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	<title>Veronika DZHIOEVA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Veronika DZHIOEVA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Macbeth — Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/macbeth-zurich-un-macbeth-noir-corbeau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Mar 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Saisissant, cauchemardesque, c’est un formidable Macbeth que propose Zurich, d’autant plus poignant quand deux drapeaux ukrainiens flottent sur le Bahnhofbrücke, le pont qui marque le centre névralgique de la ville, et quand retentit le chœur « Patria oppressa », vibrant de puissance, chanté par des exilés serrés en une masse noire comme le deuil. Comment ne pas &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Saisissant, cauchemardesque, c’est un formidable <em>Macbeth</em> que propose Zurich, d’autant plus poignant quand deux drapeaux ukrainiens flottent sur le Bahnhofbrücke, le pont qui marque le centre névralgique de la ville, et quand retentit le chœur « Patria oppressa », vibrant de puissance, chanté par des exilés serrés en une masse noire comme le deuil.<br />
	Comment ne pas penser à la guerre déclenchée par un despote à 1600 km de là quand se déroule sous nos yeux cette histoire de pouvoir devenu fou, de crimes et de sang ? La lecture implacable qu’en donne Barrie Kosky prendrait à la gorge même si nous ne vivions pas une période aussi tragique.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="121" src="/sites/default/files/styles/large/public/1epbfb_2.jpeg?itok=vqEhfZCy" title="© Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
<p><strong>Noir majeur</strong></p>
<p>La première image apparaît dans un silence et un noir complets (noir, ce mot va revenir souvent dans ce compte rendu). Les pupitres de l’orchestre sont éteints, le rideau se lève sur la vision du corps de Macbeth endormi, il n’est éclairé (à peine) que par un énorme luminaire, suspendu au-dessus de lui. La vision semble se prolonger interminablement, mais ne dure peut-être qu’une ou deux minutes. Enfin commence l’ouverture, et s’allument quatre lignes de lumignons qui dessinent une perspective qui paraît sans fin. Une masse compacte de corps nus s’approche lentement, descendant le plan incliné de la scène, tandis que les voix des sorcières viendront des coulisses.<br />
	On perd vite tout repère d’espace ou de temps, l’esprit et les sens troublés par cette nuit impitoyable. L’utilisation du noir, qui peut être une facilité théâtrale, devient ici création d’un espace mental déconcertant. Le fantastique du <em>Macbeth</em> de Verdi, qui peut devenir ailleurs grand-guignolesque et dérisoire, sera ici d’une force tellement convaincante qu’il emportera le spectateur dans un monde autre, celui inventé par Shakespeare, et recréé ici par un <strong>Barrie Kosky</strong>, particulièrement inspiré.</p>
<p><strong>Des sorcières non-genrées ?</strong></p>
<p>Les corps nus des sorcières se sont approchés, corps de tous âges, et on croit y distinguer des femmes avec des pénis et des hommes avec des sexes féminins, des sorcières « non genrées », dirait-on si l’humeur était à la plaisanterie, mais vraiment pas. Ces êtres hybrides, incertains, fragiles, fantomatiques, morbides, dont la nudité met mal à l’aise (c’est moi, c’est vous…) commencent à dégager les corbeaux morts qui recouvraient le corps endormi.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/j4jzsr_2.jpeg?itok=utttfJS4" title="© Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
<p>A l’orchestre, d’implacables accords de cuivres alternent avec l’apparition du thème insinuant de la scène de somnambulisme, que chuchotent les violons. L’orchestre sera un protagoniste essentiel du drame, singulièrement présent dans ce petit théâtre d’un rococo très 1890 dont les dorures et les stucs semblent par contraste tellement innocents et anachroniques.</p>
<p>Image suivante : Macbeth s’est relevé, Banco est apparu, tous deux entendent les prophéties des sorcières toujours venues de nulle part (cette impression de <em>Nowhere</em> persistera jusqu‘au bout), puis le viril chœur des messagers qui saluent le Thane de Glamis et Cawdor et futur roi d’Ecosse. Sentiment d’oppression. Elle pèse sur le spectateur comme sur les deux personnages en scène. Sinistres soutanes noires, longs cheveux pour certains, les personnages masculins auront vaguement l’allure de moines orthodoxes, officiants d’un cérémonial nocturne.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/bdkfsc.jpeg?itok=O3VmsEeP" title="Markus Brück (saison 2016) © Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Markus Brück (saison 2016) © Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
<p>Le premier arioso de Macbeth (« Due vaticini compiuti or sono ») permet d’entendre enfin la voix de <strong>George Petean</strong>, baryton verdien, à la voix très riche, puissante, solide, de surcroit comédien magnifique, qui saura suggérer les faiblesses d’un personnage dépassé par son destin, en colorant sa voix d’inflexions fragiles (c’est aussi un Rigoletto, il sait que ces mâles personnages de Verdi ne sont que fêlures derrière leur apparente virilité).<br />
