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	<title>Paolo ANTOGNETTI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<link>https://www.forumopera.com/artiste/antognetti-paolo/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 13 Jul 2026 06:54:30 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Paolo ANTOGNETTI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>DONIZETTI, Lucia di Lammermoor – Milan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-milan-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jul 2026 06:14:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour clôturer sa saison 2025-26, la Scala de Milan a choisi de reprogrammer sa Lucia di Lammermoor créée en 2023 (et chroniquée par Charles Sigel) avec Yannis Kokkos à la mise en scène et Riccardo Chailly à la direction d’orchestre à l’époque. Pour cette reprise, c’est à Speranza Scappucci qu’est confiée la baguette, et la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour clôturer sa saison 2025-26, la Scala de Milan a choisi de reprogrammer sa <em>Lucia di Lammermoor</em> créée en 2023 (et chroniquée par <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-milan/">Charles Sigel</a>) avec <strong>Yannis Kokkos</strong> à la mise en scène et Riccardo Chailly à la direction d’orchestre à l’époque. Pour cette reprise, c’est à <strong>Speranza Scappucci</strong> qu’est confiée la baguette, et la jeune femme rencontre un beau succès sous forme de longue ovation de la part d’un public milanais qui, visiblement, l’aime beaucoup. La distribution est totalement différente, à l’exception des rôles d’Enrico et Raimondo. Exit, donc, Lisette Oropesa et Juan Diego Flórez, les stars de la première version. Mais nous avons eu droit à une prestation globalement de très haute qualité, pour un spectacle du genre de ceux qui nous rassurent sur le bien-fondé de notre passion lyrique et justifient amplement la petite folie de s’offrir un voyage à destination de la Scala.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/022_GN1A0059-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217038"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p>La mise en scène de Yannis Kokkos est d’une élégance classique très évocatrice, non pas d’une Écosse du début du xvi<sup>e</sup> siècle ou fantasmée en plein Romantisme, mais d’une époque moderne contemporaine de l’entre-deux-guerres. L’esthétique tend vers le théâtre et surtout le cinéma expressionniste allemand et il en résulte de nombreuses correspondances visuelles familières. Il faut saluer le jeu subtil et efficace des éclairages de <strong>Vinicio Cheli </strong>(notamment pour une scène d’orage très réussie qui se propage dans tout le théâtre et ses loges striées d’éclairs, avec le judicieux travail du prestigieux vidéaste <strong>Éric Duranteau</strong>). Les arbres aux branches nues du premier acte ne sont pas sans rappeler les <em>Nibelungen</em> de Fritz Lang, pour une forêt où les cerf et chiens de chasse sont à l’arrêt, puisque présents sous forme de sculptures. Personnages réels et être inanimés se côtoient, pour des sculptures qui passent du blanc lilial au vert-de-gris, d’une vie chaste et pure à une déchéance mortelle stylisée, notamment dans la scène finale où un pleurant fait écho à la mort voilée reconnaissable à sa faux. Pas de fontaine, mais une statue féminine, entre art funéraire et fantaisie symboliste inspirée du Bernin, pour une créature fantasmatique dont on ne sait pas trop si elle s’abandonne au plaisir charnel ou si elle vient de succomber ; sa chevelure s’écoule comme de l’eau au milieu de la roche. Tout le travail de Yannis Kokkos est résumé dans cette apparition, que Lucia étreint, où elle se recroqueville puis s’en détache, exaltée. Les personnages masculins, quant à eux, n’hésitent pas à écraser le visage marmoréen de leur main. Ce n’est pas tant la folie de Lucia qui est en question ici, mais bien la haine de son frère et même celle de son amant, comme le précise le metteur en scène grec dans sa note d’intention. Pour lui, il s’agit d’une sorte de « fatalité d’un désastre qui se met en place dès la première scène » et la folie est la conséquence de l’incapacité à supporter la pression morale, sociale et économique subies par la jeune femme (dans sa robe ensanglantée, elle est devant une projection de gravure représentant un hallali et une mise en curée, les chiens se jetant sur le cerf). Les parallèles avec les Années folles n’en font que davantage sens, dans cette course vers l’imparable désastre à venir.