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	<title>Andrea DE CARLO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Andrea DE CARLO - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>STRADELLA, Récital « La Dea delle scene » &#8211; Viterbe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/stradella-recital-la-dea-delle-scene-viterbe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Sep 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sous ses airs poussiéreux (airs résultant d’un cliché ou de trop nombreuses mauvaises productions), l’opéra n’a jamais échappé au star-system : au 17e comme aujourd’hui, cantatrices, prime donne et autres divas déchainent les passions des lyricomanes (car c’est une pathologie). Caterina Angela Botteghi est l’une de ces étoiles mortes à la lumière toujours présente : à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sous ses airs poussiéreux (airs résultant d’un cliché ou de trop nombreuses mauvaises productions), l’opéra n’a jamais échappé au <em>star-system</em> : au 17e comme aujourd’hui, cantatrices, <em>prime donne</em> et autres <em>divas </em>déchainent les passions des lyricomanes (car c’est une pathologie). Caterina Angela Botteghi est l’une de ces étoiles mortes à la lumière toujours présente : à défaut d’éléments biographiques, la légende a pris le pas sur la femme et c’est une réalité vaporeuse, pétrie des passions de ses contemporains, qui nous est parvenue. La réalité objectivable est reléguée aux angles morts du passé : tant mieux. C’est à celle que Stradella surnommait « la dea delle scene » que le concert d’ouverture du Festival Barocco Alessandro Stradella 2026 est consacré, prétexte à une mise en valeur du travail du compositeur sous un angle intéressant : (principalement) les rôles pour soprano de ses derniers opéras et l’incarnation tant vocale que scénique (les deux sont évidemment liés) des sentiments.</p>
<p>A la tête de l’<strong>Ensemble Mare Nostrum</strong>, <strong>Andrea De Carlo</strong> adopte une lecture résolument passionnée d’un répertoire qui l’exige. Les sons sont toujours abondamment nourris, les attaques plus que franches, la partition comme saturée d’un investissement jubilatoire. Mais l’approche ne se résume pas à un investissement déjà remarquable : l’interprétation est lisible et les lignes de basses souvent exploitées pour assurer un balancier stable à des lignes de violon qui se déploient avec une grande liberté. Le premier violon d’<strong>Ignacio Ramal Viejo </strong>offre à cet égard un phrasé toujours soutenu et une belle inventivité – voire virtuosité –, malgré un son qui pourrait gagner en rondeur.<br />
Cela étant, la <em>dea delle scene</em>, ce soir, c’est évidemment <strong>Silvia Frigato</strong> dont les qualités d’interprétation du répertoire baroque italien sont évidentes. Familière de la musique de Stradella (elle a pris part à plusieurs productions du <em>Stradella Project </em>: <em>Il Trespolo tutore </em>en 2020, <em>Amare e fingere</em> en 2021 ou encore <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/stradella-san-giovanni-battista-viterbe/"><em>San Giovanni Battista </em></a>en 2024), elle déploie une palette impressionnante d’expressions et ne ménage ni la partition où chaque note est <em>interprétée</em>, au sens plein du terme, ni l’orchestre qui n’a qu’à bien se tenir pour la suivre et qui, du reste, y réussit pleinement. Dans un programme où la sobriété n’a manifestement pas sa place, elle parvient à capturer l’intensité d’un concept (classiquement : l’amour, moins classiquement : la défiance à l’égard de l’espoir) dans un son et à le développer jusqu’à l’incandescence. On devine de très beaux <em>piannissimi</em> tenus et nourris jusqu’à l’éclosion, malheureusement trop souvent couverts par l’orchestre. La voix est agile, colorée mais toujours canalisée, l’émission jamais vulgaire malgré de nombreux ports de voix maîtrisés qui apportent en réalité une belle dynamique aux attaques.</p>
<p>Le programme a fait l’objet d’un enregistrement, à paraître prochainement.</p>
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		<title>STRADELLA, Un angelo del paradiso &#8211; Viterbe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/stradella-un-angelo-del-paradiso-viterbe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rossini a son festival à Pesaro, Verdi à Parme, Donizetti à Bergame. Mais ce privilège n’est pas réservé en Italie qu’aux compositeurs célèbres du XIXe siècle. Alessandro Stradella, un compositeur du XVIIe siècle encore injustement méconnu, possède lui aussi son festival, à Viterbe, dans la région du Latium. Fondé par Andrea de Carlo, ce festival &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Rossini a son festival à Pesaro, Verdi à Parme, Donizetti à Bergame. Mais ce privilège n’est pas réservé en Italie qu’aux compositeurs célèbres du XIXe siècle. Alessandro Stradella, un compositeur du XVIIe siècle encore injustement méconnu, possède lui aussi son festival, à Viterbe, dans la région du Latium. Fondé par <strong>Andrea de Carlo</strong>, ce festival a pour but principal de faire mieux connaître l’œuvre de Stradella, en ressuscitant chaque année une pièce du maître, qui dorment pour la plupart dans les tiroirs des bibliothèques depuis plusieurs siècles. Parallèlement, le chef enregistre le répertoire exhumé avec son ensemble <strong>Mare Nostrum</strong>, dans l’intention de réunir une intégrale discographique du compositeur : c’est le « Stradella Project ».</p>
<p style="font-weight: 400;">Cette année, le festival s’ouvrait avec une proposition un peu particulière, puisqu’il ne s’agissait pas d’un opéra ou d’un oratorio, mais d’un florilège d’airs et de ballets extraits de plusieurs œuvres composées par Stradella à Gênes, Modène et Rome sur une décennies, de 1671 à 1681. Tous ces morceaux – de véritables bijoux – ont été exhumés, rassemblés et polis par l’œil et l’oreille experte de <strong>Lucia Adelaide di Nicola</strong>. La musicologue et musicienne, qu’on retrouve au clavecin pendant le concert, s’est intéressée aux airs écrits pour un chanteur en particulier, le castrat Marc’Antonio Orrigoni, formant ainsi un recueil imaginaire dédié à l’interprète par le compositeur, comme cela se faisait parfois à l’époque. Dans une lettre à son ami et mécène Polo Michiel, Stradella annonce qu’il chante (« recita ») comme un ange du paradis (« come un angelo del Paradiso »). De là le sous-titre du concert, et du disque, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/stradella-un-angelo-del-paradiso-the-orrigoni-songbook/">coup de cœur de Forum Opéra</a> et nommé pour les prestigieux Gramophone Awards.</p>