	Banco (<strong>Vitalij Kowaljow</strong>) est doté d’une voix très sombre, un peu moins homogène peut-être que celle George Petean, mais peu importe, c’est le dramatisme intense de ces deux timbres mêlés en un point d’orgue puissant qui saisit, appuyé sur un chœur d’une solidité à toute épreuve.</p>
<p>Transition orchestrale incisive, galbée, de l’orchestre, donnant soudain un sentiment d’urgence, comme s’il fallait que l’oracle s’accomplisse. Et apparition de Lady Macbeth. <strong>Veronika Dzhioeva</strong>, la soprano ossète qui assurera toutes les représentations, puisqu’Anna Netrebko s’est retirée, va imposer un personnage lourd, puissant, double féminin de ce Macbeth pusillanime.</p>
<p>La lettre « Nel’di della vittoria » est chuchotée par des voix entrelacées venant d’un peu partout, avant que ne monte celle de la Lady sur « Ambizioso spirto… », voix très russe, dotée d’un vibrato glorieux, n’hésitant pas à poitriner certains sons, grand soprano lyrico-dramatique, impressionnant, variant les couleurs, allant parfois à la pêche des notes les plus graves, capable de sons filés, envoyant une cabalette terrassante, avant de finir sur une vocalise brillante. Bref une de ces performances vocales qui laissent envoûté, et on se souvient évidemment de la phrase de Verdi, disant préférer une voix laide ou sale à une voix lisse. Celle de Miss Dzhioeva n’est certainement pas laide, mais elle est un peu hirsute et on en est fort aise. On sera empoigné par leur premier duo, lui pauvrement tassé sur sa petite chaise, elle l’enserrant à l’étouffer comme un boa constrictor.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/eikpek_2.jpeg?itok=DpwiU7lm" title="© Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
<p><strong>Prisonniers d’un halo de lumière</strong></p>
<p>Grande idée de mise en scène, les deux personnages de ce drame/cauchemar n’évolueront que dans l’ovale de lumière dessiné par ce lampadaire qui ressemble à une baignoire de métal renversée. Autour d’eux l’obscurité totale, sauf la perspective de lumignons. Manière de faire ressentir que tout se joue seulement dans deux esprits malades.<br />
	Le grand monologue de Macbeth « Mi si affaccia un pugnal ! », George Petean le chante en diseur, s’appuyant sur les mots, allégeant les sons, allant du presque chuchotis jusqu’à des fortissimos solides comme le bronze. On admire ici les grandes courbes descendantes des cordes d’un orchestre sans cesse animé, incisif, vibrant, puis les cordes graves palpitantes sur « Ogni rumore mi spaventa ! »<br />
	Et surtout la présence dans la fosse d’un chef, <strong>Nicola Luisotti</strong>, qui tient l’action d’une main ferme, soutient l’impitoyable pulsation rythmique verdienne, mais sait ménager des rallentandos et des rubatos, et suivre les personnages dans leurs sombres ruminations, en l’occurrence les incertitudes de Macbeth, homme sans qualités, et du brillant orchestre de cette maison, le <strong>Philharmonia Zürich</strong> (la ville a la chance d’avoir deux très beaux orchestres, celui de la Tonhalle et celui-ci).</p>
<p>Le duo du couple fatal après la mort de Duncan (on remarque au passage les trilles de Dzhioeva sur « Follie, follie »), puis la voix d’outre-tombe de Banco annonçant « E morto assassinato il re Duncan » ponctuent la progression inexorable de l’action jusqu’au chœur « O gran Dio, che ne’ cuori penètri» qui commence comme une prière <em>a cappella</em> et s’achève par un ensemble d’une exaltante noirceur, très jeune Verdi, mettant en valeur tour à tour la finesse, la solidité, l’homogénéité, la richesse de la palette des voix du <strong>Chœur de l’Opernhaus</strong>, constamment sollicité dans cet opéra de jeunesse.<br />
	Au chapitre de la noirceur, ajoutons l’air de Banco « Studia il passo, o mio figlio », d’une voix peut-être un peu instable, mais d’un tragique glaçant.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="316" src="/sites/default/files/styles/large/public/bwcy0i_2.jpeg?itok=9fwN3DIc" title="Markus Brück et Tatjana Serjan (saison 2016) © Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Markus Brück et Tatjana Serjan (saison 2016) © Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
<p><strong>Les Thénardier</strong></p>
<p>Quant à Veronika Dzhioeva, elle nous offrira deux grandes démonstrations vocales, d’abord l’aria « La lune langue », air nocturne s’il en est, où la complicité avec le chef sera encore plus patente, avec un rallentando suspendu sur « Nuovo delitto », puis d’incandescentes flammes vocales sur « E necessario ! », avant que le tempo ne se fige pour « a loro un requiem», rarement entendu aussi lent, ensuite dans la scène du banquet.</p>
