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	<title>Alessandro CARLETTI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 12 Jul 2025 23:25:35 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Alessandro CARLETTI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MASCAGNI, Cavalleria rusticana / LEONCAVALLO, I Pagliacci – Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mascagni-cavalleria-rusticana-leoncavallo-i-pagliacci-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cavalleria rusticana (1890) et I Pagliacci (1892) ont initialement fait chambre à part jusqu&#8217;à ce que Metropolitan Opera décide de les réunir pour une même soirée, le 22 décembre 1893 (dans l&#8217;ordre inverse toutefois : l&#8217;ordre actuel sera de rigueur à partir du 2 mars 1894). Ce mariage arrangé dure toujours, à de rares exceptions &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cavalleria rusticana</em> (1890) et <em>I Pagliacci</em> (1892) ont initialement fait chambre à part jusqu&rsquo;à ce que Metropolitan Opera décide de les réunir pour une même soirée, le 22 décembre 1893 (dans l&rsquo;ordre inverse toutefois : l&rsquo;ordre actuel sera de rigueur à partir du 2 mars 1894). Ce mariage arrangé dure toujours, à de rares exceptions près : ainsi, à Paris, on a vu <em>I Pagliacci</em> suivre <em>Il Tabarro</em> (1982) ou <em>Erzsebet</em> (1983), et <em>Cavalleria rusticana</em> précéder <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-sancta-susanna-paris-bastille-le-triomphe-des-mezzos/"><em>Sancta Susanna</em></a> (2016). <em>I Pagliacci</em>, plus souvent que <em>Cavalleria</em>, a plusieurs fois vécu sa vie en solitaire : Londres (<a href="https://www.forumopera.com/v1/concerts/pagliacci_londres.htm">Domingo, 2003</a>), Turin (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/i-pagliacci-turin-la-musique-au-secours-du-theatre/">de Leon, 2017</a>), Bologne (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/leoncavallo-i-pagliacci-bologne/">Kunde, 2024</a>) ou encore Venise la saison prochaine. Quoique les deux ouvrages n&rsquo;aient rien en commun en termes d&rsquo;unité d&rsquo;action, plusieurs metteurs en scène ont tenté de les rapprocher dramatiquement. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/plusieurs-grandes-voix-et-une-revelation/">À Bastille (2012)</a>, Giancarlo Del Monaco déplaçait le prologue d&rsquo;<em>I Pagliacci</em> (sorte de manifeste du vérisme) avant le début de <em>Cavalleria</em>. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-i-pagliacci-londres-roh-contre-vents-et-marees/">À Londres</a>&nbsp;et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-pagliacci-bruxelles-la-monnaie-triple-meutre-a-bruxelles/">à Bruxelles</a>, Damiano Michieletto maria beaucoup plus intimement les deux ouvrages dans une production devenue une référence, avec une unité de temps et quasiment de lieu (fête de Pâques le matin, spectacle de clowns le soir dans le village voisin, personnages d&rsquo;une œuvre apparaissant muettement dans l&rsquo;autre). Tout brillant qu&rsquo;il soit, l&rsquo;exercice restait toutefois artificiel.</p>
<p>Pour cette nouvelle production, créée un peu plus tôt dans la saison et reprise pour le festival, <strong>Francesco Micheli</strong> va encore plus loin, en faisant de Turridu (<em>Cavalleria</em>) et de Canio (<em>Pagliacci</em>) un seul et même personnage. Il transpose l&rsquo;action dans les années 60-70, période selon lui de forte immigration de la population italienne (historiquement, les années 60 marquent au contraire la fin du phénomène). Pour le metteur en scène italien, c&rsquo;est «&nbsp;l&rsquo;histoire d&rsquo;un homme qui a perdu ses racines dans <em>Cavalleria</em> et qui, dans <em>Pagliacci</em>, essaie de recréer ses liens d&rsquo;origine au sein d&rsquo;une nouvelle communauté, mais qui y échoue lamentablement ». Mais pour ce faire, il faut sacrément tordre le livret puisque Turridu est supposé mourir dans le duel avec son rival Alfio&#8230;&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025__c__Geoffroy_Schied__3_-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194401" width="911" height="607"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Geoffroy Schied</sub></figcaption></figure>


<p>Pendant la musique du prologue, nous assistons (avec beaucoup de libertés) aux événements censés s’être déroulés avant le lever du rideau. Devant un carte postale géante « Estate 1960 », Turridu et Lola font leurs adieux en flirtant sur la plage. Le jeune homme va émigrer en Allemagne afin de gagner l’argent qui lui permettra de demander la jeune fille en mariage (dans le livret, il était parti pour l&rsquo;armée). Un petit wagon, estampillé « Palermo &#8211; München », l&#8217;embarque avec sa petite valise rouge. De temps à autres, on verra un double de Turridu, avec la même valise mais aussi un visage blanc et un nez rouge, assister aux événements. En l’absence de son amant, Lola est violée par le mafieux local, Alfio, et ses sbires. Elle est contrainte de l’épouser. Un an plus tard (« Un anno dopo » s’affiche en fond de scène), Turridu revient au village (cette fois le wagon affiche « Munchen &#8211; Palermo »). Il remet à sa mère émue une liasse de billets de banque, mais celle-ci lui apprend le mariage de Lola en son absence. Confrontée, la jeune femme tente de retrouver l’amour de Turridu mais, par dépit, il se venge d&rsquo;elle en séduisant Santuzza. Quand le père de celle-ci découvre la situation, et essaie de le contraindre au mariage, sous la menace d’une hache, il s’enfuit (« Palermo &#8211; München »). Fin du prologue. Six mois plus tard, (« Sei mesi dopo »), Santuzza est enceinte et vêtue de noir, elle attend devant l’église. Turridu est revenu (« Munchen &#8211; Palermo »). La foule est uniformément en blanc, arborant un bizarre costume folklorique. Les acolytes d’Alfio ont le visage maquillé de rouge, marqué d&rsquo;une croix blanche. Ils seront munis d&rsquo;ailes d&rsquo;ange pendant la musique de la procession. Scéniquement, les chœurs sont toutefois à peu près immobiles, disposés sur deux rangées sur les côtés ou en fond de scène. Aucun réalisme non plus dans le dispositif scénique : carte postale et wagons disparus, une gigantesque roue noire descend des cintres et devient un plateau tournant légèrement surélevé. Sur ce dispositif, on distingue le lit de Lola, ainsi qu’un amas de tables et de chaises. Tout est noir zébré de blanc (à moins que ce ne soit l’inverse). Souvent, tandis qu’un protagoniste chante sur le devant de la scène, le personnage à qui il s’adresse a le temps de faire un tour complet (Mamma Lucia sur sa chaise, Lola dans son lit). Des suspensions éclairent la scène : lumière blanche pendant la procession, jaune quand la trahison est révélée, rouge au moment du duel. Le décor est totalement ouvert et les voix des chanteurs ont tendance à se perdre en l&rsquo;absence de surfaces pour les renvoyer vers la salle. Après avoir provoqué Alfio en lui jetant son verre de vin à la figure, Turridu fuit le village et repart vers l’Allemagne (« Palermo &#8211; Munchen »), Mamma Lucia ayant elle-même préparé la valise rouge pour son départ. Le cri d&rsquo;une femme anonyme, « Hanno ammazzato compare Turiddu! » (« Ils ont tués compère Turridu ! »), est remplacé par une voix <em>off</em> sonorisée qui clame, un rien pompeuse « Il est mort pour les siens ! ». Le plateau tournant s&rsquo;élève à la verticale et le mobilier glisse bruyamment sur la scène. Ajoutons à cela qu&rsquo;un double de Canio (même valise rouge et faux nez assorti) vient hanter le plateau à plusieurs reprises, ajoutant une certaine confusion.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_Pagliacci_2025_W.Koch_E.Buachidze__c__Geoffroy_Schied__2_-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-194404"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Geoffroy Schied</sub></figcaption></figure>


