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	<title>Emanuel TOMLJENOVIC - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 30 Sep 2025 18:23:42 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Emanuel TOMLJENOVIC - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Gand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-gand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’œuvre de Wagner est saturée de sens : dans ses livrets, le compositeur combine les sources et réinvente les histoires. Les niveaux de lecture sont multiples et les strates de signification, potentiellement infinies. Et comme pour ajouter à l’infini, le texte se déploie sur une partition qui, elle-même, se prête à une lecture qui dépasse &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’œuvre de Wagner est saturée de sens : dans ses livrets, le compositeur combine les sources et réinvente les histoires. Les niveaux de lecture sont multiples et les strates de signification, potentiellement infinies. Et comme pour ajouter à l’infini, le texte se déploie sur une partition qui, elle-même, se prête à une lecture qui dépasse de très loin l’analyse musicale. Mettre en scène cette saturation, c’est nécessairement choisir entre un angle limité – c’est, dès lors, risquer une lecture superficielle – et une lecture totalisante ; c’est, dès lors, risquer de transposer la saturation de l’œuvre sur scène. En voulant éviter l’écueil du premier terme, <strong>Susanne Kennedy</strong> et <strong>Markus Selg</strong> se sont allègrement jetés dans le second. À l’occasion de leur première production pour l’opéra – <em>Einstein on the Beach</em> (2022) – la metteure en scène et le scénographe avaient invité le public à s’immerger dans l’œuvre en prenant place sur scène, parmi les chanteurs. Ici, c’est depuis la salle que le public est censé vivre une expérience immersive qui, en l’occurrence, ne passe ni par la musique, ni par l’invitation à la contemplation. L’immersion est le fait d’une saturation d’images et d’effets vidéo, de couleurs elles aussi saturées, d’une fuite en avant qui agresse plus qu’elle n’invite. Cette multiplication d’images et d’effets offre des possibilités infinies en termes de symbolique et les ambitions ne manquent pas à cet égard (si l’on en croit les notes d’intention du livret) : il est question de psychanalyse jungienne et d’image archétypale, Schopenhauer est convoqué – évidemment – de même que Platon, les rites initiatiques païens, les spiritualités hindoues ou encore les origines du théâtre. De ces ambitions théoriques, on ne percevra pourtant pas grand-chose. Les références christiques sont légion, on est souvent entraîné à travers la couronne d’épines mais le spectacle n’est pourtant pas ici celui de la Passion d’Amfortas et l’on peine dès lors à dépasser l’anecdote. À vouloir tout dire, ne risque-t-on pas de ne finalement rien transmettre ? La quête intérieure et l’expérience immersive revendiquées ressemblent davantage à un voyage dans un jeu vidéo vintage, monté à grands renforts d’IA – esthétique à laquelle d’aucuns sont sans doute sensibles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/M5A5335-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-200675"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© OBV/Annemie Augustijns</sup></figcaption></figure>


<p>En fosse, <strong>Alejo Pérez</strong> adopte une lecture d’emblée analytique où leitmotivs et tensions harmoniques sont soigneusement soulignés, parfois au détriment d’un phrasé et d’un mouvement global  aboutis. Il faut attendre le deuxième acte pour que le <strong>Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen</strong> révèle son plein potentiel expressif. Les phrasés se font alors plus soutenus et la tension s’installe jusqu’à exploser lors de l’apothéose de Parsifal, à la fin du troisième acte. Certes, les bois et les cordes manquent encore de rondeur et les cuivres – généreux et toujours justes – pourraient gagner en volupté mais, globalement, l’ensemble est de très bonne tenue.</p>
<p>L’approche verticale de la direction se ressent dans les premières interventions du Gurnemanz d’<strong>Albert Dohmen</strong>. L’attention extrême qu’il porte aux consonnes rend la direction des phrases difficile à saisir. Ce n’est qu’au troisième acte que le chant se déliera pour se laisser porter par une énergie horizontale (alors même que Parsifal, lui, <em>monte</em> au ciel), permettant d’apprécier les trésors de musicalité qu’offrent le timbre cuivré et la voix ample du chanteur. <strong>Dshamilja Kaiser</strong> est une Kundry d’abord comme effacée – ce qui est peut-être dû à une direction d’acteurs minimaliste (sinon inexistante, au premier acte) assumée. Le placement est toutefois idéal et, même si les graves manquent parfois de volume, la voix se déploie en harmoniques enveloppantes. Avec le Parsifal de <strong>Christopher Sokolowski</strong>, elle offrira un duo intense où – enfin – chanteurs et orchestre s’élanceront en une même direction claire et passionnée. Visuellement, alors que l’on passe à ce moment d’une saturation de couleurs à une ambiance intime et presque en noir et blanc, la scène du baiser est certainement la plus réussie. Sokolowski a toutes les qualités du ténor wagnérien : charpentée mais suffisamment légère, éclatante et canalisée mais pas nasale, la voix séduit d’abord dans des aigus puissants et larges. À la fin du troisième acte, on lui découvrira des graves bien installés. <strong>Kartal Karagedik </strong>est un Amfortas à la projection efficace avec de beaux médiums et une largeur générale. Son « Wehe ! Wehe mir der Qual » est remarquablement mené et constitue, avec le baiser de Parsifal et Kundry, le sommet musical de la production. <strong>Werner Van Mechelen</strong> est un Klingsor à la vocalité idéale : la voix est large mais d’une extrême clarté, colorée, la projection servie par un souffle enveloppant et comme infini. Titurel est vaillamment servi par un <strong>Tijl Faveyts</strong> qui canalise parfois à l’excès mais qui, globalement, offre une prestation soignée et émouvante.</p>