<p>Un banquet que, bien sûr, Barrie Kosky se garde bien de montrer ! M. et Mme Macbeth restent sur leurs deux pauvres chaises, comme le père et la mère Ubu ou comme les Thénardier. Entre chaque lumignon, se place une étrange garde d’honneur de corps nus, dont les silhouettes se perdent au loin dans la nuit. La fête est en coulisses, on gratifie le couple fatal de ridicules serpentins… Et c’est là que le soprano, dont on n’avait guère entendu jusqu’ici que les aspects les plus sombres de la voix, va aller chercher pour son <em>brindisi</em>, « Se colmi il calice », une kyrielle de notes légères, comme une seconde voix venue d’on ne sait trop où, des vocalises aériennes et une brillante guirlande de trilles, d’abord séducteurs, puis devenant presqu’effrayants.</p>
<p>Ultime image de la première partie, le couple criminel entouré d’une masse gluante de corps nus, tandis qu’approche un groupe compact de silhouettes noires, en principe les invités de la fête, mais ici les voix du destin, se mêlant à celles des solistes, pour une pièce concertante monumentale et magnifique qui laissera le public sonné.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="322" src="/sites/default/files/styles/large/public/izgzur_2.jpeg?itok=LJcuaRV6" title="© Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
<p><strong>Un mauvais rêve dont on ne sortirait pas</strong></p>
<p>Le début de la seconde partie sera non moins saisissant. Exactement la même obscurité, le même silence, la même attente qu’au début de la première, les mêmes lumières des pupitres s’éclairant et le contraste entre le chœur de sorcières qu’on entend, acide, sur un rythme pimpant, très jeune Verdi encore, et à nouveau les corps nus, vision devenue incertaine, maintenant que sont projetées sur eux d’autres images de corps nus.<br />
	Surtout l’impression que le cauchemar se poursuit, d’autant qu’on va en somme entrer dans l’esprit embrumé de Macbeth, par un artifice très simple : c’est le moment où le criminel croit apercevoir une tête fantomatique, et il entend des voix, tour à tour voix d’une sorcière, voix enfantine, ou voix de Banco, les voix du remords en somme. Macbeth mimera leurs mots, effet de doublage ou de ventriloquie où George Petean montrera à nouveau combien le personnage l’habite. Et mise en évidence de la folie du personnage, illuminé, possédé, prisonnier de sa fatalité et de ce halo lumineux dont il ne peut sortir.</p>
<p>Petean sera particulièrement impressionnant dans le grand monologue, « Fuggi, regal fantasma », traité en <em>recitar cantando</em> et d’une modernité étonnante, parlé-chanté, tandis qu’on entendra en coulisse d’étranges fanfares, fantomatiques elles aussi. Le troisième acte se terminera par un duo de la vengeance, scandé par des cuivres terrassants, et surtout mettant en valeur l’étrange alliance entre ces deux êtres, et on ne sait quelle affection trouble qui les lie. Réalisation musicale constamment remarquable, et d’autant plus qu’elle se met au service du drame. A moins que ce ne soit l’inverse, bien sûr.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/fdhogj_2.jpeg?itok=Cs4_pfFO" title="Markus Brück (saison 2016) © Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Markus Brück (saison 2016) © Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
<p><strong>L’Ukraine à l’esprit</strong></p>
<p>Digne du « Va pensiero » de <em>Nabucco</em> composé cinq ans auparavant, grand chœur patriotique d’une ferveur douloureuse, ponctué de timbales lancinantes, de pizzicatis des cordes graves, déchiré de flûtes acides, le chœur des réfugiés écossais, « O Patria oppressa », éveillera évidemment une émotion singulière au moment où chacun a l’Ukraine à l’esprit. Fort d’une cinquantaine de chanteurs, le chœur de l’Opernhaus sera là une fois de plus d’une densité formidable. Les différentes sections, sopranos, altos, ténors, basses, se distinguent avec clarté. Masse noire à laquelle Barrie Kosky imprime un lent mouvement oscillant, et à laquelle Nicola Luisotti peut imposer une extrême lenteur, une grandeur de requiem.</p>
<p>Dans l’air de Macduff, « La paterna mano », on aimera le ténor <strong>Omer Kobiljak </strong>(en alternance avec Benjamin Bernheim), son legato très belcantiste, nuancé et incarné, silhouette noire aux longs cheveux et voix dorée, étonnante dans un contexte aussi sombre. Viendront ensuite, par ce mélange des genres musicaux qui est un des charmes de <em>Macbeth</em>, le fringant duo Macduff-Malcolm (<strong>Alejandro Del Angel</strong>, le second ténor) et le chœur des conjurés, « La patria tradita », plus conventionnel.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/vw2bwx.jpeg?itok=Z28B1Phh" title="© Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
<p>Ce qui ne l’est pas, conventionnel, c’est la scène de somnambulisme. Long prélude orchestral, mettant en valeur les bois de l’orchestre. Traditionnellement, Lady Macbeth erre sur la scène, comme hallucinée. Ici, Veronika Dzhioeva, en longue camisole blanche, est affalée sur sa chaise, frottant le sang qui tache sa main. Sur l’autre chaise, un corbeau est perché et opine du bec (un faux corbeau, mais on se demandera pendant un long moment si ce ne serait pas un vrai). <em>Scena</em> traditionnelle, avec récitatif, aria et cabalette, comme la scène de folie de <em>Lucia</em>, où le soprano sera à nouveau d’une puissance d’incarnation impressionnante, osant un son assez laid sur le <em>nar</em> de « tanto sangue imaginar », tandis que dialogueront avec elle dans des halos lumineux de part et d’autre du plateau les visages de sa suivante (<strong>Bozena Bujnicka</strong>) et du médecin (<strong>Alexander Fritze</strong>).</p>
