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	<title>Gordon BINTNER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Gordon BINTNER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MOZART, Le nozze di Figaro &#8211; Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-le-nozze-di-figaro-paris-garnier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Nov 2025 07:46:55 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée en 2022, la production des Noces de Figaro concoctée par Netia Jones revient sur la scène du Palais Garnier pour une série de représentations qui d’ores et déjà affichent complet. La popularité de l’œuvre justifie cet engouement mais pas seulement. Le plaisir de voir les interprètes vêtus de costumes dix-huitième comme autrefois y est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée en 2022, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-noces-de-figaro-paris-garnier-au-theatre-ce-soir/">la production des <em>Noces de Figaro</em></a> concoctée par <strong>Netia Jones</strong> revient sur la scène du Palais Garnier pour une série de représentations qui d’ores et déjà affichent complet. La popularité de l’œuvre justifie cet engouement mais pas seulement. Le plaisir de voir les interprètes vêtus de costumes dix-huitième comme autrefois y est sans doute pour beaucoup. De fait, la robe rouge de la comtesse est presque identique à celle portée par ce personnage dans la célèbre production de Giorgio Strehler que l’Opéra de Paris a reprise pendant quatre décennies. L’une des tenues du Comte également. Un hommage pour le moins habile à l’attention des mélomanes nostalgique. Mais en réalité, la metteuse en scène britannique situe l’action de nos jours dans les coulisses du Palais Garnier où l’on répète le chef-d’œuvre de Mozart, ce qui permet de savoureux jeux de scène où se mêlent les deux époques, comme par exemple Figaro qui téléphone ou le Comte qui pianote sur son ordinateur avec leur costumes d’antan. Dans cette optique, Suzanne exerce le métier d’habilleuse, Figaro, celui de perruquier, Don Bazile est chef de chant et Barberine un petit rat. Bartolo et Marceline font partie de l’équipe de direction, le comte et la comtesse étant les vedettes du spectacle. D’autre part, Netia Jones profite du ressort principal de l’intrigue, autrement dit le rétablissement du droit de cuissage par le Comte Almaviva dans le but de s’envoyer Suzanne, pour inclure dans son travail une dénonciation des violences faites aux femmes, tout cela en pleine expansion du mouvement #metoo. Ainsi, l’hommage du personnel à la fin de l’acte un se présente comme une manifestation féministe avec distribution de tracts à l’appui, et l’apparition du Foyer de la danse au dernier tableau rappelle les turpitudes qu’abritait ce lieu où les riches bourgeois venaient s’approvisionner en chair fraîche au dix-neuvième siècle. Pour le reste, les décors représentent une enfilade de loges dans lesquelles se joue l’intrigue principale au centre, et quelques scènes muettes signifiantes sur les côtés. Ainsi lorsque Figaro chante son air dans la loge centrale, on aperçoit dans celle de droite Basile qui harcèle une apprentie chanteuse. Plus tard, c’est le Comte qui lutine une jeune danseuse dans la loge de gauche. Le décor di troisième acte est constitué d&rsquo;un gigantesque vestiaire sur trois niveaux, rempli de portants chargés de costumes. Des projections vidéo et quelques incrustations de phrases tirées de la pièce de Beaumarchais viennent compléter l’aspect visuel du spectacle. La direction d’acteurs, qui a sans doute été retravaillée en profondeur, multiplie les gags visuels, Netia Jones ayant voulu privilégier l’aspect comique de l’intrigue parallèlement à son message social.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Franck-Ferville-.ONP_.-12.jpg" alt="" class="wp-image-203663"/><figcaption class="wp-element-caption">Franck Ferville © ONP</figcaption></figure>


<p>Sans être exceptionnelle, la distribution a le mérite d’être homogène, tous les protagonistes étant bons comédiens dans l’ensemble. <strong>Franck Leguérinel</strong> campe un Antonio truculent. <strong>Nicholas Jones</strong> et <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> sont tous deux membres de la troupe de l’ONP, le premier est un Don Curzio tout à fait crédible, la seconde possède un medium charnu et une voix sonore qui ne passe pas inaperçue. Doté d’un timbre clair, <strong>Leonardo Cortelazzi</strong> est un Don Basile obséquieux à souhait. <strong>Monica Bacelli</strong>, impayable dans sa tenue de DRH énergique, campe une Marceline au timbre corsé et au volume sonore conséquent. Déjà présent en 2022, <strong>James Creswell</strong>, est doté d’une voix de bronze au grave profond, son Bartolo impressionne, notamment dans son air « La vendetta » chanté avec une vélocité et une précision sans faille. <strong>Léa Desandre</strong> faisait également partie de la première distribution, elle incarne un Chérubin tout à fait convaincant, sa gestuelle est bien celle d’un adolescent. Sa voix qui s’est étoffée et son legato souverain font merveille dans un « Voi che sapete » accompli.  <strong>Gordon Bintner</strong> dispose d’une voix homogène mais peu nuancée. Plutôt raide sur le plateau, Il lui manque encore, pour être un Figaro convaincant, un soupçon de malice et de roublardise. Fine musicienne et comédienne subtile, <strong>Sabine</strong> <strong>Devieilhe</strong>, éblouit l’auditoire dans le rôle de Susanne. Son air du trois « Deh vieni » non tardar » est un modèle de style mozartien. Qu’il nous soit permis cependant de préférer dans cette page une voix au medium plus riche et consistant. Au deuxième acte, <strong>Hanna-Elisabeth Müller</strong> semble quelque peu extérieure à son air « Porgi amor ». En revanche, elle interprète « Dove sono » avec juste ce qu’il faut de nostalgie dans la voix, une ligne de chant élégante et une belle longueur de souffle. Dommage que dans la partie rapide les deux la aigus soient légèrement tendus. <strong>Christian Gerhaher</strong> est sans conteste le grand triomphateur de la soirée. Cet éminent interprète de lieder se révèle un excellent comédien, doté d’une <em>vis comica</em> irrésistible. Il campe un comte Almaviva agité et dépassé par les événements, quelquefois même ridicule, mais toujours « en chasse ». Au dernier tableau, Marceline, la DRH, déchire son contrat et le renvoie, au milieu de la liesse générale. La voix est bien projetée, le style idoine et son air « Vedro’ mentr’io sospiro » chanté avec la rage du dépit. On lui pardonnera un léger cafouillage dans les dernières mesures, tant sa prestation est admirable.</p>
<p>Toujours attentif aux chanteurs, <strong>Antonello Manacorda</strong> propose une direction souple, sachant maintenir un juste dosage entre les passages enlevés et les moments suspendus comme la partie lente de « Dove sono » . Les ensembles sont conduits de main de maître avec un sens aigu du théâtre.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-le-nozze-di-figaro-paris-garnier/">MOZART, Le nozze di Figaro &#8211; Paris (Garnier)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>DEBUSSY, Pelléas et Mélisande – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/debussy-pelleas-et-melisande-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Mar 2025 17:40:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au moment de sa création, Pelléas et Mélisande, d’après une pièce de théâtre de l’auteur flamand Maurice Maeterlinck, était un ovni lyrique. Bien que Debussy lui-même n’ait pas réussi à produire une autre œuvre d’une pareille exigence formelle, ce drame lyrique peut être considéré comme le premier « opéra littéraire » de l’histoire de la musique, genre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au moment de sa création, <i>Pelléas et Mélisande</i>, d’après une pièce de théâtre de l’auteur flamand Maurice Maeterlinck, était un ovni lyrique. Bien que Debussy lui-même n’ait pas réussi à produire une autre œuvre d’une pareille exigence formelle, ce <i>drame lyrique </i>peut être considéré comme le premier « opéra littéraire » de l’histoire de la musique, genre auquel appartiennent entre autres <i>Salomé</i> de Richard Strauss, <i>Wozzeck</i> d’Alban Berg et <i>Lear </i>d’Aribert Reimann. L’Opéra de Paris en propose actuellement une nouvelle production dans une mise en scène de <strong>Wajdi Mouawad</strong>.</p>
<p>L’intrigue – une variation de <i>Tristan et Isolde</i> – est simple. Dans une forêt, Golaud rencontre Mélisande dont le passé est mystérieux. Il l’épouse et l’emmène au château de son grand-père Arkel, où elle connaît Pelléas. Ils tombent amoureux, leur relation s’intensifie, au grand dam de Golaud qui finit par assassiner Pelléas, son demi-frère. Mélisande meurt d’un mal aussi obscur que son origine.</p>
<p>Wajdi Mouawad en retient l’enjeu psychologique. Le problème principal découle de la différence de perception entre Golaud, à l’esprit étriqué et superficiel, ainsi que Pelléas et Mélisande qui, pourvus d’une confiance originelle, voient la face cachée et imaginaire de toute chose. Ils sont perdus dans un monde incompréhensible où la mort rôde : deux thèmes intrinsèquement maeterlinckiens. Toutefois, c’est Golaud lui-même qui, à son insu peut-être, avance cette interprétation : « Ne jouez pas ainsi dans l’obscurité. Vous êtes des enfants… »</p>
<p>Un des plus éminents commentateurs de Maeterlinck est le poète autrichien d’expression franco-allemande Rainer Maria Rilke, dont le point de vue n’a étonnamment pas été intégré au programme de salle, qui est par ailleurs d’une très grande qualité. Dans plusieurs essais, Rilke analyse pourtant un certain nombre de techniques du langage poétique de Maeterlinck, qu’on retrouve dans l’œuvre de Debussy et dans la version de Mouawad. La parole n’est pas le meilleur moyen de découvrir l’âme ; l’individualité des personnages se perd sur une scène qui ne tient pas dans le champ d’une lorgnette ; telle une marionnette, chacun dispose d’un répertoire réduit d’expressions et de gestes, visibles de loin. Il incombe à l’auteur (ou au metteur scène) de trouver une expression pour ce théâtre sans images.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Pelleas-et-Melisande-24-25-©-Benoite-Fanton-OnP-4-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-184187"/><figcaption class="wp-element-caption">Sabine Devieilhe, Gordon Bintner © Benoîte Fanton /ONP</figcaption></figure>