<p>Il est malheureusement difficile d’être touché par un tel dénouement. Si la scène finale de <em>Cavalleria</em> nous émeut ordinairement, c’est parce que le paroxysme de la musique illustre la mort de Turridu, l&rsquo;horreur de la femme qui crie la nouvelle, l&rsquo;évanouissement de Santuzza, l&rsquo;effondrement de Mamma Lucia : tout un champ de ruines est entraîné par cette disparition. Ici, on aura en revanche un peu de mal à écraser une larme : sur le même fond sonore, Turridu est probablement en train de composter son billet pour Munich. Quid de la « Chevalerie campagnarde » dans cette lâcheté finale ?&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_J.Kaufmann_A.Perez__c__Geoffroy_Schied__4_-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194405" width="911" height="607"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Geoffroy Schied</sup></figcaption></figure>


<p>Dans le prélude de <em>Pagliacci</em> (« Dix ans plus tard »), nous retrouvons le double en question (Turridu échappé de Sicile et devenu Canio) en discussion avec Tonio. Celui-ci se rend aussi à Munich, pour aller travailler dans le restaurant italien de Silvio. Il propose à Canio d&rsquo;assurer les animations des dîners-spectacles. Entre temps, Canio a recueilli Nedda. Dans cette seconde partie, les wagons retournés (on voit désormais l&rsquo;intérieur) vont devenir des lieux de l&rsquo;action : bureau de Silvio, bar, cuisine du restaurant. Le plateau tournant est à nouveau utilisé (avec le même mobilier), mais les costumes sont cette fois bigarrés. Les rapports hiérarchiques sont bousculés : normalement, Silvio est un villageois anonyme d&rsquo;une cité voisine et pas le patron de Canio, Tonio est un employé de ce dernier et pas un commis de cuisine, etc. Difficile aussi d&rsquo;imaginer Silvio prêt à abandonner son affaire pour enlever Nedda à son époux.</p>
<p>Autant <em>Cavalleria</em> était plutôt statique et monochrome, autant la mise en scène de <em>Pagliacci</em> est plus colorée et théâtrale. Alors que le premier opus était extrêmement stylisé, sans référence à la Sicile, à la cérémonie religieuse, etc., le second évoque une immigration italienne à la limite du cliché. La mise en scène fourmille toutefois de détails bien venus. Le spectacle doit se tenir après les vêpres : en guise de cérémonie religieuse, le chœur regarde sur une télé géante la demi-finale de la Coupe du monde de football (Italie &#8211; Allemagne de l&rsquo;Ouest, Mexico, 17 juin 1970). C&rsquo;est assez bien vu. Canio leur bloque un instant la vue pour leur rappeler l&rsquo;horaire : il termine son « A ventitré ore! » par un diminuendo en même temps qu&rsquo;il s&rsquo;écarte sur la pointe des pieds pour ne plus déranger. Au restaurant, Nedda prépare une omelette quand elle est importunée par Tonio. Au lieu d&rsquo;un coup du fouet réel, il se prend un coup de fouet&#8230; de cuisine (!) : puis Tonio jure de se venger alors qu&rsquo;il n&rsquo;a guère reçu que du jaune d&rsquo;œuf dans l&rsquo;œil. Ayant appris son infortune conjugale, et après un moment d&#8217;emportement, Canio semble prêt à fuir une fois de plus, avant que Tonio ne l&rsquo;en dissuade. Le célébrissime « Vesti la giubba » nous renvoie ici à plusieurs degrés de lecture. Quel est le déguisement de Canio ? Celui du clown qui doit faire rire quand son âme pleure ? Celui du fugitif qui change d&rsquo;identité pour échapper au châtiment de son crime ? Celui du migrant mal intégré dans sa nouvelle patrie et qui retrouve les réflexes patriarcaux du « crime d&rsquo;honneur », un peu malgré lui du reste (c&rsquo;est Tonio qui l&rsquo;y pousse : son premier réflexe était de lâcher l&rsquo;affaire et de fuir encore) ? L&rsquo;interlude qui suit voit le retour de notre double « Sept ans plus tard » : porteur d&rsquo;un brassard de deuil, il vient visiter Mamma Lucia qui vient de mourir. Une petite fille veille la vieille dame. Santuzza ne semble pas reconnaître son ancien amant. La suite est plus classique. Nedda et Silvio seront poignardés par Canio après que Tonio (qui fait un peu penser au Joker dans <em>Batman</em>) aura fourni le couteau fatal. Le rideau se referme devant une foule relativement indifférente, tandis que Canio reste, valise rouge à la main, sur le devant de la scène. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_W.Koch_G.Musliu_A.Perez__c__Geoffroy_Schied-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194412"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Geoffroy Schied</sup></figcaption></figure>


<p>La double distribution est source de confusion face au concept du metteur en scène (mais on sait que les chanteurs sont toujours engagés très en amont de la finalisation d&rsquo;une nouvelle production). Ici, il aurait fallu que Turiddu et Canio soient interprétés par le même chanteur. Or, non seulement ce n&rsquo;est pas le cas, mais le double muet (qu&rsquo;on voit dans les deux ouvrages) ressemble plutôt au jeune Kaufmann, bouclettes comprises (alors que pour ce soir, le ténor allemand a au contraire des cheveux lisses). Wolfgang Koch incarne classiquement deux rôles : Alfio et Tonio. Ainsi, alors que dans cette production Turiddu et Canio sont censés être une seule et même personne, ils ont deux (et même trois) visages différents, et alors qu&rsquo;Alfio et Tonio sont supposés être deux personnages distincts, ils ont ici la même tête. Tout cela est sans doute inutilement compliqué. Pour citer le sculpteur Constantin Brâncuși : « La simplicité n&rsquo;est pas un but dans l&rsquo;art, mais on arrive à la simplicité malgré soi en s&rsquo;approchant du sens réel des choses. »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_A.Perez__c__Geoffroy_Schied-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-194407"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Geoffroy Schied</sup></figcaption></figure>