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/040_096A4365-Rosa-Feola-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217041"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p>À la fois fragile et magistrale, <strong>Rosa Feola</strong> est fabuleuse en Lucia. Admirable comédienne, la soprano italienne incarne merveilleusement les soubresauts d’une personnalité tout en extrêmes. Ses altérations émotionnelles sont perceptibles avant même qu’elle n’ouvre la bouche. Quant elle s’exprime, c’est avec une noblesse de ligne de chant, un raffinement exquis dans les vocalises et variations, une apparente facilité et un charisme qui emportent tout. On aime, doute et souffre à l’unisson, en symbiose cathartique intense. Dans le rôle de son frère Enrico, <strong>Boris Pinkhasovich</strong> est impérial. Prêt à tout pour sauver sa peau, débordant de rage et de haine, le baryton austro-russe, tout d’un bloc, exprime les subtilités de son caractère par un timbre riche et ambré et une aisance dans tous les registres. En amoureux trahi et éperdu, <strong>Piero Pretti</strong> est exemplaire dans le rôle d’Edgardo. Le ténor sarde dispose d’une voix solaire et lumineuse, idéale pour les élans tant amoureux que tragiques. La facilité dans l’aigu est impressionnante et la beauté des ensembles, tant avec la soprano que le baryton, sont des sommets de raffinements.</p>
<p>C’est aussi avec un très grand plaisir qu’on retrouve le grand <strong>Michele Pertusi</strong> en Raimondo. La basse magnifie un rôle plutôt secondaire en le hissant au premier rang et déploie un éventail d’émotions qui donne beaucoup de profondeur à son personnage. Si <strong>Leonardo Cortellazzi</strong>, dans le rôle bien trop court d’Arturo, parvient sans peine à tirer son épingle du jeu et à marquer les esprits, tout comme le ténor <strong>Paolo Antognetti</strong> en Normanno, on restera davantage sur sa faim quant à la prestation de <strong>Hyeonsol Park </strong>en Alisa. La jeune chanteuse de l’Accademia Teatro della Scala est dotée d’une belle voix de mezzo et douée d’un beau sens de l’incarnation, mais elle peine encore à passer la rampe.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/220_096A4996-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217058"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p>Les <strong>chœurs de la Scala</strong> se font le miroir de leur garde-robe chic et distinguée, tout en moires et en chatoiements sonores. Et l’<strong>Orchestre del Teatro alla Scala</strong>, manifestement sensible à la battue énergique et ample de Speranza Scappucci, développe des trésors de beautés sonores, tout en contrastes et en frémissements. N’oublions pas le glass harmonica qui accompagne l’air de la folie de sa beauté étrange et cristalline. De quoi faire vibrer les plus insensibles…</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Lucia di Lammermoor - Ardon gl&amp;apos;incensi (Teatro alla Scala)" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/aXK4QZzOdp8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<item>
		<title>LEONCAVALLO, I Pagliacci &#8211; Bologne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/leoncavallo-i-pagliacci-bologne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Inauguré en 1763, le Teatro Comunale de Bologna est, parmi les salles lyriques majeures de la péninsule, l&#8217;un des théâtres les plus anciens encore peu près dans son jus (certaines loges disposent même de leurs décorations d&#8217;origine). Afin de moderniser la salle, celle-ci a été fermée pour travaux fin 2022 et devrait rouvrir à l&#8217;automne &#8230;</p>
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<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mariangela-Sicilia-Nedda-Colombina_TCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6376_©Andrea-Ranzi-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179856"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>Inauguré en 1763, le Teatro Comunale de Bologna est, parmi les salles lyriques majeures de la péninsule, l&rsquo;un des théâtres les plus anciens encore peu près dans son jus (certaines loges disposent même de leurs décorations d&rsquo;origine). Afin de moderniser la salle, celle-ci a été fermée pour travaux fin 2022 et devrait rouvrir à l&rsquo;automne 2026. En attendant, des solutions transitoires ont été mises en place pour assurer la continuité de l&rsquo;activité lyrique, et la saison a désormais lieu dans une salle aménagée dans la zone d&rsquo;activités au nord de la ville, le <em>Comunale Nouveau,</em> d&rsquo;un peu moins de mille places, et constituée d&rsquo;un unique parterre légèrement incliné, aux sièges vert pomme. La fosse n&rsquo;étant pas enterrée, il faut des voix disposant d&rsquo;une projection conséquente pour passer le barrage de l&rsquo;orchestre. C&rsquo;est heureusement le cas pour la distribution réunie ce soir.