<p style="font-weight: 400;">La principale différence entre le disque et le concert tient dans la composition des membres de l’orchestre, presque complètement renouvelée. Les interprètes, portés par la direction vibrante d’Andrea de Carlo, sont cependant habitués à travailler ensemble et cela s’entend et se voit : on perçoit leur connivence et leur écoute mutuelles, ce goût de respirer ensemble, de prolonger et partager leur enthousiasme d’un commun accord. Une grande sensualité se dégage ainsi de la matière sonore, comme si un grand corps vivant exaltait sous nos yeux : chaque pupitre contribue à redonner chair à cette musique endormie depuis des siècles, d’une modernité stupéfiante.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le programme, dense et ciselé, donne à entendre toute la palette d’un compositeur à la fois savant et profondément théâtral. Dès « Si che l’uccidero », extrait de <em>Le gare dell’amor eroico</em>, la fureur criminelle éclate sous la voix dans les éclats rageurs du théorbe (<strong>Giulio Falzone</strong>), presque rock’n’roll. Ailleurs, Stradella s’essaye au lamento le plus déchirant avec « Sorte crudele », tandis que la sinfonia de <em>La Susanna</em> déploie une grande sensualité dans le tissage savoureux des lignes des deux violons (<strong>Simone Pirri</strong> et <strong>Pietro Battistoni</strong>), qui s’entrelacent comme dans une étreinte. « Non vedi che Giove », extrait de <em>La forza dell’amor paterno</em>, explose avec une vigueur théâtrale éclatante, tandis que le plaintif « Lasso, che feci », du même opéra, surprend par ses audaces harmoniques. À l’autre extrême, le presto du <em>Novello Giasone </em>captive par sa brièveté et son intensité. Même quand il écrit une page plus apaisée, comme « Zeffiretti » (<em>La Susanna</em>), Stradella invente un climat unique : pas de figuralisme appuyé ici, mais des violons qui évoquent des courants contraires, portant une mélodie vocale aérienne, sur un accompagnement de cordes pincées vibrionnant tout autour (<strong>Juan Josè Francione</strong> à l’archiluth).</p>
<p style="font-weight: 400;">Andrea De Carlo, d’une énergie fougueuse, toujours soucieux de donner du nerf et du relief à la musique, n’hésite pas à surprendre le spectateur : dans la sinfonia de <em>Scipione africano</em>, il tape du pied sur l’estrade, soulignant le caractère martial du morceau, exigé dans la partition. Dans les autres extraits de ballets de <em>Scipione africano</em>, les contrastes de timbres sont un régal : cordes pincées cinglantes dans le Ballo dei ciclopi, ou chevauchée collective dans le <em>Ballo degli schiavi</em> du même opéra, qui commence presque comme le boléro de Ravel : instruments entrant l’un après l’autre, tutti endiablé, puis duo délicieux de tendresse entre le théorbe et la harpe baroque (<strong>Margherita Burattini</strong>), rejoints par la viole et enfin la contrebasse qui prend des allures d’instrument percussif (<strong>Amleto Matteucci</strong>).</p>
<p style="font-weight: 400;">Le sommet émotionnel de la soirée est sans doute atteint avec l’air « Da chi spero alta », judicieusement placé à la fin du programme. <strong>Silvia Frigato</strong>, d’un engagement sans faille depuis le début du concert, déployant une voix qui évoque aussi bien le feu que la glace, joue sur de longues tenues en son droit, progressivement vibrées. Son expressivité est saisissante dans le registre grave, avec un goût du mot infaillible et enivrant. À l&rsquo;orchestre, la ligne vocale se déploie autour d’un motif obstiné des cordes graves, dans un long crescendo exaltant, où la contrebasse se met presque à sonner comme une basse électrique. La même structure se répète, mais avec d’infimes variations instrumentales et des chromatismes surprenants, dans une forme de transe magnétique. C’est un monde en soi qui se déploie alors sous les voûtes de l&rsquo;église Santa Maria Nuova, dense et cosmique, qu’on aimerait ne jamais devoir quitter.</p>
<p style="font-weight: 400;">À travers ce voyage musical dans l’œuvre de Stradella, le festival rappelle combien ce compositeur, bien qu’encore dans l’ombre de Monteverdi ou Cavalli, possède un génie dramatique et harmonique singulier. Le concert présenté le lendemain dans l&rsquo;église San Silvestro avec le violoncelliste époustouflant <strong>Michele Marco Rossi</strong>, explorant toutes les potentialités de l&rsquo;instrument dans un programme qui allait de Galli à Xenakis, permettait d&rsquo;éclairer d&rsquo;un œil nouveau l&rsquo;originalité de Stradella, finalement presque plus proche de la musique du XXe siècle que de celle du XVIIIe&#8230; On repart de Viterbe avec la conviction que les prochaines dates du festival, notamment les représentations d&rsquo;une serenata de Stradella intitulée <em>Ecco Amore ch&rsquo;altero risplende</em>, seront elles aussi un avant-goût du paradis, grâce à ce mélange unique de concentration spirituelle et de sensualité que déploient Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.</p>
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		<title>STRADELLA : Un angelo del Paradiso, The Orrigoni Songbook</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/stradella-un-angelo-del-paradiso-the-orrigoni-songbook/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ne serait-ce que pour la longue plainte de Susanna (de l’oratorio éponyme) « Da chi spero aita, o cieli ! » (1), il faut écouter cet extraordinaire enregistrement, propre à rendre ses lettres de noblesse à l&#8217; héritier de l’art de Monteverdi et de Cavalli, Stradella, qui n’a jamais à rougir de la comparaison avec ses contemporains &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ne serait-ce que pour la longue plainte de Susanna (de l’oratorio éponyme) « <em>Da chi spero aita, o cieli !</em> » (1), il faut écouter cet extraordinaire enregistrement, propre à rendre ses lettres de noblesse à l&rsquo; héritier de l’art de Monteverdi et de Cavalli, Stradella, qui n’a jamais à rougir de la comparaison avec ses contemporains et successeurs les plus prestigieux.</p>
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="A. Stradella - Da chi spero aita - Ensemble Mare Nostrum Andrea De Carlo Silvia Frigato" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/u5aZG-SPls4?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
<p>Le sens dramatique, la vocalité, la qualité exceptionnelle de l’écriture &#8211; au moins comparable à celle de Corelli, de dix ans son benjamin – emportent l’adhésion. Les 26 plages sont autant de bijoux, différents, aussi captivants, qu’il s’agisse d’un air (parfois avec récitatif inséré, le <em>recitar cantando</em>) ou d’une page orchestrale. Autant l’œuvre sacrée (oratorios, cantates, motets) et instrumentale de Stradella est fréquemment illustrée au disque, autant son œuvre lyrique, essentielle, qui fit son incroyable renommée, se trouve-t-elle négligée. Son principal et ardent défenseur, <strong>Andrea De Carlo</strong> signe là son cinquième album consacré au compositeur (2), avec l’ambition de couvrir la totalité de son œuvre.</p>
<p>Qualifié d’« Angelo del Paradisio », Marc’ Antonio Orrigoni, célèbre castrat « premier soprano » à la Cour de Modène, fut l’interprète privilégié et le créateur de nombre d’opéras de Stradella, produits à Rome comme à Gênes, alors florissante. Aussi Andrea De Carlo a-t-il rassemblé en un recueil factice, imaginaire, mais tout à fait vraisemblable (<em>The Orrigoni Songbook</em>), douze airs, écrits à son intention, et à peu près autant de pièces orchestrales – sinfonias, ballets variés – extraites des mêmes ouvrages. <strong>Silvia Frigato</strong>, complice du chef, qu’elle accompagne dans son aventure stradellienne, se voit confier ces airs créés par le célèbre castrat. Non seulement ceux-ci constituent la palette des affects de l’opéra du temps, de la déploration, du lamento à l’air de vengeance, en passant par les déclinaisons du sentiment amoureux et l’évocation de la bataille, mais encore chacun d’eux revêt-il une forme changeante, épousant idéalement les textes illustrés, avec de surprenants contrastes, accusés, où l’orchestre prend toute sa part. Même si son répertoire est beaucoup plus large, Silvia Frigato s’est imposée comme une des meilleures interprètes de la musique baroque italienne de la nouvelle génération. De l’air de fureur (<em>Si, che l’uccidero</em>) du début à celui de Daniele (<em>Cosi va, turbe insane</em>) qui ferme le récital vocal, le bonheur est au rendez-vous. La voix longue, aux beaux modelés, projetée avec efficacité, les couleurs, l’égalité des registres, et l’agilité servent ce répertoire, qui constitue le plus souvent une heureuse  découverte. Son sens dramatique constant, servi par une diction exemplaire, donne à chacune de ces pages la meilleure illustration. Le raffinement, l’animation des deux airs d’Antioco (<em>La forza dell’amor paterno</em>) sont admirablement servis, et nous captivent. Il faudrait citer chacun (le bref aria de Ciro, avec son passage récitatif, souriant), l’ample <em>Da chi spero</em> (de <em>Susanna</em>) dont la progression est construite avec subtilité. On ne se lasse jamais.</p>