<p>Le Turridu ardent de <strong>Jonathan Tetelman </strong>domine <em>Cavalleria rusticana</em>. Le jeune ténor américain, étonnamment clivant, ne manque ni de détracteurs, ni d&rsquo;admirateurs. Les premiers lui reprochent d&rsquo;en faire trop, de ne pas ménager sa voix, et de disposer d&rsquo;un appui technique insuffisant. C&rsquo;est un peu ce qu&rsquo;on disait à propos de Domingo quand il était jeune. Les seconds apprécient justement cet engagement, une voix qui dépote comme celle de peu de ténors aujourd&rsquo;hui, et pour certain(e)s, un physique plutôt avenant. Nous avons apprécié ici un investissement dramatique intelligent, un chant passionné mais pas débridé, une démonstration de puissance sous laquelle perceraient certaines fêlures : on pense ainsi à Neil Shicoff, ténor passionnant, aussi viril que tourmenté. Remplaçant Ksenia Dudnikova, <strong>Anna Pirozzi</strong> campe une Santuzza simple et sensible, un peu maternelle, bien chantante, à laquelle il manque seulement un peu de puissance. Alors qu&rsquo;on a davantage l&rsquo;habitude ces dernières années d&rsquo;entendre <strong>Wolfgang Koch</strong> dans le répertoire germanique, celui-ci se révèle un Alfio épatant, scéniquement impayable en mafieux, et à la voix d&rsquo;une étonnante fraîcheur. <strong>Rosalind Plowright</strong> est une Mamma Lucia émouvante, pleine de retenue, dans un état vocal étonnant du haut de ses 76 printemps. <a href="https://www.forumopera.com/questionnaire-de-proust-rihab-chaieb-je-sais-que-carmen-un-flop-mais-si-seulement-ils-mavaient-connue-a-lepoque-rires/"><strong>Rihab Chaieb</strong> </a>offre un timbre riche et une superbe musicalité. Son aisance scénique est tout aussi remarquable. Difficile de comprendre pourquoi cette artiste n&rsquo;est pas davantage présente pour de grands rôles.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_W.Koch_A.Perez__c__Geoffroy_Schied-2-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-194408"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Geoffroy Schied</sup></figcaption></figure>


<p>Pour le <em>Pagliacci</em> qui suit, <strong>Jonas Kaufmann</strong> reste un grand Canio, en dépit d&rsquo;une certaine usure de ses moyens (légitime après une carrière de plus de trente ans où il aura fréquenté quelques uns des rôles les plus difficile du répertoire). L&rsquo;aigu reste vaillant et la projection confortable. La voix est miraculeusement préservée de tout vibrato excessif. Le timbre est toujours séduisant. De temps à autres, toutefois, une note accroche fugitivement dans le médium au détour d&rsquo;une phrase. Dramatiquement, le chanteur offre une interprétation tout en finesse, où les effets vocaux sont toujours en adéquation avec la situation dramatique, avec un grand sens du détail et une exceptionnelle présence scénique. Même s&rsquo;il sort ses griffes pour la scène finale, on sent l&rsquo;artiste moins libre qu&rsquo;<a href="https://www.forumopera.com/breve/jonas-kaufmann-creee-la-surprise-en-baryton/">à Vienne</a> il y a quelques mois, dans une production antique du répertoire. <strong>Wolfgang Koch&nbsp;</strong>est encore plus étonnant en Tonio qu&rsquo;en Alfio, offrant même de splendides la bémol et sol naturel conclusifs, notes traditionnelles non écrites. L&rsquo;incarnation dramatique est particulièrement réussie, avec un point de bascule au moment du coup de fouet de Nedda : de pauvre type, Tonio devient alors une sorte de psychopathe qui se réjouit d&rsquo;avance du carnage qu&rsquo;il va provoquer. <strong>Ailyn Pérez</strong> est une Nedda au timbre coloré, mais manquant un peu de largeur dans le grave. La chanteuse fait preuve de musicalité et son interprétation dramatique est pleine de nuances (il faut voir son visage passer par tout une gamme d&rsquo;émotions quand elle finit par se laisser convaincre par Silvio de tout quitter pour lui). Chanteur générique, <strong>Andrzej Filończyk</strong> est un Silvio à la voix saine mais sans éclat particulier. <strong>Granit Musliu</strong> retient l&rsquo;attention avec son Beppe à la voix corsée.&nbsp;</p>
<p><strong>Daniele Callegari</strong> offre une direction efficace, attentive aux chanteurs. Malheureusement, l&rsquo;orchestre est moins concentré que la veille dans <em>Don</em> <em>Giovanni</em>, et connait quelques accidents. Les chœurs n&rsquo;en font un peu qu&rsquo;à leur tête, avec des décalages fréquents.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="724" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_A.Perez__c__Geoffroy_Schied__4_-2-1024x724.jpg" alt="" class="wp-image-194434"/></figure>
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		<title>OFFENBACH, Les Contes d&#8217;Hoffmann &#8211;  Londres (RBO)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-londres-rbo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Nov 2024 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après deux belles réussites londoniennes, le doublé Cavalleria rusticana / Pagliacci et Carmen, Damiano Michieletto s&#8217;est vu confiée la lourde tache de remplacer la magnifique production des Contes d&#8217;Hoffmann de John Schlesinger créée en décembre 1980 et régulièrement reprise avec succès jusqu&#8217;en décembre 2016. La compagnie londonienne n&#8217;a pas lésiné sur les moyens, et cette &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après deux belles réussites londoniennes, le doublé <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-i-pagliacci-londres-roh-contre-vents-et-marees/"><em>Cavalleria rusticana / Pagliacci</em></a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/"><em>Carmen</em></a>, <strong>Damiano Michieletto</strong> s&rsquo;est vu confiée la lourde tache de remplacer la magnifique production des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em> de John Schlesinger créée en décembre 1980 et régulièrement <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-contes-dhoffmann-londres-roh-derniers-feux-dune-production-legendaire/">reprise avec succès jusqu&rsquo;en décembre 2016</a>. La compagnie londonienne n&rsquo;a pas lésiné sur les moyens, et cette nouvelle production est particulièrement spectaculaire, propre à enchanter un nouveau public. Elle n&rsquo;est toutefois pas non dépourvue d&rsquo;incongruités à l&rsquo;occasion. Le prologue s&rsquo;ouvre classiquement dans l&rsquo;auberge de Luther sous des éclairages verdâtres. La Muse est, elle aussi, habillée en vert, allusion à la « Fée verte », surnom que l&rsquo;on donnait autre fois à l&rsquo;absinthe. Nicklausse est interprété par une artiste différente de la Muse, ce qui constitue un retour en arrière par rapport aux versions récentes. Il est étonnamment habillé en perroquet (les paroles et sous-titres sont modifiées pour l&rsquo;occasion : « Du fidèle Nicklausse empruntons le visage, changeons la Muse en <em>perroquet</em> (au lieu d&rsquo;<em>écolier</em>) <span style="font-size: revert;">»</span>). Il s&rsquo;agit peut-être d&rsquo;une allusion au conte, <em>Le Vase d&rsquo;or </em>(un peu plus tard, on verra des danseurs grimés en souris, allusion cette fois à <em>Casse-Noisette et le Roi des souris</em>, autre célèbre conte d&rsquo;Hoffmann). Lindorf offre un tour de magie en faisant disparaitre Stella pour la remplacer par un danseur. Cette saison, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-brigands-paris-garnier/">les cabarets transformistes sont à la mode</a>&nbsp;et l&rsquo;animation de l&rsquo;auberge semble avoir été confiées &nbsp;à des danseurs masculins et féminins « dégenrés ». Les mouvements sur le plateau sont particulièrement tapageurs : chœurs qui tapent des pieds, chaises lourdement baladées, danseurs qui retombent lourdement&#8230; beaucoup de bruits parasites viennent ainsi brouiller l&rsquo;écoute.