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	<title>Clémence TILQUIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MASSENET, Roma &#8211; Paris (TCE)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 05:33:44 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« J’ai écrit <em>Roma </em>d’une façon anti-moderne parce que j’ai senti que ma musique devait être en rapport avec le sujet, les situations et les personnages. » plaidait Jules Massenet en faveur de son opéra quelques mois avant sa création. Le maître anticipait les reproches qu’on ne manqua pas de lui faire lors des premières représentations de l’ouvrage. « Il faut convenir très haut, que cette dernière œuvre de Massenet était inutile », écrivait Gabriel Fauré tout bas avant de blâmer le vide et l’inanité (sic) de la partition. La critique parisienne regretta l’absence de toute sensualité, raconte Jean-Christophe Branger*, ce que contredit un bon nombre de pages – l’air de Lentulus, « je vais la voir » s’il faut n’en citer qu’une. <em>Werther</em>, <em>Manon </em>puis <em>Hérodiade</em> affleurent dans le duo d’amour entre ténor et soprano, tandis que le prélude du bois sacré fait écho à la méditation de Thaïs. La seule faute de Massenet, dans ce nouvel opéra, ne serait-elle pas finalement d’avoir fait du Massenet en 1912, quand la musique s’aventurait sur des terrains autrement plus audacieux ?</p>
<p>Avec ses relents de <em>La Vestale</em>, le choix du livret apparaît aussi tourné vers le passé. Au IIIᵉ siècle avant J.-C., Rome est menacée par Hannibal. Selon l’oracle de Vesta, la victoire ne sera possible que si le feu sacré, souillé par un crime, retrouve sa pureté. La coupable est Fausta, une vestale et nièce de Fabius, qui tente de cacher sa faute avant de se trahir. Condamnée à mort, elle refuse de fuir avec Lentulus, qui l’aime et veut partager son sort. Devant le Sénat, Fausta avoue son crime et accepte le supplice réservé aux prêtresses coupables : être emmurée vivante. Pour lui éviter cette mort atroce, sa grand-mère Posthumia la poignarde au moment où elle est conduite au tombeau, puis descend avec elle dans la sépulture, tandis que Rome apprend la victoire de Scipion sur Hannibal. Un tel sujet ne correspondait plus aux préoccupations de l’époque. « Nous sommes moins imprégnés qu’on ne l’était, après la guerre de 1870, de pensées héroïques, civiques, fraternelles » constatait Reynaldo Hahn, « pour tout dire, nous ne sommes plus très “Romains” ».</p>
<p>Notre époque ne l’est pas davantage, à en juger aux réactions affligées de certains spectateurs à la sortie de la salle. Non, <em>Roma</em> n’est pas un chef d’œuvre. Loin de là. Mais une fois ses faiblesses acceptées, il faut saisir les plaisirs que réserve la partition lorsqu’elle est comme ici confiée à une distribution sans faille, dirigée d’une main de fer par <strong>Diego Ceretta</strong>.</p>
<p>Le chef possède un sens certain du théâtre. Progression, tension, coups de projecteur jetés au moment opportun sur un détail instrumental ou une inflexion du chant sont les composantes d’une lecture efficace, même si parfois trop appuyée. L’emphase guette. Pourrait-il en être autrement dans une œuvre où Rome, Vesta, l’honneur et la mort se disputent chaque mesure ? Mais ces excès procèdent d’un parti pris : assumer la partition, jusque dans ses égarements, plutôt que chercher à en excuser les inégalités.</p>
<p>Les forces philharmoniques de Monte-Carlo s’ébattent dans l’euphorie sonore. Les pupitres s’articulent avec précision. Bois, cuivres et cordes contribuent chacun à la variété des couleurs et des dynamiques. L’orchestre se fait protagoniste à part entière. L’ouverture en fournit d’emblée la démonstration. Ample, contrastée, conduite avec un sens aigu des masses et des transitions, elle prend les dimensions d’une véritable page de concert. Le public ne s’y trompe pas, qui l’applaudit comme telle avant même que le rideau ne soit véritablement levé.</p>