<p>En une dizaine d’années, l’ensemble <em>Mare Nostrum</em> s’est affirmé comme la référence stradellienne. Les huit instrumentistes de la formation rendent pleinement justice à cette musique. Chaque musicien est acteur, du premier violon aux traits virtuoses à la basse impérieuse. L’ensemble est fascinant par l’extrême diversité des climats qu’il suscite. La vie rythmique, le raffinement, les associations de timbres, tout est là pour nous ravir. Fait rare, jamais les motifs obstinés (<em>Da chi spero</em>, <em>Cosi va</em>)&#8230; n’obsèdent. Le bonheur est constant et l’émotion réelle. Les sonneries de la sinfonia d’ouverture de « <em>Le garre dell’ amor eroico</em> », bien que confiées aux cordes, prennent les couleurs des trompettes, la clarté du propos, l’agilité, tout nous comble. Il en ira de même des autres sinfonias (la suivante, avec sa plainte confiée au violon solo), mais aussi des danses et ballets (dont celui des quatre nations : Espagne, France, Turquie, Italie, les deux sarabandes contrastées d’<em>Il novello Giasone</em>). Sans ajout de quelque percussion, la rythmique en est exemplaire et contagieuse. Les pages instrumentales justifient autant que les airs l’écoute de ce disque.</p>
<p>Une incroyable fraîcheur, la souplesse et les articulations requises, une énergie sans pareille, une fermeté rythmique bienvenue, cet enregistrement est à marquer d’une pierre blanche, incontestable réussite, dont on attend impatiemment la suite, tant nous avons été mis en appétit.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) Qui figurait déjà dans le récital Stradella (<em>Lagrime e sospiri</em>) que lui consacrait Chantal Santon-Jeffery en 2017 (CD Alpha). Il est pris plus retenu par Andrea De Carlo, particulièrement dans le CD (3 mn de plus), la captation équilibre aussi davantage la voix et les instruments..
(2) Tous publiés chez Arcana, la plupart ont fait l’objet de comptes rendus dans Forumopera. Il suffit de taper « Stradella » dans l’onglet recherche, pour les retrouver. Andrea De Carlo est l’initiateur et artisan du <em>Stradella Project</em>, qui se décline non seulement au travers d’enregistrements et d’éditions, mais aussi par un festival annuel dédié, à Viterbe.</pre>
</li>
</ul>
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		<title>STRADELLA, San Giovanni Battista &#8211; Viterbe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/stradella-san-giovanni-battista-viterbe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Sep 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Compositeur aujourd’hui plutôt confidentiel, Alessandro Stradella mena pourtant une vie dont l’invraisemblance forge des légendes. De Bologne à Gênes, en passant par Venise, Turin et bien sûr Rome, il multiplia les conquêtes amoureuses et les rivalités que celles-ci ne manquèrent pas d’engendrer. De cavales en intrigues, il mourut assassiné à Gênes en 1682, laissant une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Compositeur aujourd’hui plutôt confidentiel, Alessandro Stradella mena pourtant une vie dont l’invraisemblance forge des légendes. De Bologne à Gênes, en passant par Venise, Turin et bien sûr Rome, il multiplia les conquêtes amoureuses et les rivalités que celles-ci ne manquèrent pas d’engendrer. De cavales en intrigues, il mourut assassiné à Gênes en 1682, laissant une œuvre résolument novatrice. Tous les genres musicaux du 17<sup>e</sup> siècle y passèrent : opéra, concertos, motets, madrigaux, cantates, airs, oratorios. Des six oratorios qui nous sont parvenus, <em>San Giovanni Battista</em> est certainement le plus connu. Composé à Rome, ce saint Jean-Baptiste tient assurément plus du théâtre que de l’église. Et pour cause : à Rome, le pouvoir papal voyait alors l’opéra d’un œil méfiant – pour ne pas écrire franchement hostile –, censurant largement le genre. On sait pourtant que les livrets inspirés de thèmes bibliques sont nombreux à l&rsquo;opéra, si bien que la frontière entre ce genre et l’oratorio peut parfois ne tenir qu’à un mot.</p>
<p style="font-weight: 400;">S’il n’appelle <em>a priori </em> pas de mise en scène, le saint Jean-Baptiste de Stradella plonge l’auditeur au cœur d’un drame vécu directement : les personnages s’expriment en première personne, sans même qu’un narrateur ne serve de médiation entre le public et les protagonistes. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_005811-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-171591"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© DR</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">L’intrigue est connue – peut-être particulièrement des amateurs d’opéra (la <em>Salomé </em>de Richard Strauss repose sur le même épisode) : saint Jean-Baptiste est à la cour du roi Hérode pour blâmer l’union de ce dernier à Hérodiade, la femme de son frère. Salomé, la fille d’Hérodiade (d’ailleurs désignée dans le livret utilisé par Stradella comme « Hérodiade la fille »), subit les avances de son oncle/beau-père. Elle y résiste à peine, minaude un peu, et cherche finalement une manière de s’assurer une emprise sur le roi, mais aussi sur le royaume. En tel cas, rien ne vaut le conseil avisé d’une mère attentive : « Ma fille, si tu souhaites obtenir un grand trésor de l’affection royale, demande simplement la tête de l’hautain Baptiste, un don plus grand que quelque empire que ce soit ; car si la langue tombe sur le sol, tranchée nette, Hérode restera le trophée de nos armes, et qui triomphe d’un roi, jouit d’un royaume ». Facile à convaincre, la fille entonne quelques vocalises qui suffiront à faire trancher la tête du saint, toutes affaires cessantes.</p>
<p style="font-weight: 400;">Sur le plan orchestral, Stradella consolide le dispositif du <em>concerto grosso</em>, soit une forme où deux ensembles se répondent : le <em>concertino </em>composé d’instruments solistes et le <em>ripieno</em>, composé du reste de l’orchestre. Cette écriture permet des jeux d’échos et des effets de volume qui confèrent à la partition une dynamique singulière, participant résolument à la théâtralité de l’œuvre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_008212-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-171592"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© DR</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Ces possibilités expressives sont pleinement exploitées par <strong>Andrea De Carlo </strong>et l’<strong>Ensemble Mare Nostrum</strong>. Après quatre jours d’enregistrement (un CD est annoncé début 2025), la pièce a manifestement atteint sa maturité. Les articulations sont ciselées, les basses et continuos (clavecin, orgue positif, théorbe, violoncelle baroque…) insufflent une dynamique qui confine parfois à l’emportement (toujours maîtrisé) et à la jubilation. Sur le plan spatial, les deux parties de l’orchestre ne sont pas distinctes. Il en résulte une belle homogénéité sonore que l’acoustique suffisamment sèche de l’église Santa Maria Nuova de Viterbe sert avantageusement : les choix de <em>tempi</em> et la vivacité extrême de certains passages ne se seraient pas accommodés d’une réverbération trop importante. Ici c’est net, tranchant même – pouvait-il en être autrement&nbsp;?