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	<title>Patrick DELCOUR - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Patrick DELCOUR - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Nouveaux départs à l&#8217;Opéra de Liège : le mythique Patrick Delcour claque la porte</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/nouveaux-departs-a-lopera-de-liege-le-mythique-patrick-delcour-claque-la-porte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille De Rijck]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Feb 2022 09:18:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une première série de purges du nouveau directeur de l&#8217;ORW dans les distributions établies par son prédécesseur avait mobilisé la presse nationale et internationale. Des artistes locaux, habitués de la maison, avaient été brutalement remerciés au profit d&#8217;artistes italiens. Stefano Pace, directeur de l&#8217;Opéra Royal de Wallonie avait rassuré les observateurs et s&#8217;était engagé à administrer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une première série de purges du nouveau directeur de l&rsquo;ORW dans les distributions établies par son prédécesseur <a href="https://www.forumopera.com/breve/a-peine-arrive-le-directeur-de-lopera-de-liege-licencie-deux-chanteurs-locaux">avait mobilisé la presse nationale et internationale</a>.</p>
<p>Des artistes locaux, habitués de la maison, avaient été brutalement remerciés au profit d&rsquo;artistes italiens.</p>
<p>Stefano Pace, directeur de l&rsquo;Opéra Royal de Wallonie avait rassuré les observateurs et s&rsquo;était engagé à administrer son théâtre dans la paix.</p>
<p>Dans l&rsquo;actuelle production de <em>Rigoletto pourtant,</em> Maria Mudryak qui devait chanter Gilda sera remplacée ; la décision prise jeudi soir n&rsquo;a pas donné lieu à un communiqué de presse. Le baryton Patrick Delcour qui, dans les épisodes précédents, s&rsquo;était montré très solidaire vis-à-vis de ses jeunes collègues, nous avait confié « parler, c&rsquo;est prendre le risque d&rsquo;être à son tour écarté ». Le liégeois, habitué de la scène de l&rsquo;ORW depuis plus de 30 ans, vient à son tour de connaître une amère expérience : « après la répétition musicale et après l&rsquo;italienne, tout s&rsquo;était bien passé, j&rsquo;ai chanté le rôle de Marullo plus de cent fois. Il est vrai que l&rsquo;entrée du rôle à l&rsquo;acte I est un peu délicate et que je me suis trompé à deux reprises pendant la première scène-orchestre. Le directeur général de l&rsquo;institution, que je n&rsquo;avais jamais eu l&rsquo;honneur de rencontrer, s&rsquo;est directement adressé à moi, dans ma loge, pour me faire remarquer le problème évoqué et qu&rsquo;il me laisserait une dernière chance le lendemain. N&rsquo;ayant jamais eu à vivre une expérience aussi directement humiliante, qui repose sur une erreur avérée mais humaine, m&rsquo;a profondément bouleversé. J&rsquo;ai compris, comme d&rsquo;autres avant moi, que ma présence n&rsquo;était pas souhaitée et après consultation de mon médecin, il a été jugé préférable de quitter la production ».</p>
<p>D&rsquo;expérience, il est bien connu de tout professionnel du chant que faire remarquer une erreur à un chanteur en lui promettant « une dernière chance » est bel est bien la seule manière de s&rsquo;assurer que le chanteur n&rsquo;y arrivera jamais. </p>
<p>Ironie du sort, nos collègues de ResMusica écrivaient le 22 juin 2021 : « Patrick Delcour [est un<font color="#202124" face="arial, sans-serif">]</font>, véritable pillier de l&rsquo;institution liégeoise, pour ces rôles secondaires de pure composition ». Il s&rsquo;est produit près de 1200 fois sur la scène de l&rsquo;ORW dans une centaine de rôles. Il est récipiendaire de plusieurs prix pour ses efforts de pédagogie autour, notamment, de l&rsquo;art lyrique.</p>
<p>Par ailleurs, un chanteur belge, lui-même écarté d&rsquo;une production, nous a fait savoir – sans souhaiter que son nom soit révélé à ce stade – avoir sommé ses avocats d&rsquo;assigner l&rsquo;Opéra de Liège. Une représentante de l&rsquo;Union des artistes nous confirme que plusieurs problèmes du même ordre ont été soumis à l&rsquo;association et sont en cour d&rsquo;examen.</p>
<p>Mise à jour 28/02 à 10h33 : l&rsquo;Opéra Royal de Wallonie indique que le certificat médical de Monsieur Delcour couvre les répétitions mais qu&rsquo;ils espèrent le retrouver sur scène dès la première représentation. </p>
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		<title>BIZET, Les Pêcheurs de perles — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-pecheurs-de-perles-liege-sfumato-ou-ligne-claire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 Nov 2019 09:27:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Face à certaines toiles de maître devenues méconnaissables avec le passage des ans, les restaurateurs d’œuvres d’art commencent en général par pratiquer un allègement des vernis, supprimant les couches « protectrices » désormais jaunâtres afin de rendre à la peinture la fraîcheur de ses coloris. Parfois, le travail est plus complexe, lorsque des repeints ajoutés par des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Face à certaines toiles de maître devenues méconnaissables avec le passage des ans, les restaurateurs d’œuvres d’art commencent en général par pratiquer un allègement des vernis, supprimant les couches « protectrices » désormais jaunâtres afin de rendre à la peinture la fraîcheur de ses coloris. Parfois, le travail est plus complexe, lorsque des repeints ajoutés par des mains postérieures se sont superposés à ce que le véritable créateur avait conçu. Dans le cas des <em>Pêcheurs de perles</em>, il a fallu un travail comparable, aidé par la découverte du conducteur de 1863, pour rendre à la première grande partition de Bizet la physionomie qu’elle devait avoir lors de sa première. Alors que divers théâtres continuent à donner la version de 1893, qui malmène allègrement ce qu’avait écrit le compositeur, l’Opéra royal de Wallonie – Liège adopte fort heureusement la pratique qui aurait dû s’imposer depuis la parution de l’édition critique chez Peters en 2002. Pour cette série de représentations, le spectateur a le plaisir d’entendre « Amitié sainte » pour conclure le duo Nadir-Zurga, au lieu d’une reprise du thème de la déesse, ainsi que divers passages coupés ou réécrits après la mort de Bizet, sans doute jugés démodés à la fin du XIXe siècle ou indignes de <em>Carmen</em>, mais qui nous montrent à quelles influences le jeune Prix de Rome 1857 était encore sujet. Tel qu’il fut composé, cet opéra – bien qu’il ait longtemps appartenu au répertoire de la Salle Favart, il ne s’agissait pas d’un opéra-comique tel qu’on l’entendait encore sous le Second Empire, puisqu’il n’inclut aucun dialogue parlé – lorgne encore souvent du côté de la première moitié du siècle.</p>
