aux personnages de la Wartburg le blanc, aux pêcheurs le noir : intégral pour les pèlerins, une tache dans le dos pour Tannhäuser, qui semble possédé par une figure maléfique entièrement noire aussi. La lecture est néanmoins brouillée par le blanc adipeux des suivants de la déesse, et le noir que porte le fantôme d’Elisabeth au dernier acte. Laissons ici d’autres signes que certains, plus clairvoyants que nous, réussiront peut-être à assembler : la rosace peinte en direct avec le sang du cerf ; les pèlerins qui portent un gros rocher doré qu’ils rapportent de Rome en petits morceaux ; les pieds coupés ; Elisabeth qui devient gisante et dont le cadavre gonfle, puis tombe en poussière face à celui du chanteur (on a écrit le nom de l’interprète, Klaus, sur son tombeau, pour elle c’est plus simple, c’est le même) pendant le milliard de milliards de milliards (sic) d’années que l’on nous dit s’écouler (oui, Wagner, pour certains, c’est long, mais quand même !). Plus réussie est la scène du Venusberg avec ces nus féminins qui défilent dans l’oculus en fond de plateau, et surtout cet amas libidineux et animé dont Vénus émerge puis s’extirpe, et qui s’amincit au fur et à mesure que la séparation se confirme. Comme si le héros émergeait lui aussi d’une assemblée ensuquée par un plaisir charnel poisseux, ivre de chairs. On citera aussi les éclairages intenses et envoutants qui font de ce spectacle un objet photographique remarquable, ou les rideaux tournoyants qui structurent la grande salle de la Wartburg avec grâce, telles les anciennes toiles peintes, libérées de leur rigidité figurative.</p>
<p>Avec <strong>Sebastian Weigle</strong> l’orchestre trouve un chef solide capable d’une exécution sans coup de génie mais quasi impeccable (on ne trouvera guère à reprocher que des doubles croches en triolet des violons de l&rsquo;ouverture, un peu pesantes, alors que Wagner y voyait des « pulsions de vie ») à la tête d’une phalange qui semble jouer facilement ce monument symphonique. Plus remarquable encore est la prestation du chœur, d’une assurance et vivacité phénoménales, qui transforme les pèlerins en messagers sereins de l’apocalypse.</p>
<p>Parmi les seconds rôle, si Walther est un peu raide (comme la teneur de son discours, certes), et le landgrave d’<strong>Ain Ainger</strong> semble indisposé (vibrato incontrôlé et allemand mâchonné, insuffisamment masqués par la puissance de l&rsquo;émission et la profondeur du timbre), le Wolfram d&rsquo;<strong>Andrè Schuen</strong> a tout ce que l’on peut rêver d’un poète aux amours déçues : enthousiasme fraternel, simplicité de l’élocution, clarté de la diction, voix parnassienne. Il n’y a guère que dans l’effroi final qu’il nous semble plus limité. La Vénus de <strong>Yulia Matochkina</strong> est plus molle que sensuelle, y compris dans la diction, et intéresse difficilement malgré quelques aigus saillants.</p>
<p>Comme souvent, <strong>Klaus Florian Vogt</strong> préfère claironner le rôle que le jouer : à part au dernier acte ardemment investi, il semble réciter, de façon très détachée du drame. Certes le clairon est toujours admirable : puissance qui semble ne requérir que peu d’effort, diction au cordeau, timbre solaire, mais le souffle se raccourcit, le forçant à négliger ses fins de phrase. Sans compter le manque de nuances, et l’intonation des moments clés souvent prosaïque, voire à côté de la plaque (« Zu Ihr ! » plus énergique que fiévreux ; « Elisabeth ! » plus benêt qu’illuminé).</p>
<p>Terminons sur <strong>Elisabeth Teige</strong> : un chant légèrement vibré, intense quoique très intérieur, semblant honteuse de son emportement dans « Dich, teure Halle », c’est une amoureuse contrainte et contrite, jusque dans ce « Er kehret nich züruck », atone, suivant la stupéfaction muette. L’exact opposé du personnage éponyme. On peut préférer des héroïnes plus emportées, la prière de cette vierge protestante reste le plus beau moment de la soirée.</p>