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_6414-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176570"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell </sub></figcaption></figure>


<p>Puis la production s&rsquo;articule autour de trois âges de la vie du poète, les actes étant donnés dans leur ordre logique. Hoffmann, en culottes courtes (comme dans la production de Richard Jones pour Munich), n&rsquo;est qu&rsquo;un des nombreux élèves de Spalanzani. Sa jeunesse inexpérimentée doit nous faire rendre plus crédible son amour pour une simple poupée. Passons sur les contradictions mineures avec le texte (par exemple : « Allons Messieurs, la main aux dames, le souper nous attend » adressé aux écoliers par Spalanzani). La très attendue scène de la poupée tombe ensuite un peu à plat. Elle chante ici ses deux couplets sans pause, alors que traditionnellement elle tombe en panne au milieu de l&rsquo;air et qu&rsquo;il est nécessaire de remonter son ressort à grands bruits. Ici, Michieletto a choisi de remplacer les gags habituels, qui fonctionnent, par les siens propres, qui sont moins convaincants. Ainsi, sur le tableau noir de la salle de classe, les données d&rsquo;une équation s&rsquo;animent avec les vocalises d&rsquo;Olympia ; des chiffres géants dansent au plafond avant de retomber sur le sol, là encore avec beaucoup de bruit&#8230; Pas de banqueroute : Coppélius, habituellement plus méfiant, s&rsquo;est fait refilé une mallette remplie de chiffons de papier. Pas de valse venant étourdir Hoffmann. Pas de lunettes magiques pendant ses duos avec la poupée alors que le texte est clair à ce sujet (« Est-il mort ? Non, en somme, son lorgnon seul est en débris »). Au final, l&rsquo;acte manque un peu de son brio habituel par une recherche d&rsquo;originalité qui ne convainc pas totalement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_7388-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176557"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell </sub></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;acte d&rsquo;Antonia évoque cette foi un amour d&rsquo;adolescent. Une fois encore, Michieletto ne cherche pas à respecter à la lettre le livret. Nous ne sommes pas dans le monde lyrique, mais dans celui du ballet (pourquoi pas, mais aussi : pourquoi ?). Frantz est un maître de danse tourmenté par des petits rats indisciplinés (rires, cris, claquements de pieds&#8230;) qui ont par ailleurs le mérite d&rsquo;attendrir le public. La mère d&rsquo;Antonio n&rsquo;est pas une cantatrice mais une danseuse dont la fille a une jambe déformée. Même si certains surtitres sont modifiés (« Ta mère t&rsquo;a laissé son talent » plutôt que « sa voix »), le décalage entre le texte et la proposition du metteur en scène est gênant : Antonia n&rsquo;a aucune raison de mourir en essayant de danser, et d&rsquo;ailleurs elle s&rsquo;effondrera en forçant sa voix (ce qui est plus logique quand on la sait phtisique). Au positif, l&rsquo;acte est visuellement splendide et spectaculaire, à défaut d&rsquo;être vraiment émouvant, notamment quand les petits rats et les danseurs (de vrais professionnels du ballet) viennent se produire devant Antonia. Tout ceci fait toutefois encore beaucoup de bruit (béquilles, jambe qui traine, chutes&#8230;), l&rsquo;apogée étant atteint quand le Docteur Miracle brise sur le sol un violoncelle en plâtre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_8066-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176558"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell</sub></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;acte de Venise nous présente un Hoffmann plus cynique, dans un décor relativement conventionnel de casino vénitien. La fin de l&rsquo;acte est étrangement modifiée : Hoffmann se retrouve prisonnier derrière le miroir et n&rsquo;aura donc pas l&rsquo;occasion de se battre en duel, ni de tuer Pitichinaccio avant de s&rsquo;enfuir avec Nicklausse. Toutes les répliques correspondantes sont supprimées. Ultime surprise à l&rsquo;épilogue : Lindorf a pris les habits de Stella. Pour ce dernier acte, la mise en scène gagne en simplicité et l&rsquo;intervention finale de la Muse sera peut-être le seul moment vraiment poignant de la soirée, plus bruyante que brillante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_8241-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176563"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell</sub></figcaption></figure>


<p>Alors que la précédente production utilisait la version Choudens traditionnelle, le choix s&rsquo;est porté ici sur une version mixte et nous invitons les lecteurs que ces détails n&rsquo;intéresseraient pas à sauter carrément ces paragraphes.</p>
<p>Commençons par quelques généralités &nbsp;: il existe plusieurs versions des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann, </em>Offenbach étant mort quelques mois avant la première. La première version était écrite pour un baryton dans le rôle-titre mais la faillite de la<span style="font-size: revert;"> Gaîté Lyrique annula la création de l&rsquo;ouvrage. Les années suivantes virent d&rsquo;incessantes modifications (ajouts, suppressions, déplacements, modifications de tessitures). L&rsquo;ouvrage rentra en répétitions en septembre 1880 mais Offenbach </span>mourra<span style="font-size: revert;">&nbsp;quelques semaines plus tard sans avoir achevé la totalité de l&rsquo;orchestration qui sera terminée par </span>Ernest<span style="font-size: revert;">&nbsp;</span>Guiraud<span style="font-size: revert;">. L&rsquo;ouvrage fut modifié au cours des répétitions, le plus important changement étant la suppression de l&rsquo;acte de Giulietta dont une partie de la musique fut réutilisée ailleurs ! Tout ceci donna lieu à l&rsquo;édition d&rsquo;une première version chez Choudens. En 1904, Raoul Gunsbourg, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, conçut une nouvelle version à partir de manuscrits </span>d&rsquo;Offenbach, <span style="font-size: revert;">version trafiquée par ses soins et qui inclut le célébrissime « Scintille diamant » pour Dapertutto à l&rsquo;acte de Giulietta, </span><span style="font-size: revert;">la musique de la page originale étant recyclée dans </span>l&rsquo;acte<span style="font-size: revert;"> d&rsquo;Olympia pour l&rsquo;air « J&rsquo;ai des </span>yeux » de Coppélius, lequel remplace le trio original. Rappelons que la <span style="font-size: revert;">musique de « Scintille diamant » peut être entendue dans l&rsquo;ouverture du <em>Voyage dans la Lune</em>, mais aussi d&rsquo;un</span><span style="font-size: revert;"> ballet antérieur, <em>Le Royaume de Neptune</em> (comme Rossini, Offenbach n&rsquo;hésitait pas à recycler ses compositions). Gunsbourg ajouta enfin un septuor de son cru dans l&rsquo;acte de Venise, ensemble destiné à devenir l&rsquo;un des moments les plus excitants de la partition : Gunsbourg avait le nez creux. La version Choudens évolua en fonction de ces modifications. Dans les années 70, Fritz Oeser proposa une révision complète réutilisant sans trop de complexes des passages des <em>Filles du Rhin</em> qu&rsquo;Offenbach n&rsquo;avait pas déjà recyclés (une version plus <em>osée</em> que Oeser, donc). Après la redécouverte de manuscrits ayant appartenu à Gunsbourg, Michael Kaye établit une nouvelle édition critique dans les années 80. Enfin Jean-Christophe Keck offrira une nouvelle édition suite à la découverte du final de l&rsquo;acte de </span>Giulietta puis des partitions d’orchestre du prologue et de l’acte d’Olympia ! <a href="https://www.forumopera.com/v1/opera-n18/hoffmann.htm">On trouvera ici un article détaillé sur les différentes versions</a>.</p>
<p>Passons à l&rsquo;édition proposée à Covent Garden. Vu la complexité du sujet, nous nous contenterons ici de lister les modifications majeures par rapport à la version Choudens traditionnelle&#8230; en espérant ne pas nous être trop trompés. <span style="font-size: revert;">Peu de choses au prologue, si ce n&rsquo;est que quelques pages sont un peu plus longues que d&rsquo;habitude : le choeur « Glou ! Glou ! », une réaction des </span>étudiants<span style="font-size: revert;"> suite à l&rsquo;allusion aux </span>cornes : « Ne les raillons pas, nous serons un jour dans le même cas <span style="font-size: revert;">»&#8230;</span><span style="font-size: revert;">. </span></p>
<p><span style="font-size: revert;">À l&rsquo;acte d&rsquo;Olympia, toute la première scène entre Hoffmann et Spalanzani (« Là, dors en paix&#8230; La </span>physique<span style="font-size: revert;"> est tout mon cher : Olympia vaut très cher. ») et la suite est coupée. Plus tard dans </span>l&rsquo;opéra<span style="font-size: revert;">, Spalanzani fera une allusion désormais incompréhensible au dialogue disparu ( « Ah ! La physique ! »). Après </span>l&rsquo;introduction orchestrale, l<span style="font-size: revert;">&lsquo;acte démarre </span>directement<span style="font-size: revert;"> par « Allons, courage et confiance, je deviens un puits de science ». L&rsquo;air de Nicklausse de la </span>version<span style="font-size: revert;"> Choudens / Kaye « Une poupée aux yeux d&rsquo;émail » est conservé (on lui substitue parfois « Voyez-la sous son éventail » de la version Oeser). Le court air d&rsquo;Hoffmann « Ah ! Vivre deux ! N’avoir qu’une même </span>espérance <span style="font-size: revert;">»</span><span style="font-size: revert;"> est donné vers la fin de l&rsquo;acte, après le dialogue d&rsquo;Hoffmann avec Olympia (et non au début, après « C&rsquo;est elle ! Elle sommeille ! » &nbsp;et le second couplet comprend quelques légères </span>variations<span style="font-size: revert;"> (et un si naturel final). Le trio original (rétabli chez Oeser) remplace l&rsquo;air traditionnel « J&rsquo;ai des yeux » déjà évoqué. « Ange du Ciel, est-ce bien toi » est rétabli. La scène entre Coppélius et Spalanzani qui consacre leur arrangement financier sur la propriété des yeux est </span>intégralement<span style="font-size: revert;"> coupée (on </span>imagine<span style="font-size: revert;"> qu&rsquo;il s&rsquo;agit </span>d&rsquo;éviter<span style="font-size: revert;"> des accusations </span>d&rsquo;antisémitisme<span style="font-size: revert;"> au sujet du Juif Elias). Le duo Nicklausse / Hoffmann « Malheureux fous, suivez la belle » est coupé. Le final de l&rsquo;acte n&rsquo;est pas écourté comme souvent. </span></p>
<p><span style="font-size: revert;">À l&rsquo;acte d&rsquo;Antonia, une reprise orchestrale est (mal) insérée entre le récitatif de Frantz et son air (il s&rsquo;agit de la même musique que celle qui sépare peu après les deux couplets)</span><span style="font-size: revert;">. Le</span><span style="font-size: revert;"> savoureux dialogue de sourds entre Hoffmann et Frantz puis celui entre Hoffmann et Nicklausse sont coupés. On passe donc directement de l&rsquo;air bouffe de Frantz au duo entre Hoffmann et Antonia, mais introduit par l&rsquo;air de Nicklausse « Vois, sous l’archet frémissant » (Oeser). Niklausse agit dès lors comme une sorte de Cupidon, </span>alors<span style="font-size: revert;"> que dans le livret il </span>fait tout pour dissuader Hoffmann à chacune de ses nouvelles amours. L&rsquo;acte offre une version longue du trio Hoffmann / Crespel / Miracle. Le dialogue qui suit, entre Hoffmann et Antonia, est en revanche coupé, et on enchaine directement avec la scène « Tu ne chanteras plus ».</p>
<p>L&rsquo;acte de Venise est encore plus charcuté. Les micro-coupures se multiplient (« Vivat ! Au Pharaon » par exemple). Le « Scintille diamant » introduit par Gunsbourg est remplacé par le « Tourne, tourne, miroir » original (Oeser). « L&rsquo;Amour dit à la belle » est restauré. Il est immédiatement suivi du septuor apocryphe de Gunsbourg (Choudens) qui devrait s&rsquo;insérer après la perte du reflet d&rsquo;Hoffmann et non pas avant comme ici. Hoffmann chante ensuite <span style="font-size: revert;">«</span>&nbsp;Ô Dieu! de quelle ivresse <span style="font-size: revert;"> »</span><span style="font-size: revert;"> couronné d&rsquo;un si bémol. Giulietta a droit à son air « L&rsquo;amour lui dit : la belle » (Kaye). Après son duo avec Giulietta, Hoffmann perd son reflet et reste condamné à peu près au silence : les intentions parlées de Pitichinaccio, Schlemil, Nicklausse et Dappertutto sont aussi coupées. </span></p>
<p><span style="font-size: revert;">L&rsquo;épilogue est relativement épargné : quelques mesures des chœurs sont coupées et c&rsquo;est Hermann et non Lindorf qui s&rsquo;exclame « À moi la Stella »&#8230; « Oublie ton rêve de joie et d&rsquo;amour » est confié à la Muse et non à Nicklausse (les deux interprètes sont différents dans cette production). La Muse conclut avec le sublime « Des cendres de ton cœur » (Oeser).</span></p>