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mariangela-Sicilia-Nedda-Colombina-e-Gregory-Kunde-Canio-Pagliaccio_TCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6334_©Andrea-Ranzi-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179851"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>Dans le rôle de Canio, <strong>Gregory Kunde</strong> n&rsquo;en finit pas de nous étonner. L&rsquo;aigu reste d&rsquo;une vaillance à toute épreuve, sans trace d&rsquo;usure, avec des aigus dardés percutants. La voix est étonnamment dépourvue de tout vibrato intempestif. Surtout, le timbre sait se colorer pour accompagner les tourments du personnage. La composition est ainsi remarquable, avec un sens donné à chaque mot et un jeu de scène convaincant. La crédibilité de la caractérisation est renforcée par la maturité de l&rsquo;interprète, le ténor américain faisant ressortir de manière particulièrement sensible l&rsquo;échec de la rencontre entre Canio et Nedda, amour tardif trop beau pour être vrai pour l&rsquo;un, opportunité de sortir de la fange pour l&rsquo;autre. Une performance triomphalement accueillie aux saluts. L&rsquo;affrontement final est d&rsquo;autant plus réussi que <strong>Mariangela Sicilia</strong> est une Nedda particulièrement investie, qui joue avec ses tripes, et la scène donne le frisson. Mais le chant sait aussi se faire plus délicat, avec un « Stridono lassú » d&rsquo;entrée vibrant de nostalgie. Là encore, la salle salue avec enthousiasme cette composition.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gregory-Kunde-Canio-Pagliaccio-e-Mariangela-Sicilia-Nedda-Colombina-e-Mario-Cassi-Silvio_TCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6366_©Andrea-Ranzi-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179869"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>Remplaçant en dernière minute Roman Burdenko (1), Tonio claironnant et dramatiquement idéal deux jours plus tôt, <strong>Badral Chuluunbaatar</strong> est une découverte intéressante. Le jeune baryton mongol est un récent deuxième prix à l&rsquo;édition 2022 du <a href="https://www.forumopera.com/breve/sara-cortolezzis-1er-prix-du-concours-international-des-voix-verdiennes/">Concours international des voix verdiennes</a> (si l&rsquo;on songe à <a href="https://www.forumopera.com/breve/le-prix-ettore-bastianini-2024-attribue-a-amartuvshin-enkhbat/">Amartuvshin Enkhbat</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-paris-philarmonie/">Ariunbaatar Ganbaatar</a>, on peut dire que la Mongolie a le vent en poupe en ce qui concerne les barytons). La voix est toutefois encore verte, la projection un peu inférieure à celle de ses partenaires. L&rsquo;aigu est un peu vibrillonnant. S&rsquo;il conclut son « Si può? » par un beau sol aigu, le baryton évite le la bémol précédent, l&rsquo;une et l&rsquo;autre notes ne figurant d&rsquo;ailleurs pas dans la partition originale (le compositeur ne voulait pas obliger les chanteurs moins bien dotés à forcer leurs voix mais avait admis ces transpositions). L&rsquo;incarnation est fine, dépourvue d&rsquo;histrionisme. <strong>Paolo Antognetti</strong> est un Beppe un brin atypique. Dans ce rôle souvent défendu par des voix un peu droites et parfois étroite de projection, le ténor offre une émission lyrique avec une voix puissante et corsée. <span style="font-size: revert;"><strong>Mario Cassi</strong> est un Silvio au timbre agréable, offrant une grande variété de nuances dans l&rsquo;expression de son personnage. <strong>Sandro Pucci</strong> et <strong>Francesco Amodio </strong>chantent impeccablement les quelques phrases des deux paysans. Au global, ce qui frappe le plus dans cette version du chef d&rsquo;oeuvre de Leoncavallo, c&rsquo;est la qualité sans compromis du chant dans un répertoire trop souvent mal desservi vocalement.