<p>Le champ vaste de la scène – inévitable à l’Opéra Bastille avec ses dimensions vertigineuses – se répercute sur la direction d’acteur précise de Mouawad. Les protagonistes sont loins les uns des autres, apparaissent on ne sait comment, se tournent autour, ne se touchent guère. Dans ce dispositif, deux comportements se manifestent. Premièrement, celui de Golaud, brutal et physique. Il s’empare de Mélisande comme d’un objet et traite Pélleas de la même façon. Deuxièmement, celui des deux amants, qui restent presque pudiques – leurs jeux sont ceux d’enfants – mais se rapprochent néanmoins progressivement jusqu’à leur étreinte finale. L’aveu «&nbsp;Je t’aime&nbsp;» suscite une réaction d’enfants pris le doigt dans le pot de confiture.</p>
<p>La scène est sombre, des traînées de brouillard flottent au-dessus du sol. La scénographie s’inspire d’éléments évidents. Sur un rideau en corde défilent des projections d’une forêt, d’un lac, de la mer. Tout cela est parfois très illustratif, les images suivant le discours des personnages qui, plus tard, sont doublés par les projections où ils planent comme dans un liquide. On pense inévitablement à des peintures dont l’esthétique n’est pas loin de celle de Maeterlinck : Arnold Böcklin, le belge Jean Delville ou le préraphaélite John Everett Millais.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Au début, avant que la musique résonne, on entend des bruits de forêt, du gazouillis. Un monstre traverse la scène, mi-sanglier mi-homme, une lance plantée dans le dos. Si le motif de la bête traquée s’expliquera par la suite, les effets sonores ne sont pas indispensables. L’écriture<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>instrumentale incroyablement colorée&nbsp;de Debussy contient tout ce qu’on peut imaginer dans la nature ou la psyché de l’homme. Sous la baguette d’<strong>Antonello Manacorda</strong>, l’orchestre réalise toute l’intimité, le dégradé sonore entre timbres terreux et aériens, parfois comme vernissés, propres à la partition.</p>
<p>Mouawad procède aussi à d’autres ajouts visuels. Notamment Yniold, fils de Golaud, qui assiste bouche bée aux vagues de rage que son père fait déferler sur Mélisande, une scène muette de réconciliation entre les deux, ainsi que les retrouvailles finales de Pelléas et Mélisande, unis par la mort et transformés en créatures florales dans le contexte des dernières mesures mystiques de l’opéra. Il y a également trois personnages qui rôdent constamment sur scène, prolongation des trois vieux pauvres que Pelléas et Mélisande surprennent dans une grotte lors d’une de leurs rencontres clandestines. Ces sont eux qui dressent un charnier au centre de la scène, en commençant par un cadavre de cheval associé à Golaud. Pelléas y finira à son tour.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Pelleas-et-Melisande-24-25-©-Benoite-Fanton-OnP-14-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-184179"/><figcaption class="wp-element-caption">Huw Montague Rendall, Gordon Bintner © Benoîte Fanton /ONP</figcaption></figure>


<p>La parole vide, l’absence de signes dans le langage de Maeterlinck, qu’évoque Rilke, a peut-être agit sur la prosodie révolutionnaire que Debussy développe dans <i>Pelléas</i>, bien que celle-ci soit aussi une réaction aux œuvres de Wagner, devenues un défi et un fléau pour bon nombre de compositeurs de l’époque : pas d’airs, pas de récitatifs, un parlé-chanté continu rendant les quelques éclats lyriques insupportablement intenses. Chaque personnage a cependant son propre profil vocal, et Debussy ne dédaigne pas non plus l’ancienne technique de distribuer les rôles en fonction de l’âge et de la bonté des protagonistes, le plus pur et jeune étant un soprano enfant.</p>
<p>Le Golaud de <strong>Gordon Bintner</strong> est un géant, souvent surpris par ses accès de violence. Son timbre de baryton-basse est agréablement voilé et parfois comme en sourdine dans le grave, alors qu’il peut engendrer des aigus insoupçonnés. Cela donne lieu à un contraste intéressant lors de sa première rencontre avec Mélisande. La voix claire et véloce de <strong>Sabine Devieilhe</strong>, sa prononciation nette et son sens aigu du rythme, incarnant une Mélisande troublante, tourmentée et éphémère – tout cela souligne d’emblée que les deux personnages ne vivent pas dans le même monde. Le baryton <strong>Huw Montague Rendall</strong>, quant à lui, campe un Pelléas à la fois juvenile, désinvolte, même coquin, et motivé par des pulsions plus profondes. Son chant est souple, comme retenant une force qui n’éclate que sporadiquement, et frôle parfois l’expression d’un ténor exalté.</p>