<p>Au-delà des problèmes de sens induites par ces coupures (et qui affectent certainement moins un public novice non francophone), il faut surtout regretter que les enchainements des différents morceaux s&rsquo;en ressentent, manquant de fluidité et de naturel. Les altérations sont généralement mieux réussies quand elles sont faites par des musicologues professionnels.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_6218-1024x683.jpg" alt="©2024 Camilla Greenwell
" class="wp-image-176573"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Juan Diego Flórez</strong> avait fait <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-contes-dhoffmann-monte-carlo-charme-et-elegance/">sa prise de rôle à l&rsquo;opéra de Monte-Carlo</a> en 2018. Quelques années plus tard, l&rsquo;interprétation du ténor péruvien n&rsquo;a pas beaucoup changé. La voix manque toujours de la largeur attendue pour ce rôle et on attendra en vain des élans dramatiques semi véristes à la Shicoff. Flórez offre en revanche un Hoffmann racé, à la Kraus, sans les moyens de ce dernier, mais avec la même exigence vocale. Il est d&rsquo;ailleurs assez incroyable qu&rsquo;une voix ait si peu évolué au fil des années, pour le meilleur davantage que pour le pire, d&rsquo;ailleurs. Ces limitations mises de côté (on ne va pas reprocher à Flórez d&rsquo;avoir la voix de Flórez), le ténor péruvien offre un Hoffmann de grande tenue, d&rsquo;une belle retenue aristocratique. Dans l&rsquo;acoustique favorable aux voix de Covent Garden, le chanteur n&rsquo;a aucun problème pour se faire entendre, y compris dans les nuances les plus fines (plutôt que de rénover Bastille, pourquoi ne pas la raser pour reconstruire une salle à l&rsquo;identique de celle de l&rsquo;institution londonienne ?). Les aigus, sonores, sont délivrés avec générosité et le chanteur multiplie les extrapolations dans l&rsquo;aigu (à celles que nous avons signalées plus haut, ajoutons un contre-ut à la fin de la chanson de Kleinzach et un si bémol concluant<b> « </b>Ô Dieu, de quelle ivresse »). Cerise sur le gâteau, la prononciation du français est parfaitement intelligible, teintée d&rsquo;un délicieux accent latin. L&rsquo;acteur reste mesuré, mais finalement touchant et en cohérence avec l&rsquo;interprétation vocale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_5776-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176564"/><figcaption class="wp-element-caption">© 2024 Camilla Greenwell</figcaption></figure>


<p><strong>Alex Esposito</strong> est moins diable que diablotin. Ricanements, cris gutturaux, notes graves exagérément écrasées&#8230; alors que le chanteur semblerait en capacité de chanter sobrement le rôle, ne serait-ce qu&rsquo;en raison d&rsquo;une certaine expérience belcantiste, pourquoi se livrer à des excès histrioniques de mauvais goût ? On pense parfois à un mauvais Mefistofele de Boïto, quand d&rsquo;autres passages mettent au contraire en valeur les qualités du chanteur : un timbre plaisant, une émission franche. Il faut dire que la mise en scène ne l&rsquo;aide pas : Michieletto en fait davantage un satyre vulgaire, violent et impulsif qu&rsquo;un démon complexe et froid. Déjà une magnifique Giulietta en 2016, <strong>Christine Rice</strong> est ici une Muse exceptionnelle, au français impeccable, pleine de charme et d&rsquo;une grande musicalité. <strong>Julie Boulianne&nbsp;</strong>est un Nicklausse d&rsquo;un certain charme, à la voix charnue mais manquant de mordant : la chanteuse québécoise semble souvent chanter dans sa barbe sans vraiment chercher à remplir la salle. Elle n&rsquo;est pas non plus gâtée par la mise en scène qui en fait un gamin déguisé en perroquet jouant avec un autre perroquet, empaillé cette fois. <strong>Olga Pudova</strong> souffre également d&rsquo;une mise en scène qui refuse d&rsquo;en faire une poupée comique. La voix est d&rsquo;une belle largeur, bien plus corsée que celle des coloratures légères auxquelles nous sommes habitués, mais aussi sans le côté mécanique de celles-ci (tant musicalement que théâtralement). C&rsquo;est d&rsquo;autant plus dommage que l&rsquo;ambitus du soprano russe est assez époustouflant, les contre-notes se succédant quasiment sans effort jusqu&rsquo;au contre-sol dièse. L&rsquo;Antonia d&rsquo;<strong>Ermonela Jaho</strong> est bien connue. Avec les années, le vibrato, court, s&rsquo;est accentué. Les aigus n&rsquo;ont plus l&rsquo;aisance d&rsquo;autrefois : le contre ré en coulisse est plutôt raté, le contre-ut dièse final plus réussi. Il n&rsquo;en demeure pas moins que les exceptionnelles capacités du soprano albanais à émouvoir restent intactes, en dépit d&rsquo;une mise en scène qui tend détourner l&rsquo;attention de son personnage avec des agitations annexes. Cataloguée <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-paris-bastille-somptueuse-anita-rachvelishvili/">soprano</a>, <strong>Marina Costa-Jackson</strong> ferait presque songer à un alto par la profondeur de son timbre et des graves somptueux, tandis que la voix est au contraire tendue dans l&rsquo;aigu. Il arrive parfois qu&rsquo;une voix qui chante ponctuellement dans une tessiture trop grave éprouve alors des difficultés nouvelles dans l&rsquo;aigu : serait-ce le cas ici ? Les <em>comprimari</em> sont de qualité. <strong>Christophe Mortagne</strong> incarne superbement ses quatre rôles, dans un français superlatif, mais avec un aigu de poitrine parfois tendu. <strong>Vincent Ordonneau</strong> est un Spalanzani efficace pour ce qui lui reste à chanter. Malgré une voix désormais un peu usée, <strong>Alastair Miles</strong> est un Crespel émouvant. <strong>Jeremy White</strong> est un Luther truculent. Dans leurs petits rôles respectifs, <strong>Ryan</strong> <strong>Vaughan Davies</strong> et <strong>Siphe</strong> <strong>Kwani</strong> (excellent remplaçant de dernière minute de Grisha Martirosyan) savent également se faire remarquer.</p>
<p>La direction d&rsquo;<strong>Antonello Manacorda</strong> est efficace à défaut d&rsquo;être subtile, attentive aux chanteurs, plus professionnelle qu&rsquo;inspirée. Les chœurs sont excellents.&nbsp;</p>