</span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mariangela-Sicilia-Nedda-Colombina-e-Mario-Cassi-Silvio_TCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6187_©Andrea-Ranzi-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179852" width="911" height="607"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>En vieux routier des scènes italiennes, <strong>Daniel Oren</strong> offre une direction efficace et passionnée, attentive aux chanteurs sans pour autant perdre de vue l&rsquo;arc dramatique. Le chef italien rouvre les coupures traditionnelles, mettant en évidence certains passages où l&rsquo;écriture du compositeur se révèle plus originale. La réplique finale, « La commedia è finita!! », initialement écrite pour Tonio, est en revanche chantée ici par Canio comme le veut la tradition (Caruso s&rsquo;était attribué cette conclusion en 1895). L&rsquo;Orchestre du Teatro Comunale est vif, mordant et précis, avec une belle sonorité. Les chœurs, y compris les voix blanches, sont absolument parfaits vocalement, et impressionnants de puissance. De plus, chacun semble avoir été individuellement coaché pour donner à la foule des villageois une parfaite impression de naturel.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gregory-Kunde-Canio-PagliaccioTCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6231_©Andrea-Ranzi-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-179849"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>La mise en scène de <strong>Serena Sinigaglia</strong> est simple et astucieuse. Pendant le Prologue, des techniciens achèvent de monter le décors, embarrassés par la présence du public et distraits par les interventions de Tonio « en civil » chipant vêtements ou objets de scène. Canio chante son « Vesti la giubba » entouré de paysans maniant la faux. Les dimensions des dégagements étant limitées, les décors de <strong>Maria Spazzi</strong> sont sobres mais élégants et la troupe des clowns est augmentée intelligemment de quelques jongleurs et acrobates. Les costumes de <strong>Carla Teti</strong> se parent de tons pastels nostalgiques. Les éclairages de&nbsp;<strong>Claudio De Pace</strong> sont très réussis, rendant bien compte du temps qui passe et de la nuit qui tombe.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Badral-Chuluunbaatar-Tonio-Taddeo_TCBO_2024-12-14_Pagliacci_Generale_2Cast_D4_5020_©Andrea-Ranzi-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179860"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;ouvrage est donné sans le traditionnel <em>Cavalleria rusticana</em> en première partie, avec un tarif adapté toutefois. Un entracte est inséré entre les deux actes (le premier se conclut par le « Vesti la giubba » et le second commence par l&rsquo;Intermezzo qui reprend le même thème musical, associé à celui du « Si può? » du Prologue). Ce choix permet de densifier la soirée mais interrompt aussi la progression dramatique de l&rsquo;ouvrage.</p>
<ol>
<li>
<pre>Entendue le 18, la seconde distribution est dominée par <strong>Roman Burdenko</strong>, qui chante un Tonio fracassant entre deux représentations de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-rigoletto-paris-opera-bastille/"><em>Rigoletto</em> à Bastille</a>, baryton d'une incroyable aisance vocale sur toute la tessiture (la bémol compris) et acteur excellent (il faut le voir en amoureux timide et attachant quand il tente de séduire Nedda). <strong>Mikheil Sheshaberidze&nbsp;</strong>est une authentique voix de lyrico-spinto (typologie devenue rare en raison d'un certain désamour du public), encore un peu limitée en termes de projection. <strong>Francesca Sassu </strong>offre un timbre agréable et une interprétation sensible mais souffre de la puissance de l'orchestre. Scéniquement impeccable, <strong>Marcello Rosiello</strong> sait tirer le meilleur du rôle un peu ingrat de Silvio.</pre>
</li>
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		<item>
		<title>Ludovic Tézier, Verdi</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/ludovic-tezier-verdi-dieu-que-cest-beau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Feb 2021 05:40:50 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Verdi et le baryton : une histoire d’amour initiée avec Nabucco, alors que le compositeur cherchait à tracer son chemin sur les sentiers épineux de la gloire, poursuivie ensuite pendant un demi-siècle, jusqu’à Falstaff, et qui perdure aujourd’hui à travers ses meilleurs interprètes. Verdi, nouveau Pygmalion dont la Galatée serait cette tessiture naturelle, entre basse &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Verdi et le baryton : une histoire d’amour initiée avec <em>Nabucco</em>, alors que le compositeur cherchait à tracer son chemin sur les sentiers épineux de la gloire, poursuivie