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_010113-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-171593"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© DR</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;"><strong>Dorota Szczepańska </strong>est une «&nbsp;Hérodiade la mère&nbsp;» chatoyante. Dès sa première intervention, on la sent séductrice et manipulatrice ce qui, vocalement, se traduit par une sensualité certaine que certains ports de voix d’abord étonnants (ils donnent une direction presque dansante à certaines phrases) mais, en fait, très à propos, expriment. La voix est riche et colorée. Lorsque le propos est plus directif (s’adressant à Hérode&nbsp;: «&nbsp;Oui, seconde les vœux de ton Hérodiade, de tous ceux qui te sont dévoués&nbsp;»), le ton change du tout au tout et cette sensualité vocale disparaît au profit d’une projection nette et toujours efficace.</p>
<p style="font-weight: 400;">«&nbsp;Hérodiade la fille&nbsp;» tient assurément le rôle le plus exigeant, vocalement mais aussi dramatiquement, de la partition. <strong>Silvia Frigato</strong> parvient à rendre compte de l’évolution rapide mais extraordinairement intense de la psychologie du personnage. Abordé dans un premier temps avec une certaine retenue vocale – timbre sobre, projeté sans excès ni fioritures, avec une grande attention au phrasé –, le rôle évolue rapidement vers des sommets d’expressivité. Alors qu’elle demande à Hérode la tête du Baptiste, les aigus un peu coincés du début de la partition s’élargissent, les vocalises sont menées intelligemment et les chromatismes justement soulignés pour, peu à peu, atteindre le <em>climax </em>de la partition.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_010414-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-171594"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© DR</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">À l’incandescence de cette Salomé répond la gravité de saint Jean-Baptiste. En 1675, à la création de l’œuvre, le rôle était tenu par le castrat Giovanni Francesco Grossi, dit Siface. L’écriture aurait dès lors pu faire droit aux démonstrations de virtuosité que l’on retrouve pour ce type de voix dans les opéras de Cavalli ou, plus tard, Scarlatti et Vivaldi. Rien de tout cela chez Stradella. Jean-Baptiste incarne l’autorité calme et vertueuse. <strong>Danilo Pastore</strong>, contre-ténor, parvient à trouver un équilibre entre ce que son timbre lui permet et la posture que demande le livret. Claire et bien projetée, la voix n’est pas toujours timbrée et un excès d’air la voile parfois encore un peu plus. Il n’empêche que les vocalises sont intelligemment menées et que l’interprétation est idéale. Après l’envolée diabolique d’Hérodiade la fille, la sérénité qu’il dégage ne peut qu’être lacrymale.</p>
<p style="font-weight: 400;">La basse de <strong>Masashi Tomosugi</strong> (Hérode) est large et profonde, même si le chanteur ne parvient pas toujours à insuffler au son les harmoniques aigues qui lui confèrent son éclat (et, parfois aussi, sa justesse). Théâtralement l’investissement est total, confinant parfois à la carricature avec un étrange <em>marcato </em>dans certaines vocalises (singulièrement dans le «&nbsp;Tonerà tra mille turbini…&nbsp;»).</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans le rôle du conseiller, <strong>Roberto Manuel Zangari </strong>est exemplaire. Le phrasé est impeccable, de même que la projection. La voix est claire et lumineuse. Dans le «&nbsp;Anco in cielo il biondo auriga…&nbsp;», les attaques dans l’aigu – redoutables à bien des égards – sont parfaites.</p>
<p style="font-weight: 400;">Cette distribution de solistes forme aussi des ensembles remarquables d’homogénéité, tant sonore qu’interprétative, lors des quelques interventions du « chœur ». Quand le conseiller, la mère et la fille forment un trio pour s’adresser à Hérode (« Que les liens d’une si douce servitude ne se dénouent jamais, que son âme ne se tourne jamais ailleurs, ni que mon roi ne m’aime plus »), on ne sait plus si c’est le roi qui cherche à séduire ou l’inverse. On ne sait plus qui est la mère, ni qui est la fille (les lignes de chant des deux sopranos ne sont-elles pas largement interchangeables ?). On ne sait plus où sont les frontières, ni si on est à l’église ou à l’opéra.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/stradella-san-giovanni-battista-viterbe/">STRADELLA, San Giovanni Battista &#8211; Viterbe</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>FRESCOBALDI/CENCI/MASSIENZO/LANDI, Il canto di Roma &#8211; Celleno</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/frescobaldi-cenci-massienzo-landi-il-canto-di-roma-celleno/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Sep 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour la seconde année consécutive, le festival Stradella résonne dans le village de Celleno – « borgo fantasma » – avec un engagement qu&#8217;il faut souligner, tant l&#8217;Italie soutient peu la diffusion artistique en zone rurale. Après une superbe proposition autour des musiques du Nouveau Monde, l&#8217;an passé, ce sont cette fois les paysages sonores &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour la seconde année consécutive, le festival Stradella résonne dans le village de Celleno – « borgo fantasma » – avec un engagement qu&rsquo;il faut souligner, tant l&rsquo;Italie soutient peu la diffusion artistique en zone rurale. Après une superbe proposition autour des <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/los-ymposibles-musique-despagne-et-du-nouveau-monde-celleno-impossible-nest-pas-de-carlo/">musiques du Nouveau Monde</a>, l&rsquo;an passé, ce sont cette fois les paysages sonores de la Rome baroque qu&rsquo;ont applaudi les spectateurs pour un prix d&rsquo;entrée plus que modique.</p>
<p>Depuis plus de dix ans, avec le soutien ministère de la Culture, <strong>Andrea de Carlo</strong> équilibre son travail de chef d&rsquo;une importante activité pédagogique à la tête du <strong>Stradella Young projet</strong> afin d&rsquo;initier de jeunes artistes à l&rsquo;esthétique de son compositeur de prédilection, Stradella, mais également de la musique traditionnelle du Latium.</p>
<p>Intarissable lorsque l&rsquo;on évoque la prononciation des doubles consonnes en italien, il associe, ce soir encore, une précision lapidaire et une joie communicative dans l&rsquo;interprétation, pour démontrer combien la polyphonie sacrée est issue des chants populaires des rues de la capitale.</p>
<p>Trois Toccata de Frescobaldi rythment la soirée. La <em>Toccata avanti la messa degli Apostoli</em> marque particulièrement par la sensualité et la plénitude du son, le raffinement de l&rsquo;écriture tandis que la <em>Toccata cromatica</em> surprend délicieusement par la complexité de l&rsquo;écriture et des harmonies d&rsquo;une étonnante modernité. Poignant dès les premières notes <em>Ricercar sul IVe tono</em> de Palestrina est un autre temps fort de la soirée.</p>