<p><strong>Des plumes noires comme le sang</strong></p>
<p>Ce qui donne à cette production autant d’impact, c’est l’équilibre entre la puissance du drame, la force des images, et la plénitude de ce qu’on entend, l’intensité de cette Lady habitée par son rôle maléfique, et le dénuement de ce Macbeth, désespérément humain. Mais non pas dénué vocalement ! Aigus faciles, notes graves de bronze d’une solidité à toute épreuve et grande ligne dans sa méditation « Pietà, rispetto, amore », noble et blessée à la fois.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/h8detb_2.jpeg?itok=IDMU4IVt" title="Markus Brück (saison 2016) © Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Markus Brück (saison 2016) © Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
<p>Et puis, après qu’il aura été poignardé en scène par Macduff (en principe, ça se passe en coulisse), on l’entendra chanter un air que Verdi avait supprimé à partir de 1865, l’aria de la mort de Macbeth, « Mal per me que m’affidai », une rareté que George Petean porte d’une voix à la fois douloureuse et immense, «… tout ce sang, que j’ai versé…. vile couronne… ».<br />
	Et tandis que le chœur en coulisse chantera « Vittoria ! » et saluera son nouveau roi, Macduff, le roi déchu s’affalera sur une chaise, en pauvre tee-shirt dégoulinant.</p>
<p>Après chaque crime, Macbeth était revenu dans la lumière les mains emplies de plumes noires. Il en pleut maintenant des cintres. Sur la chaise voisine, ce sont cinq corbeaux qui dodelinent du bec, derniers compagnons.<br />
	Et comme un gros enfant joufflu, Macbeth, ultime image dérisoire, souffle sur des plumes pour les faire voler…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/w1dajm_2.jpeg?itok=W1CaJMtz" title="© Opernhaus - Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Opernhaus &#8211; Monika Rittershaus</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Anna Netrebko décide de prendre du recul</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/anna-netrebko-decide-de-prendre-du-recul/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Mar 2022 14:00:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les communiqués succèdent aux communiqués. Après Munich, l&#8217;Opernhaus de Zürich partage sur Twitter un message (également accessible en ligne sur le site de l&#8217;institution) pour annoncer qu&#8217;Anna Netrebko ne chantera pas comme prévu les 26 et 29 mars le rôle de Lady Macbeth (elle sera remplacée par Veronika Dzhioeva) : « nous sommes forcés de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les communiqués succèdent aux communiqués. Après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/breve/anna-netrebko-va-bien-mais-ne-chantera-pas-a-milan-a-munich-non-plus">Munich</a>, l&rsquo;Opernhaus de Zürich partage sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://twitter.com/operzuerich/status/1498625098273669124?s=20&amp;t=bx7If14DOuJrACTSTBXrJA">Twitter</a> un message (également accessible en ligne sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.opernhaus.ch/en/ukraine/">le site de l&rsquo;institution</a>) pour annoncer qu&rsquo;<strong>Anna Netrebko</strong> ne chantera pas comme prévu les 26 et 29 mars le rôle de Lady Macbeth (elle sera remplacée par <strong>Veronika Dzhioeva</strong>) : « nous sommes forcés de reconnaître que notre condamnation décisive de Vladimir Poutine et de ses actions n&rsquo;est pas compatible avec la position publique d&rsquo;Anna Netrebko. Elle-même est arrivée à la conclusion que, compte tenu de la situation actuelle, elle préférerait ne pas chanter à Zurich, avec la déclaration suivante : « Ce n&rsquo;est pas le moment pour moi de faire de la musique et de jouer. J&rsquo;ai donc décidé de prendre du recul par rapport aux représentations pour le moment. C&rsquo;est une décision extrêmement difficile pour moi, mais je sais que mon public comprendra et respectera cette décision. » ». </p>
<p>La dernière publication de la soprano sur son compte Instagram à l&rsquo;heure où nous écrivons cette brève la montre tenant la main de Valery Gergiev avec pour légende le message suivant : « Je l&rsquo;ai dit, je suis opposée à cette guerre d&rsquo;agression insensée et j&rsquo;appelle la Russie à mettre fin à cette guerre maintenant, pour notre sécurité à tous ! Nous avons besoin de paix ! ». (ndlr : le post a depuis été supprimé)<br />
	. </p>
<blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned="" data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/p/Caj5hMuLwFZ/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:540px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);">