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		<title>VERDI, Requiem — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/requiem-de-verdi-strasbourg-froid-et-impressionnant-comme-la-mort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Sep 2022 21:56:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour son concert d’ouverture de saison, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg a mis les petits plats dans les grands, avec au programme une version de luxe du Requiem de Verdi menée tambour battant et à toute allure par son nouveau directeur musical et artistique. Porté par un quatuor de choix pour les voix secondé par deux &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour son concert d’ouverture de saison, l’<strong>Orchestre Philharmonique de Strasbourg </strong>a mis les petits plats dans les grands, avec au programme une version de luxe du <em>Requiem </em>de Verdi menée tambour battant et à toute allure par son nouveau directeur musical et artistique. Porté par un quatuor de choix pour les voix secondé par deux formations, celle des chœurs de l’Opéra national du Rhin renforcés par ceux du Philharmonique de Brno, l’orchestre en grand effectif a déployé des trésors d’inventions sonores, pour une soirée mémorable et grandiose. Pourtant, un petit grain de sable a bien failli gripper cette belle mécanique : en effet, testée positive au Covid, la soprano Krassimira Stoyanova a dû être remplacée au pied levé par <strong>Serena Farnocchia</strong> qui a sans peine intégré la vaste formation dans une démonstration commune de savoir-faire remarquable, devant une salle comble.</p>
<p>La salle du Palais de la Musique et des Congrès ne résonne jamais mieux que lorsqu’elle est pleine à craquer et c’est ici le cas, tant au niveau du public que des quelque deux cents interprètes. Le jeune chef <strong>Aziz Shokhakimov</strong>, à la tête de l’orchestre depuis tout juste un an, est ainsi le pivot d’un dispositif où tous les regards sont tournés vers sa baguette, dans l’expectative de découvrir ses choix d’interprétation. Alors, ce <em>Requiem</em>, plutôt « <em>opéra en habit ecclésiastique</em> » ou composition sacrée dramatique ? <a href="https://philharmonique.strasbourg.eu/web/ops/-/requiem-verdi-entretien-aziz-shokhakimov" rel="nofollow">Interrogé</a>, le chef ouzbek avait dans un entretien décrypté son programme : trouver un bon équilibre entre le chœur et l’orchestre, pour une synthèse de « musique religieuse, sacrée et théâtrale ». Force est de reconnaître que le résultat est impressionnant : les pupitres sont merveilleusement mis en valeur en alternance et permettent une écoute inédite et tout en intensité du chef-d’œuvre, en splendides couleurs automnales au nuancier riche et contrasté. Les tempi sont le plus souvent extrêmement rapides et l’œuvre est expédiée en un peu moins d’une heure trente, mais l’on ne peut que s’émerveiller devant tant de précision et d’harmonie. Le chef est parvenu à faire fusionner musiciens et chanteurs parfaitement à l’unisson et en équilibre constant, tant dans les pianissimi que les explosions sonores à réveiller les morts. Les trompettes disposées à mi-hauteur de part et d’autre du public dans le <em>Tuba mirum </em>ont produit leur petit effet de spatialisation sonore en infernal écho. Enfin, petit effet est un doux euphémisme : c’est dans une scène digne du <em>Jugement dernier </em>de Michel-Ange qu’on s’est retrouvés plongés, pour une déferlante sonore spectrale à faire se dresser les cheveux sur la tête.</p>
<p>Tant les Chœurs de l’Opéra national du Rhin que le Chœur Philharmonique de Brno se montrent proches de la perfection. Ils accompagnent merveilleusement les quatre solistes qui, eux aussi, forment un bel accord, en particulier les voix féminines, idéalement appariées. <strong>Serena Farnocchia</strong>, très à l’aise dans les aigus, déploie par ailleurs sans peine des trésors d’expressivité. Mais c’est sans doute la beauté du chant de <strong>Jamie Barton</strong> qu’on retiendra ce soir ; il faut dire que Verdi a particulièrement mis en valeur la partie de la mezzo-soprano dans cette œuvre. L’Américaine se montre souveraine, voire éblouissante, tant dans les murmures aux effets de moire que dans les aigus autoritaires et puissants. Le ténor <strong>Benjamin Berheim</strong> est doté d’un timbre magnifique dont il tire des effets d’autant plus poignants que la justesse et la précision de son art nous font frissonner d’aise. Tout en intériorité grave et solennelle, la basse <strong>Ain Anger</strong> déploie une infinie tendresse et une humanité réconfortante dans ce drame plus grand que nature. Ses « Mors » et surtout ses « requiem aeternam » résonnent encore, entre stupeur, tremblements et douce résilience.</p>