<p>La <em>Sonata K87</em> de Scarlatti donne l&rsquo;occasion d’applaudir le talent époustouflant d&rsquo;<strong>Amleto Matteucc</strong>i à la contrebasse. Le jeune homme est doté d&rsquo;une énergie rythmique et d&rsquo;une verve assez uniques qui régalent également dans le <em>Ballo</em> de Kapsberger où l&rsquo;ensemble fait montre, comme tout au long du programme d&rsquo;une belle intelligence du phrasé et de la ligne mélodique sans oublier un vrai sens du contraste et des couleurs.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/9Y3A0466-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-140688"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Alberto Scaglietta &amp; Daniele Veglianti</sup></figcaption></figure>


<p>Il donne un relief rythmique remarquable à «&nbsp;Amore dell&rsquo;alma&nbsp;» de Massienzo. Ses pizzicati font tout autant danser le «&nbsp;Fuggi, fuggi da questo ciele&nbsp;» de Cenci, permettant à <strong>Roberto Mattioni</strong> d&rsquo;offrir son timbre de ténor tout en métal brillant à ce répertoire populaire idéale pour sa voix très timbrée, puissamment projetée, à la justesse malheureusement contestable à plusieurs reprises.</p>
<p>Sur un tapis sonore de l&rsquo;ensemble, tout en sensualité, les accents mozarabes de «&nbsp;O Roma Nobilis&nbsp;» avaient joliment ouverts la soirée, en évoquant l&rsquo;émerveillement des pèlerins apercevant Rome pour la première fois. Les «&nbsp;Amante felice&nbsp;» de Stefani clôturent quant à eux le programme avec une jolie conduite du son et du legato à la voix sans oublier une jubilation palpable à la contrebasse et à la guitare avant un très beau bis napolitain où le ténor s&rsquo;accompagne d&rsquo;une guitare calabraise dans une <em>Tarentelle de Sorrente</em> endiablée.</p>
<p>Tout au long de la soirée, ce dernier donne à entendre – comme les artistes de Mare Nostrum l&rsquo;avant veille avec l&rsquo;exceptionnel <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/melani-santa-rosa-di-viterbo-viterbe/"><em>Oratorio di Santa Rosa</em></a> – la relation entre phonétique et esthétique dans la musique vocale et instrumentale du XVIIe siècle. Comme l&rsquo;explique Andrea de Carlo, « le moyen-âge abandonne progressivement le latin pour la langue vulgaire. L’élision de certaines consonnes à l&rsquo;écrit (le latin [est] devient [e], par exemple) , n’empêche pas leur survivance dans la mémoire auditive. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un renforcement phono-syntaxique qui explique que, dans la phrase romaine, les consonnes soient redoublées. » Chez Monteverdi, par exemple, le chef d&rsquo;orchestre a découvert que « les double-consonnes étaient souvent soulignées par des rythmes pointés. Si la langue italienne est si chantante, ce n&rsquo;est pas seulement parce que les voyelles sont longues mais surtout parce que la double consonne prend l&rsquo;espace de la voyelle et l&rsquo;accentue. Elle réalise un geste, un rebond, une danse dans l&rsquo;air, créant l&rsquo;émotion. Il s&rsquo;agit là d&rsquo;un instrument très important qui structure la phrase, permet de créer le legato. Les double-consonnes sont le moteur et le récepteur de l&rsquo;énergie des voyelles qui constituent ensuite la route sur laquelle se déplace cette énergie. » Une danse dans l&rsquo;air, voilà un bien joli programme&#8230;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/frescobaldi-cenci-massienzo-landi-il-canto-di-roma-celleno/">FRESCOBALDI/CENCI/MASSIENZO/LANDI, Il canto di Roma &#8211; Celleno</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MELANI, Santa Rosa di Viterbo &#8211; Viterbe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/melani-santa-rosa-di-viterbo-viterbe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Sep 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le concert d&#8217;ouverture du festival Stradella restera sans doute un temps fort dans l&#8217;histoire de l&#8217;ensemble Mare Nostrum avec la recréation, sur les lieux même de sa naissance, de l&#8217;oratorio composé par Alessandro Melani en l&#8217;honneur de Sainte Rose de Viterbe. Le manuscrit, déposé à la Bibliothèque Nationale de France n&#8217;avait plus été entendu depuis &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le concert d&rsquo;ouverture du festival Stradella restera sans doute un temps fort dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;ensemble Mare Nostrum avec la recréation, sur les lieux même de sa naissance, de l&rsquo;oratorio composé par Alessandro Melani en l&rsquo;honneur de Sainte Rose de Viterbe.</p>
<p>Le manuscrit, déposé à la Bibliothèque Nationale de France n&rsquo;avait plus été entendu depuis 1686, or la musique en est superbe, tandis que le livret, efficace, raconte un moment charnière de la vie de la Sainte. Prônant la fraternité et le retour au premier christianisme dans un XIIIe siècle en pleines dissensions politiques et religieuses, la jeune fille est poussée à l&rsquo;exil en plein hiver. Son ordalie amène ici la conversion d&rsquo;une «&nbsp;magicienne&nbsp;» plus vraisemblablement une cathare. L&rsquo;action est resserrée autour de quatre personnages qui dialoguent&nbsp;: la jeune sainte, ses parents et «&nbsp;l&rsquo;hérétique&nbsp;» qui lui impose vainement l&rsquo;épreuve du feu.</p>
<p>Fidèle à son goût pour les redécouvertes historiquement informées,<strong> Andrea de Carlo</strong> et son ensemble font merveille avec cette partition d&rsquo;Alessandro Melani, contemporain de leur compositeur fétiche, Alessandro Stradella.</p>
<p>De la tempête de neige au feu de la Foi, les musiciens ne font qu&rsquo;un sous la direction passionnée du chef, déployant une palette colorée puissamment évocatrice qui réjouit l&rsquo;oreille avec des tempi enlevés et un formidable travail rythmique. Chacun pourtant cisèle sa partie avec créativité et un plaisir palpable.<br>Intelligence du contrepoint, ampleur de la respiration, pureté des lignes, équilibre des pupitres&#8230; La danse est partout, dans les épreuves comme dans l&rsquo;espérance&nbsp;; alliée à un mode de narration très direct, elle permet d&rsquo;obtenir une exécution aussi théâtrale qu&rsquo;élégante, sans temps morts et où l&rsquo;attention de faiblit jamais.</p>
<p>Incarnant les quatre protagonistes, le plaisir est grand de retrouver les chanteurs fidèles à l&rsquo;ensemble et qui nous avaient déjà régalés<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/moro-per-amore-caprarola-stradella-ou-la-vie-de-chateau/"> l&rsquo;an passé</a>. L&rsquo;on aurait souhaité, alors, plus profiter de la belle voix de basse de <strong>Masashi Tomosugi</strong>. Voilà qui est chose faite avec d&rsquo;importantes interventions dont l’acmé est sans doute le poignant « Mi lasso, e che rimiro ». L&rsquo;artiste s&rsquo;enorgueillit d&rsquo;une voix large à l&rsquo;excellent focus, une énergie toujours juste et une excellente diction – comme chacun de ses collègues, d&rsquo;ailleurs.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/230930_FBAS_274A9703_c_Daniele-Veglianti-Alberto-Scaglietta-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-140556"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Veglianti-Alberto Scaglietta</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Dorota Szczepanska</strong> incarne remarquablement son épouse et fait honneur au travail d&rsquo;articulation et de prononciation de l&rsquo;italien cher au directeur artistique puisqu&rsquo;on n&rsquo;imaginerait pas qu&rsquo;elle ne parle pas couramment la langue de Dante. « Tenere Piante » est tout de nuances délicates, le son rond, les phrases bien conduites comme dans « Se a tante pene »</p>