ensuite pendant un demi-siècle, jusqu’à <em>Falstaff</em>, et qui perdure aujourd’hui à travers ses meilleurs interprètes. Verdi, nouveau Pygmalion dont la Galatée serait cette tessiture naturelle, entre basse et ténor, gorgée de vitamines afin de passer dans l’histoire de l’art lyrique du second au premier plan : époux jaloux, père abusif ou roi déchu&#8230; Combien la France a-t-elle compté de grands barytons verdiens ? Deux, trois, cinq ? Pas beaucoup plus. Peu importe, elle en tient un aujourd’hui, un vrai qui crache du son et des notes comme jaillit la lave du volcan, brûlante, résineuse, érubescente : <strong>Ludovic Tézier</strong> dont un premier récital chez Sony, illumine l’actualité discographique.</p>
<p>Avouons-le : on aurait aimé, pour cette première collaboration, un répertoire plus vaste que notre baryton national aurait parcouru de ce même pas héroïque. Les contrées verdiennes certes mais aussi sa terre d’origine. Le souvenir d’Athanael dans <em><a href="https://www.forumopera.com/thais-monte-carlo-elle-encore-elle">Thaïs à Monte-Carlo</a></em> il y a quelques jours en attise l’envie.</p>
<p>Puis, si l’on veut émettre des réserves, il peut apparaître paradoxal de présenter les opéras de Verdi saucissonnés en airs, quand on sait combien le compositeur s’est escrimé à en élargir le cadre, à les envisager en fresquiste à la façon de larges tableaux et non plus comme une succession conventionnelle de numéros fermés. La jubilation de Vargas, la scène de Posa perdent de leur vigueur théâtrale lorsqu’elles sont comme ici amputée de leurs répliques (choix d’autant plus surprenant que, plus loin, Carlo dans <em>Ernani</em> a droit aux réparties de Riccardo – chantées par <strong>Paolo Antognetti</strong> –, moins essentielles pourtant). Cela peut expliquer une approche plus démonstrative qu’expressive, l’impression de traverser, admiratif, moins une galerie de portraits que la salle principale d’une glyptothèque habitée de statues de bronze, majestueusement posées sur leur socle de marbre, géantes, indéboulonnables.</p>
<p>Dieu, qu’elles ont belle allure, ainsi érigées, imposantes, colossales, coulées dans un métal inoxydable sur toute la tessiture, d’un extrême à l’autre de la portée, sans que jamais on ne perçoive le coup de burin. Quel timbre, quelle fierté, quel orgueil et combien de trésors s’offrent ainsi à nos oreilles comblées : Renato que l’on n’a rarement entendu si noble ; Ford, – le premier rôle verdien de Ludovic Tézier, en 1998 à Tel Aviv –, atrabilaire, hargneux, dont la rage s’exerce d’autant plus terrible que l’enregistrement s’interrompt avant l’entrée sautillante de Falstaff chargée de ramener le drame dans le droit chemin de la comédie ; Luna tel qu’applaudi à plusieurs reprises sur scène, le poing fermé, la mâchoire serrée ; Iago moins démoniaque qu’herculéen ; Nabucco royal ; Rigoletto écumant de rage ; Macbeth indomptable jusqu’à ce que la voix se serre et que, dans le cantabile, le remords s’épanche en un inépuisable legato… Tous, superbes, tous représentatifs du baryton-verdi, typologie vocale qualifiée par Ludovic Tézier de caméléon, spécimen élevé au rang de demi-dieu par la puissance magnétique de sa voix.</p>
<p> </p>
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		<item>
		<title>Nabucco</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/nabucco-quand-nabucco-fait-senso/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Aug 2018 07:45:55 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un théâtre, au XIXe siècle, alors que les officiers de l’armée autrichienne massés au parterre assistent à une représentation d’opéra, des tracts se mettent tout à coup à pleuvoir dans la salle, lancés par des partisans de l’indépendance italienne. Les premières images de Senso de Visconti ? Oui, mais aussi les dernières du Nabucco mis &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un théâtre, au XIX<sup>e</sup> siècle, alors que les officiers de l’armée autrichienne massés au parterre assistent à une représentation d’opéra, des tracts se mettent tout à coup à pleuvoir dans la salle, lancés par des partisans de l’indépendance italienne. Les premières images de <em>Senso</em> de Visconti ? Oui, mais aussi les dernières du <em>Nabucco</em> mis en scène à Vérone par notre compatriote <strong>Arnaud Bernard</strong>, production créée l’an dernier et reprise cette année. Bien sûr, Olivier Py avait proposé à Paris une <em>Aida</em> où les Egyptiens et les Ethiopiens étaient remplacés par les Autrichiens et les Italiens ; bien sûr, Stefan Herheim avait montré à Londres des <em>Vêpres siciliennes </em>se déroulant dans un théâtre d’opéra. Pour sa part, Arnaud Bernard n’y va pas par quatre chemins, et c’est carrément la Scala de Milan qu’il installe sur une tournette : l’édifice de Piermarini vu tantôt de l’extérieur, tantôt de l’intérieur, plus un grand bureau, décor assez monumental pour ne pas être écrasé par les Arènes. Les premiers actes de l’opéra opposent donc à la population locale un tyran qui a les traits de François-Joseph, affrontement militaire et violent (là, pour le coup, on serait plutôt dans <em>Le Guépard</em>​), puisque les Hébreux/Italiens sont ici tout sauf des esclaves. La terrible Abigaille ressemblerait presque à Sissi si elle n’était revêtue d’un habit évoquant plutôt la Grande-Duchesse de Gérolstein dans une production à l’ancienne. Le temple que défendent les opprimés, c’est leur Opéra, qui accueille – à partir du « Va, pensiero » – une représentation de… <em>Nabucco</em>, au cours de laquelle la méchante Abigaille, touchée par la grâce, deviendra miraculeusement gentille, touchée par la force du mouvement populaire qui entend la chasser d’Italie, elle et le siens. La transposition n’a en soi rien de bien neuf, mais tout cela est spectaculaire à souhait, avec force déploiement de foules, chevaux, canons, charrettes…</p>
<p>Le spectacle est aussi dans la fosse. Grand défenseur du répertoire italien, le chef israélien <strong>Daniel Oren </strong>dirige ici kipa sur la tête, et la caméra s’attarde à juste titre sur lui lorsqu’il dirige le bis du « Va, pensiero » : d’abord replié sur lui-même, comme prosterné, on pourrait le croire en prière devant le Mur des Lamentations, mais son corps se détend peu à peu, et il est fascinant de le voir mimer tout ce qui se chante sur la scène, en communion constante avec le chœur, et sans jamais perdre de vue les différents pupitres de son orchestre.</p>
<p>Sur ce plateau, inutile d’espérer trop de raffinement : on est en plein air et l’on chante pour plusieurs milliers de spectateurs qui voient l’action de loin. On fait de grands gestes et on roule des yeux, mais c’est un peu la loi du genre. Applaudie récemment <a href="https://www.forumopera.com/macbeth-lyon-la-mode-et-la-tendance">en Lady Macbeth à Lyon</a>, <strong>Susanna Branchini</strong> fait somme toute plutôt bonne impression : l’entrée en scène révèle un vibrato assez monstrueux, mais la voix se ressaisit ensuite. C’est miracle que cette artiste téméraire, qui cumule les rôles les plus lourds, ne paye pas davantage le prix de cette fréquentation, et puisse encore émettre des aigus piano et à peu près respecter la partition, malgré quelques sons glapis de manière pas toujours très orthodoxe. <strong>George Gagnidze </strong>n’est pas un Nabucco inoubliable, mais la voix est solide, et la sobriété de son incarnation évite au moins tout basculement dans le mauvais goût. Sa compatriote <strong>Nino Surguladze </strong>prête à Fenena un relief inaccoutumé, grâce à l’opulence de son timbre, certes, mais aussi grâce à la mise en scène qui rend le personnage beaucoup moins passif que ce n’est souvent le cas. Dans le rôle limité d’Ismaele, <strong>Rubens Pelizzari</strong> remplit bien son contrat. <strong>Rafa<font color="#000000">ł</font> </strong><strong>Siwek</strong> est un Zaccaria doté de l’autorité nécessaire et des graves qui ne le sont pas moins, pour un personnage qui guide l’intrigue depuis la première jusqu’à la dernière scène de ce Verdi de jeunesse.</p>
<p>Dans la vidéographie pléthorique de <em>Nabucco</em>​, ce nouveau DVD saura-t-il se faire une place ? Le spectacle mérite d&rsquo;être vu, mais le roi des Assyriens a connu tellement de titulaires plus prestigieux, des barytons et même des ex-ténors&#8230;</p>
<p><iframe allow="autoplay; encrypted-media" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/Fvvc1BsA_Tw" width="560">&amp;amp;amp;amp;lt;&amp;amp;amp;amp;lt;/p&amp;amp;amp;amp;gt;</iframe></p>