<p>Tout cela confine à l’excellence absolue et pourtant, il manque un tout petit quelque chose : l’émotion directe et immédiate des larmes qu’on ne peut retenir et qui pourtant, ce soir, n’arrivent pas. En principe, il est extrêmement difficile de maîtriser ses glandes lacrymales, voire de résister aux sanglots qui nous assaillent à l’arrivée du <em>Lacrymosa. </em>Sans doute est-ce le tempo très rapide qui empêche les pleurs de jaillir ou plutôt la très grande qualité de l’ensemble qui élève l’émotion à un niveau plus intellectualisé, d’autant que ce que l’on a entendu précédemment nous a terrifié et placé devant nos fins dernières, avec une évidence sans équivoque, froide comme la mort. Mais ne faisons pas la fine bouche, des œuvres de ce niveau-là, on ne peut que les admirer sincèrement et y revenir pour les apprécier différemment à chaque nouvelle écoute. Cela tombe bien, le concert a été enregistré et on va pouvoir l’entendre à loisir sur <a href="https://www.medici.tv/fr/concerts/aziz-shokhakimov-conducts-verdis-requiem-krassimira-stoyanova-jamie-barton-benjamin-bernheim-ain-anger" rel="nofollow">Medici.tv</a> durant trois mois en streaming. Par ailleurs, il sera diffusé le 2 octobre à 20h sur Radio classique.</p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov — New York</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/boris-godounov-new-york-en-direct-du-met-le-sacre-de-pape/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Oct 2021 05:24:52 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le 29 février 2020 le Metropolitan Opera diffusait Agrippina de Haendel dans les cinémas. Quelques jours plus tard, la saison s’arrêtait brusquement pour cause de pandémie. Par la suite, Peter Gelb, le directeur de la première scène New-yorkaise, annonçait l’annulation pure et simple de toute la saison 2020-21. Ce samedi 9 octobre marquait donc le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 29 février 2020 le Metropolitan Opera diffusait <em>Agrippina</em> de Haendel dans les cinémas. Quelques jours plus tard, la saison s’arrêtait brusquement pour cause de pandémie. Par la suite, Peter Gelb, le directeur de la première scène New-yorkaise, annonçait l’annulation pure et simple de toute la saison 2020-21.</p>
<p>Ce samedi 9 octobre marquait donc le retour sur les écrans des retransmissions du Met pour la plus grande joie des amateurs venus nombreux regarder <em>Boris Godounov</em> dans la production que <strong>Stephen</strong> <strong>Wadsworth</strong> avait signée en 2010, avec une différence cependant : à l’époque c’est la version remaniée de 1872 qui avait été donnée, cette fois, le Met a opté pour celle de 1869 -sans l’acte polonais ni le ballet- qui semble connaître depuis quelques années un regain de faveur puisque l’Opéra de Paris l’avait proposée en 2018 ainsi que tout récemment l’Opéra de Monte-Carlo.</p>
<p>Les décors de <strong>Ferdinand Wögerbauer</strong> sont à la fois sobres et grandioses, une place, l’entrée d’une cathédrale, un trône de profil dans une grande salle de réception et des toiles peintes où dominent l’or et le pourpre. Au sol, un livre gigantesque que feuillette Pimène, symbolise sans doute l’histoire en marche. Les costumes somptueux qui se déclinent en rouge pour les soldats, jaune, bleu et brun pour le peuple, évoquent l’iconographie russe. Les mouvements de foule sont impeccablement réglés, la direction d’acteurs souligne avec subtilité les rapports entre les personnages.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/ain_anger._david_butt_philip.jpg?itok=A2cEJZVo" title="Ain Anger, David Butt Philip © Marty Sohl / Met Opera" width="468" /><br />
	Ain Anger © Marty Sohl / Met Opera</p>