<p>À l’autre bout du spectre vocal, Arkel (<strong>Jean Teitgen</strong>) et Geneviève (<strong>Sophie</strong> <strong>Koch</strong>) laissent éclore des nuances plus terrestres. Le roi est faible mais digne, sa basse est plus sonore que profonde et s’anime davantage vers la fin de l’œuvre où Debussy lui attribue un des moments les plus ouvertement lyriques. Son épouse se voit confier des lignes vocales plus vives, qui s’écoulent avec plus de gravité que celles de Mélisande, tout en donnant une autre dimension corporelle à l’écriture vocale, que Koch rend d’une manière convaincante. Yniold, qui subit les interrogations jalouses de son père, ressemble à un garçon victorien, aspect qu’on pourrait aussi retrouver dans les autres costumes d’Emmanuelle Thomas. L’interprète de la première (<strong>Anne-Blanche Trillaud</strong> <strong>Ruggeri</strong>) s’y prend avec beaucoup d’assurance, maîtrisant un rôle qui, par sa présence scénique et son exigence vocale, pose un défi à tout chanteur enfant. Une fois de plus, c’est Rilke qui relève l’importance des enfants dans l’univers de Maeterlinck. Leur pureté et leur innocence les rendraient plus perméables à l’expression immédiate de l’âme humaine, sans passer par la parole.</p>
<p>Dans sa contribution au programme de salle, Julia Kristeva relève cette mise en échec du verbe. Celui-ci est opposé à un symbole du corps et de la sensualité : les cheveux. Ces derniers jouent un rôle important dans plusieurs pièces du <i>premier théâtre</i> de Maeterlinck (<i>Intérieur</i>, <i>La Mort de Tintagiles</i>). C’est suite à une chanson de Mélisande, «&nbsp;Mes longs cheveux descendent jusqu’au seuil de la tour !&nbsp;», que Pelléas tombe réellement amoureux d’elle. À ce moment-là, une projection de cheveux inonde le rideau. Ce n’est qu’un des nombreux exemples de cette mise en scène où un motif apparemment superficiel renvoie à une vérité littéraire et psychologique plus profonde. Le public apprécie cet ensorcèlement.</p>
<p>Lire aussi : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/antonello-manacorda-pelleas-et-melisande-a-paris-cest-un-peu-comme-parsifal-a-bayreuth/">l&rsquo;interview d&rsquo;Antonello Manacorda</a></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/debussy-pelleas-et-melisande-paris/">DEBUSSY, Pelléas et Mélisande – Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>MOZART, Cosi fan tutte &#8211; Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-cosi-fan-tutte-paris-garnier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Jun 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tout n’a-t-il pas été dit sur Cosi fan tutte ? Longtemps présenté comme un imbroglio galant, le dernier opéra issu de la collaboration entre Mozart et Da Ponte a ensuite été remodelé au tragique par une série de metteurs en scène, de Chéreau à Haneke : l’amour unique n’existe pas, la fidélité non plus, la jalousie &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tout n’a-t-il pas été dit sur <em>Cosi fan tutte </em>? Longtemps présenté comme un imbroglio galant, le dernier opéra issu de la collaboration entre Mozart et Da Ponte a ensuite été remodelé au tragique par une série de metteurs en scène, de Chéreau à Haneke : l’amour unique n’existe pas, la fidélité non plus, la jalousie lance ses flèches, quelle amère expérience pour les jeunes fiancés de la pièce – et comme Harnoncourt avait raison de souligner que tous les opéras de Mozart finissent mal ! Cette course à l’abîme, où la victoire semble promise à qui proposera le <em>Cosi </em>le plus noir, et qu’un <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/esquisse-cosi-fan-tutte/">Dmitri Tcherniakov semblait en passe de remporter l’été dernier à Aix-en-Provence, avec son final en forme de prise d’otage</a>, <strong>Anne Teresa De Keersmaeker</strong> a décidé de s’en écarter. Sur la scène grande ouverte du Palais Garnier, un décor unique composé de murs blancs et de panneaux transparents ; la chorégraphe belge, en quête de clarté, cherche moins à sonder les âmes qu’à montrer les corps. Ceux des six chanteurs, mais aussi des danseurs qui incarnent leurs doublures. Parabole de la duplicité du désir ou clin d’œil aux multiples déguisements qui émaillent l’intrigue, le procédé produit toujours, pour cette deuxième reprise, des effets mélangés : l’élégance glacée du spectacle, son aspect un peu <em>design</em>, réhaussés encore par des chorégraphies aux lignes bien géométriques, donnent un résultat parfois poseur, aussi éloigné de la spontanéité et de la fougue mozartiennes que la ligne droite l’est de la courbe. Mais cette froideur clinique dit tout de même quelque chose de <em>Cosi, </em>de la solitude implacable guettant les personnages, malgré les prodigieux mariages de voix qui semblent les unir à leurs partenaires. Désormais bien installée au répertoire de l’Opéra de Paris, cette production, sans parvenir à éclairer tous les aspects d’une œuvre qui échappera toujours aux interprétations trop rationnelles, jette une lumière crue sur la distance infinie qui peut séparer les êtres, et sur l’impossibilité de la combler par le désir, par les sentiments même.</p>