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		<title>VERDI, Jérusalem — Parme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/jerusalem-parme-une-reussite-technique-et-esthetique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Oct 2017 04:00:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’an prochain, à Jérusalem ! C’était à peu près le message que délivrait le pape Urbain II à la chrétienté en lançant son appel à la première croisade le 18 novembre 1095. C’est en le reproduisant pendant l’ouverture en surimpression sur le rideau de scène, à grand renfort d’images relatives à la période médiévale, objets &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’an prochain, à Jérusalem ! C’était à peu près le message que délivrait le pape Urbain II à la chrétienté en lançant son appel à la première croisade le 18 novembre 1095. C’est en le reproduisant pendant l’ouverture en surimpression sur le rideau de scène, à grand renfort d’images relatives à la période médiévale, objets du culte en ivoire, vitraux historiés, chapiteaux romans, planètes courant leur orbe ou zodiaque dans le ciel, que le metteur en scène <strong>Hugo de Ana</strong>, qui signe aussi costumes et décors, introduit l’opéra <em>Jerusalem </em>que le Teatro Regio de Parme présente à l’occasion du Festival Verdi 2017.</p>
<p>Sélectionnées avec soin et enchaînées dans une succession tourbillonnante qui emplit l’espace, ces projections colorées, réalisées par la société de <strong>Sergio Metalli,</strong> constitueront tout au long du spectacle, quand le metteur en scène y recourra, un efficace substitut aux moyens exceptionnels que réclame le genre « grand opéra ». Hugo de Ana a choisi de donner à voir, de combler le regard et de séduire par des tableaux évocateurs où le choix des couleurs, la définition de l’aspect, lisse ou hérissé de reliefs, la disposition des éléments du décor dans l’espace, qu’il s’agisse de surfaces pour les bâtiments, d’objets ou de personnes, renvoie à un riche substrat de références picturales dans les genres orientaliste ou troubadour. La gageure sera tenue et l’ensemble de la production est d’un raffinement constant, auquel contribuent même les libertés prises par les costumes quant à l’historicité ou la vraisemblance. Si l’on ajoute que l’enchaînement des scènes avec changement de lieu est obtenu pratiquement sans interruption, à l’exception d’un précipité pour préparer l’espace scénique nécessaire au ballet, par des fondus enchaînés réalisés grâce aux projections sur le rideau de tulle qui masquent les changements en train de s’opérer, on peut dire que cette production est une réussite aussi bien technique qu’esthétique à laquelle les lumières de <strong>Valerio Alfieri</strong> sont une contribution essentielle.</p>
<p>Pour ses débuts à Paris Verdi veut mettre toutes les chances de son côté et sacrifier à ce qui plaît. Prudemment, il choisit comme Rossini l’avait fait avant lui, de remanier une œuvre ayant fait ses preuves en Italie. <em>I Lombardi alla prima crociata </em>deviendront donc <em>Jérusalem</em>, au prix d’ajustements, ajouts, retraits, déplacements, transpositions, qui en feront une œuvre originale. Le cadre historique reste le même, celui de cette expédition militaire destinée à protéger les chrétiens d’Orient et les pèlerins, toujours plus menacés après la déconfiture de l’armée byzantine en 1071. Quant à l’intrigue sentimentale, elle relève de l’invention pure, mais elle permet de créer des situations de tension propices aux élans lyriques, de la scène initiale, qui refait <em>Roméo et Juliette</em>, à la scène finale, où l’aveu et la mort du coupable ont suscité l’horreur avant de rétablir la justice et l’harmonie, pour la plus grande gloire de Dieu.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/a-2866_jerusalem2017_low.jpg?itok=WupR4eLU" title="Hélène et Gaston (Acte I, scène 1) © Roberto Ricci" width="468" /><br />
	Hélène et Gaston (Acte I, scène 1) © Roberto Ricci</p>
<p>Il y a trois grands rôles : le couple d’amants, ténor et soprano, et le méchant, une basse ; trois rôles secondaires, le père crédule – un baryton –, le représentant du pape – une basse –, un écuyer fidèle – ténor – ; et des utilités, une confidente – mezzosoprano –, l’émir de Ramla – basse –, un officier, un héraut et un soldat. L’amant doit avoir de la vaillance mais peu, puisque la scène d’entrée le montre prêt à épouser la fille du meurtrier de son père. Ce guerrier est d’abord un amoureux, puis une victime quand il est injustement accusé, encore une victime quand il est prisonnier à Ramla et toujours une victime quand il subit l’humiliation publique et évidemment toujours amoureux. Son chant essentiellement lyrique doit être souple et capable d’élancements et de tenues. <strong>Ramon Vargas</strong> a tous les atouts nécessaires, à l’exception des notes les plus aigües, pourtant écrites mais qui lui sont devenues inaccessibles et qu’il a la sagesse de ne pas tenter. Si l’on ne peut nier une certaine frustration, l’élégance générale et la sensibilité de l’interprétation