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CHARPENTIER, Médée – Paris (ONP)

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Spectacle
12 avril 2024
Une Médée so british

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Tragédie mise en musique en cinq actes et un prologue

Composée par Marc-Antoine Charpentier

Livret de Thomas Corneille

Création à Paris, Académie Royale de Musique, le 4 décembre 1693

Détails

Mise en scène
David McVicar

Décors et costumes
Bunny Christie

Lumières
Paule Constable

Chorégraphie
Lynne Page

 

Médée
Lea Desandre

Jason
Reinoud Van Mechelen

Nérine
Emmanuelle de Negri

Créon
Laurent Naouri

Oronte
Gordon Bintner

Créuse, 1er fantôme
Ana Vieira Leite

Cléone
Élodie Fonnard

Arcas
Lisandro Abadie

L’Amour
Julie Roset

L’Italienne
Mariasole Mainini

Les captives
Juliette Perret, Julia Wischniewski

Second fantôme
Viriginie Thomas

Chœur à trois voix
Maud Gnidzaz, Alice Gregorio

Chœur à trois voix, 1er corinthien, un argien, Jalousie
Bastien Rimondi

Un Argien captif, Démon, 2ème corinthien
Clément Debieuvre

Un Argien, Vengeance
Matthieu Walendzik

 

Chœur des Arts Florissants

Chef des chœurs
Thibaut Lenaerts

Orchestre des Arts Florissants

Direction musicale
William Christie

Paris, Opéra national de Paris, Palais Garnier, 10 avril 2024, 19h30

Pour le retour de Médée à l’Opéra de Paris après 300 ans d’absence, c’est la production de David McVicar, créée en 2013 à l’English National Opera (ENO) et reprise à Genève en 2019 qui a été choisie. Et pour cause, elle est d’une grande efficacité, même si force est de constater qu’elle a avant tout été pensée pour un public à la fois anglais et peu familier du répertoire baroque français.

Ainsi, l’action se voit transposée en Angleterre durant la Seconde guerre mondiale. Ce déplacement ne sert que de prétexte à de beaux tableaux et vise certainement à diminuer la distance qui nous sépare du mythe grec pour favoriser l’identification. Le décor, signé Bunny Christie, déploie l’élégant intérieur des bureaux de l’Armée, dirigée en l’occurrence par le personnage de Créon. Jason devient pour l’occasion capitaine de la marine tandis qu’Oronte appartient à l’armée de l’air, rivalité facile mais efficace. S’en dégage une beauté esthétique évidente, ne serait-ce qu’au niveau des costumes, de Bunny Christie également, particulièrement somptueux. Le tableau du divertissement de l’acte II est une réussite totale, transformé en cabaret avec l’Amour surgissant d’un avion militaire recouvert de paillettes. Le jeu de lumières de Paule Constable transcende le tout et voit le rouge de l’Amour se muer in fine en rouge sanguinolent, annonciateur du drame à venir. Les chorégraphies de Lynne Page assurent de belles transitions et des ballets très rythmés.

Toutefois, l’approche trouve ses limites dès qu’elle n’est pas poussée jusqu’au bout. Une forme de légèreté généralisée domine et jamais les horreurs de la guerre ne trouvent ne serait-ce qu’un écho. En outre, la transposition ne fonctionne plus à compter de l’irruption de la magie de Médée. La folie ensorcelée et démoniaque de l’héroïne détonne en ces lieux et au milieu des soldats et ne trouvera pas spécialement d’explication. Pourquoi ne pas être resté réaliste jusqu’au bout, par cohérence, en transformant par exemple les sorts de Médée en de simples empoisonnements ?

© Elisa Haberer

Reste que la beauté des tableaux assure un réel divertissement et que ces quelques réserves sont largement éclipsées par l’excellence du plateau vocal. Lea Desandre crève la scène. La voix est d’une chaleur remarquable, généreuse et pleine de fines nuances. Son jeu théâtral est en parfaite osmose avec son instrument, ce qui est assez rare pour être souligné. La palette d’états émotionnels convoquée est large et toujours très juste. Sa Médée accomplit une évolution fascinante et chacune des intentions de la mezzo-soprano est toujours crédible. Brava ! Le Jason de Reinoud Van Mechelen est, comme à l’accoutumée, techniquement irréprochable. La capacité du ténor à allier un volume de voix très important et une douceur de gaze est toujours aussi sidérante et si singulière. Le timbre se prête parfaitement au rôle, sans surprise. On peut toutefois regretter un jeu d’acteur qui gagnerait à développer plus de nuances.