<p>Jeune et pleine de vie, la distribution réunie pour l’occasion semble quelque peu bridée par le spectacle, et risque parfois l’effacement face à des danseurs remarquables. Mais elle joue sa partie avec conviction. <strong>Vannina Santoni </strong>fait Fiordiligi élégante et touchante dans sa mélancolie résignée. Dommage que la voix, d’une séduction indéniable, portée par une belle longueur de souffle dans le premier duo avec sa sœur, se trouve dépassée par les vocalises et l’ambitus de ses airs, où la chanteuse doit se contenter de gérer, à défaut de pouvoir incarner. Plus à l’aise paraît la Dorabella d’<strong>Angela Brower</strong> : habituée d’un rôle qu’elle a déjà enregistré pour Yannick Nézet-Séguin, la mezzo-américaine donne, grâce à instrument aussi puissant qu’à l’aise dans les nuances, un swing incomparable à « E amore un ladroncello ». Héritant des passages du spectacle regardant le plus franchement vers la <em>commedia dell’arte</em>, faux nez de médecin et de notaire et voix de fausset obligée, <strong>Hera Hyesang Park </strong>obtient à l’applaudimètre un succès mérité : cette Despina enjôleuse, ambiguë et remarquablement projetée a pour elle, en plus de sa drôlerie, une véritable identité scénique et musicale. Du côté des hommes, les clefs de fa sont plus frustes : Alfonso sonore de <strong>Paulo Szot</strong>, en délicatesse avec sa quinte aiguë, Guglielmo un peu pataud de <strong>Gordon Bintner</strong>, qui, dans « Donne mie la fate a tanti », pousse sa grosse voix sans trop se soucier de legato ou de phrasé. Tout cela laisse à <strong>Josh Lovell</strong> le loisir de développer un Ferrando attachant, rêveur dans son « Aura amorosa », plus en difficulté lorsque l’écriture se tend, dans les scènes de séduction ou de désillusion du deuxième acte.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cosi-Garnier-3-1294x600.jpg" alt="" />© Benoite Fanton/ONP</pre>
<p>Dans la fosse,<strong> Pablo Heras-Casado </strong>rappelle opportunément à quel point <em>Cosi fan tutte </em>est un opéra de chef : les détails d’orchestration, éclairés avec brio, les plans sonores, savamment distribués afin que l’œuvre ne perde jamais de son rythme, les lignes mélodiques, mises en valeur sans couvrir le plateau, sont une célébration ininterrompue du génie de Mozart. Et si l’orchestre de l’Opéra, en ce soir de première, n’est pas exempt de quelques décalages et scories, notamment du côté des bois, il donne à la représentation l’indispensable pulsation théâtrale sans laquelle il n’y a pas de soirée d’opéra.</p>
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		<item>
		<title>CHARPENTIER, Médée &#8211; Paris (ONP)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-medee-paris-onp/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=160273</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pour le retour de Médée à l’Opéra de Paris après 300 ans d’absence, c’est la production de David McVicar, créée en 2013 à l’English National Opera (ENO) et reprise à Genève en 2019 qui a été choisie. Et pour cause, elle est d’une grande efficacité, même si force est de constater qu’elle a avant tout &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour le retour de <em>Médée</em> à l’Opéra de Paris après 300 ans d’absence, c’est la production de <strong>David McVicar</strong>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-confort-apres-le-coup-de-poing/">créée en 2013 à l’English National Opera (ENO)</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/marc-antoine-charpentier-medee-geneve-splendide-et-profanee/">reprise à Genève en 2019</a> qui a été choisie. Et pour cause, elle est d’une grande efficacité, même si force est de constater qu’elle a avant tout été pensée pour un public à la fois anglais et peu familier du répertoire baroque français.</p>
<p>Ainsi, l’action se voit transposée en Angleterre durant la Seconde guerre mondiale. Ce déplacement ne sert que de prétexte à de beaux tableaux et vise certainement à diminuer la distance qui nous sépare du mythe grec pour favoriser l’identification. Le décor, signé <strong>Bunny Christie</strong>, déploie l’élégant intérieur des bureaux de l’Armée, dirigée en l’occurrence par le personnage de Créon. Jason devient pour l’occasion capitaine de la marine tandis qu’Oronte appartient à l’armée de l’air, rivalité facile mais efficace. S’en dégage une beauté esthétique évidente, ne serait-ce qu’au niveau des costumes, de Bunny Christie également, particulièrement somptueux. Le tableau du divertissement de l’acte II est une réussite totale, transformé en cabaret avec l’Amour surgissant d’un avion militaire recouvert de paillettes. Le jeu de lumières de <strong>Paule Constable</strong> transcende le tout et voit le rouge de l’Amour se muer <em>in fine</em> en rouge sanguinolent, annonciateur du drame à venir. Les chorégraphies de <strong>Lynne Page</strong> assurent de belles transitions et des ballets très rythmés.</p>
<p>Toutefois, l’approche trouve ses limites dès qu’elle n’est pas poussée jusqu’au bout. Une forme de légèreté généralisée domine et jamais les horreurs de la guerre ne trouvent ne serait-ce qu’un écho. En outre, la transposition ne fonctionne plus à compter de l’irruption de la magie de Médée. La folie ensorcelée et démoniaque de l’héroïne détonne en ces lieux et au milieu des soldats et ne trouvera pas spécialement d’explication. Pourquoi ne pas être resté réaliste jusqu’au bout, par cohérence, en transformant par exemple les sorts de Médée en de simples empoisonnements ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/23873-Elisa_Haberer___Opera_national_de_Paris-Medee-23-24-Elisa-Haberer-OnP-28-1600px-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-160282"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Elisa Haberer</sup></figcaption></figure>