l’emportent. Son intrépide bien-aimée, nouvelle Isabelle partie à la recherche de l’amant disparu, semble avoir assez de caractère pour tenir tête à son père et se lancer dans des aventures peu compatibles avec son appartenance au « sexe faible ». On attend une voix qui traduise l’énergie de cette amoureuse exaltée. Celle <strong>d’Annick Massis</strong>, dont la performance est indiscutablement digne d’éloges pour la qualité du contrôle de l’émission et les raffinements techniques qui sont sa marque, son filés et trilles compris, nous prive un peu de l’élan, voire du mordant que nous associons au personnage, par exemple dans la scène où Hélène menace l’émir de représailles s’il la maltraitait, probablement en raison de la ténuité du centre et du bas du registre. Leur persécuteur, l’oncle pervers et concupiscent, le comploteur assassin, le calomniateur du premier acte devient dans le second cet ascète en route vers Jérusalem dont la réputation de piété impressionne même les musulmans et dont les pèlerins chrétiens ont fait un saint homme. On ne surprendra personne en disant que <strong>Michele Pertusi</strong> campe le personnage avec la maestria qu’on lui connaît : d’abord arrogant, brutal et sournois comme il faut, il donne au repenti qui se croit fratricide une humilité non dépourvue de noblesse qui en fait un authentique héros tragique. Certes les graves les plus extrêmes révèlent les limites de sa voix de basse chantante, mais ces quelques secondes ne peuvent entacher une prestation de première grandeur, où l’expressivité du chant a la justesse et la précision qui caractérisent ce chanteur musicien.</p>
<p>On ne s’étendra pas sur le personnage du comte de Toulouse, qui n’évolue guère une fois qu’il est convaincu de la culpabilité de Gaston de Béarn, ni sur le légat du Pape, représentant d’une autorité qui se veut indiscutable. Le baryton <strong>Pablo Gàlvez</strong> et la basse <strong>Deyan Vatchkov</strong> y sont aussi dignes que possible, même si leur prononciation du français n’est pas irréprochable. Le personnage de Raymond, l’écuyer fidèle, évolue encore moins, mais le ténor <strong>Paolo Antognetti</strong> projette sa voix bien timbrée de façon telle que l’on croit à son indignation. <strong>Valentina Boi</strong>, en suivante d’Hélène, ou <strong>Massimiliano Catellani</strong>, en émir de Ramla, ont peu d’occasions de laisser leur empreinte.</p>
<p>Il en va différemment du chœur qui recueille un triomphe aux saluts, à juste titre, même si certains contrastes entre piano et forte nous ont semblé un rien outrés, plus destinés à faire montre d’un contrôle virtuose que d’une prescription de la partition, mais après tout il s’agit d’interprétation. La partition utilisée, justement, est celle de l’édition critique établie par Jürgen Selk pour les éditions de l’Université de Chicago et les éditions Ricordi de Milan. Cela nous vaut quelques scènes brèves en plus et surtout le ballet dans son intégralité. Affirmer qu’il nous a passionné serait excessif, mais la chorégraphe <strong>Leda Loiodice</strong> a empoigné le problème à bras le corps. Grâce aux seize danseurs et danseuses dont elle dispose, elle occupe l’espace scénique de façon continue, sans tomber dans la parodie de ballets mauresques ni les banalités du ballet contemporain, et l’exploit n’est pas mince !</p>
<p>Derniers de la liste mais ô combien essentiels eux aussi, les musiciens de l’Orchestre Philarmonique Toscanini. Ils se montrent d’une plasticité infinie sous la direction millimétrée de <strong>Daniele Callegari</strong>, qui démontre une fois de plus quel grand chef d’opéra il sait être, tant il contrôle l’intensité sonore pour soutenir les chanteurs tout en la relevant en un instant pour maintenir la tension. Il cisèle les procédés d’écriture qui constituent des « constantes » verdiennes qui se retrouveront dans les œuvres du futur, et on ne perd rien des réminiscences peut-être accidentelles de <em>Norma</em> ou d&rsquo;opéras de Meyerbeer. Sa direction est tout à la fois précise, équilibrée et lyrique, et ce n’est que justice s’il est lui aussi acclamé au rideau final. Prophète en son pays, Michele Pertusi triomphe à l’applaudimètre mais au-delà des succès personnels, cette communion dans l’amour de Verdi qui rassemble un public international ne laisse pas de réconforter car elle transcende les frontières. On pourra peut-être la voir à l’œuvre à Monte-Carlo, coproducteur d’un spectacle incontestablement réussi.</p>
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