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<a href="https://www.instagram.com/p/Caj5hMuLwFZ/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank" rel="noopener"><svg height="50px" version="1.1" viewbox="0 0 60 60" width="50px" xmlns="https://www.w3.org/2000/svg" xmlns:xlink="https://www.w3.org/1999/xlink"><g fill="none" fill-rule="evenodd" stroke="none" stroke-width="1"><g fill="#000000" transform="translate(-511.000000, -20.000000)"><g><path d="M556.869,30.41 C554.814,30.41 553.148,32.076 553.148,34.131 C553.148,36.186 554.814,37.852 556.869,37.852 C558.924,37.852 560.59,36.186 560.59,34.131 C560.59,32.076 558.924,30.41 556.869,30.41 M541,60.657 C535.114,60.657 530.342,55.887 530.342,50 C530.342,44.114 535.114,39.342 541,39.342 C546.887,39.342 551.658,44.114 551.658,50 C551.658,55.887 546.887,60.657 541,60.657 M541,33.886 C532.1,33.886 524.886,41.1 524.886,50 C524.886,58.899 532.1,66.113 541,66.113 C549.9,66.113 557.115,58.899 557.115,50 C557.115,41.1 549.9,33.886 541,33.886 M565.378,62.101 C565.244,65.022 564.756,66.606 564.346,67.663 C563.803,69.06 563.154,70.057 562.106,71.106 C561.058,72.155 560.06,72.803 558.662,73.347 C557.607,73.757 556.021,74.244 553.102,74.378 C549.944,74.521 548.997,74.552 541,74.552 C533.003,74.552 532.056,74.521 528.898,74.378 C525.979,74.244 524.393,73.757 523.338,73.347 C521.94,72.803 520.942,72.155 519.894,71.106 C518.846,70.057 518.197,69.06 517.654,67.663 C517.244,66.606 516.755,65.022 516.623,62.101 C516.479,58.943 516.448,57.996 516.448,50 C516.448,42.003 516.479,41.056 516.623,37.899 C516.755,34.978 517.244,33.391 517.654,32.338 C518.197,30.938 518.846,29.942 519.894,28.894 C520.942,27.846 521.94,27.196 523.338,26.654 C524.393,26.244 525.979,25.756 528.898,25.623 C532.057,25.479 533.004,25.448 541,25.448 C548.997,25.448 549.943,25.479 553.102,25.623 C556.021,25.756 557.607,26.244 558.662,26.654 C560.06,27.196 561.058,27.846 562.106,28.894 C563.154,29.942 563.803,30.938 564.346,32.338 C564.756,33.391 565.244,34.978 565.378,37.899 C565.522,41.056 565.552,42.003 565.552,50 C565.552,57.996 565.522,58.943 565.378,62.101 M570.82,37.631 C570.674,34.438 570.167,32.258 569.425,30.349 C568.659,28.377 567.633,26.702 565.965,25.035 C564.297,23.368 562.623,22.342 560.652,21.575 C558.743,20.834 556.562,20.326 553.369,20.18 C550.169,20.033 549.148,20 541,20 C532.853,20 531.831,20.033 528.631,20.18 C525.438,20.326 523.257,20.834 521.349,21.575 C519.376,22.342 517.703,23.368 516.035,25.035 C514.368,26.702 513.342,28.377 512.574,30.349 C511.834,32.258 511.326,34.438 511.181,37.631 C511.035,40.831 511,41.851 511,50 C511,58.147 511.035,59.17 511.181,62.369 C511.326,65.562 511.834,67.743 512.574,69.651 C513.342,71.625 514.368,73.296 516.035,74.965 C517.703,76.634 519.376,77.658 521.349,78.425 C523.257,79.167 525.438,79.673 528.631,79.82 C531.831,79.965 532.853,80.001 541,80.001 C549.148,80.001 550.169,79.965 553.369,79.82 C556.562,79.673 558.743,79.167 560.652,78.425 C562.623,77.658 564.297,76.634 565.965,74.965 C567.633,73.296 568.659,71.625 569.425,69.651 C570.167,67.743 570.674,65.562 570.82,62.369 C570.966,59.17 571,58.147 571,50 C571,41.851 570.966,40.831 570.82,37.631"></path></g></g></g></svg></a></p>
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<p style=" color:#c9c8cd; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; line-height:17px; margin-bottom:0; margin-top:8px; overflow:hidden; padding:8px 0 7px; text-align:center; text-overflow:ellipsis; white-space:nowrap;"><a href="https://www.instagram.com/p/Caj5hMuLwFZ/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" color:#c9c8cd; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:normal; line-height:17px; text-decoration:none;" target="_blank" rel="noopener">Une publication partagée par @anna_netrebko_yusi_tiago</a></p>
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		<title>MOZART, Così fan tutte — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cosi-fan-tutte-geneve-moi-jessuie-les-verres-au-fond-du-cafe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 May 2017 06:09:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On sait désormais que Così fan tutte n’a rien d’une franche rigolade, et que l’histoire de ces couples d’un jour se termine presque aussi mal que celle des amants d’un jour chantés par Edith Piaf. Après le Despina’s Diner où Peter Sellars avait jadis situé sa mise en scène de la Scuola degli amanti, David &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On sait désormais que <em>Così fan tutte</em> n’a rien d’une franche rigolade, et que l’histoire de ces couples d’un jour se termine presque aussi mal que celle des amants d’un jour chantés par Edith Piaf. Après le Despina’s Diner où Peter Sellars avait jadis situé sa mise en scène de la <em>Scuola degli amanti</em>, <strong>David Bösch</strong> nous emmène à l’Alfonso’s Bar, où le vieux cynique, entre deux essuyages de verres, propose à ses jeunes amis son pari échangiste. Malgré tout, cette production genevoise a tendance