<p>Reste que la beauté des tableaux assure un réel divertissement et que ces quelques réserves sont largement éclipsées par l’excellence du plateau vocal. <strong>Lea Desandre</strong> crève la scène. La voix est d’une chaleur remarquable, généreuse et pleine de fines nuances. Son jeu théâtral est en parfaite osmose avec son instrument, ce qui est assez rare pour être souligné. La palette d’états émotionnels convoquée est large et toujours très juste. Sa Médée accomplit une évolution fascinante et chacune des intentions de la mezzo-soprano est toujours crédible. Brava ! Le Jason de <strong>Reinoud Van Mechelen</strong> est, comme à l’accoutumée, techniquement irréprochable. La capacité du ténor à allier un volume de voix très important et une douceur de gaze est toujours aussi sidérante et si singulière. Le timbre se prête parfaitement au rôle, sans surprise. On peut toutefois regretter un jeu d’acteur qui gagnerait à développer plus de nuances.</p>
<p><strong>Ana Vieira Leite</strong> est une Créuse idéale : sa voix d’une pureté cristalline lui permet d’incarner l’innocente victime de l’héroïne éponyme avec brio. Sa dernière scène est particulièrement bien menée, la soprano sachant doser volume et vibrato en fonction de la torture imposée par la robe empoisonnée et de l’état de ses forces qui la quittent. <strong>Laurent Naouri</strong> est un Créon exceptionnel. La profondeur du timbre et la présence scénique en font un titulaire marquant du rôle, passant de la noblesse d’un chef de guerre à l’absurdité d’une scène de folie totalement maîtrisée. En Oronte, <strong>Gordon Bintnet</strong> convainc plus par son jeu scénique que par sa voix qui manque parfois de projection. Mais il campe une version triomphante et toxique du personnage qui se marie idéalement à l’approche de Mc Vicar.</p>
<p><strong>Emmanuelle de Negri</strong> est une Nérine de luxe et offre une performance bouleversante, notamment lors de la dernière scène. Au-delà d’une technique évidemment impeccable, tout son art s’accomplit dans une diction ultra travaillée et très intelligente. La Cléone d’<strong>Élodie Fonnard </strong>emporte l’adhésion à chacune de ses apparitions, notamment lorsqu’elle rapporte la poignante mort d’Oronte et le suicide de Créon. <strong>Lisandro Abadie</strong> est un Arcas solide sur ses appuis tandis que <strong>Mariasole Mainini</strong> propose une Italienne pétillante.</p>
<p><strong>Julie Roset</strong> est le joyau de la soirée : ses aigus d’une facilité déconcertante sont à l’image d’une grâce et d’un charisme évidents. Le tableau de l’Amour est le plus réussi et la malice de la chanteuse ravit le spectateur. C’est peu dire que ce sont là de fracassants débuts à l’Opéra de Paris et il est évident que la soprano a vocation à prendre des rôles titres, sur cette même scène, dans les années qui viennent.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/23857-Elisa_Haberer___Opera_national_de_Paris-Medee-23-24-Elisa-Haberer-OnP-9-1600px-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-160280"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Elisa Haberer</sup></figcaption></figure>


<p>Les captives, <strong>Juliette Perret</strong> et <strong>Julia Wischniewski</strong>, offrent d’envoûtantes envolées, tandis que <strong>Maud Gnidzaz </strong>et <strong>Alice Gregorio</strong> charment le spectateur durant le chœur des trois voix. <strong>Virginie Thomas</strong> est un fantôme glaçant lorsqu’elle dédouble Créuse. Enfin, <strong>Clément Debieuvre</strong>, <strong>Bastien Rimondi</strong> et <strong>Matthieu Walendzik</strong> sont des démons, Jalousie et Vengeance déterminants dans le succès des scènes d’incantations, contribuant à leur conférer toute leur étrangeté par une nasalisation bienvenue.</p>
<p>Le chœur des <strong>Arts Florissants</strong>, dirigé <strong>Thibaut Lenaerts</strong>, réalise un sans faute de rythme, de justesse et de diction. Qu’il soit en coulisse ou sur scène, chaque apparition fonctionne. Au pupitre, <strong>William Christie</strong> est ici chez lui : il connait et surtout adore cet opéra plus que quiconque lui qui, pour rappel, en a proposé le tout premier enregistrement mondial à la fin des années 1980 et considère Chaprentier comme supérieur à Lully. Sa battue est un franc succès, le jeu des volumes, des tempi et des contrastes est habilement tissé et instaure une interaction intelligente entre scène et fosse. <strong>L’orchestre des Arts Florissants</strong> se trouve dans une grande forme pour cette première et déploie avec aisance son excellence bien connue.</p>