<p><strong>Silvia Frigato</strong>, leur fille et personnage éponyme, confirme son immense talent dans une partition exigeante où ses vocalises impeccables de précision ne sont jamais prises en défaut. Plénitude, maturité, les aigus sont libres, brillants, le timbre charnu contrastant magistralement avec l&rsquo;ensemble plein de délicatesse formé par harpe, luth, guitare et gambe dans « Di flagelli armata ancor » par exemple. La détresse est palpable dans le récitatif « Mio genitor » où elle déplore le décès – temporaire – de ses parents. On y admire de belles notes longues et droites, déchirantes, que l&rsquo;on retrouve dans le magnifique « Mio Dio, se a te piace » avant l&rsquo;apothéose finale de « Quando piange ».</p>
<p>Duo et trio entremêlent les lignes mélodiques avec brio dans «&nbsp;la Fede&nbsp;» dans les superbes «&nbsp;il guardo deluso&nbsp;, «&nbsp;A nuovo cimento si muovin le piante&nbsp;» ou «&nbsp;Un ingiusto rigore&nbsp;»&nbsp;; les voix s&rsquo;accordent parfaitement.</p>
<p>Il faut attendre la seconde partie de l&rsquo;oratorio pour qu&rsquo;entre en scène <strong>Eleonora Filipponi</strong> qui, forte d&rsquo;un charisme impressionnant, tient fort bien sa partie avec une assise bien verticale dans «&nbsp;Inaudito portento&nbsp;» même si l&rsquo;unité des registres est parfois mise à mal par l&rsquo;ambitus de la partition. «&nbsp;Odo un eco&nbsp;» est formidable d&rsquo;expressivité.</p>
<p>Une standing ovation conclut le marathon créatif mené par <strong>Mare Nostrum</strong> puisque sous peu, devrait paraître le premier enregistrement de cette œuvre à découvrir. Le<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.festivalstradella.org/program-2023/"> festival,</a> lui, ne fait que commencer.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/melani-santa-rosa-di-viterbo-viterbe/">MELANI, Santa Rosa di Viterbo &#8211; Viterbe</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Los Ymposibles, musique d’Espagne et du Nouveau Monde — Celleno</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/los-ymposibles-musique-despagne-et-du-nouveau-monde-celleno-impossible-nest-pas-de-carlo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Sep 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le festival baroque Alessandro Stradella écume depuis dix ans le magnifique territoire de la Tuscia, depuis des lieux patrimoniaux les plus prestigieux jusqu&#8217;aux villages les plus isolés comme le ravissant Civitella d&#8217;Agliano ou ce soir le surprenant Celleno, surnommé « il burgo fantasma » car près de 80% de l&#8217;éperon rocheux s&#8217;y est effondré, forçant ses habitants &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le <strong>festival baroque Alessandro Stradella </strong>écume depuis dix ans le magnifique territoire de la Tuscia, depuis des lieux patrimoniaux les plus prestigieux jusqu&rsquo;aux villages les plus isolés comme le ravissant Civitella d&rsquo;Agliano ou ce soir le surprenant Celleno, surnommé « il burgo fantasma » car près de 80% de l&rsquo;éperon rocheux s&rsquo;y est effondré, forçant ses habitants à abandonner la localité. Le village fantôme est un lieu au charme prenant, particulièrement adapté à cette proposition en plein air d&rsquo;une épatante originalité.</p>
<p>Le programme reprend le contenu du CD <em>Nuove Espana </em>paru chez Alpha et chemine avec les caravelles de la Renaissance pour un voyage triangulaire entre l&rsquo;Afrique, l&rsquo;Espagne et le Nouveau Monde. Il démontre la richesse d&rsquo;un syncrétisme musical bien antérieur à l&rsquo;émergence du jazz.</p>
<p>« Los Ymposibles » en est un bon exemple : le manuscrit, conservé à Mexico, est celui d&rsquo;un compositeur espagnol qui reprend une mélodie romaine ! <strong>Andrea De Carlo</strong> s&rsquo;y ose chanteur pour la toute première fois. Intrépide, il improvise brillamment à la viole de gambe, tout au long de la soirée, sans partition.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/losymposibles2022_45.jpg?itok=lelTSwPC" title=" © Festival Baroque Stradella" width="312" /><br />
	 © Festival Baroque Stradella</p>
<p>Ce concert, de son aveu même, est l&rsquo;un des fétiches de l&rsquo;ensemble. Plein de fougue et de joie, il repose essentiellement sur des danses qui évoquent les trois continents.</p>
<p>Les artistes, tous d&rsquo;excellente tenue, partagent un plaisir manifeste tout en sourires complices en dépit d&rsquo;un « vent contre » qui ne facilite pas l&rsquo;équilibre des pupitres et met trop en avant le clavecin impeccable, extrêmement attentif, mais trop sonorisé de <strong>Lucia Adélaïde di Nicola</strong>. L&rsquo;essentiel de l&rsquo;équipe est issue du <em>Stradella Young Project</em>, soutenu par le ministère italien de la Culture, qui favorise depuis dix ans l&rsquo;intégration de jeunes musiciens dans le monde professionnel.</p>
<p><strong>Serena Seghettini</strong>, à la viole de gambe, fait montre d&rsquo;autant de virtuosité et d&rsquo;intelligence musicale que son professeur. En particulier dans l&rsquo;interprétation de l&rsquo;air « Marizapalos », tout comme l&rsquo;introduction à la guitare par le talentueux <strong>Elias Conrad,</strong> elle nous emmène déjà dans tout un voyage, celui d&rsquo;une chanson du Palais Royal de Madrid, mais repris dans une version de Lima.</p>
<p>Impossible de ne pas battre la mesure avec les pizzicati délicieusement rythmés d&rsquo;<strong>Eduardo Blasitti </strong>dans « Xacaras » ou avec les deux danses de Noël venues du Pérou, « Cahua a voz y bajo» et « Cachua del Nacimiento » que tout le plateau reprend en chœur, sans façon, pour faire passer le message des habitants de l&rsquo;époque qui entendent faire la fête à leur manière et non à celle des européens. La soprano <strong>Sofya Yuneeva</strong> n&rsquo;a eu que 24h pour découvrir les partitions. Elle remplace au pied levé, avec un grand professionnalisme, une victime du Covid. Elle affirme l&rsquo;aisance de ses aigus comme la sensibilité souriante de son interprétation et apparaît ici plus à l&rsquo;aise que dans « la Dama d&rsquo;Arago », instable, parfois détimbré, néanmoins très émouvant.</p>
<p>En somme, cette musique s&rsquo;avère populaire autant que savante, comme le prouve le brillant « Canarios » : sa superbe mélodie se double d&rsquo;une alternance de soli et tutti qui met chacun des interprètes en valeur à l&rsquo;image d&rsquo;<strong>Irene Caraba, Amleto Matteucci,</strong> engagés et précis.</p>
<p>Le programme tout en légèreté n&rsquo;en demeure pas moins très informé d&rsquo;un point de vue musicologique avec des raretés découvertes dans les bibliothèques d&rsquo;Amérique du Sud. Ce n&rsquo;est pas si souvent que l&rsquo;on peut entendre un air quechua du XVIIe siècle comme l&rsquo;« Hanaq Pachap » de Juan Perez Bocanegra !</p>
<p>Le festival Stradella propose donc une fois encore une production exigeante, culottée, où brillent les talents des musiciens et qui s&rsquo;achève dans la jubilation d &lsquo;un « El Gujolote » endiablé.</p>
<p> </p>