à prendre la chose à la légère le plus longtemps possible : on s’amuse donc, même si les gags ne sont pas toujours des plus fins (lorsqu’on joue avec les sous-vêtements de ces dames, notamment), mais les premiers moments de sérieux semblent d’autant plus difficiles à justifier avant la désillusion finale. Si la pantomime pendant l’ouverture laissait présager un spectacle parent des <em>Noces de Figaro</em> amstellodamoises particulièrement réussies, le décor tournant semble ici un luxe inutile, l’envers du bar (la chambre des deux sœurs) n’étant utilisé que très brièvement, à deux ou trois reprises. Excepté quelques anachronismes sans doute voulus, l’action est clairement située dans les années 1950, et le déguisement des « Albanais » les transforme en clones de Marlon Brando, mi-<em>Equipée sauvage</em>, mi-<em>Homme à la peau de serpent </em>(pour Ferrando, du moins, car Guglielmo, lui, semble carrément lorgner vers les rockers des <em>sixties</em>).</p>
<p>Musicalement, on se pince en découvrant le nom du chef : quoi, ce même <strong>Hartmut Haenchen </strong>qui, il y a à peine plus d’un mois, dirigeait <em>Elektra</em> et <em>Tristan</em> à l’Opéra de Lyon ? Quelle polyvalence ! Va donc pour un <em>Così</em> à l’ancienne, qui rompt, non sans lourdeurs, avec tout ce que les chefs baroqueux ont apporté dans leurs lectures de cette partition. On retrouve aussi les coupures « traditionnelles », non seulement dans les récitatifs, mais jusque dans les airs (deuxième aria de Despina, duo Ferrando-Fiordiligi…), ce qui est plus grave. Face à un continuo où le clavecin bénéficie de l’étoffe supplémentaire d’un violoncelle, l’Orchestre de la Suisse romande ne peut éviter les décalages avec les chanteurs, particulièrement au dernier tableau – nous sommes pourtant déjà à la deuxième représentation –, et le chœur en coulisses semble s’évanouir bien avant d’avoir terminé son intervention dans la sérénade.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/cosi5_0.jpg?itok=YyNeMTfL" width="468" /><br />
	© Carole Parodi</p>
<p><strong>Laurent Naouri</strong> met au service d’un Don Alfonso particulièrement désabusé tout son talent d’acteur et son timbre à nul autre pareil, s’imposant sans peine malgré l’absence d’air véritable. De retour à Genève après son Ruggiero dans l’<em>Alcina</em> montée par le même David Bösch l’an dernier, <strong>Monica Bacelli</strong> peut s’appuyer sur son expérience de l’opéra-bouffe napolitain pour camper une Despina vénale et narquoise, mais se refuse à changer de voix pour ses deux travestissements.</p>
<p>Avant le lever du rideau, une annonce signale que <strong>Steve Davislim</strong> a tenu à chanter malgré une indisposition causée par le pollen et par le froid. Dommage, vraiment, car le ténor australien est un mozartien de haute volée, on l’entend bien malgré tout, même si l’on ne peut qu’imaginer ce qu’il aurait fait de son « aura amorosa » eût-il été en pleine possession de ses aigus. <strong>Vittorio Prato</strong> compose un Guglielmo sympathique, vite épuisé par les exigences de Dorabella, mais Mozart n’a manifestement guère été inspiré par le personnage.</p>
<p>Pour les deux sœurs bien différenciées, l’une aussi brune et pulpeuse que l’autre est blonde et longiligne, on a fait appel à deux chanteuses venues de l’Est. On a pu entendre à Paris, dans <em>La Cerisaie</em> de Philippe Fénelon, l’Ukrainienne <strong>Alexandra Kadurina </strong>: si les moyens sont incontestables, sans doute faudrait-elle qu’elle améliore son italien, dont l’articulation semble un peu relâchée. Originaire d’Ossétie, <strong>Veronika Dzhioeva</strong> séduit d’abord par une opulence vocale inhabituelle dans ce répertoire, avec des graves sonores qui n’empêchent pas une maîtrise du piano subito dans l’aigu. Rigolarde et énergique, sa Fiordiligi est tout aussi inhabituelle, loin de la pudeur réservée dans laquelle on cantonne souvent le personnage ; revers de la médaille, si son « Come scoglio » convainc pleinement, avec un côté virago qui n’a rien de malvenu, la chanteuse passe à côté de « Per pietà », pris trop rapidement pour que s’en dégage toute la beauté. Mais là encore, le chef n’y est peut-être pas pour rien.</p>
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		<title>RUBINSTEIN, Démon — Bruxelles (Bozar)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/demon-bruxelles-bozar-exhumation-magistrale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Jan 2016 13:50:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/exhumation-magistrale/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pianiste virtuose époustouflant, Anton Rubinstein fut aussi au milieu du XIX siècle le compositeur d’opéra le plus en vogue de Russie, dépassant largement en notoriété Moussorgski ou Tchaïkovski, par ailleurs son élève. Et Démon, l’opéra qui nous occupe aujourd’hui, fut représenté plus de cent fois au Théâtre Mariinsky, c’est tout dire !  