<p>Le chœur joue aussi un rôle essentiel<strong>.</strong> Massenet le convoque tantôt à des fins décoratives – le chant lointain des vestales, dont la douceur suspend un instant le drame –, tantôt pour précipiter l’action – l’anathème grandiloquent lancé contre la prêtresse parjure. Dans un cas comme dans l’autre, unité et puissance impressionnent.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260926-Roma-credit-OPMC-Alice-Blangero-7-1294x600.jpg" />© OPMC Alice Blangero</pre>
<p>Tous soumis à rude épreuve, les chanteurs assument leur rôle sans écart stylistique. Tous semblent à l’aise avec la langue et cette déclamation française qui exige de faire entendre le mot sans sacrifier la ligne. Les moins favorisés par la partition trouvent matière à exister : <strong>Aliénor Feix</strong> en Grande vestale ; <strong>Clémence Tilquin</strong>, Galla remarquée en seulement quelques phrases, suffisamment projetées pour laisser une trace lumineuse.</p>
<p>Junia n’offre à <strong>Hélène Carpentier</strong> qu’un grand monologue, qui bénéficie de beaux effets de nuance. Le chant s’anime au gré du récit, laissant percer, sous la tenue de la note, une fragilité qui sied à la jeunesse du personnage.</p>
<p>Peut-on imaginer grand prêtre plus inflexible que <strong>Patrick Bolleire</strong> ? Émission autoritaire, timbre noir, noblesse et raideur confèrent à Lucius Cornelius sa stature de pontife implacable.</p>
<p>A Fabius, le baryton feutré mais capable d’éclat de <strong>Tassis Christoyannis</strong>, idéal pour cette figure de père noble partagé entre amour filial et honneur.</p>
<p><strong>Jérôme Boutillier</strong> fait de Vestapor un véritable numéro de théâtre. Voix claire, articulation superlative, sens du mot : le texte mord et ricoche. Une pointe méphistophélique achève de transformer l’esclave gaulois en inquiétant maître du jeu.</p>
<p>Avec Lentulus, <strong>Jean-François Borras</strong> peut concilier héroïsme et tendresse sans rupture de registre. L’émission reste solide sous la poussée orchestrale, le timbre sait s’assouplir dans les demi-teintes. L’égalité de la voix sur toute la tessiture entretient une impression de naturel, essentielle dans ce répertoire.</p>
<p>Il faut attendre le grand duo du troisième acte pour que Fausta entre véritablement en jeu. Le rayonnement de <strong>Rachel Willis-Sørensen</strong>, l’ampleur de sa voix, sa couleur franche – vermillon s’il faut la qualifier–, son étoffe soyeuse  imposent alors à la vestale une présence souveraine.**</p>
<p>Écrit pour Lucy Arbell, dernière égérie de Massenet, Posthumia emprunte à la tragédie ses contours les plus sombres<strong>. </strong>Le regard fixe, comme hantée par le pressentiment du drame, <strong>Julie Robard-Gendre</strong> semble puiser au cœur de ses entrailles des graves sépulcraux. Sans verser dans un pathos de mauvais goût, le texte est restitué au plus près, dans toute sa grandeur, conformément aux intentions de Massenet qui tenait à qualifier <em>Roma</em> d’« opéra tragique ».</p>
<p>Diffusion sur France Musique le 17 octobre, enregistrement et publication dans la collection Opéra français du label Bru Zane aideront à mieux appréhender un ouvrage mal aimé. À juste titre ?</p>
<pre>* <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jules-massenet-jean-christophe-branger/">Jean-Christophe Branger, <em>Jules Massenet</em> (Fayard, 2024)</a></pre>
<pre><strong>** </strong>Rachel Willis-Sorensen chantera au Théâtre des Champs-Elysées le jeudi 1<sup>er</sup> octobre dans la Symphonie n°3 « Kaddish » de Leonard Berstein.</pre>
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