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		<title>STRADELLA, Moro per amore — Caprarola</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moro-per-amore-caprarola-stradella-ou-la-vie-de-chateau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Sep 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/stradella-ou-la-vie-de-chteau/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Andrea De Carlo est un chef passionné et passionnant, enthousiaste lorsqu&#8217;il évoque Alessandro Stradella à qui il dédie depuis dix ans un magnifique festival. Il participe ainsi à revivifier de charmants villages et promène les spectateurs dans les plus beaux lieux patrimoniaux de la Tuscia, de Caprarola à la villa Lante de Bagnaia pour des &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/moro-per-amore-caprarola-stradella-ou-la-vie-de-chateau/"> <span class="screen-reader-text">STRADELLA, Moro per amore — Caprarola</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Andrea De Carlo</strong> est un chef passionné et passionnant, enthousiaste lorsqu&rsquo;il évoque Alessandro Stradella à qui il dédie depuis dix ans un magnifique festival. Il participe ainsi à revivifier de charmants villages et promène les spectateurs dans les plus beaux lieux patrimoniaux de la Tuscia, de Caprarola à la villa Lante de Bagnaia pour des soirées d&rsquo;exception, à la jauge réduite.</p>
<p>C&rsquo;est donc un sentiment de privilège qui perdure après la brillante représentation de <em>Moro per Amore</em>, huitième et ultime opéra de Stradella qui ne l&rsquo;a jamais entendu puisqu&rsquo;il est mort assassiné avant sa première représentation.</p>
<p>Sous les fresques maniéristes du palais Farnese, l’œuvre méconnue trouve ici une juste redécouverte par un ensemble spécialiste qui a travaillé avec précision l&rsquo;interprétation comme la linguistique et s&rsquo;approprie les particularismes de l&rsquo;émission vocale traditionnelle de la musique romaine pour mieux jouer des couleurs de la partition. Stradella est un compositeur d&rsquo;une immense créativité et on ne s&rsquo;ennuie pas une seconde dans cette version de concert menée à bride abattue par le formidable <strong>ensemble Mare Nostrum</strong>. L&rsquo;œuvre est remarquable, d&rsquo;une étonnante souplesse dans sa structure – ici raccourcie mais bientôt disponible en intégrale car la même équipe en achève tout juste l&rsquo;enregistrement. Les récitatifs ne sont jamais ennuyeux et volent parfois la vedette aux airs, accompagnés par un continuo inventif dont les interprètes varient sans cesse. Mention spéciale pour la délicatesse de l&rsquo;association harpe, guitare, violoncelle ainsi que pour la belle sensibilité de <strong>Lucia Adelaïde di Nicola,</strong> superbe claveciniste et musicologue distinguée, indispensable cheville ouvrière dans la redécouverte du répertoire.</p>
<p>Précision des attaques, soutien indéfectible au plateau, vitalité et spontanéité de l’interprétation, en dépit d&rsquo;un volume un peu trop uniformément fort, Andrea de Carlo met en exergue tous les reliefs du brillant contrapuntiste qu&rsquo;est le compositeur, suivi comme un seul homme par la phalange de 9 excellents musiciens en partie issus du <em>Young Project</em> de l&rsquo;ensemble. Car le chef, qui enseigne la viole de gambe au conservatoire de Rome, a le goût de la pédagogie et quatre des sept chanteurs sont également issus de ce programme qui avait donné ce même opéra en version scénique au Palazzo Altemps l&rsquo;an passé dans la capitale italienne.</p>
<p>Tous portent avec talent l&rsquo;histoire d&rsquo;amour embrouillée de ce « maure par amour » prêt à « mourir d&rsquo;amour » comme le suggère le double sens du titre.</p>
<p>Pas de black face pour<strong> Danilo Pastore</strong> qui prête sa sensibilité à l&rsquo;amoureux travesti et compense une voix peu percussive par une grande délicatesse comme dans le bouleversant « La fortuna è troppo avara ».</p>
<p>Face à lui, <strong>Silvia Frigato</strong> est une fabuleuse Eurinda qui se rit des nombreuses chausse-trappes de la partition, des harmoniques audacieuses et jubilatoires d&rsquo;un « Ogni petto, ogni cor ». Les registres sont parfaitement unifiés en dépit d&rsquo;un ambitus exigeant, le timbre glorieux dans « Furie terribile », les vocalises toujours souples et précises et la palette de couleurs exemplaires comme dans le déchirant « Sepellitevi nel cor ».</p>
<p>La reine est bien entourée par une dame d&rsquo;atours de grande classe en la personne de <strong>Margarita</strong> <strong>Slepakova</strong> aux médium parfois fragile mais à la belle sensibilité comme dans le « T&rsquo;intendo ». Elle forme un bien joli couple avec le ténor puissant de <strong>Matteo Straffi</strong>, à l&rsquo;airain dépourvu du moindre effort apparent dès son « Accingetevi ». Le jeune chanteur gagnerait simplement à plus de nuances comme dans leur duo « Amorosa impazienza ».</p>
<p>L&rsquo;excellent Fiorino du sopraniste <strong>Federico Fiorio</strong> complète avantageusement la distribution, fort d&rsquo;une émission au naturel confondant, de vocalises ductiles et d&rsquo;un épatant talent de comédien plein de friponnerie.</p>
<p>Il donne la réplique à la gourmande Lindora de<strong> Eleonora Filipponi</strong> qui cabotine avec une totale jubilation comme dans le chatoyant « Libertà, libertà » bien que la voix, très large, peine parfois ailleurs par manque de focus.</p>
<p>L&rsquo;auditeur aimerait profiter plus encore du timbre plein, charnu, bien campé de <strong>Masashi Tomosugi,</strong> moins présent sur scène, et sort heureusement étourdi de cette soirée menée tambour battant, dans l&rsquo;attente impatiente d&rsquo;une découverte plus complète au disque.</p>
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		<title>Alessandro Stradella &#8211; Amare e fingere</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/alessandro-stradella-amare-e-fingere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La vie de Stradella, aventureuse, romanesque à souhait, le mêla à des affaires de jeu, d’escroquerie, à des enlèvements. Il aurait été tué par des spadassins à la solde d’un noble vénitien dont il aurait enlevé la maîtresse (*). Son existence inspira trois opéras au XIXe siècle (Niedermeyer, Flotow et Moscuzza). L’existence de six opéras de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La vie de Stradella, aventureuse, romanesque à souhait, le mêla à des affaires de jeu, d’escroquerie, à des enlèvements. Il aurait été tué par des spadassins à la solde d’un noble vénitien dont il aurait enlevé la maîtresse (*). Son existence inspira trois opéras au XIXe siècle (Niedermeyer, Flotow et Moscuzza). L’existence de six opéras de Stradella était connue, jusqu’à ce qu’on en découvre trois, écrits à Rome au début de sa carrière, dont cet <em>Amare e fingere</em>. Cet enregistrement est donc une première mondiale. Sa production s’inscrit dans le <em>Stradella Project</em>, dont c’est le septième volume.</p>
<p>Imaginez un opéra à six personnages, quatre nobles et deux de condition plus modeste, avec des changements d’identité, des travestissements, qui autorisent tout, ou presque. Vous pensez à <em>Cosi fan tutte</em>, naturellement. Antérieur de plus d’un siècle, l’ouvrage de Stradella n’en partage que la distribution, la vivacité et les imbroglios. Dans une Arabie de fantaisie, Cloris et Rosbaldo s’aiment, mais conviennent de feindre l’indifférence pour ne pas éveiller la jalousie d’Oronta, reine d’Arabie, amoureuse de ce dernier. Artaban, l’ami de Rosbaldo, s’éprend de Cloris, alors qu’il est à la recherche de sa sœur, enlevée par des bandits. Jalousie, rivalités, conflits risquent d’aboutir à la violence, lorsque cette sœur se révèle être Cloris. Les deux couples convoleront au terme de l’ouvrage. Les personnages du précepteur et de la vieille animent les scènes comiques.</p>
<p>L’ouvrage s’inscrit dans la production de son temps : les très longs récitatifs, ici particulièrement soignés, <em>secco</em> comme <em>accompagnato</em>, ou encore arioso, animés, vigoureux comme interrogatifs ou plaintifs, sont entrecoupés d’arias, parfois très brèves, et de duos. Entre 7 et 9 arias, deux duos pour chaque acte, un « coro a 4 » pour les deux derniers. La fluidité du discours, la variété des expressions permettent d’éviter la lassitude. La distribution, équilibrée, ne comporte aucune faiblesse.</p>
