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	<title>Laurent BOURDEAUX - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Laurent BOURDEAUX - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BACH, Passion selon saint Matthieu &#8211; Paris</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Apr 2023 08:04:30 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À la fin du Carême, lorsque le Chrétien entre dans une église pour y entendre le récit de la Passion, il revit un drame abyssal mais nécessaire. La crucifixion – la mort – porte déjà en elle la résurrection – la vie –, et le Chrétien sait que cela devait advenir. La Semaine sainte annonce Pâques, la Passion célèbre la vie en racontant la mort. Position ambiguë, instable et, dès lors, déchirante.</p>
<p>À la fin du Carême, lorsque le Musicien entre dans une salle de concert pour y entendre le récit de la Passion, il sait qu’il sera pris entre les mêmes pôles : ténèbres et lumière se rencontrent en une narration et une partition dont l’expressivité dépasse les convictions.</p>
<p>À la fin du Carême, lorsque le Chrétien et le Musicien entendent le récit de la Passion, ils se livrent tous deux à une longue méditation, ils écoutent une histoire, ils revivent un drame. Car c’est bien de cela qu’il s’agit avant tout : un moment dramatique, c’est-à-dire un moment théâtral. Tel semble être le parti pris adopté par <strong>Christophe Rousset</strong>, le 4 avril dernier à la Philharmonie de Paris.</p>
<p>Répartis en deux chœurs et deux orchestres comme l’exige la partition, les Talens lyriques et le Chœur de Chambre de Namur, préparé par <strong>Thibaut Lenaerts</strong>, offrent tout du long une homogénéité remarquable, tant dans les couleurs que dans les intentions. S’il est certain que, dans les conditions originelles d’exécution de l’œuvre, le <em>Coro II </em>(le second groupe d’instrumentistes et de choristes) comprenait moins de musiciens que le <em>Coro</em> <em>I </em>– l’église Saint-Thomas de Leipzig comptant à l’époque deux tribunes dont l’une était significativement plus petite que l’autre  –, le choix se porte ici sur deux chœurs et orchestres de même ampleur, ce qui semble pertinent dans le contexte d’une salle de concert.</p>
<p>Dès le premier chœur et choral, le jeu de réponses entre les deux chœurs est magnifiquement mené, tandis que le choral de sopranos plane au-dessus du dialogue, comme une prière. Manière d’affirmer d’emblée l’unité spirituelle du propos. D’une manière générale, les chorals sont vifs, tantôt animés, tantôt suppliants – et parfois les deux à la fois, on pense au « Herzliebster Jesu » – jamais appesantis, toujours proches du texte. Ils offrent des moments d’apaisement et d’union dans un contexte tourmenté (le « Wer hat dich so geschlagen<em> » </em>résout ainsi la tension accumulée dans le dialogue Évangéliste-chœur qui précède). C’est encore aux chœurs que l’on doit deux des moments les plus éblouissants de l’exécution (il s’agit certes aussi de deux des moments les plus forts de la partition) : alors que Jésus est prisonnier, les éléments se déchaînent. Le « Sind Blitze<em> »</em> – dont on connaît la difficulté – est parfait : inquiet mais pas lourd, tout en nuances, pressé sans être précipité. Le « Wir setzen uns mit Tränen nieder <em> » </em>est un moment d’extase musicale. Le Christ est au tombeau, il ne souffre plus. Il ne reste que le recueillement, au Chrétien comme au Musicien. Et l’espoir.</p>
<p>Si le chœur est depuis toujours l’un des éléments indispensables à toute tragédie, le récit de la Passion trouve en <strong>Ian Bostridge </strong>un Évangéliste particulièrement investi. La projection est parfaite, l’incarnation, théâtrale, nerveuse quand le texte l’exige. Loin d’être le narrateur neutre d’un récit passé, Bostridge vit l’action. Lorsqu’il est question de Judas – ou, plus rarement, de Pierre qui, au troisième chant du coq, devient lui aussi un traître – il s’anime, il nasalise, quitte à laisser, pour quelques instants, le chant de côté pour verser dans la déclamation ; ou à perdre son timbre, voire à franchement buter sur une vocalise dans l’aigu. Mais c’est l’acteur talentueux que nous retiendrons, celui qui fait parfois entendre Britten en chantant Bach, celui qui, par un subtil sens du phrasé donne une ampleur particulière aux mots les plus anodins.</p>
