La mode et la tendance

Macbeth - Lyon

Par Fabrice Malkani | ven 16 Mars 2018 | Imprimer

Le festival de printemps 2018 de l’Opéra national de Lyon s’ouvre sur Macbeth de Verdi,  dans une reprise de la mise en scène d’Ivo van Hove donnée in loco en 2012. Sa transposition de l’argument dans une salle des ventes et l’inspiration puisée dans le film Margin Call demeurent des idées qui peuvent séduire le public par leur dimension inattendue, ouvrant de nouvelles perspectives. Mais comme le soulignait alors notre confrère Laurent Bury dans son compte rendu, l’entreprise ne va pas sans quelques contradictions et suscite souvent la perplexité. L’utilisation de la vidéo, pour donner à voir ce qui n’est pas montré sur scène, comme l’assassinat de Banquo – ici dans un parking souterrain – ou pour redoubler au contraire ce qui s’y joue par des projections de prises de vue en direct et en gros plan, contribue à une surenchère d’images dont on finit par se désintéresser, à l’exception des apparitions fantastiques formées par les chiffres verts dansant sur le fond noir d’un écran géant, façon Matrix, capables de fasciner encore.

Heureusement, les Chœurs de l’Opéra national de Lyon, dirigés par Marco Ozbic, sont excellents – Verdi ne disait-il pas que les sorcières sont l’un des personnages principaux, et même qu’elles dominent le drame ? – et le rôle-titre est tenu avec éclat, présence et endurance par le baryton Elchin Azizov, qui donne au personnage de Macbeth un lyrisme rare. La voix est belle, s’impose sans effort et délivre une palette de sentiments contrastés, depuis la rencontre avec les sorcières jusqu’à l’annonce de la mort de Lady Macbeth, sans jamais céder à une déclamation qui oublierait le chant, dont on perçoit ici la moindre nuance.


Verdi, Macbeth, Lyon 2018 © Stofleth

À ses côtés, la Lady Macbeth de Susanna Branchini, dont on pourrait attendre au début plus d’inquiétante autorité pour la cavatine et la cabalette, mêle séduction et fermeté, belles envolées sonores, puissantes, qui peuvent être saisissantes comme dans « La luce langue », tout en observant les indications de Verdi dans la scène du somnambulisme, avec le fil di voce conduisant au contre-ré bémol chanté pianissimo.

Roberto Scandiuzzi campe un impeccable Banquo, à la voix ample et à la diction soignée, formant un duo remarquable avec Elchin Azizov. Dans le bref rôle de Malcolm, le jeune ténor Louis Zaitoun, du Studio de l’Opéra de Lyon, fait excellente impression, avec des interventions claires et bien projetées. Après avoir apprécié aussi la voix prometteuse du ténor russe Arseny Yakovlev qui se détachait à la fin de l’acte II, on n’a pu que souffrir avec lui de l’incident vocal qui l’a empêché de chanter correctement l’air « Ah, la paterna mano », tant attendu.

À la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Lyon, le nouveau chef permanent Daniele Rustioni insuffle quelques moments de lyrisme à un ensemble qui ne paraît pas toujours très précis, avec des nuances parfois approximatives. Une sorte de lourdeur empêche souvent le charme d’opérer, et l’on regrette un certain manque de finesse et de subtilité. La soirée, surtout marquée par quelques voix, ne convainc pas pleinement, comme si cette reprise d’une production rôdée s’était contentée d’une préparation moindre, peut-être en raison des deux autres œuvres importantes prévues dans le cadre de ce festival Verdi, qui ont dû nécessiter un travail considérable.

 

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