Ana Vieira Leite est une Créuse idéale : sa voix d’une pureté cristalline lui permet d’incarner l’innocente victime de l’héroïne éponyme avec brio. Sa dernière scène est particulièrement bien menée, la soprano sachant doser volume et vibrato en fonction de la torture imposée par la robe empoisonnée et de l’état de ses forces qui la quittent. Laurent Naouri est un Créon exceptionnel. La profondeur du timbre et la présence scénique en font un titulaire marquant du rôle, passant de la noblesse d’un chef de guerre à l’absurdité d’une scène de folie totalement maîtrisée. En Oronte, Gordon Bintnet convainc plus par son jeu scénique que par sa voix qui manque parfois de projection. Mais il campe une version triomphante et toxique du personnage qui se marie idéalement à l’approche de Mc Vicar.

Emmanuelle de Negri est une Nérine de luxe et offre une performance bouleversante, notamment lors de la dernière scène. Au-delà d’une technique évidemment impeccable, tout son art s’accomplit dans une diction ultra travaillée et très intelligente. La Cléone d’Élodie Fonnard emporte l’adhésion à chacune de ses apparitions, notamment lorsqu’elle rapporte la poignante mort d’Oronte et le suicide de Créon. Lisandro Abadie est un Arcas solide sur ses appuis tandis que Mariasole Mainini propose une Italienne pétillante.

Julie Roset est le joyau de la soirée : ses aigus d’une facilité déconcertante sont à l’image d’une grâce et d’un charisme évidents. Le tableau de l’Amour est le plus réussi et la malice de la chanteuse ravit le spectateur. C’est peu dire que ce sont là de fracassants débuts à l’Opéra de Paris et il est évident que la soprano a vocation à prendre des rôles titres, sur cette même scène, dans les années qui viennent.

© Elisa Haberer

Les captives, Juliette Perret et Julia Wischniewski, offrent d’envoûtantes envolées, tandis que Maud Gnidzaz et Alice Gregorio charment le spectateur durant le chœur des trois voix. Virginie Thomas est un fantôme glaçant lorsqu’elle dédouble Créuse. Enfin, Clément Debieuvre, Bastien Rimondi et Matthieu Walendzik sont des démons, Jalousie et Vengeance déterminants dans le succès des scènes d’incantations, contribuant à leur conférer toute leur étrangeté par une nasalisation bienvenue.

Le chœur des Arts Florissants, dirigé Thibaut Lenaerts, réalise un sans faute de rythme, de justesse et de diction. Qu’il soit en coulisse ou sur scène, chaque apparition fonctionne. Au pupitre, William Christie est ici chez lui : il connait et surtout adore cet opéra plus que quiconque lui qui, pour rappel, en a proposé le tout premier enregistrement mondial à la fin des années 1980 et considère Chaprentier comme supérieur à Lully. Sa battue est un franc succès, le jeu des volumes, des tempi et des contrastes est habilement tissé et instaure une interaction intelligente entre scène et fosse. L’orchestre des Arts Florissants se trouve dans une grande forme pour cette première et déploie avec aisance son excellence bien connue.

Le succès de ce retour de Médée à l’ONP se mesure aussi et surtout à l’applaudimètre et devrait peut-être appeler encore plus de baroque sur cette scène. Castor et Pollux est programmé pour la saison 2024-2025, mais ne pourrait-on pas espérer prochainement un Lully également ?

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Tragédie mise en musique en cinq actes et un prologue

Composée par Marc-Antoine Charpentier

Livret de Thomas Corneille

Création à Paris, Académie Royale de Musique, le 4 décembre 1693

Détails

Mise en scène
David McVicar

Décors et costumes
Bunny Christie

Lumières
Paule Constable

Chorégraphie
Lynne Page

 

Médée
Lea Desandre

Jason
Reinoud Van Mechelen

Nérine
Emmanuelle de Negri

Créon
Laurent Naouri

Oronte
Gordon Bintner

Créuse, 1er fantôme
Ana Vieira Leite

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Arcas
Lisandro Abadie

L’Amour
Julie Roset

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Mariasole Mainini

Les captives
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Second fantôme
Viriginie Thomas

Chœur à trois voix
Maud Gnidzaz, Alice Gregorio

Chœur à trois voix, 1er corinthien, un argien, Jalousie
Bastien Rimondi

Un Argien captif, Démon, 2ème corinthien
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Un Argien, Vengeance
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