<p>Dès lors, on peut imaginer une représentation qui envisagerait l’œuvre non pas à l’aune de ce qui a suivi, mais plutôt de ce qui a précédé : Nadir n’est pas l’ancêtre de Don José, mais plutôt le descendant des héros de Boieldieu ou d’Auber. Et si l’histoire du disque est pleine des interprètes les plus variés, qui ont abordé le personnage avec des moyens adaptés au répertoire verdien, voire wagnérien, rien n’interdit de concevoir une approche tout autre. En confiant le rôle à <strong>Cyrille Dubois</strong>, c’est même la parenté avec le haute-contre à la française qui est établie, et « Je crois entendre encore » peut s’inscrire dans la lignée du sommeil de Renaud dans <em>Armide</em>. Le ténor français chante Rameau, Mozart et Rossini, ce qui est loin d&rsquo;être la plus mauvaise préparation pour aborder Nadir, mais un Nadir où la ligne compte autant que la nuance, un Nadir qui met en avant le texte, porté par une voix peut-être moins large que des titulaires illustres du passé, mais non moins éloquente. Un Nadir capable de suraigu, il le prouve, mais que le respect de la partition originale prive du « Charmant souvenir » ajouté par la tradition à la fin de son air. Dans cette même approche, on peut ranger le Zurga de <strong>Pierre Doyen</strong> : loin de la majesté marmoréenne de certains interprètes, c’est un personnage jeune que l’on entend ici, à la diction limpide, un Zurga ayant le même âge que Nadir et non un barbon paternel. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs cette clarté qui rend acceptable le Nourabad de <strong>Patrick Delcour</strong>, qui aurait pu paraître insuffisamment noir de timbre s’il avait été confronté à un Zurga plus ténébreux.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/ensemble_c_opera_royal_de_wallonie-liege_0.jpg?itok=_mU3udrI" title="© Opéra Royal de Wallonie - Liège" width="468" /><br />
	 © Opéra Royal de Wallonie &#8211; Liège</p>
<p>Retour à la tradition avec la Leïla d’<strong>Annick Massis</strong>, dont le chant velouté rappelle celui d’une Janine Micheau, avec ses contours ourlés comme d’un léger sfumato. On s’étonne presque que notre compatriote chante encore un rôle parfois confié à des artistes en début de carrière, mais le public liégeois est ravi de retrouver la soprano qu’il a applaudie en Juliette, Manon, Lucia ou Violetta. L’aigu piano semble parfois plus difficile, pas toujours dépourvu de quelques aspérités, mais la virtuosité est bien au rendez-vous, soutenue par une belle expressivité.</p>
<p>A quoi fallait-il donc s’attendre de la part de <strong>Michel Plasson</strong>, qui se produisait pour la première fois à Liège (le chef affirme être déjà venu diriger dans les années 1960 mais il faudrait se plonger dans les archives de la maison pour en savoir plus) ? Si l’on retrouve dans l’air de Zurga les divines langueurs dont il est coutumier, Michel Plasson dirige le reste de l’œuvre avec une vigueur admirable et nous montre à son meilleur l’orchestre maison, dans un répertoire qui lui va comme un gant, tirant notamment des sonorités superbes des cordes, et permettant aussi au chœur de briller dans ses diverses interventions.</p>
<p>Quant à la mise en scène de <strong>Yoshi Oïda</strong>, bien connue depuis sa création parisienne en 2012 et son premier passage par Liège en 2015, on en sait les mérites : une sobriété qui évite l’exotisme de carton-pâte, un japonisme élégant qui nous épargne la transposition moderniste. On a connu des <em>Pêcheurs de perles</em> plus stimulants visuellement, mais au moins cette production échappe-t-elle entièrement au ridicule, ce qui est déjà beaucoup.</p>
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		<title>PUCCINI, Madama Butterfly — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/madama-butterfly-liege-les-maris-helicopteres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Sep 2019 04:48:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis quelques années, les psychologues nous parlent des « parents hélicoptères », ces géniteurs qui ne peuvent laisser leurs enfants en paix et « planent » constamment au-dessus d’eux pour les surveiller. Après avoir vu Madame Butterfly monté à Liège par Stefano Mazzonis, on se dit qu’il doit aussi exister des « maris hélicoptères » qui utilisent ce moyen de transport &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis quelques années, les psychologues nous parlent des « parents hélicoptères », ces géniteurs qui ne peuvent laisser leurs enfants en paix et « planent » constamment au-dessus d’eux pour les surveiller. Après avoir vu <em>Madame Butterfly</em> monté à Liège par <strong>Stefano Mazzonis</strong>, on se dit qu’il doit aussi exister des « maris hélicoptères » qui utilisent ce moyen de transport pour venir arracher leur enfant aux griffes d’une mère trop aimante : en effet, si Pinkerton revient bien à bord du navire Abraham Lincoln, c’est à bord d’un hélicoptère qu’il revient chez Butterfly, au cours d’une scène qui ne manque pas de provoquer quelques gloussements de la part du public (l’engin se pose – en silence, heureusement – sur le toit du vilain immeuble moderne qu’habite désormais Cio-Cio-San). Et, comme on avait pu le voir <a href="https://www.forumopera.com/madame-butterfly-clermont-ferrand-la-mariee-etait-en-or">par exemple à Clermont-Ferrand</a>, l’enfant à récupérer s’avère finalement n’être qu’un tas de chiffons : en voyant le landau, on se disait que ce bambin était né vraiment bien tard après le départ de Pinkerton, ou qu’il tardait à apprendre à marcher, mais l’explication est encore plus simple, puisqu’il s’agit uniquement d’un fantasme de l’épouse abandonnée. Pourtant, la première partie du spectacle semblait on ne peut plus traditionnelle, la transposition vers les années 1950 étant fort discrète. Dans un décor passablement kitsch, où il ne manque que le pont japonais cher aux mises en scène qui ravissait nos aïeux, Butterfly et son cortège font irruption dès l’ouverture, ce qui gâche un peu l’apparition prévue ensuite. Les costumes japonais sont presque trop colorés, les ombrelles en papier tournoient, et le premier acte paraît bien statique.</p>
<p>De fait, même pour <strong>Speranza Scappucci</strong>, les choses sérieuses ne commencent vraiment qu’après l’entracte. L’ouverture est un peu dénuée de nerf, les invités de la noce sont vraiment bruyants, et le duo avance sans vraiment toucher : certes, la situation n’est qu’une duperie dont l’héroïne fera les frais, mais la musique devrait davantage envoûter l’oreille. Au deuxième acte, le drame se noue et la chef semble s’y investir bien plus. Dommage que le superbe intermezzo ouvrant le dernier acte soit gâché par les allées et venues de Suzuki faisant le ménage, car l’orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie se montre alors tout à fait à la hauteur de l’enjeu. Et l’on reste frappé par le rythme exceptionnellement rapide auquel sont jouées les dernières mesures de l’œuvre, parfaitement glaçantes.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/butt2_0.jpg?itok=1mayORzT" title="© Opéra Royal de Wallonie-Liège" width="468" /><br />
	© Opéra Royal de Wallonie-Liège</p>
<p>Quant à la distribution vocale, Liège a fait le choix de le dédoubler pour le couple central. Sur les neuf représentations, quatre proposeront des artistes « ethniquement corrects », avec une Butterfly japonaise (Yasko Sato) et un Pinkerton étasunien (Dominick Chenes). Pour les premières, c’est un couple russe qui se trouve sous les feux de la rampe. Rôle court et personnage antipathique, Pinkerton est souvent difficile à distribuer : <strong>Alexey Dolgov</strong> peine à donner de l’épaisseur à l’officier de marine yankee, les voyelles sont vraiment très ouvertes et son chant semble cantonné aux seules nuances forte et mezzo forte, non sans malgré tout se laisser parfois couvrir par l’orchestre. Même son « Addio, fiorito asil » ne nous remue guère, alors que c’est bien le moment où l’interprète pourrait se rattraper. Heureusement, <strong>Svetlana Aksenova</strong> se situe dans une autre catégorie. Admirable dans le répertoire russe, elle surprend d’abord chez Puccini, surtout dans le rôle de la geisha de 15 ans dont, pas plus que tant d’autres, elle n’a vraiment l’allure. Les couleurs de la voix sonnent d&rsquo;abord trop sombres pour le personnage mais, pour la soprano aussi, les choses paraissent plus naturelles après