<p>Le Jésus de <strong>Benjamin Appl</strong>, par contraste, est apaisé, déjà résigné. Il déploie une ligne souple aux graves amples bien que parfois un peu écrasés (mais peut-être est-ce à des fins dramatiques, tant les mots concernés sont chargés : « Meine Seele ist betrübt bis an den <u>Tod</u> ? »).  <strong>Anna El-Khashem </strong>est une soprano convaincante à la voix ronde et chaude. Son « Ich will dir mein Herze schenken <em>» </em> déroute d’abord tant il semble exalté. Le texte – à nouveau – justifie néanmoins pleinement cette interprétation (« Je veux t’offrir mon cœur, descends-y, ô mon Sauveur ! Je veux me noyer en toi… »). <strong>Mari Askvik</strong>, alto, offre une voix bien accrochée, ronde, aux graves généreux et sonores. Son « Buß’ und Reu’ » est sombre et particulièrement dramatique, tandis que le dialogue avec le chœur qui ouvre la seconde partie est abordé nerveusement (mais, encore une fois, le texte ne l’exige-t-il pas ?), et que le « Erbarme dich <em>»</em> est, comme il se doit, un moment de pur recueillement abordé très sobrement, le violon solo soulignant le dialogue avec Dieu sans apporter le lyrisme (sans doute inapproprié) que l’on entend parfois. <strong>James Way</strong>, ténor, s’il offre un  « Ich will bei meinem Jesu wachen » très convaincant, rehaussé d’un phrasé somptueux au hautbois, déroute dans son « Geduld ! » (il s’agit ici de la version avec violoncelle) : la justesse n’y est pas toujours et l’attaque du « Unschuld » pèche par excès d’enthousiasme. Enfin, Judas, Pierre et Pilate trouvent en <strong>Thilo Dahlmann </strong>un interprète engagé, parfois nerveux – voire agité – mais toujours sûr. Dans la seconde partie du « Gerne will ich mich bequemen <em>»</em>, il se précipite parfois sur les temps faibles, alors même que ses récitatifs laissaient entendre une parfaite maîtrise de la phrase musicale. Les servantes de <strong>Wei-Lian Huan </strong>et <strong>Aurélie Moreels</strong> et les Grands prêtres de <strong>Samuel Namotte </strong>et <strong>Laurent Bourdeaux</strong>, solistes du chœur, complètent idéalement une distribution résolument tournée vers l’expression narrative et musicale.</p>
<p>Le 15 avril 1729, alors que le chœur d’ouverture déploie son magnifique dialogue entre les deux chœurs, une femme serait  sortie de l’église en s’écriant « Protège tes enfants, Seigneur ! C’est comme si on était dans un opéra ou dans une comédie ». À la fin d’<em>Accattone</em>, Pasolini met en scène une bagarre sur la musique du dernier chœur de la saint Matthieu. Moment de cinéma d’une beauté et d’une intensité inouïes. Il y a bien quelque chose qui dépasse la prière dans cette œuvre ou, du moins, quelque chose qui veut aller au-delà du Chrétien, peut-être même au-delà du Musicien. Quelque chose qui se situe du côté du théâtre, de l’expressivité quasi plastique du texte et de la musique. Christophe Rousset en a assurément tiré le meilleur.</p>
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		<title>OFFENBACH, Orphée aux Enfers — Paris (Ranelagh)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/orphee-aux-enfers-paris-ranelagh-plus-fort-que-les-greves/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 14 Dec 2019 23:20:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Résilience : le mot, d’actualité dans notre société confrontée à de nombreux traumatismes climatiques, écologiques, sociologiques, vient naturellement à l’esprit à la sortie de cette adaptation d’Orphée aux Enfers par Isabelle du Boucher et Annie Paradis au Théâtre du Ranelagh. Résilience d’une musique, et plus largement d’une œuvre, dont le génie a surmonté l’épreuve du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Résilience : le mot, d’actualité dans notre société confrontée à de nombreux traumatismes climatiques, écologiques, sociologiques, vient naturellement à l’esprit à la sortie de cette adaptation d’<i>Orphée aux Enfers </i>par <strong>Isabelle du Boucher</strong> et <strong>Annie Paradis</strong> au Théâtre du Ranelagh.</p>
<p>Résilience d’une musique, et plus largement d’une œuvre, dont le génie a surmonté l’épreuve du temps, des guerres franco-allemandes, de la révolution électronique, informatique puis numérique, de l’évolution des mœurs, etc. En dépit de mutations profondes, les références d’hier demeurent valables aujourd’hui. L’Opinion publique s’exprime à présent au travers de la télévision, et plus encore des réseaux sociaux. Brocarder Jupiter en Jupin était moyen déguisé de moquer Napoléon III ; notre actuel président de la République est souvent qualifié de jupitérien. Ça va Manu ?</p>