<p>Si ces <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em> ne sont pas, pour nous, le coup de <span style="font-size: revert;">cœur</span> espéré, ils reçoivent un accueil chaleureux du public : il sera intéressant de voir comment cette production évolue au fil des reprises, notamment en ce qui concerne les bruits qui parasitent la musique !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-londres-rbo/">OFFENBACH, Les Contes d&rsquo;Hoffmann &#8211;  Londres (RBO)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>BIZET, Carmen – Londres</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À seulement 27 ans et lauréate du prestigieux&#160;Concours du Belvédère en 2017,&#160;Aigul Akhmetshina&#160;a déjà derrière elle une belle carrière internationale (on pourra l&#8217;entendre à l&#8217;Opéra-Bastille en Rosina du&#160;Barbiere di Siviglia&#160;en 2025, un rôle qu&#8217;elle y a déjà interprété en 2022) et notamment au Royal Opera où elle fit ses débuts en 2018 dans&#160;Carmen&#8230;&#160;mais dans le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À seulement 27 ans et lauréate du prestigieux&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/breve/belvedere-2017-aigul-akhmetshina-cree-la-surprise">Concours du Belvédère en 2017,</a>&nbsp;<strong>Aigul Akhmetshina&nbsp;</strong>a déjà derrière elle une belle carrière internationale (on pourra l&rsquo;entendre à l&rsquo;Opéra-Bastille en Rosina du&nbsp;<em>Barbiere di Siviglia</em>&nbsp;en 2025, un rôle qu&rsquo;elle y a déjà interprété en 2022) et notamment au Royal Opera où elle fit ses débuts en 2018 dans&nbsp;<em>Carmen&#8230;&nbsp;</em>mais dans le rôle de Mercédès ! La jeune artiste était d&rsquo;ailleurs membre du programme J<em>ette Parker Young Artists</em>&nbsp;qui vise à développer de jeunes talents au sein de l&rsquo;institution londonienne. Le mezzo russe a pour lui une voix ample et particulièrement bien projetée, très homogène sur toute la tessiture, et à l&rsquo;occasion capable d&rsquo;envolées impressionnantes qui laissent présager des emplois plus lourds à des échéances plus ou moins lointaines (Eboli, Léonor de&nbsp;<em>La Favorite</em>&#8230; à conditions de ne pas bruler les étapes). Le timbre est sombre et chaud, assez personnel. La prononciation est plus que correcte, mais l&rsquo;articulation est en revanche perfectible : si on sait par cœur les paroles, on les reconnait sans problème, sinon, c&rsquo;est un peu plus difficile. Le chant peut parfois sembler un brin monotone : il manque encore à cette Carmen très « internationale » le travail avec un coach vocal francophone à même de lui inculquer une interprétation plus idiomatique, plus personnelle aussi, comme le faisait Janine Reiss autrefois. L&rsquo;actrice brule les planches et son interprétation est un bon compromis entre les Carmen « aux joyaux sous les haillons » et celles qui jouent la carte de la vulgarité assumée. A ce stade de sa carrière, Aigul Akhmetshina est déjà clairement l&rsquo;une des meilleures Carmen actuelles. A ses côtés, <strong>Piotr Beczala </strong>campe un Don José au timbre lumineux et à la projection insolente. Probablement suite à la fréquentation de Wagner, la voix a un peu perdu en souplesse, mais elle a aussi gagné en volume : la fin de l&rsquo;acte III est particulièrement impressionnante, les décibels venant en appui dramatique à interprétation déchaînée. À 57 ans, une telle insolence vocale est remarquable. Ces moyens n&#8217;empêchent pas un chant raffiné quand il le faut, le ténor polonais déployant de magnifiques aigus <em>piani</em> à l&rsquo;occasion, comme par exemple à la fin de « l&rsquo;air de la Fleur ». Enfin, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-new-york-streaming/">Beczala et Akhmetshina ayant déjà chanté l&rsquo;ouvrage à la scène</a>, l&rsquo;alchimie est parfaite entre les deux artistes. La Micaela d&rsquo;<strong>Olga Kulchynska</strong>&nbsp;est également une belle surprise. Cette fois, prononciation et articulation du français sont réunies,&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-rouen/">qualités que l&rsquo;on avait déjà pu apprécier dans ce répertoire</a>. La voix est un peu sombre, raisonnablement puissante. Si le legato est parfois en défaut ou l&rsquo;aigu un peu écourté, gageons que la fréquentation du rôle lui permettra de perfectionner une interprétation déjà de haut niveau. Le soprano ukrainien n&rsquo;est pas nécessairement gâté par la mise en scène qui fait de Micaela une jeune femme peu séduisante, mal dans sa peau, un peu nunuche et mal fagotée, sauf à l&rsquo;acte III où elle retrouve des ressorts d&rsquo;énergie. Néanmoins, la chanteuse sait défendre cette vision sans faille et témoigne d&rsquo;excellents talents dramatiques.&nbsp;<strong>Kostas Smoriginas</strong>, également ancien membre du <em>Jette Parker Young Artists Programme</em>, reste un peu en retrait par rapport à ce splendide trio. La voix du baryton lituanien est un peu sourde, sauf dans un aigu libéré, globalement sans beaucoup de séduction. Les graves sont plus délicats et certains sont d&rsquo;ailleurs habilement contournés dans son air. Le chant est peu châtié et, à l&rsquo;image du personnage exigée par la mise en scène, l&rsquo;interprétation manque de la classe attendue d&rsquo;un torero (et que l&rsquo;on retrouve chez les figurants !). La Frasquita de&nbsp;<strong>Sarah Dufresne</strong>&nbsp;et la Mercédès de&nbsp;<strong>Gabrielė Kupšytė</strong>&nbsp;sont de belles promesses. Les excellents&nbsp;<strong>Vincent Ordonneau </strong>(le Remendado) et&nbsp;<strong>Pierre Doyen</strong>&nbsp;(le Dancaïre) démontrent l&rsquo;importance d&rsquo;une parfaite maîtrise de la langue française dans cet ouvrage. Le quatuor est aussi à l&rsquo;aise scéniquement que musicalement.&nbsp;<strong>Blaise Malaba</strong>&nbsp;est un Zuniga à la belle prestance. Enfin, il faudra suivre la carrière du jeune baryton&nbsp;<strong>Grisha Martirosyan</strong>&nbsp;(autre ancien du <em>Jette Parker Young Artists Programme</em>) d&rsquo;ailleurs lauréat en 2022 des premier prix, prix du public et prix Joan Sutherland de la <em>Veronica Dunne International Singing Competition</em> et, en 2019, premier prix de la <em>Gohar Gasparian Armenian National Singing Competition</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Carmen-AIGUL-AKHMETSHINA-Zuniga-BLAISE-MALABA-ROH-Carmen-©2024-Camilla-Greenwell_3252-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-160072"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>©2024 Camilla Greenwell</sup></figcaption></figure>


<p>Succédant à la proposition de Barrie Kosky qui n&rsquo;avait pas vraiment trouvé son public (elle avait été créée en 2018 et représentée 30 fois), cette nouvelle production n&rsquo;aura vraisemblablement pas de problème à s&rsquo;inscrire dans la durée au vu de l&rsquo;accueil unanimement enthousiaste au rideau final. Esthétiquement, cette <em>Carmen</em> rappelle beaucoup celle de Calixto Bieito, vue et revue de Bastille à Barcelone, en passant par Londres (English National Opera), Boston, et même Oslo. Au delà de cet univers visuel (qu&rsquo;on retrouve dans plusieurs productions de ces dernières années et jusqu&rsquo;à <em>L&rsquo;Elisir d&rsquo;amore</em> vu par Laurent Pelly), l&rsquo;approche de <strong>Damiano Michieletto</strong> est très différente et, paradoxalement, plus proche de l&rsquo;esprit de l&rsquo;opéra-comique français. La mise en scène de Bieito, violente et très sexualisée, nous projetait quelque part entre <em>Pagliacci</em> et <em>Wozzeck</em>. Avec Michieletto, on retrouve cette légèreté à fleur de drame, cette façon de danser sur un volcan, qui fut la caractéristique de l&rsquo;esprit français au XIXe siècle, et qui disparut définitivement en 