<p>Fileno/Artabano est confié à <strong>Mauro Borgioni</strong>, beau baryton, voix ample, égale dans tous les registres, avec des graves bien timbrés. Son dernier air du II (« Qual fiera tenzone ») traduit idéalement ses sentiments contradictoires. Les quelques traits sont fort bien conduits. Le ténor <strong>Luca Cervoni</strong> incarne Coraspe/Rosalbo. L’émission claire trouve les accents héroïques attendus dans les récitatifs, mais excelle également dans les arias, y compris les plus brèves (« Che chi non più dormire » au II). Son rôle est le plus riche en airs et duos, à l’égal de celui de Clori/Despina que chante <strong>Paola Valentina Molinari</strong>, soprano au timbre séduisant. La joie dansante de l’amour inspire le « F’a pur quanto vuoi ».  Sa peine (« Misera, e che mi resta …/ Prendi quest’ ultime tenera lacrime ») est émouvante. Oronta / Celia est confiée à <strong>José Maria Lo Monaco</strong>. De ses nombreuses interventions, retenons le « Stella rea, stella infierita », décidé, vigoureux et douloureux. <strong>Chiara Brunello</strong>, alto, prête sa voix à Silvano, rôle secondaire, qui ne démérite jamais. C’est <strong>Silvia Frigato</strong>, soprano, qui chante Erinda. Si la voix paraît pincée dans les aigus des récitatifs, ses trois arias du dernier acte sont autant de réussites, à l’émission pleinement épanouie.</p>
<p>Outre les cinq instruments à archet, un théorbe, un archiluth, une harpe, un clavecin et un positif animent l’ensemble <em>Mare Nostrum</em>, dirigés par <strong>Andrea De Carlo</strong>, avec un réel sens dramatique et une attention portée à chacun. Le continuo, renouvelé en fonction des scènes, est un modèle de vie et de couleurs, auquel l’orgue apporte beaucoup.</p>
<p>La prise de son, proche, généreuse, met chaque voix, chaque instrument ou pupitre, en valeur, mais diffère considérablement de la perception d’un auditeur en salle. Confortant la stature de Stradella, sans en renouveler la perception, cette découverte, servie avec engagement, réjouira tous les amateurs de lyrique baroque.</p>
<p>La riche notice, trilingue (italien, anglais et français), outre la présentation de l’ ouvrage, comporte l’intégralité du livret et sa traduction.</p>
<p>______________</p>
<p>(*) La relation détaillée de Bourdelot, reproduite par Fétis (vol.8, p. 149) mérite d’être lue.</p>
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		<title>Il Trespolo tutore</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-trespolo-tutore-lopera-buffa-avant-lopera-buffa/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Oct 2020 05:04:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Infatigable, Andrea De Carlo continue d’enregistrer les opéras et oratorios de Stradella chez Arcana, pour notre plus grand bonheur. D’abord parce que l’art lyrique du dernier tiers du seicento reste largement ignoré, mais aussi en raison de l’importance et de l’intérêt du compositeur lui-même, dont on n’a longtemps retenu que la vie romanesque et San &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal">Infatigable, <b>Andrea De Carlo</b> continue d’enregistrer les opéras et oratorios de Stradella chez Arcana, pour notre plus grand bonheur. D’abord parce que l’art lyrique du dernier tiers du <i>seicento</i> reste largement ignoré, mais aussi en raison de l’importance et de l’intérêt du compositeur lui-même, dont on n’a longtemps retenu que la vie romanesque et <i>San Giovanni Battista</i>.</p>
<p class="MsoNormal">Dans une introduction concise et documentée, le musicologue <b>Arnaldo Monelli</b> récapitule les quelques occurrences de la <i>commedia per musica</i> du XVII<sup>e</sup> siècle, là où la musicographie situe habituellement la naissance de l’<i>opera buffa</i> au siècle suivant. C’est dans ce genre que s’inscrit <i>Il Trespolo tutore</i>, conçu pour un public génois qui, selon Stradella, « a le goût du ridicule ».</p>
<p>	Et il s’agit sans aucun doute d’une comédie burlesque, riche en sous-entendus lestes. Le livret de <b>Giovanni Villifranchi</b> revisite nombre de poncifs du <i style="normal">dramma per musica</i> en les détournant, comme autant d’engrenages d’une mécanique aussi réjouissante qu’absurde. Le désir entre tuteur et pupille est un classique du théâtre, sauf qu’ici c’est la fraîche Artemisia qui soupire pour son vieux Trespolo… Las ! Celui-ci s’entête à ne rien comprendre et convoite plutôt Despina. Pudique jusqu’à l’absurde, Artemisia multiplie les moyens détournés de déclarer sa flamme sans jamais y parvenir. « Celui que j’aime est tout près de moi », concède-t-elle, et Trespolo de supposer successivement qu’il s’agit de Ciro, jeune garçon à l’esprit dérangé, du tendre Nino, frère de Ciro, puis, pour couronner le tout, de la vieille nourrice Simona ! Chaque acte se termine sur une fausse piste, prélude à de nouvelles déconvenues dont les protagonistes s’agacent, s’amusent ou se désespèrent. Nino en deviendra fou, tandis que Ciro recouvrera la raison.</p>
<p class="MsoNormal">La réussite de l’interprétation tient à la qualité d’une équipe qui déborde d’italianité, et on suit facilement les paroles sans trop consulter le livret – intégralement fourni avec des traductions anglaise et française. La douzaine d’instrumentistes de l’<b style="normal">Ensemble Mare Nostrum</b> suffit largement à colorer la partition sous l’impulsion d’Andrea De Carlo, qui avait déjà dirigé des représentations du <i>Trespolo tutore</i> à Varsovie en 2018, avec une jeune équipe polonaise (en DVD chez Dux). Tout rebondit joyeusement : ni rupture ni mollesse dans cette succession de tons et de formes brèves. L’œuvre repose largement sur des récitatifs parsemés d’airs et <i style="normal">duetti</i> dont la durée dépasse rarement une minute trente, selon l’usage de l’époque, mais qui peuvent s’agréger en scènes développées, dont les plus remarquables sont peut-être celles de Nino à l’acte III. L’opéra exige avant tout une équipe soudée et de la volubilité : c’est parfaitement réussi.</p>
<p>	<b>Paola Valentina Molinari</b> est une Despina dessalée à souhait qui n’a aucun mal à tenir tête à Simona, à laquelle le ténor <b>Luca Cervoni</b> aurait pu prêter plus d’excentricité. Le caractère, les couleurs et le verbe savoureux ne manquent pas à <b>Riccardo Novaro</b> et <b>Roberta Mameli</b>, qui donnent tout le sel nécessaire à leurs nombreuses scènes et ariettes. Particulièrement amusante est la dictée d’une lettre d’amour que la jeune fille impose à Trespolo sans réussir à lui faire saisir les allusions les plus appuyées. Malgré un soprano bien acidulé, <b>Silvia Frigato</b> campe un Ciro fantasque dont les divagations piquent l’attention. Son frère Nino, d’abord moins haut en couleur, est confié au contre-ténor <b style="normal">Rafał Tomkiewicz</b>, rescapé des représentations de Varsovie. Sa voix moelleuse habille joliment les déceptions de l’acte II, et rend justice aux belles scènes de folie du dernier acte.</p>
<p class="MsoNormal">À la fin, tout est bien qui finit… n’importe comment. Ultime pied-de-nez aux dénouements heureux arrachés au prix d’improbables pirouettes de dernière minute, la dernière péripétie est loin de satisfaire tout le monde ! L’auditeur lui, sort gagnant de l’affaire, avec l’envie de voir cette comédie sur scène.</p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<p class="MsoNormal">  </p>
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