l’entracte, quand Butterfly cesse d’être une femme-enfant pour se montrer déterminée, sarcastique ou désespérée. Chanté dans une immobilité seulement perturbée par un lent mouvement ascendant des bras, « Un bel dì vedremo » produit l’impression désirée, et « Tu, tu, piccolo iddio » ne perd rien de sa force à être déclamé en présence de Pinkerton, le discours prenant alors un tour ambigu (même si l’on ne sait pas encore à ce moment que l’enfant n’existe pas). <strong>Mario Cassi</strong> est un Sharpless ému et émouvant, et l’on regrette que le baryton, très fréquemment invité à Liège, ne dispose pas cette fois d’un rôle plus étoffé. La Suzuki de <strong>Sabina Willeit</strong> ressemble plus à Olive, la femme de Popeye, qu’aux figures maternelles que l’on voit souvent, mais le timbre est bien celui que l’on attend. <strong>Saverio Fiore</strong> campe un savoureux Goro devenu un petit truand, tandis que Yamadori – <strong>Patrick Delcour </strong>convaincant – pourrait bien être un yakuza. La mise en scène n’aide pas <strong>Luca Dall’Amico</strong> à faire trembler le public, le bonze faisant une apparition bien plate au milieu de la noce.</p>
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		<item>
		<title>MOZART, Le nozze di Figaro — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-nozze-di-figaro-liege-le-charme-flamboyant-de-la-tradition/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Apr 2018 07:45:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;amateur d&#8217;opéra qui se rend à la représentation d&#8217;un classique du répertoire en attend des plaisirs très divers, voire contradictoires. Il peut espérer être bousculé dans sa lecture de l&#8217;oeuvre, par une mise en scène actualisée, par une lecture audacieuse. A l&#8217;inverse il peut éprouver un indicible plaisir à profiter d&#8217;une version traditionnelle, en costume &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;amateur d&rsquo;opéra qui se rend à la représentation d&rsquo;un classique du répertoire en attend des plaisirs très divers, voire contradictoires. Il peut espérer être bousculé dans sa lecture de l&rsquo;oeuvre, par une mise en scène actualisée, par une lecture audacieuse. A l&rsquo;inverse il peut éprouver un indicible plaisir à profiter d&rsquo;une version traditionnelle, en costume d&rsquo;époque, sublimée par le savoir-faire de remarquables artisans de la scène. C&rsquo;est le cas à Liège pour ces <em>Nozze di Figaro</em> de grande classe où <strong>Emilio Sagi</strong> s&rsquo;est entouré d&rsquo;une équipe de familiers pour composer une version enlevée, d&rsquo;une folle prestance. Les costumes espagnols de <strong>Gabriela Salaverri </strong>sont époustouflants de précision historique ; ils font montre d&rsquo;une approche raffinée des couleurs et des matières, tout comme le palais crée par <strong>Daniel Bianco</strong>, qui offre aux protagonistes de cette folle journée un écrin suprêmement élégant. Exit les références révolutionnaires, l&rsquo;action est ici replacée dans le cadre exotique d&rsquo;une Espagne de rêve. On pourrait chipoter en arguant qu&rsquo;implanter la chambre des domestiques devant une immense baie vitrée n&rsquo;est pas totalement crédible, de même qu&rsquo;un jardinier n&rsquo;entrerait jamais dans la chambre de la chatelaine avec tant de familiarité. Qu&rsquo;importe, ces deux lits qui se répondent d&rsquo;un acte à l&rsquo;autre disent bien l&rsquo;enjeu éminement concret de la pièce : obtenir les faveurs de Suzanne.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/6._devos-kosavic_acte_1_02.jpg?itok=xD3Rdm-p" title="© Opéra Royal de Liège Wallonie" width="468" /><br />
	Leon Košavić et Jodie Devos © Opéra Royal de Liège Wallonie</p>
<p>De chambre en chambre, avant d&rsquo;investir le jardin, le metteur en scène utilise néanmoins les choeurs pour animer la vie du château, et les tableaux de genre se succèdent pour le plus grand plaisir de l&rsquo;oeil dans une chorégraphie réglée au cordeau. Car Emilio Sagi est un excellent directeur d&rsquo;acteur, précis, servi par un plateau scénique formidable, avec en premier lieu, le couple des valets incarné par<strong> Jodie Devos</strong> et <strong>Leon Košavić</strong>. Les habitués de l&rsquo;Opéra Comique connaissent la soprano qui a fait partie de l&rsquo;Académie de l&rsquo;Opéra-Comique et qui s&rsquo;y est illustrée récemment dans le <em>Comte Ory</em>  après des débuts remarqués à l&rsquo;Opéra de Paris en Yniold dans<em> Pelléas et Mélisande</em>.  Dans le rôle de Suzanne, la fraicheur de son timbre – percussif à souhait – fait merveille. Le « Deh Vieni », particulièrement orné, est un petit bijou d&rsquo;émotion. Le tout jeune baryton croate qui lui donne la réplique est quant à lui, exceptionnel. Leon Kosavic n&rsquo;a pas 30 ans mais peut s&rsquo;enorgueillir de graves profonds, d&rsquo;aigus bien campés, d&rsquo;une projection puissante et d&rsquo;un timbre rond et chaud. A ces qualités vocales, les deux protagonistes ajoutent de beaux naturels de comédiens ; on croit volontiers à ce joli couple et on est touché par leur quête obstinée du bonheur. Leurs airs sont d&rsquo;ailleurs applaudis tout comme ceux de la Comtesse. En effet, touchante, <strong>Judith Van Wanroij</strong> l&rsquo;est également. Le métal ductile et lumineux de sa voix, la pureté de la ligne vocale font merveille face à <strong>Mario Cassi</strong>, habitué de la scène liègeoise, qui incarne un Comte de très bonne tenue. On aurait peut-être souhaité des graves plus charpentés et une posture scénique moins agitée dans « Hai gia vinta la causa ». Le Chérubin de <strong>Raffaella Milanesi</strong> propose enfin une palette contrastée et juvénile ainsi qu&rsquo;un travail raffiné des nuances, en particulier dans son « Voi che Sapete ».</p>
<p>Les seconds rôles ne sont pas en reste : si la Marcelline d&rsquo;<strong>Alexise</strong><strong> Yerna</strong> accroche l&rsquo;oreille d&rsquo;une voix assez pointue – mais qui correspond après tout à l&rsquo;aigreur de la duègne qu&rsquo;elle interprète – , le Basile d&rsquo;<strong>Enrico</strong><strong> Casari</strong> bénéficie, lui, d&rsquo;une belle unité des registres. <strong>Julie Mossay</strong> campe une délicieuse Barberine, <strong>Julien Véronèse </strong>et<strong> Patrick Delcour</strong> complètent avantageusement la distribution tandis que dans la fosse, <strong>Christophe Rousset</strong> dirige avec la fougue qu&rsquo;on lui connait l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Opéra Royal de Wallonie. Les <em>tempi</em> sont enlevés sans être précipités et accompagnent ainsi au mieux l&rsquo;action vibrionnante voulue par le compositeur. On pourra cependant regretter que l&rsquo;orchestre soit parfois un peu puissant pour certaines voix. Pourtant l&rsquo;écoute entre la fosse et le plateau est belle, les ensembles déliceusement ciselés et la maestria du chef particulièrement perceptible dans les récitatifs, qu&rsquo;il accompagne depuis le pianoforte. L&rsquo;instrument épouse chaque inflexion, chaque émotion des personnages et plutôt qu&rsquo;un passage obligé entre deux airs, le récitatif, très naturel, devient un temps fort de la soirée.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>VERDI, Jérusalem — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/jerusalem-liege-jerusalem-delivree-par-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Mar 2017 05:33:18 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/jrusalem-dlivre-par-lige/</guid>