1914. A l&rsquo;instar des <em>Huguenots</em>, de <em>Robert le Diable</em>, de <em>Roméo</em> <em>et Juliette</em>, de la <em>Manon Lescaut</em> d&rsquo;Auber ou de son <em>Gustave III</em> (dont le livret est repris tel quel pour <em>Un Ballo in maschera)</em>, ou encore de <em>Lakmé</em>, <em>Carmen</em> affecte  la légèreté le plus longtemps possible avant de basculer carrément dans le drame : c&rsquo;est donc un contresens stylistique d&rsquo;en faire un ouvrage uniformément sombre. La mise en scène de Michieletto au contraire sait alterner les différents aspects de l&rsquo;ouvrage, et renoue avec cet esprit tout en le mettant au goût du jour. Par ailleurs, la production fourmille de détails, pour la plupart heureux et qu&rsquo;il est impossible de mentionner intégralement, dans une approche quasi cinématographique. Par exemple, Don José et Micaela ne chantent pas vraiment en duo lors de leur scène du premier acte : le soldat s&rsquo;isole dans le poste de garde pour exprimer, dans une solitude physique et mentale « Ma mère, je la vois ». On voit également qu&rsquo;il n&rsquo;éprouve aucun amour pour la jeune femme. A la fin de l&rsquo;acte, Carmen s&rsquo;évade en menaçant les soldats d&rsquo;une arme à feu : c&rsquo;est ce que fera en miroir Micaela quand elle sera découverte par les contrebandiers au IIIe acte. A l&rsquo;acte II, Carmen « s&rsquo;offre » la fameuse bague qu&rsquo;elle rendra à Don José au dernier acte, en l&rsquo;arrachant des doigts de celui-ci, qui s&rsquo;amuse de cette appropriation désinvolte. Capturé par les contrebandiers à la fin de l&rsquo;acte II, Zuniga est échangé contre une rançon à l&rsquo;acte III. Micaela chante « Vous me protégerez Seigneur » en étreignant discrètement la croix qu&rsquo;elle porte en pendentif. Etc. Michieletto introduit également un personnage muet, celui de la Mère / Mort qui tire les cartes du tarot. Même si elles ravissent visiblement le public, on sera plus réservé sur les interventions des enfants entre les actes, ceux-ci portant des lettres géantes devant le rideau pour figurer « Un mois plus tard » avant l&rsquo;acte II puis, « Le lendemain soir » avant l&rsquo;acte III : en effet, si  les amours de Carmen « ne durent pas 6 mois », il lui faut quand même quelque temps pour se lasser de José et pour s&rsquo;amouracher d&rsquo;Escamillo. Enfin, un dernier panneau (genre « astat detdfg ev jhbk » car les lettres sont d&rsquo;abord dans le désordre) vaut au poétique <em>Entracte</em> d&rsquo;être pollué par des rires. Certains choix de tordre le texte sont inutiles et un brin irritants (pour les quelques spectateurs qui s&rsquo;en aperçoivent) puisqu&rsquo;ils n&rsquo;apportent aucun éclairage supplémentaire. Par exemple, à l&rsquo;acte III, Carmen agit comme si elle ne souhaitait pas le départ de José (alors qu&rsquo;elle avait rendez-vous avec Escamillo et qu&rsquo;elle a lancé a son ancien amant « Vas-t-en notre métier ne te vaut rien ») et le soldat lance « Soit contente, je pars » à Micaela et non à Carmen. N&rsquo;y a-t-il pas aussi une sorte de potacherie à faire dire, au dernier acte, « Voulez-vous des lorgnettes ? » non plus au marchand de lorgnettes mais à un de ses clients s&rsquo;adressant à la demoiselle qui l&rsquo;accompagne ? Bizarre aussi (pour un francophone du moins) de voir des quadrilles limitées à un unique torero. Au positif, chaque artiste du chœur semble avoir été coaché individuellement, avec des attitudes diverses et non stéréotypés, ce qui contribue à donner l&rsquo;impression d&rsquo;une authentique foule de badauds. Curieuse idée en revanche de faire Carmen étranglée par Don José, quand le coup de poignard (explicitement prévu dans les didascalies) est un écho terrifiant de la mort du taureau&#8230; Ces minimes réserves un peu longuement exposées ne doivent toutefois pas faire perdre de vue que cette production est une vraie réussite, fourmillant de détails justes et impossibles à apprécier en une seule soirée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Frasquita-SARAH-DUFRESNE-Mercedes-GABRIELE-KUPSYTE-ROH-Carmen-©2024-Camilla-Greenwell-_4417-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160076"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>©2024 Camilla Greenwell</sup></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;édition retenue pour cette série reprend à peu près la totalité de la musique de Bizet, y compris des passages rarement donnés (par exemple, une intervention des chœurs d&rsquo;une quinzaine de secondes au moment où l&rsquo;on annonce l&rsquo;Alcade à l&rsquo;acte IV). Seule entorse remarquable, le duo du duel entre José et Escamillo est réduit à un couplet (dans le livret, Escamillo épargne d&rsquo;abord José, mais la seconde fois celui-ci manque de le tuer : d&rsquo;où sa réplique «nous sommes manche à manche et nous joueront la belle (avec le double sens que l&rsquo;on imagine) le jour où tu voudras »). Le texte est raccourci et modernisé, mais sans outrance : pourquoi ne pas utiliser plutôt les excellents récitatifs de Guiraud ? On doit également regretter la coupure du marivaudage entre Escamillo et Carmen, échange qui introduit la venue du torero à l&rsquo;acte III.</p>
<p>Les chœurs sont absolument excellents. Leur français est quasi parfait et avec des inflexions qu&rsquo;on n&rsquo;entend pas nécessairement dans des formations francophones : ainsi pour la phrase « Sur la place, chacun passe, chacun vient, chacun va », &nbsp;les « chacun va »&nbsp;sont chantés un peu bas et ralentis, exprimant ainsi la langueur de la troupe des soldats sous le soleil sévillan. Le chœur d&rsquo;enfants est lui aussi irréprochable et incroyablement à l&rsquo;aise sur scène.</p>
<p>La direction d&rsquo;<strong>Antonello Manacorda</strong> est l&rsquo;un des grands atouts de cette soirée. Par le biais d&rsquo;une battue souvent posée, le chef italien met en avant la profonde sensualité de l&rsquo;ouvrage, que des directions uniformément rapides ont tendance à laisser de côté. Manacorda sait également faire ressortir les contrechants, révélant les richesses de la partition, sans ostentation toutefois. Le travail sur le rythme est fouillé (et fera froncer le sourcil aux ayatollahs du « Com&rsquo;è scritto »&nbsp;ou aux ennemis du rubato). Par exemple, la <em>Chanson bohème</em> est démarrée avec un tempo assez lent, presque lascif, qui s&rsquo;accélère progressivement au point de devenir frénétique. Les passages les plus dramatiques sont également parfaitement rendus, avec un orchestre nerveux (et d&rsquo;autant plus par contraste), sans que les chanteurs ne soient aucunement couverts. Au global, une très belle réalisation qui permet de découvrir cette riche partition sous un jour nouveau.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/">BIZET, Carmen – Londres</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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