Que l’œuvre et même &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pianiste virtuose époustouflant, Anton Rubinstein fut aussi au milieu du XIX siècle le compositeur d’opéra le plus en vogue de Russie, dépassant largement en notoriété Moussorgski ou Tchaïkovski, par ailleurs son élève. Et<em> Démon,</em> l’opéra qui nous occupe aujourd’hui, fut représenté plus de cent fois au Théâtre Mariinsky, c’est tout dire !  Que l’œuvre et même le compositeur soient depuis lors tombés dans l’oubli est bien difficile à expliquer car la musique, de toute évidence, est de grande qualité. Le livret, adapté de Lermontov, est relativement proche du deuxième Faust de Goethe : Démon, tombé amoureux de Tamara, élimine son rival, séduit la belle (elle résiste assez peu) et l’emmène avec lui, entrainant son trépas. Les anges interviennent pour ouvrir les portes du ciel à Tamara et condamner Démon à la solitude éternelle.</p>
<p>La partition, qui fait la part belle à l’orchestre et aux chœurs, est d’un lyrisme généreux, fort séduisante et comprend de très nombreuses mélodies à caractère populaire, qui s’apparentent à des romances russes, subtilement enchaînées les unes aux autres. Par de nombreux figuralismes, l&rsquo;oeuvre fait défiler le tumulte des éléments, les servantes qui s’activent au bord de la rivière, les chevaliers en marche, etc. On suit l’action comme au cinéma. Et comme La Monnaie a, cette fois encore, renoncé à toute mise en scène, chacun reconstitue à sa façon le château de ses rêves, les préparatifs du mariage, les costumes et les décors selon son goût.</p>
<p>Un effort tout particulier a été fait sur la distribution, qui réunit une équipe de chanteurs tout à fait remarquables et judicieusement choisis en fonction des rôles à pourvoir. Du côté des voix féminines, <strong>Veronika Dzhioeva</strong> en impose : puissance vocale, technique impeccable mais peu de charme dans le timbre et quelques sons poussés qui manquent de liberté. Les aigus sont souvent un peu durs, mais c&rsquo;est efficace. La nourrice, <strong>Elena Manistina</strong>, offre un magnifique timbre de mezzo, à la fois doux et sombre, mais le rôle est mince, hélas. Même regret pour l’ange, chanté par <strong>Christianne Stotijn</strong> très épanouie (elle est très visiblement enceinte), couleurs magnifiques avec juste un peu trop de vibrato pour le rôle. <strong>Ante Jerkunica</strong>, qui chante le Prince Gutal, père de la belle Tamara, est probablement la plus belle voix de la distribution. Ampleur, justesse impeccable, de la prestance, le chanteur croate incarne magnifiquement ce rôle de père noble qui lui sied comme un gant. Le ténor biélorusse <strong>Boris Rudak</strong>, qui ne manque pourtant pas de moyens, est moins à la hauteur. Il aborde le Prince Sinodal  tout en force, touchant à plusieurs reprises à ses limites, sans doute pour pouvoir passer l’orchestre. Il en résulte une prestation un peu tendue et peu émouvante. Mais la vraie révélation de la soirée est le jeune baryton-basse lithuanien <strong>Kostas Smoriginas</strong>, qu’on avait déjà entendu en juin dernier dans Rachmaninov, et qui trouve ici un rôle à sa mesure. Le matériau vocal est splendide, puissant, riche d’une grande variété de couleurs. Mais Smoriginas est aussi un fin musicien qui parvient à donner beaucoup d’humanité à son personnage, et à le rendre presque sympathique malgré ses sombres desseins.  Dans des rôles moins essentiels, <strong>Alexander Vassiliev</strong>, très belle voix de basse russe typique campe un vieux serviteur parfait et <strong>Igor Morozov</strong> se fait le messager des mauvaises nouvelles. Les chœurs de la Monnaie et toutes les phalanges venues les renforcer sont très largement sollicités et remplissent avec compétence et enthousiasme leur emploi. L’orchestre fait également preuve d’un bel entrain, mené avec fermeté et dynamisme par <strong>Mikhaïl Tatarnikov</strong>, très à l’aise malgré l’ampleur de la partition.</p>
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		<title>Le Rossignol&#124;Iolanta — Prague (Théâtre National)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-rossignol-stravinsky-iolanta-tchaikovski-prague-sevres-du-lait-de-la-tendresse-humaine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Nov 2015 06:53:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La représentation de deux opéras en un même spectacle pose toujours question. Si certains binômes s&#8217;imposent d&#8217;eux-mêmes – Cavalleria Rusticana et I pagliacci, L&#8217;Heure espagnole et L&#8217;Enfant et les sortilèges –, d&#8217;autres paraissent moins évidents. Charge alors au metteur en scène de convaincre du bien-fondé de l&#8217;appariement, note d&#8217;intention à l&#8217;appui, pour un résultat souvent &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La représentation de deux opéras en un même spectacle pose toujours question. Si certains binômes s&rsquo;imposent d&rsquo;eux-mêmes – <em>Cavalleria Rusticana </em>et <em>I pagliacci</em>, <em>L&rsquo;Heure espagnole</em> et<em> L&rsquo;Enfant et les sortilèges</em> –, d&rsquo;autres paraissent moins évidents. Charge alors au metteur en scène de convaincre du bien-fondé de l&rsquo;appariement, note d&rsquo;intention à l&rsquo;appui, pour un résultat souvent tiré par les cheveux. Faut-il par exemple proposer <em>Iolanta</em>, dont la durée avoisine l&rsquo;heure et demie, seule ou accompagnée d&rsquo;un autre ouvrage ? L&rsquo;opéra de Paris a choisi l&rsquo;année prochaine de la coupler au ballet <em>Casse-Noisette</em>, comme l&rsquo;avait prévu Tchaïkovski à l&rsquo;origine.</p>