<p>Résilience aussi d’un public, venu nombreux un dimanche matin dans ce petit coin du 16e arrondissement malgré la grève des transports publics. Résilience surtout des artistes, également soumis à l’actuelle inconstance des trains et des métros, avec ce que cela signifie de fatigue lorsque le temps de trajet dépasse deux heures, de séances de répétitions écourtées ou, pire, annulées, de courage pour surmonter ces écueils et, comme si de rien n’était, de la nécessité d’assurer sur scène leur mission de divertissement. <i>The show must go on</i>, comme on dit, mais au prix de sacrifices qui touchent à l’abnégation. Ne développons pas davantage pour ne pas céder à une indignation, voire une colère, contraires à l’esprit d’Offenbach. « <i>Mon seul nom suffit à remplir le Ranelagh un jour de grève </i>», s’enorgueillit Orphée pour convaincre de son talent Eurydice récalcitrante. La salle s’esclaffe&#8230; L’humour est la politesse du désespoir, disait Georges Duhamel.</p>
<p><img decoding="async" alt="" src="/sites/default/files/styles/large/public/orp2.jpg?itok=zuMCRHRF" title="© Opéra du Jour" /><br />
	© Opéra du Jour</p>
<p>La bonne humeur prend donc le pas sur les tracas du quotidien, tout au long d’une représentation dont rien ne semble pouvoir entamer le plaisir contagieux. Entre les deux versions d&rsquo;<i>Orphée aux Enfers</i> – 1858 et 1874 –, Isabelle du Boucher et Annie Paradis ont dû faire des choix dont seule la substitution du refrain de « Ah le petit vin blanc » aux couplets bachiques paraît discutable. La présence du Chœur de Grenelle autorise le grand final du premier acte avec sa parodie d’anathème, à défaut de la valse des petits violonistes. Les coups de ciseaux à droite, à gauche n’entament pas la cohérence d’une lecture toujours intelligible. Les coutures sont suffisamment habiles pour ne pas nuire à la continuité du propos.</p>
<p>Au piano, <b>Magali Albertini</b>, assistée du violon de <b>Mathilde Garderet</b> dans le duo du concerto, conduit le discours musical à un galop forcément infernal. L’entrain avec lequel la pianiste mène le bal ne s’exerce jamais au détriment du chant. La suppression du rondeau des métamorphoses et de la saltarelle de Mercure réduit à onze le nombre de rôles et à dix le nombre de solistes, Mars étant confié au même interprète que Styx – <b>Ronan Dubois</b> plus à l&rsquo;aise vocalement en « domestyx » qu&rsquo;en dieu neuneu.</p>
<p>A chacun, plusieurs points communs : la clarté de l’élocution d’abord – qu’il soit parlé ou chanté, aucun mot n’échappe à la compréhension ; l’adéquation vocale et scénique à leur personnage ensuite – s’il nous avait fallu les imaginer, on ne les aurait pas représentés autrement ; la capacité, indispensable dans ce répertoire, à jouer aussi bien que chanter.</p>
<p>On a plaisir à retrouver dans la distribution certains noms devenus familiers au fil des saisons d’Opéra du jour, par exemple la frimousse de <b>Mylène Bourbeau</b> en Cupidon mutin. <b>Marthe Davost</b> est une Eurydice délicieusement légère. <b>Maxime Duché</b> use de son sens du théâtre pour surmonter les quelques notes tendues d’Orphée. Dans la romance d’Aristée, <b>Rémi Peloso</b> démontre une jolie maîtrise de la voix de fausset. <b>Ania Wozniak</b> possède tout à la fois un faux air de Valérie Lemercier et un mezzo-soprano suffisamment profond pour faire l’Opinion Publique acariâtre et sentencieuse. Il faut le duo de la mouche pour que <b>Laurent Bourdeaux</b>, en Jupiter, se démarque de sa réserve et puisse tendre d’un air coquet le jarret dans l’acte suivant. Etc.</p>
<p>Tout ce petit monde s’ébat avec un naturel confondant quand on sait le peu de répétitions préalables. C’est là un des mérites du travail d’Isabelle du Boucher et Annie Paradis : savoir communiquer l’énergie nécessaire pour que le spectacle fonctionne avec une économie de moyens compensée par l’imagination et la poésie. Bon nombre de directeurs d’institutions lyriques soumis à la pression des budgets pourraient s’en inspirer. Prochaines représentations dimanche 19 et 26 janvier 2020 à 11h. </p>
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