					<description><![CDATA[<p>De son propre aveu, le directeur de l’opéra royal de Wallonie et metteur en scène de cette nouvelle production – en partenariat avec le Teatro Regio de Turin –, Stefano Mazzonis di Pralafrera, doit sa découverte du Jérusalem de Verdi au musicologue Paolo Isotta. Ce dernier fait en effet partie des défenseurs passionnés de cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De son propre aveu, le directeur de l’opéra royal de Wallonie et metteur en scène de cette nouvelle production – en partenariat avec le Teatro Regio de Turin –, <strong>Stefano Mazzonis di Pralafrera, </strong>doit sa découverte du <em>Jérusalem</em> de Verdi au musicologue Paolo Isotta. Ce dernier fait en effet partie des défenseurs passionnés de cette œuvre rare et quelque peu oubliée du compositeur parmesan, ce dont témoigne une analyse détaillée et scrupuleuse en complément du programme de salle. Selon lui,<em> Jérusalem</em> est non seulement bien davantage qu’une seconde pression des <em>Lombardi alla prima crociata</em> (1843) pour l’Opéra de Paris, mais un authentique chef d’œuvre autonome. Voici en effet plus de 150 ans que les exégètes verdiens se disputent sur ce point et il est inutile de faire ici écho à cette querelle. <em>Jérusalem</em> reprend bien des morceaux – parmi les meilleurs – de son modèle, mais le réécrit grandement. L&rsquo;ouvrage, ui qui ne manque pas d’un vrai souffle, est malheureusement quelque peu alourdi et souffre incontestablement de longueurs. L’Opéra royal de Wallonie a néanmoins fait le pari de lui rendre  un lustre qu’elle n’a jamais conquis depuis sa création à Paris en 1847. L&rsquo;indifférence avec laquelle il fut accueilli s’est poursuivie jusqu’à nos jours puisqu’à part quelques rares disques pirates, une intégrale moderne dirigée par Fabio Luisi il y a 20 ans et le DVD d’un spectacle dirigé par l’inattendu Michel Plasson à l’opéra de Gènes, il n’y a guère d’occasions de l’entendre.</p>
<p>Disons le d’emblée, le pari est réussi, même s’il ne permettra sans doute pas d’inverser le jugement de l’Histoire. Cette réussite est incontestablement et avant tout due à la direction musicale de <strong>Speranza Scappucci, </strong>dont <a href="http://www.forumopera.com/actu/cinq-questions-a-speranza-scappucci">le récent entretien</a> accordé à Catherine Jordy montre tout l’intérêt qu’elle porte à cette œuvre rare. Sans concession, sa direction ne cherche pas à masquer les effets voulus par la partition, brillante et parfois grandiloquente, mais à souligner l&rsquo;inépuisable invention mélodique, à la capacité toute verdienne de galvaniser une salle. Energique et parfois un peu pressée, elle n’hésite pas à déchainer les décibels. Mais la jeune chef d’orchestre sait aussi faire chanter et respirer tous les pupitres et les cordes de l’orchestre liégeois – tout particulièrement les violoncelles – font merveille. Si on ne peut nier une tendance à couvrir les voix, la fosse donne le meilleur d’elle-même et les musiciens wallons offrent une prestation de tout premier ordre.</p>
<p>Speranza Scappucci a d’abord été chef de <strong>chœur</strong>. Elle n’a pas ménagé sa peine pour que ce dernier retrouve son homogénéité dangereusement menacée dans sa première intervention, peut-être malmené par ses mouvements de scène, mais qui s’est heureusement vite repris tant il constitue un personnage à part entière. Les ensembles, y compris en coulisse, sont souvent très réussis et même tout à fait impressionnants, en particulier là où on attend le chœur : « Jérusalem ! » ou le bref finale notamment. Mais il faut aussi reconnaître une réelle faiblesse dans sa partie féminine, cruellement évidente dans un « Ô belle captive » presqu’inaudible, même des premiers rangs. Il faut dire que chanter en jouant à se lancer des ballons tout en jetant un œil à la directrice musicale n’est pas forcément évident.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Stefano Mazzonis di Pralafrera</strong> n’est sans doute pas ce qu’on retiendra de plus marquant, même si elle a le mérite de ne pas chercher midi à quatorze heures. Elle a l’efficacité de la simplicité, elle est lisible, épurée et ne passe heureusement pas la direction d’acteurs par pertes et profits. On se trouve donc dans une description qui se veut réaliste et fidèle au livret, même si les costumes bien peu seyants de <strong>Fernand Ruiz</strong> font parfois penser que l’on est tombé dans un avatar de <em>Star Trek</em>… A noter l’emprunt plutôt bienvenu pour le combat du dernier acte de la scène de la bataille sur le lac gelé du <em>Alexandre Nevski</em> d’Eisenstein</p>
<p>Les rôles principaux tiennent parfaitement leur rang et leur bon niveau, tout à fait adapté à une salle de cette taille, rend justice à la partition. Le Gaston du liégeois <strong>Marc Laho</strong> est remarquable et sa diction absolument parfaite. Il se joue des variations redoutables de son rôle, en particulier dans les aigus, qu’il affronte sans trembler, bien qu’il soit moins audible dans les ensembles. L’Hélène <strong>d’Elaine Alvarez</strong> nous a donné quelques frayeurs d’entrée de jeu : voix peu placée, engorgée, instable, elle ne semble d’abord courir qu’après les <em>forte</em> pour montrer avant tout sa puissance, bien réelle. Fort heureusement, la soprano cubano-américaine se reprend rapidement et réussit à imposer sa présence et sa force, avec beaucoup plus de précision et de netteté dans ses aigus notamment. Mais on entend un chant sans grandes nuances et avec un défaut rédhibitoire qui détonne avec tout le reste de la distribution : on ne comprend pas un traître mot de ce qu’elle chante.</p>
<p>On attendait le Roger de <strong>Roberto Scianduzzi</strong>, vieux routier des scènes internationales qui avait participé à l’enregistrement précité de Fabio Luisi pour Philips. C’est peu dire qu’il écrase toute la distribution de son autorité et de sa présence scénique. Si ses aigus se tendent quelque peu, ses graves sont saisissants et tenus, sans le vibrato parfois très prononcé qu’on lui a déjà entendu. Quelle maîtrise dans sa ligne de chant, quelle noblesse dans ses accents, quelle facilité apparente dans l’émission, quel éventail des nuances et, pour lui aussi, quelle diction ! L’ovation qui l’accueille aux saluts est on ne peut plus méritée. Très bonne prestation également du comte de Toulouse d’<strong>Ivan Thirion</strong>, baryton sonore et très clair, lui aussi parfaitement compréhensible dans ses moindres interventions. Les comprimari sont remarquables, du Raymond de Pietro Picone à l’Isaure de <strong>Natacha Kowalski</strong>, avec une mention spéciale aux membres du choeur de l’opéra royal de Wallonie qui endossent çà et là quelques rôles très brefs avec beaucoup de brio (Benoît Delvaux et Alexei Gorbatchev en tête). Seul <strong>Patrick Delcour,</strong> en Adémar de Montheil, déçoit par des interventions certes très sonores, mais monochromes et avec un grave assez instable qui finit par se briser.</p>
<p>Enfin, l’inévitable ballet, que Verdi n’aimait jamais écrire pour la « grande boutique » parisienne, et qui n’est pas le plus intéressant de ceux qu’il a réalisés, a au moins le mérite de nous donner à voir une chorégraphie originale et audacieuse. Résolument moderne, elle se rapproche çà et là de la <em>street dance</em>, avec quelques danseurs remarquables de virtuosité et d’endurance, malgré des costumes qui, là encore, n’ont pas dû les aider.</p>
<p>Au final, un très beau spectacle pour la dernière représentation à Liège de cet opéra oublié qui a d’abord besoin qu’on le prenne à bras-le-corps pour lui rendre justice. L’équipe de l&rsquo;Opéra royal de Wallonie-Liège n’y a pas manqué, avec une évidente générosité qu’on ne peut que saluer. </p>