<p>La distribution est dominée par l’exceptionnelle prestation de <strong>René Pape</strong>, déjà présent en 2010, qui trouve là l’un de ses meilleurs rôles. Aucun des affects de ce personnage complexe ne lui échappe, Tour à tour autoritaire et inquiet, père aimant et Tsar tourmenté, sa voix bien projetée, capable de cris désespérés au début du monologue final parvient à se faire tendre et feutrée lors de ses adieux à son fils. C’est une ovation amplement méritée qui accueille ce Boris halluciné lors des saluts. Face à lui, <strong>Ain Anger</strong> n’est pas en reste, il incarne Pimène avec une voix d&rsquo;airain, dotée de graves somptueux, un legato parfaitement maîtrisé et de subtiles nuances. Son personnage calme et posé tout de blanc vêtu contraste avec celui de Boris habillé de noir et rongé par le remord lors de leur première entrevue. Le Varlaam sonore de <strong>Ryan</strong> <strong>Speedo Green</strong> capte sans peine l’attention tandis qu’<strong>Alexey Bogdanov</strong> complète avec bonheur ce quatuor de clé de fa. <strong>Maxim Paster</strong> campe avec délectation un Chouiski sournois et fourbe tandis que <strong>David Butt Philipp</strong> dont ce sont les débuts au Met, fait valoir une voix de ténor solide et bien timbrée  en Dimitri. On a reproché à cette version l’absence d’un rôle féminin important, néanmoins <strong>Megan Marino</strong> parvient à tirer son épingle du jeu dans les quelques apparitions de Feodor grâce à sa voix de mezzo brillante et son aisance sur le plateau.  <strong>Miles Mikkanen</strong>, dans sa brève intervention, brosse un portrait poignant de l’innocent. Les autres seconds rôles sont tous impeccables comme toujours au Met.</p>
<p>Saluons les remarquables interventions des chœurs, protagonistes à part entière dans cet ouvrage.</p>
<p>Au pupitre <strong>Sebastian Weigle</strong> propose une direction intense et contrastée qui souligne les aspects les plus sombres de la partition sans pour autant négliger les scènes spectaculaires.</p>
<p>Le samedi 23 octobre,  le Metropolitan Opera diffusera dans les cinémas du réseau Pathé Live, <em>Comme un feu dévorant renfermé dans mes os</em>, un opéra du célèbre musicien de jazz Terence Blanchard. </p>
<p>      </p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gotterdammerung-paris-bastille-merci-pour-ce-bucher/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maximilien Hondermarck]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Dec 2020 04:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Drôle de soirée. Pour arriver à la Bastille ce soir-là, il fallait passer cordons et barrages de police, puis se frayer un chemin entre les manifestants réunis pour réclamer l’abandon du projet de loi relative à la sécurité globale – et pourquoi pas précipiter le crépuscule d&#8217;un Dieu, jupitérien celui-là. Quelques départs de feu étaient &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Drôle de soirée. Pour arriver à la Bastille ce soir-là, il fallait passer cordons et barrages de police, puis se frayer un chemin entre les manifestants réunis pour réclamer l’abandon du projet de loi relative à la sécurité globale – et pourquoi pas précipiter le crépuscule d&rsquo;un Dieu, jupitérien celui-là. Quelques départs de feu étaient même à signaler aux abords de la forteresse-opéra : le Walhalla allait-il s’embraser avant l’heure ?</p>
<p>Si le feu couve, c’est bien au sein de l’orchestre, en magnifique forme. La dernière fois qu’on l’avait entendu, c’était dans une désespérante <em>41ème </em>de Mozart <a href="https://www.forumopera.com/concert-opera-de-paris-paris-solidaires-mais-pas-solitaires">au concert du 14 juillet au Palais Garnier</a>. On avait eu peur pour la cohésion de la phalange après tant de mois de jachère, et on avait tort : c’était l’enjeu qui était insuffisant. Avec les deux premiers accords du prélude tendus comme des arcs, tout est pardonné. Des Nornes au grand bûcher, de la chasse au Rhin, la tension ne retombera guère, y compris dans ce que des souvenirs nous avaient fait passer pour des tunnels au IIème acte. Bénéfice d’une version de concert où tout – à commencer par cette essentielle coque acoustique – concourt à aiguiser l’attention, à suivre les méandres des <em>leitmotive</em> et des personnages. <strong>Philippe Jordan</strong> trouve le tempérament intrinsèque aux pages strictement orchestrales, mais c’est sans doute dans le dialogue qu’il instaure entre instrumentistes et solistes qu’il impressionne le plus ; voilà un orchestre qui respire avec et pour les chanteurs. Pour son troisième tour d’anneau en dix ans avec « son » directeur musical, l’orchestre de l’Opéra semble avoir atteint cette espèce de confiance en lui qui ne peut pas être défaite. Un économiste parlerait d’effet-cliquet : passé un certain stade, on ne revient plus en arrière. Oui, Paris est à nouveau une terre wagnérienne, merci Philippe Jordan.</p>