<p>Le succès de ce retour de Médée à l’ONP se mesure aussi et surtout à l’applaudimètre et devrait peut-être appeler encore plus de baroque sur cette scène. <em>Castor et Pollux</em> est programmé pour la saison 2024-2025, mais ne pourrait-on pas espérer prochainement un Lully également ?</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-medee-paris-onp/">CHARPENTIER, Médée &#8211; Paris (ONP)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BERNSTEIN, A Quiet Place — Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/a-quiet-place-paris-garnier-place-des-grands-hommes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Mar 2022 07:23:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au moment des saluts, le librettiste Stephen Wadsworth feint d’enlacer une silhouette invisible pour rendre hommage à Leonard Bernstein. On pourra toujours dire que cette création parisienne d’A Quiet Place s’appuie sur une réécriture, il faudra bien admettre que l’ombre et l’esprit du compositeur planent sur toute la représentation. Car si Garth Edwin Sunderland a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au moment des saluts, le librettiste Stephen Wadsworth feint d’enlacer une silhouette invisible pour rendre hommage à Leonard Bernstein. On pourra toujours dire que cette création parisienne d’<em>A Quiet Place </em>s’appuie sur une réécriture, il faudra bien admettre que l’ombre et l’esprit du compositeur planent sur toute la représentation. Car si Garth Edwin Sunderland<strong> </strong>a passé une partie de la dernière décennie à mettre sur pieds une série de réorchestrations, commençant par épurer l’effectif initial (qui, outre une grande formation symphonique, incluait un synthétiseur et une guitare électrique) dans une version chambriste enregistrée pour Decca avant de l’étoffer à nouveau pour mieux l’adapter aux dimensions d’une véritable salle d’opéra, c’est dans le but avoué de restituer la veine originelle d’une œuvre que Bernstein considérait à la fois comme l’une de ses plus personnelles et de ses plus déroutantes.</p>
<p>Pensée comme une suite logique de <em>Trouble in Tahiti</em>, créée à Houston en 1983 puis rejouée à Vienne trois ans plus tard, <em>A Quiet Place </em>nous plonge, en un peu plus d’une heure et demie, au cœur des déchirures à vif et des tentatives de réconciliation maladroites que provoque la mort brutale de Dinah sur son mari, Sam, sur ses enfants, Junior et Dede, et sur François, époux de celle-ci et amant de celui-là. <em>Sérendipité </em>est un mot à la mode : il qualifie bien l’étonnement avec lequel les personnages découvrent, progressivement et douloureusement, qu’ils se connaissent au-delà de ce qu’ils auraient cru possible. Si l’intrigue lorgne vers Tchekhov, la partition, qui n’emprunte au jazz et au bop que pour quelques passages grinçants, semble puiser sa violence chez Copland ou chez le Britten de <em>Peter Grimes</em>, auquel Bernstein reprend l’idée de ces interludes orchestraux incisifs qui séquencent implacablement l’action. Au-dessus d’un tapis orchestral où les cuivres et les percussions dominent, les voix, partagées entre conversation en musique (l’<em>Intermezzo </em>de Strauss parfois n’est pas très loin) et explosions lyriques, n’ont pas de répit ; autant dire que l’équipe a fort à faire pour se hisser à la hauteur du grand homme et de son œuvre.</p>
<p>C’est le cas, d’abord avec<strong> Kent Nagano</strong> : ancien assistant de Bernstein, avocat acharné de cet opéra, il s’applique à en révéler patiemment l’architecture et les alliages. Pas une mesure qui ne fasse progresser l’action, pas une nuance qui ne sous-entende une tension : son travail, passionnant, peut compter sur un Orchestre de l’Opéra particulièrement engagé. C’est le cas, ensuite, de <strong>Krzysztof Warlikowski</strong> : et si Iphigénie, Médée, Emilia Marty à l’opéra, et si Blanche Dubois et Phèdre au théâtre, n’avaient été que les répétitions générales (et parfois glorieuses) menant à cette Dede – et à cette Dinah, présente sur scène via une actrice muette ? Tout ce qui pouvait ressembler, ici ou là, à des tics ou à des procédés, de décors sanitaires en figurants callipyges, trouve dans cette production un langage fluide, une expression naturelle. Le lourd passif qui relie les personnages autant qu’il les divise, les impulsions qui séparent les corps avant de les rapprocher, jusqu’à cette maison hétéroclite, à la fois réconfortante et effrayante, tout cela respire l’évidence. Comme si brusquement, après avoir su discourir sans trop d’accent dans une foule de dialectes différents, Warlikowski acceptait de nous parler simplement dans sa langue natale.</p>
<p>Enfin, ce n’est pas le moindre mérite du chef et du metteur en scène que de sublimer une fantastique distribution. La première partie de l’œuvre, consacrée aux funérailles de Dinah, fait défiler une foule de seconds rôles hauts en couleur, façon <em>Gianni Schicchi </em>; parmi ces silhouettes singulières, on retient notamment la Susie d’<strong>Hélène Schneiderman</strong>, le psychiatre de <strong>Loïc Félix </strong>ou le directeur de la chambre mortuaire campé par <strong>Colin Judson</strong>. Veuf tout en frustrations rentrées qui se laisse peu à peu submerger par sa tristesse, <strong>Russell Braun</strong> bouleverse, tout comme la Dede de <strong>Claudia Boyle</strong> fascine, chez elle sur le moindre recoin du vaste plateau de Garnier comme dans tous les grands écarts d’une écriture à l’ambitus assassin. Le Junior percutant de <strong>Gordon Bintner</strong>, colosse aux pieds d’argiles qui fend un peu plus le cœur à chaque nouvelle provocation, et le François de <strong>Frédéric Antoun</strong>, dont le timbre suave dissimule un personnage qui ne fait que gagner en autorité, couronnent un quatuor de protagonistes inoubliable. <em>A Quiet Place</em> mérite de figurer au répertoire des grandes maisons d’opéra : qui prendra son tour ?</p>