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		<title>PUCCINI, Turandot — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/turandot-liege-puccini-et-ses-enigmes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Sep 2016 21:30:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 1924, la mort fauche Puccini en pleine composition de Turandot. Le troisième acte est lacunaire : il y manque le grand duo final, qui doit mettre aux prises Calaf et la princesse au cœur de glace, laquelle va capituler face à l’amour vainqueur. La seule indication laissée par Puccini au sujet de ce duo se &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">En 1924, la mort fauche Puccini en pleine composition de <em>Turandot</em>. Le troisième acte est lacunaire : il y manque le grand duo final, qui doit mettre aux prises Calaf et la princesse au cœur de glace, laquelle va capituler face à l’amour vainqueur. La seule indication laissée par Puccini au sujet de ce duo se trouve écrite dans la partition, juste après la mort de Liu : « e poi, Tristano » (« et ensuite, Tristan »), instruction à la fois très vague et très précise. Franco Alfano dans un premier temps, Luciano Berio plus près de nous, tenteront de terminer l’œuvre. Aucun de ces essais n’est pleinement convaincant, tant il est difficile de retrouver le niveau d’inspiration que le maître toscan atteint dans son opus ultime.</p>
<p class="rtejustify"><strong>José Cura</strong>, que l’on connaît comme ténor, mais qui est aussi metteur en scène (voir <a href="/actu/jose-cura-le-tenor-qui-est-aussi-chef-dorchestre-metteur-en-scene-decorateur-costumier">son portrait par Laurent Bury</a>), opte pour une solution radicale : il arrête la représentation là où Puccini a définitivement déposé sa plume, c’est-à-dire à la mort de Liu, et à la brève déploration de Timur. Sans révéler le secret de la mise en scène au futur spectateur, on se contentera de dire qu’il utilise les dernières mesures pour faire une allusion au sort du compositeur lui-même. Une telle option satisfait-elle ? Pas vraiment. D’abord, en concluant la soirée sur le sacrifice de la petite esclave, la mise en scène déplace le focus de l’opéra vers un personnage qui est en définitive secondaire, et <em>Turandot</em> devient finalement l’histoire de la petite Liu. Ensuite, ce jansénisme musicologique nous prive du duo final écrit par Alfano, généralement adopté, qui, s’il n’est pas écrit dans de la dentelle musicale, permet malgré tout de trouver un exutoire à la tension accumulée pendant la pièce. Les accents cosmiques de ces dernières mesures provoquent une catharsis.</p>
<p class="rtejustify">En dehors de ce choix discutable, la mise en scène du ténor argentin fonctionne plutôt bien. D’une facture assez classique, elle se veut fidèle aux indications du livret. Au-delà d’une illustration servile, José Cura parvient à retrouver le « ton Turandot », si unique dans le parcours de Puccini et partant si difficile à définir : celui d’une œuvre épique, chorale, où la Chine se déploie dans toute sa magie, sa sensualité mais aussi sa cruauté. En même temps, le kitsch, écueil si fréquent lorsqu’il est question d’Asie, est évité par un travail très poussé sur les éclairages et les costumes. La façon ingénieuse dont le chœur d’enfants est intégré à l’action mérite d’être épinglée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/turandot_tiziana_caruso_et_jose_cura_c_lorraine_wauters_-_opera_royal_de_wallonie-58.jpg?itok=9ASH7SC8" title=" © Lorraine Wauters - Opéra royal de Wallonie" width="468" /><br />
	 © Lorraine Wauters &#8211; Opéra royal de Wallonie</p>
<p class="rtejustify">Nous écrivions plus haut notre regret d’être privé du duo final. C’est d’autant plus frustrant que l’opéra de Liège réunit deux monstres vocaux qui auraient eu la capacité de faire trembler les murs du théâtre. La princesse Turandot de <strong>Tiziana Caruso</strong> a l’ampleur torentielle voulue par Puccini. C’est une Isolde, une Brünnhilde, une Elektra, mais sans le vibrato qui ronge beaucoup de ces cuirassés vocaux. Elle sait aussi alléger son émission dans les moments de tendresse, donnant à entendre des demi-teintes qui s’insinuent dans la mémoire par contraste avec les éclats passionnés qui suivent ou qui précèdent. On ne peut qu’imaginer de quelle façon cette mer de glace aurait fondu dans les bras de Calaf. José Cura n’a quant à lui (presque) rien perdu de sa glorieuse période au disque, à la fin des années 90, où il enchaînait les Samson et les Pagliacci sans faiblir. La voix est toujours aussi ample, arrimée sur des bases physiques et techniques à toutes épreuves. Il faut le voir en scène, les jambes un peu écartées, le cou rentré entre les épaules, commencer à rugir tel un fauve. Le timbre a cette coloration barytonale, dans la lignée d’un Ramon Vinay, avec en même temps cette capacité à aller chercher les aigus sans décolorer la voix. Légère déception au début du III, dans le célèbre « Nessun dorma », où Cura sembe choisir de ne pas tout donner. Décision interprétative, fatigue passagère ou souci de se préserver pour la suite ? Difficile de trancher, mais le public, galvanisé par les prestations des actes I et II, est déçu.</p>
<p class="rtejustify">En total contraste avec la silhouette athlétique de Calaf, la Liu de <strong>Heather Engebretson</strong> est tellement gracile et menue qu’elle paraît sortie du chœur d’enfants. La voix est à l’avenant : pure, fragile, diaphane. Au début, le format sonne un peu « petit », mais la jeune américaine va chercher en elle des ressources qui lui permettent de passer l’orchestre et de toucher les spectateurs au cœur dans une mort qui clôture la représentation et lui permet de triompher à l’applaudimètre. Le Timur de <strong>Luca Dall’Amico</strong> est un modèle de chant classique, une basse noble et puissante qui confère à son personnage émotion et gravité. Les parties de Ping, Pang et Pong, qui mêlent sans cesse comique, lyrisme et vivacité rythmique sont tenues avec tonus par <strong>Patrick Delcour, Xavier Rouillon </strong>et<strong> Papuna Tchuradze</strong>, qui sont tous trois d’excellents acteurs.</p>
<p class="rtejustify">Le chœur est investi et homogène, mais en ce soir de première, les décalages restent nombreux. <strong>L’orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie</strong> est visiblement heureux de jouer les somptueuses parties que lui destine un Puccini au sommet de son art symphonique. Un peu trop enthousiaste, même, le chef <strong>Paolo Arrivabeni</strong> ayant parfois du mal à contenir les vagues qui montent de la fosse, et qui ont tendance à couvrir les chanteurs. Se plaindra-t-on que la mariée est trop belle ?</p>
<p class="rtejustify">En conclusion, ce<em>Turandot</em> est un spectacle captivant, qui ouvre en grande pompe la saison d’opéra à Liége. La barre est placée très haut pour la suite. Rendez-vous en octobre pour <em>Nabucco.</em></p>