<p>Merci aussi à <strong>Andreas Schager</strong> qui, à son habitude, se donne sans compter – il est à peu près le seul à vouloir chanter aussi pour le maigre public. Siegfried n’a pas ouvert la bouche qu’il a déjà conquis la salle, petit garçon qui bombe le torse, joue au chef, ouvre les bras pour se plonger dans la musique. Et puis… il chante ! On commence à connaître la lumière insolente que ce diamant brut sait réfracter, même les jours sans. Là, c’était un jour avec : le flot adolescent, la clarté des intentions, l’appétit immense pour les mots, et sans fausseté, sans craquage, qui peuvent lui arriver. Saluant d’un pouce les francs aigus des ténors du chœur, on devine qu’il aurait eu l’énergie de se joindre à eux. À l’approche de la mort de son personnage, Schager se recentre, canalise son travail, et le son qu’il modèle semble alors naître d’un cérémonial aussi ancestral que rigoureux : c’est un artisan.</p>
<p>Pour sa première Brünnhilde du <em>Crépuscule</em>, <strong>Ricarda Merbeth</strong> n’a pas encore la présence de son amant. Sagement réfugiée dans ses châles et derrière son pupitre, elle cache pourtant bien son jeu. La voix plus grande qu’imaginée s’épanouit dès la troisième scène du I, maniant aussi bien l’élégie que l’imprécation (ce « Verrat ! »). Le vibrato un peu serré ne suffit pas à grever une immolation incarnée à défaut d’être inoubliable. C’est la voix immense de <strong>Michaela Schuster</strong> qui nous bouleverse en fait, Waltraute tourmentée, pénétrée, ironique aussi. Le regard terrorisé qu’arbore son visage lorsqu’elle décrit la lance brisée de Wotan s’entendra jusque dans votre poste de radio. Elle concourt aussi à un trio de Nornes absolument formidable (avec <strong>Anna Gabler</strong>, Gutrune juste mais discrète, et <strong>Wiebke Lehmkuhl</strong>). Parmi les hommes, notons l’Alberich toujours impeccablement mordant de <strong>Jochen Schmeckenbecher</strong> ou la souveraine ironie du Hagen d&rsquo;<strong>Ain Anger</strong>, d’abord les mains dans les poches, mais dont voix et présence se font de plus en plus hallucinées à mesure que la nuit monte.</p>
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		<title>Boris Godounov — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/boris-godounov-paris-bastille-il-ne-tenait-qua-lui-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 May 2020 03:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion de la rediffusion en streaming de Boris Godounov  (visible jusqu&#8217;au 31 mai 2020), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 07 juin 2018. Dans une interview qu&#8217;il donnait à notre site, Vladimir Jurowski comparait les mérites des versions de 1869 et de 1872 de Boris Godounov : « Si &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>A l&rsquo;occasion de la rediffusion en streaming de <em>Boris Godounov </em> (<a href="https://www.operadeparis.fr/magazine/boris-godounov-replay">visible jusqu&rsquo;au 31 mai 2020</a>), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 07 juin 2018.</strong></p>
<hr />
<p>Dans une <a href="https://www.forumopera.com/actu/vladimir-jurowski-la-premiere-version-de-boris-est-a-mes-yeux-la-plus-interessante">interview</a> qu&rsquo;il donnait à<em> </em>notre site, <strong>Vladimir Jurowski</strong> comparait les mérites des versions de 1869 et de 1872 de <em>Boris Godounov </em>: « <em>Si ça ne tenait qu’à moi, je créerais une troisième version, qui allierait le meilleur des deux premières. Mais comme je dois choisir, je prends la première version</em> ». Mais précisément, il ne tenait qu’à lui ! Plusieurs de ses prédécesseurs n’ont pas hésité à « allier le meilleur des deux » pour élaborer une sorte de super-<em>Boris</em>, avec un résultat tout à fait convaincant au prix de quelques très minimes aménagements. Mais curieusement, en ces temps de réductions budgétaires, le <em>Boris</em> 1869 a la cote : plus resserré, plus efficace dramatiquement ? Peut-être, mais surtout moins cher. Il ne tenait donc qu’à l’Opéra de Paris de proposer une version longue, mais ce n’est pas le choix qui a été fait.</p>