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		<title>A Quiet Place</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/a-quiet-place-une-partition-intranquille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Jul 2018 08:52:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Vous êtes un bernsteinien fanatique mais vous possédez déjà l’unique version existante de A Quiet Place, dûment enregistrée par Lenny himself lors de la création à Vienne en 1986. Voyant venir une seconde version, vous vous demandez si l’acquisition s’en impose. Rassurez-vous, il ne s’agit pas du tout de la même œuvre. Enfin, si, mais &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Vous êtes un bernsteinien fanatique mais vous possédez déjà l’unique version existante de <em>A Quiet Place</em>, dûment enregistrée par Lenny <em>himself</em> lors de la création à Vienne en 1986. Voyant venir une seconde version, vous vous demandez si l’acquisition s’en impose. Rassurez-vous, il ne s’agit pas du tout de la même œuvre. Enfin, si, mais dans un état assez différent pour qu’il y ait de quoi s’amuser au petit jeu de la comparaison. Surtout, cet état-là se présente comme une sorte de compromis idéal entre la version initiale de la partition et la « Broadwayisation » que Bernstein aurait pu en tirer s’il en avait eu le temps. Remontons en arrière pour y voir plus clair.</p>
<p>Ultime œuvre scénique de Leonard Bernstein, <em>A Quiet Place </em>est créé à l’Opéra de Houston en 1983, couplé avec <em>Trouble in Tahiti</em>, opéra en un acte (1952) dont il se présente comme la suite (l’héroïne, Dinah, vient de décéder, et l’on voit s’entredéchirer son mari et ses enfants). Aussitôt après cette première, le compositeur remet son ouvrage sur le métier avec son librettiste, Stephen Wadsworth, pour aboutir à une seconde mouture, à laquelle <em>Trouble in Tahiti</em> est intégré comme une sorte de flashback. Cette version longue (deux heures trente) et « définitive » est la seule qui était jusqu’ici disponible.</p>
<p>Néanmoins, Kent Nagano et Garth Edwin Sunderland ont souhaité réaliser une nouvelle version, pour réintégrer tout ce qui avait été coupé par Bernstein entre 1983 et 1986 (plusieurs « arias » refont ainsi surface), et en excluant entièrement <em>Trouble in Tahiti</em>. Il ne s’agit pas pour autant d’un retour à l’état de 1983, puisque la participation des divers personnages secondaires a été judicieusement revue à la baisse, comme c’était déjà le cas en 1986 (ils n’apparaissent plus que lors de la scène de l’enterrement, écourtée mais encore presque trop). Par ailleurs, il a été décidé de réaliser une orchestration plus légère, le compositeur ayant envisagé à une époque de monter l’œuvre à Broadway, avec un orchestre sensiblement réduit : 18 instrumentistes au lieu de 72 minimum !</p>
<p>Difficile de dire si <em>A Quiet Place</em> en devient du coup plus viable à la scène : il faudra pour cela qu’un théâtre se décide à programmer cette version allégée (les représentations prévues à Luxembourg en novembre prochain s’en tiendront apparemment à la version de 1986 : difficile de renoncer à l’excellent <em>Trouble in Tahiti</em>, même saucissonné en deux tranches dans le <em>Quiet Place </em>« définitif »). En attendant, cette nouvelle version semble bien avoir gagné sur le plan dramatique, à la fois plus resserré et étoffé de divers monologues importants.</p>
<p>Après avoir évoqué la lassitude au sein du couple et l’ennuie des banlieues, Berstein abordait dans <em>A Quiet Place</em> l’homosexualité et même l’inceste, chose assez courageuse au début des années 1980. Pour cette « création », Kent Nagano peut compter sur quelques valeurs sûres du chant anglophone, à commencer par le ténor <strong>Joseph Kaiser</strong>, vu notamment à Paris en Fortunio ou en Lenski : comme de juste, il interprète le rôle de François, l’amant québécois de Junior et époux de la sœur de celui-ci. Le rétablissement d’airs disparus bénéficie surtout au baryton <strong>Lucas Meachem</strong>, dernier Billy Budd vu à Bastille : le rôle de Sam y prend un relief supplémentaire. Dans une tessiture voisine, <strong>Gordon Bintner</strong> est un peu le pivot de l’action, puisque la réconciliation de Junior avec son père est la clef de ce grand lavage de linge sale en famille. Habituée aux rôles de colorature (Konstanze, Tytania…), <strong>Claudia Boyle </strong>ne rencontre aucun obstacle en Susie, lointaine cousine de la Cunégonde de <em>Candide</em> mais qui ne bénéficie pas d’air équivalent à « Glitter and be gay ». Même pour les rôles secondaires, qui ont pourtant peu à chanter, leur participation se réduisant à la conversation en musique, la distribution a été soignée, avec notamment <strong>Rupert Charlesworth</strong>, l’un des lauréats HSBC de l’Académie du festival d’Aix-en-Provence.</p>
<p>Pour l’anecdote, on signalera que la traduction du livret en français a été réalisée par une officine de traduction basée à Montréal, ce qui nous vaut un savoureux tissu de québécismes…</p>
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