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		<title>AUBER, Manon Lescaut — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/manon-lescaut-liege-labbe-prevost-a-la-bnf/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Apr 2016 05:14:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A Liège, les Manon se suivent et ressemblent. Si Stefano Mazzonis faisait se dérouler celle de Massenet dans un livre géant, Paul-Emile Fourny place la Manon Lescaut d’Auber dans une bibliothèque (pour Puccini, ce sera peut-être une librairie), décor dont les principaux traits architecturaux viennent tout droit des salles conçues par Labrouste pour l’ancienne Bibliothèque &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A Liège, les <em>Manon</em> se suivent et ressemblent. Si Stefano Mazzonis faisait se dérouler <a href="http://www.forumopera.com/manon-liege-annick-massis-nous-doit-thais">celle de Massenet</a> dans un livre géant, <strong>Paul-Emile Fourny</strong> place la <em>Manon Lescaut</em> d’Auber dans une bibliothèque (pour Puccini, ce sera peut-être une librairie), décor dont les principaux traits architecturaux viennent tout droit des salles conçues par Labrouste pour l’ancienne Bibliothèque nationale ou pour Sainte-Geneviève. Outre le fait que ce genre de traitement pourrait s’appliquer à tous les nombreux opéras inspirés d’une œuvre littéraire, on voit mal ce que ce concept apporte au spectacle, en dehors des économies permises par la un décor unique, puisque, sitôt passée une ouverture située de nos jours, avec étudiant(e)s en uniforme anglo-saxon qui viennent, munis de cartables et d’ordinateurs, consulter les ouvrages et draguer ou tomber amoureux, on en revient à une vision tout à fait traditionnelle, avec de fort beaux costumes d’époque. Et quand le metteur en scène explique dans le programme de salle qu’il s’est efforcé de transcender le premier degré auquel se limite le livret de Scribe, on ne peut manquer de s’interroger. Certes, on commence par juger l’intrigue assez désolante de niaiserie, puisqu’il ne fallait rien montrer sur la scène de l’opéra-comique qui puisse faire rougir une jeune fille : loin d’être une gourgandine, Manon devient simplement une gentille paresseuse, dont le parcours est opposé à celui de la très vertueuse Marguerite, un peu sur le modèle de la série de gravures de Hogarth opposant la destinée de l’Apprenti industrieux à celle de l’Apprenti oisif. Pourtant, les paroles chantées ne manquent pas toujours d’humour et Scribe, qui avait déjà adapté le roman de l’abbé Prévost en ballet-pantomime pour Halévy en 1830, prête à ses personnages une ironie que le spectacle aurait pu souligner. Quand Des Grieux est surpris avec Manon par le marquis d’Hérigny, celui-ci s’exclame : « Me voler ma maîtresse et mon amour, d’accord / Mais mon souper, Monsieur… Ah vraiment, c’est trop fort ! »). Et même si les années 1850 n’y entendaient pas malice, n’y avait-il rien à tirer de cet invraisemblable chœur qui, au troisième acte, en Louisiane, chante : « Quand esclave avoir bon maître / Bon maître il aime à servir ! / Le défendre et le servir / Est un plaisir » ? Encore aurait-il fallu pouvoir entendre davantage le livret parlé, qui est ici coupé au-delà du raisonnable, mais le moyen de faire autrement, avec une distribution en grande partie non francophone ? Se pose alors la vraie question : pour remonter ce type d’ouvrage, dans un pays où l’on en parle la langue, n’est-il pas indispensable de s’appuyer sur des artistes également capables de dire un texte de théâtre de manière fluide ? Il est permis d’abréger un texte bavard, mais de là à supprimer par nécessité presque tous les dialogues… On sait qu’à l’opéra de Paris, des chanteurs bosniaques ou pakistanais tiennent les plus petits rôles mais est-il impossible à Liège aussi de confier les personnages même les plus épisodiques à des chanteurs capables d’articuler le français avec naturel ? Est-ce rendre service à Auber que de représenter ses œuvres dans ces conditions ?</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="304" src="/sites/default/files/styles/large/public/manon_lescaut_ensemble_lorraine_wauters_-_opera_royal_de_wallonie-26.jpg?itok=PwZ58wla" title="@ Lorraine Wauters - Opéra Royal de Wallonie" width="468" /><br />
	@ Lorraine Wauters &#8211; Opéra Royal de Wallonie</p>
<p>Par chance, la musique, assez décevante au premier acte, prend peu à peu plus de substance. Manon reste longtemps une simple machine à roucoulades, apparemment dénuée de toute vie intérieure, et Des Grieux n’a guère l’occasion d’exister en tant que personnage, mais la partition s’étoffe fort heureusement, et se conclut par un long et beau duo lors de la mort de l’héroïne. Le chef <strong>Cyril Englebert</strong> semble, lui, avoir pris l’œuvre au sérieux et évite de la tirer vers l’opérette. Tandis que l’opéra contemporain lui ouvre ses portes – elle fut une exceptionnelle Madame Mao à Paris dans <em>Nixon in China</em> –, <strong>Sumi Jo</strong> persiste et signe dans son exploration du répertoire auquel la destine sa virtuosité : après <em>Fra Diavolo</em> du même Auber, qu’elle a chanté <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/pas-tres-comique">à Paris</a> et <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/a-vau-leau">à Liège</a>, <em>Manon Lescaut</em> s’imposait sans doute, même si l’artiste n’a plus la transparence cristalline de ses aigus, ce que ne compense pas tout à fait l’entrain scénique dont elle fait preuve. Fidèle à sa politique de recrutement, l’Opéra royal de Wallonie continue à aller chercher ses ténors en Italie, mais les Des Grieux aubérien d’<strong>Enrico Casari</strong> est une bien meilleure pioche que le Des Grieux massenétien d’Alessandro Liberatore. Vu régulièrement dans de petits rôles à Strasbourg, Rouen ou Limoges, Enrico Casari trouve ici un rôle finalement assez peu exposé, où il peut faire valoir une fort jolie voix, malgré une articulation encore perfectible. Même remarque concernant l’accent de <strong>Denzil Delaere</strong>, jeune ténor flamand au timbre un peu pointu. En marquis d’Hérigny, le baryton néerlandais <strong>Wiard Witholt</strong> a le français aussi raide que sa démarche (accident survenu pendant les répétitions ou choix du metteur en scène ?), mais la voix est opulente, à défaut d’avoir toute la souplesse attendue dans les passages vocalisants. Qu’il est rafraîchissant d’entendre à leurs côtés la diction parfaite de <strong>Roger Joakim</strong> en Lescaut ! A chacun de ses interventions, on comprend comment pourrait, devrait sonner un opéra-comique français car, indépendamment des qualités vocales des uns et des autres, la composante théâtrale du genre devrait sinon passer au premier plan, du moins être à égalité avec la musique, ce dont on est hélas très loin, sauf avec le Renaud qui permet à <strong>Patrick Delcour</strong> de composer un personnage délicieusement abject. La Marguerite de <strong>Sabine Conzen</strong> est elle aussi une des rares à s’exprimer dans une français limpide, au contraire de la Bancelin de <strong>Laura Balidemaj</strong>.</p>
<p>Avis donc aux directeurs de théâtre, aux metteurs en scène et aux chanteurs : il y a encore du travail à faire pour nous restituer cette <em>Manon</em> d’Auber.</p>