<p>Le Théâtre national de Prague a décidé, lui, de ne pas chercher midi à quatorze heures. Son choix s&rsquo;est porté sur <em>Le Rossignol</em>. Les deux opéras sont russes et ne comportent qu&rsquo;un acte. Les similitudes s&rsquo;arrêtent là, tant au niveau des thèmes abordés que de l&rsquo;écriture musicale. Chacun des deux ouvrages reste en effet fermement ancré dans son époque (bien que la composition du<em> Rossignol</em> en deux périodes séparées de plusieurs années induise au sein même de la partition un écart de style que Stravinsky n&rsquo;a pu éviter). Ce sont donc deux spectacles distincts qu&rsquo;a imaginé <strong>Dominik Beneš</strong>, si différents qu&rsquo;on a du mal à penser qu&rsquo;ils ont été signés de la même main. Onirique et abstrait, <em>Le Rossignol</em> opte pour un style chorégraphié dans un décor épuré, écrasé par une lune immense favorisant un jeu diffus de lumière, tantôt rouge, tantôt bleu. Réaliste au contraire, <em>Iolanta</em> a pour cadre une scène jonchée de fleurs, rythmée par deux immenses rideaux représentant une forêt. L&rsquo;approche privilégie un mouvement naturel. Plutôt que de chercher des correspondances là où il n&rsquo;y en a pas, le metteur en scène s&rsquo;est préoccupé de composer un univers visuel en relation avec la musique et le livret. N&rsquo;est-ce pas toujours ainsi qu&rsquo;il faudrait procéder ?</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="266" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossio4.jpg?itok=gACzJOHx" title="© Národní divadlo" width="468" /><br />
	© Národní divadlo</p>
<p>D&rsquo;un opéra à l&rsquo;autre, les similitudes vocales sont également limitées. <strong>Jaroslav Březina</strong> et <strong>Yukiko Šrejmová Kinjo</strong> se chargent de faire le lien. Si <em>Le Rossignol</em> leur offre l&rsquo;occasion de faire valoir, l&rsquo;un en Pêcheur, l&rsquo;autre en Cuisinière, un chant irréprochable, un rien trop musclé cependant pour le ténor dans un rôle où l&rsquo;on attend davantage de poésie, <em>Iolanta</em> ne leur concède que peu de notes. Chez Tchaïkovski s&rsquo;impose d&rsquo;abord <strong>Veronika Dzhioeva</strong>, soprano russe dont la voix, par la rondeur généreuse du son, rappelle celle de sa compatriote Anna Netrebko. Cette Iolanta sensuelle et épanouie assume sans difficulté une tessiture pas si confortable, du grave naturellement sonore à l&rsquo;aigu dardé et précis. Vaudemont fragile, <strong>Aljaž Farasin</strong> est un authentique ténor lyrique au charme certain, égaré dans une partition inadaptée à ses moyens actuels. Accepter un tel contrat sans en avoir ni la puissance, ni la vaillance, ni l&rsquo;endurance (bien qu&rsquo;il en possède toutes les notes), n&rsquo;est-ce pas – hélas – poser une hypothèque sur l&rsquo;avenir ? Que le timbre de <strong>Vladimír Chmelo</strong> paraisse érodé n&rsquo;a rien d&rsquo;inacceptable – le poids des ans peut expliquer l&rsquo;expérience du sage –, que la voix plafonne dans son seul air s&rsquo;avère plus gênant. En Robert, <strong>Roman Janál</strong> ne manquerait ni de panache, ni de séduction s&rsquo;il n&rsquo;était renvoyé dans l&rsquo;ombre par <strong>Zdeněk Plech</strong>. Cette basse à la voix somptueuse et colossale pourrait en soignant davantage sa ligne de chant prétendre aux plus grandes scènes internationales. Dans <em>Le Rossignol</em> auparavant, Stravinsky n&rsquo;a vraiment d&rsquo;exigences que pour le rôle-titre. C&rsquo;est presque naturellement que l&rsquo;Empereur  – <strong>Aleš Jenis</strong> – et sa suite – <strong>Miloš Horák</strong>  et <strong>Luděk Vele</strong> – semblent en retrait tandis qu&rsquo; <strong>Olga Jelínková </strong>répond à toutes les sollicitations de l&rsquo;écriture, en termes de virtuosité et de musicalité, d&rsquo;une voix de soprano colorature dépourvue d&rsquo;acidité.</p>
<p>Peu présent dans la première comme dans la deuxième partie, le chœur du Théâtre national expose une homogénéité sans faille. L&rsquo;orchestre, lui, confirme ce qu&rsquo;il avait laissé entendre<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/la-petite-renarde-rusee-prague-ya-dla-joie"> la veille dans<em> La Petite Renarde rusée</em></a>, à savoir la supériorité des cordes sur les vents, les cuivres notamment. <strong>Zbyněk Müller</strong> préfère l&rsquo;épanchement lyrique à l&rsquo;efficacité dramatique. Sevrée de ce «<em> lait de la tendresse humaine</em> » dont parlait Shakespeare, sa direction prend en toute logique « <em>le chemin le plus court </em>».</p>
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