<p>De même, il ne tenait qu’à <strong>Ivo van Hove </strong>d’offrir une production frappante du chef-d’œuvre de Moussorgski. Il ne l’a pas voulu ainsi. Bien sûr, on pouvait s’attendre à un Boris en tenue de Poutine et à un peuple russe en costumes d’aujourd’hui. Bien sûr, il fallait s’attendre à un usage massif de la vidéo. Mais ce qui surprend malgré tout, c’est la platitude d’un spectacle dont la principale idée reste l’apparition du jeune Dimitri dès l’ouverture, puis son retour démultiplié en une douzaine d’adolescents, et enfin son meurtre projeté en images géantes sur le fond de scène. Pour le reste, un escalier aux marches rouges tient lieu de décor, escalier que l’on monte ou descend sans que cela semble avoir une signification bien précise. Tout cela reste assez terne, très loin de la truculence que le livret prête aux figures populaires, et nous raconte une histoire aux personnages sans grand relief. A sa décharge, on précisera que, selon nos informations, le projet initial était beaucoup plus ambitieux, et que les vidéos de fond de scène devaient être tournées en direct par des cameramans présents sur le plateau, selon un principe utilisé notamment pour <em>Les Damnés</em> à la Comédie-Française, mais que l&rsquo;incident survenu lors des répétitions de <em>Parsifal</em> a étouffé ce projet dans l&rsquo;œuf.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/agathe_poupeney_opera_national_de_paris-boris-godounov-17.18-agathe-poupeney-onp-40-1600px.jpg?itok=Zedq5_Ze" title=" © Agathe Poupeney" width="468" /><br />
	 © Agathe Poupeney</p>
<p>Il ne tient qu’à <strong>Ildar Abdrazakov</strong> de devenir un des Boris possibles aujourd’hui, lorsqu’il se sera pleinement approprié le tsar, passé la prise de rôle. La voix se plie sans difficulté à la nature hybride de la tessiture, et l’incarnation est totalement sobre, dénuée des sanglots expressionnistes et autres cris dont les titulaires de jadis croyaient bon d’émailler leur prestation. De Pimène, <strong>Ain Anger</strong> a les graves, mais sans l’immense sagesse qui doit se dégager du moine : là encore, c’est sans doute un choix lié à la production. Varlaam est également laminé par la mise en scène, et <strong>Evgeny Nikitin</strong> a beau faire, il ne peut faire exister un personnage condamné à la grisaille. <strong>Maxim Paster</strong>, vu à Bastille en tsar Berendeï dans <em>Snégourotchka</em>, a le côté fielleux et insinuant de Chouïski mais la voix manque un peu de puissance pour se projeter dans la salle (sa toute première phrase lors du couronnement est presque entièrement couverte par l’orchestre). Ivo Van Hove fait réapparaître Grigori dans les dernières minutes de l’opéra, mais la version de 1869 ne laisse chanter le personnage que dans deux scènes, ce qui ne demande pas d’efforts excessifs à <strong>Dmitry Golovnin</strong>. On remarque presque davantage le Chtchelkalov intense de <strong>Boris Pinkhasovich</strong>, ou le Mitioukha sonore de <strong>Mikhail Timoshenko</strong>. Parmi les voix féminines, totalement sacrifiées dans cette première version, le timbre aigrelet d’<strong>Evdokia Malevskaya</strong> fait de Fiodor une sorte d’Yniold slave, mais <strong>Ruzan Mantashyan</strong> profite au mieux des quelques phrases de Xénia, et <strong>Elena Manistina</strong> est une opulente aubergiste.</p>
<p>« <em>Je n’ai qu’une seule réserve sur cette production, c’est d’avoir dû la monter à Bastille et non à Garnier comme je le souhaitais initialement, alors même que l’orchestre est quasiment un orchestre de chambre</em> » : Vladimir Jurowski n’a décidément pas eu les coudées franches, mais par chance, sa direction à la fois précise et fougueuse réussit à s’imposer même dans un espace trop vaste. On admire surtout les interventions du chœur de l’Opéra de Paris, forcément au premier plan dans cette œuvre, et tout à fait à la hauteur de l’enjeu malgré le statisme de la production.</p>
<p><a href="https://www.operadeparis.fr/magazine/boris-godounov-replay">Voir la vidéo</a></p>
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