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		<title>OFFENBACH, La Vie parisienne — Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-vie-parisienne-marseille-retrouver-offenbach/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Jan 2016 07:13:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nécessaires et même souhaitables pour la survie du théâtre lyrique, les coproductions ne sont pourtant pas sans danger, dans la mesure où, conçues initialement pour les caractéristiques d’une scène donnée, elles peuvent souffrir d’être transplantées dans des espaces différents. Est-ce pour cela que cette Vie Parisienne nous paraît plus étriquée qu’à Toulon en décembre 2013 ? &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Nécessaires et même souhaitables pour la survie du théâtre lyrique, les coproductions ne sont pourtant pas sans danger, dans la mesure où, conçues initialement pour les caractéristiques d’une scène donnée, elles peuvent souffrir d’être transplantées dans des espaces différents. Est-ce pour cela que cette <em>Vie Parisienne </em>nous paraît plus étriquée qu’à <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/un-paris-pas-tres-canaille">Toulon en décembre 2013</a> ? Au premier acte, dans l’ampleur du plateau marseillais les limites de la conception scénique se révèlent : l’animation de la gare est quasiment dépourvue de voyageurs. La présence répétitive de personnages perçus comme des laissés pour compte ou des marginaux est-elle un indice de l’intention de <strong>Nadine Duffaut</strong> de souligner l’envers du décor du capitalisme triomphant ? Et est-elle à l’origine du choix de la version originale, qui offre à son féminisme l’alliance de la femme exploitée (Métella) et de la femme bafouée (la baronne) tandis que la tante de Bobinet est présentée en précurseur des « cougars » et des « chiennes de garde » ? Quoi qu’il en soit, à revoir les décors d’<strong>Emmanuelle Favre</strong>, leur côté pratique qui permet d’enchaîner les tableaux sans hiatus séduit toujours mais on remarque davantage combien ils évoquent faiblement les lieux emblématiques de la vie parisienne – à la veille de l’exposition universelle de 1867 – qu’ils sont chargés de représenter, d’une gare à peine suggérée à un Café Anglais sans la moindre personnalité. Restent les costumes de<strong> Gérard</strong> <strong>Audier</strong>, plus proches de 1900 que du second Empire, mais aussi riches et pleins de fantaisie que dans notre souvenir. Le réglage des éclairages de <strong>Philippe Grosperrin </strong>ne nous a pas semblé impeccable au premier acte, où un des solistes devait chercher la lumière sans la trouver toujours.</p>
<p>La typologie vocale a fluctué, depuis la création où la plupart des interprètes n’étaient pas des chanteurs professionnels. Si ce fut encore le cas pour les représentations du Théâtre du Palais Royal en 1958, désormais tous les interprètes sont familiers des scènes lyriques, depuis peu ou depuis longtemps. Le Brésilien de <strong>Bernard Imbert </strong>semble cueilli à froid dans son air d’entrée, insuffisamment projeté, et s’il se rachète au dernier acte, c’est sans doute un peu tard ! Dans les rôles des serviteurs, moins exposés, on croit sentir que certains sont à la peine mais c’est moins ostensible. <strong>Patrick Delcour</strong> et <strong>Antoine Garcin </strong>sont plus sonores que <strong>Jacques Lemaire</strong> et <strong>Bernard Maltère</strong> mais ces derniers ont une diction ciselée. <strong>Dominique Desmons </strong>campe un savoureux bottier amoureux de son métier et de la gantière avant d’être un major plus vrai que nature dans son autosatisfaction. Le couple de noceurs Bobinet et Gardefeu trouve en <strong>Christophe Gay </strong>et <strong>Armando Noguera</strong> des interprètes convaincants, théâtralement et vocalement, même si le deuxième est affecté d’un accent qui altère, pour nous, son français parlé. <strong>Olivier Grand </strong>reprend le rôle du baron de Gondremarck, avec la générosité physique et vocale qui lui appartiennent. <strong>Anne-Marguerite Werster </strong>et <strong>Jeanne-Marie Lévy </strong>prêtent à leurs personnages d’aristocrates partagées entre souci de respectabilité – l’évacuation de l’hôtel de Quimper-Karadec – assauts de concupiscence et colère vengeresse tout le relief et la drôlerie souhaitables. Pauline, la camériste délurée, a les dehors attirants de <strong>Ludivine Gombert</strong>, dont la voix souple et bien posée justifie les échos flatteurs qui l’entourent. La baronne de Gondremarck, que sa beauté et sa curiosité éclectique exposent à bien des dangers, a la séduction physique et vocale de <strong>Laurence Janot</strong>, irrésistible dès son entrée avec son faux air de Claude Gensac et qui rend crédible la toquade immédiate dont se prend Gardefeu. Sa rivale au grand cœur, Métella, reçoit de <strong>Marie-Ange Todorovitch</strong> l’abattage et le charme qui justifient les assiduités dont elle fait l’objet et les conquêtes qu’elle enchaîne. Manifestement en grande forme vocale, l’interprète sait contrôler son tempérament et réussit par sa musicalité à faire croire à la sensibilité et à la profondeur de cette horizontale. <strong>Clémence Barrabé</strong>, enfin, prête à la gantière rebutée par le bottier mais conquise par le Brésilien une voix déliée, agile, assez longue, aux aigus brillants sinon éclatants.</p>
<p>Des choristes ont complété la distribution, fort bien, dans les rôles de Clara, Louise et Léonie, mais le chœur ne nous a pas convaincu dans la scène initiale, car la cohésion nous a semblé approximative. En supplément au programme, la compagnie de danse de <strong>Julien Lestel</strong> vient clore le spectacle par un cancan. Si nous n’approuvons pas cet ajout à une œuvre qui n’en a pas besoin, signalons la qualité des danseurs et celles des solistes, <strong>Adonis Kosmadakis </strong>et <strong>Erica Bailey</strong>. Dans la fosse <strong>Dominique Trottein </strong>dirige d’une main sûre et légère, même si parfois un rien trop rapide pour mettre à l’aise les chanteurs, un orchestre qui s’applique à éviter les effets de « flonflon » et préserve ainsi une partition émouvante dans l’amour qu’elle confirme, à travers la citation de <em>Don Giovanni</em>, d’Offenbach pour l’art musical. Ce bonheur transmis par les sons mais de nature spirituelle a du mal à survivre à l’emballement rythmé du cancan, qui n’ajoute rien à la beauté de l’œuvre, et semble même, dans sa reprise multipliée pour satisfaire l’attente du public, la noyer sous le fracas des vagues d’applaudissements rythmés. A la création de <em>La vie parisienne </em>huit années s’étaient écoulées depuis l’attentat d’Orsini et ses douze morts. Il y eut ensuite trois guerres, la dernière où Paris fut occupé durablement. L’œuvre semblait devoir résister à tout. En ce 5 janvier, nous sommes à un an de la tuerie de <em>Charlie</em> et à moins de deux mois des massacres du 13 novembre. Ce cancan bruyant n’étouffe-t-il pas ce que dit l’œuvre au-delà de ce qu’elle semble dire ? Ce n’est pas par les paroles lestes, les corps dévoilés ou les attitudes provocantes que s’exprime l’esprit de la France. C’est par une œuvre, qui deux ans après la liberté d’association accordée au travailleurs et l’abandon de la censure sur les théâtres, faisait de Paris un pôle de liberté individuelle. Au-delà de la propagande pour un régime, c’est un idéal d’artiste qui s’exprime. Ce serait bien, à l’avenir, de ne pas le dénaturer en le réduisant aux « petites femmes de Paris ».</p>
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		<title>MASSENET, Manon — Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/manon-marseille-le-bon-de-la-tradition/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Oct 2015 06:05:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sept ans déjà depuis que cette production de Manon voyait le jour à Marseille, dans une mise en scène de Renée Auphan avec la complicité d’Yves Coudray. Elle évoquait alors sa fidélité à Louis Ducreux, qu’elle assista au sortir de l’adolescence dans une Manon, et définissait son inspiration, écrivions-nous, par la tradition dans toute sa &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sept ans déjà depuis que cette production de <em>Manon </em>voyait le jour à Marseille, dans une mise en scène de <strong>Renée Auphan</strong> avec la complicité <strong>d’Yves Coudray</strong>. Elle évoquait alors sa fidélité à Louis Ducreux, qu’elle assista au sortir de l’adolescence dans une <em>Manon</em>, et définissait son inspiration, écrivions-nous, par la tradition dans toute sa noblesse. Pour cette reprise, elle justifie son refus de la transposition par le respect dû à une œuvre qui n’a pas été conçue pour « les mœurs d’aujourd’hui » et par la conviction que le metteur en scène devrait moins se soucier du public que de la direction d’acteurs. Qui ne l’approuverait ? C’est pourquoi il est un peu fâcheux que çà et là au cours de la représentation ce que l’on voit soit en porte à faux avec ce précepte, par exemple quand, pour faire un sort à une page célèbre comme l’adieu à « la petite table », l’air soit chanté sans que l’interprète regarde le meuble en question. Et l’on regrettera la coupure, même si elle est fréquente, de la dernière scène du premier acte car elle a son rôle dans la cohérence dramatique en annonçant la volonté de vengeance de Guillot. Reste donc cette grande lisibilité, intacte, et une vie d’ensemble qui nous a semblé encore meilleure, qu’il s’agisse du Cours-la-Reine ou de l’Hôtel de Transylvanie. Dans leur simplicité essentielle les décors de <strong>Jacques Gabel</strong> conservent leur efficacité et les costumes XVIIIe de <strong>Katia Duflot</strong>, peut-être révisés pour Manon (?) sont toujours plaisants, voire élégants, bien mis en valeur par les lumières soigneusement étudiées de <strong>Roberto Venturi</strong>, sauf peut-être au deuxième acte, où elles ne soutiennent pas le prétexte avancé par Lescaut pour attirer des Grieux vers la fenêtre et laisser ainsi Brétigny s’approcher de Manon. La nouvelle chorégraphie de Julien Lestel, sans être inoubliable, est bien exécutée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/img_6127_photo_christian_dresse_2015.jpg?itok=-PzDNpXW" title="Sébastien Guèze (Des Grieux) et Patrizia Ciofi (Manon) © Christian Dresse" width="468" /><br />
	Sébastien Guèze (Des Grieux) et Patrizia Ciofi (Manon) © Christian Dresse</p>
<p>La distribution, entièrement nouvelle, aligne des seconds rôles entièrement satisfaisants. L’hôtelier  de <strong>Patrick Delcour </strong>est sonore, le Brétigny de <strong>Christophe Gay </strong>élégant. <strong>Rodolphe Briand</strong> fait de son Guillot autosatisfait et vindicatif un véritable protagoniste, tandis que <strong>Nicolas Cavallier</strong>, dans la voix duquel il nous a semblé percevoir un vibrato légèrement importun, confère au comte des Grieux la prestance souhaitable et sauve du ridicule les conseils donnés à Saint-Sulpice. Le trio des courtisanes, composé de <strong>Jennifer</strong> <strong>Michel</strong>, <strong>Antoinette Dennefeld</strong> et <strong>Jeanne-Marie Lévy</strong>, n’a rien de vulgaire ou de glauque : on comprend que Manon ait désiré leur ressembler. Quant à Lescaut, il trouve en <strong>Etienne Dupuis </strong>un interprète excellent en ce qu’il a la voix du rôle mais il réussit, selon le souhait de Renée Auphan, à rester sympathique et même à devenir, à la fin, presque touchant.</p>
<p>Du rôle de Des Grieux, <strong>Sébastien Guèze</strong> a sans nul doute le physique juvénile, mais la séduction s’arrête là, car vocalement il semble si souvent à la peine qu’on finit par souffrir pour lui. Qu’on ne se méprenne pas : ce n’est pas le jeu de l’acteur qui est en cause mais les efforts visiblement pénibles qu’accomplit le chanteur. Il a pourtant des qualités, une longueur de souffle considérable qu’il semble gérer convenablement, mais il quand aborde la zone aigüe, en falsetto ou en voix pleine, il semble souvent au supplice et l’émission s’en ressent. La facilité qui semblait la sienne en 2008, qu’est-elle devenue ?  On ne se posera pas la même question à propos de sa partenaire, <strong>Patrizia Ciofi, </strong>car sa maîtrise technique et sa connaissance de sa voix sont telles qu’elles lui permettent de tirer brillamment son épingle du jeu. Sans doute les couleurs ne sont pas des plus riches, sans doute le métier affleure-t-il et altère çà et là l’illusion de la spontanéité du personnage, mais on ne peut qu’admirer l’artiste ! Aux saluts, elle s’agenouille devant le chef, qui faits ses débuts à Marseille. On la comprend, car <strong>Alexander Joel</strong>, dont la carrière internationale brille d’un vif éclat, semble un chef d’opéra de tout premier ordre : il indique inlassablement toutes leurs entrées aux chanteurs et doit avoir donné des consignes assez claires et assez précises aux musiciens pour pouvoir apporter ce soutien constant à la scène. Et la fosse semble avoir bien compris ce qu’il veut car l’exécution est impeccable, tout semble aller de soi ! Jusqu’au public, d’une réserve si constante (seul l’adieu à la petite table fut applaudi) qu’elle en devenait polaire, qui se dégèle brusquement au rideau final, les quelques contestations adressées au ténor vite englouties dans la bruyante approbation générale. A Marseille, la tradition a du bon !</p>
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		<title>César Franck, mélodies</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/cesar-franck-melodies-un-enterrement-en-guise-de-resurrection/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Jul 2015 05:42:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le label Maguelone réédite un disque consacré aux mélodies de César Franck, gravé en 2002 et 2004. Anne-Catherine Gillet, que faisiez-vous alors ? Pourquoi, sans Lionel Lhote, des héros de la Belgique assembla-t-on l’élite ? Pourquoi, trop jeunes encore, ne pûtes-vous alors entrer dans le studio de l’enregistrement ? On peut comprendre qu’au moins une partie des interprètes &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le label Maguelone réédite un disque consacré aux mélodies de César Franck, gravé en 2002 et 2004. Anne-Catherine Gillet, que faisiez-vous alors ? Pourquoi, sans Lionel Lhote, des héros de la Belgique assembla-t-on l’élite ? Pourquoi, trop jeunes encore, ne pûtes-vous alors entrer dans le studio de l’enregistrement ?</p>
<p>On peut comprendre qu’au moins une partie des interprètes aient été choisis pour leur nationalité : bien que naturalisé français, Cesar Franck est né belge, et c’est à Liège que fut récemment créé son opéra <em>Stradella</em>. Le pianiste est donc liégeois, et l’un des chanteurs l’est également, tous deux produits du Conservatoire de Liège. Mais s’il est louable de vouloir révéler les mélodies du <em>Pater Seraphicus</em>, encore eût-il fallu se donner les moyens de le faire de manière à les imposer à l’auditeur. Hélas, on est très loin du compte car les artistes réunis seraient bien en peine de transcender les limites de ces œuvres, ayant déjà fort à faire pour surmonter les problèmes que semble leur poser l’art du chant.</p>
<p>Dans les années 1990, le baryton belge Patrick Delcour incarnait à l’Opéra royal de Wallonie des personnages de premier plan, Dandini dans <em>La Cenerentola</em>, par exemple, mais il y tient désormais des troisièmes ou quatrièmes rôles (Ceprano dans <em>Rigoletto</em>). Dès les premières plages, on est interloqué par une redouble platitude d’intonation, comme si toutes les syllabes se valaient, avec notamment des e muets terriblement appuyés. La voix est souvent engorgée, et se cantonne dans un mezzo-forte uniforme.</p>
<p>Quant à Catherine Dune, sa présence s’explique d’autant moins qu’elle n’est même pas belge. Le timbre manque de chair, l’aigu devient vite désagréablement chevrotant. Desservies par ces deux chanteurs, les mélodies de César Franck paraissent bien ternes elles aussi, surtout si on a en tête ce que d’autres compositeurs ont fait des mêmes textes (« Ninon, que fais-tu de la vie »…). Les mélodies de jeunesse, assez platement strophiques, ne marqueront guère les esprits, et pour les autres, on en restera aux interprétations autrement plus vigoureuses de George Thill, Gérard Souzay ou Dietrich Fischer-Dieskau.</p>
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