<p><strong>Sawako Kayaki</strong>, <strong>Jessica Stakenburg</strong>, <strong>Emanuel Tomljenovic</strong> et <strong>Timothy Veryser</strong> sont quatre écuyers à la vocalité cohérente, tandis que les six filles fleurs de <strong>Maria Chabounia</strong>, <strong>Ondelwa Martins</strong>, <strong>Idunnu Münch</strong>, <strong>Sawako</strong> <strong>Kayaki</strong>, <strong>Zofia Hanna</strong> et <strong>Jessica Stakenburg</strong> offrent, individuellement, de très beaux timbres mais qui ne s’harmonisent pas idéalement dans une partition qui exige une certaine cohérence chromatique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/M5A6978-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-200673"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© OBV/Annemie Augustijns</sup></figcaption></figure>


<p>Le chœur d’Opera Ballet Vlaanderen, préparé par <strong>Jef Smits</strong>, n’est pas au sommet de ses capacités. Le son est massif et ample mais manque de rondeur, les phrasés sont laborieusement négociés et la justesse reste parfois approximative. Le chœur d’enfants, préparé par <strong>Hendrik Derolez</strong>, est en revanche excellent et l’on goûte un son parfaitement homogène tant du point de vue des intentions que de la couleur vocale – ce qui, on le sait, témoigne d’un exigeant travail sur le son et d’une écoute mutuelle à toute épreuve.</p>
<p>On sort de ce <em>Parsifal</em> avec la conscience d’un décalage : l’infini s’est dilué dans la profusion et, si quelques instants de grâce rappellent la force de l’œuvre, on n’en aperçoit toujours pas la vision.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-gand/">WAGNER, Parsifal &#8211; Gand</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, La traviata (cast B) &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-cast-b-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est difficile, lorsqu’on vient voir un spectacle après la bataille – la première représentation où se rendent la plupart des journalistes et où l’équipe artistique vient saluer – de ne pas prendre en compte les différents articles qu’on a pu en lire. De fait, cette nouvelle production de La traviata signée Karin Henkel a &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Il est difficile, lorsqu’on vient voir un spectacle après la bataille – la première représentation où se rendent la plupart des journalistes et où l’équipe artistique vient saluer – de ne pas prendre en compte les différents articles qu’on a pu en lire. De fait, cette nouvelle production de <em>La traviata </em>signée <strong>Karin Henkel</strong> a fait l’objet d’une unanimité critique contre elle. Certains même ont affirmé que c’était « la pire production jamais vue au Grand Théâtre de Genève ». Pour peu qu’on soit un peu pervers, cela faisait envie. Notre collègue Charles Sigel <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-cast-a-geneve/">a rendu-compte de cette première</a> avec beaucoup d’humour, en relevant certaines inepties que comporte ce spectacle. On s’y référera pour en avoir un aperçu complet.</p>
<p style="font-weight: 400;">Cependant, au risque de décevoir, nous n’allons pas planter ici les derniers clous dans le cercueil de cette <em>Traviata</em> genevoise. De fait, à la fin de la soirée où nous nous sommes rendu pour entendre le cast B, le public a réservé une standing ovation aux artistes. Ce n’était peut-être pas pour saluer la mise en scène, mais cela prouve qu’une partie du public n’a pas passé une soirée si insupportable que ça – et nous non plus. La mise en scène comporte certes plusieurs éléments très discutables et pèche par trop de didactisme. L’idée d’éparpiller la musique de Verdi en recomposant la structure de l’œuvre, pour la faire correspondre au flashback du roman, est franchement discutable : puisqu’on commence par la mort de Violetta, le rideau s’ouvre sur le prélude de l’acte III et le deuxième couplet d’ « Addio del passato », tandis que le prélude du premier acte se retrouve entre le premier et le deuxième acte. Le chœur carnavalesque qui surprend Violetta à l’acte III est remplacé par une reprise du « Libiamo » et la fin de l’œuvre est modifiée : l’orchestre s’arrête de jouer au moment du « gioa! » de Violetta, rejoue le prélude mais s’interrompt très rapidement sans cadence parfaite. Tout ceci contribue sans doute à nous montrer combien la mort plane dès le premier acte, y compris dans ce toast si célèbre, monument d’hypocrisie sociale. Mais en vérité, cela ne fait que se superposer à la dramaturgie déjà existante de Verdi et de son librettiste, qui prévoient déjà tout ceci. Pourquoi alors modifier la structure originale de l’œuvre, plutôt que de se contenter d’en faire surgir les enjeux latents ? On n’atteint pas le niveau de déstructuration d’un Marthaler dans son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-anvers/"><em>Freischütz</em></a>, mais ce final modifié, embarquant le spectateur dans un tout autre parcours émotionnel et dramatique que celui prévu par Verdi, nous pose cette autre question : à quoi bon privilégier une nouvelle dramaturgie, aussi intelligente puisse-t-elle être, plutôt que chercher à exalter l’efficacité dramatique de l’œuvre originale ?</p>
<p style="font-weight: 400;">Cependant, il faut bien avouer que pour quelqu’un qui a déjà vu <em>La traviata</em> de nombreuses fois, cette production permet de ne pas se laisser glisser dans une routine de spectateur. L’idée d’avoir quatre Violetta au plateau est une assez belle intuition : la Violetta-déjà-morte, interprétée par la danseuse et chorégraphe <strong>Sabine Molenaar</strong> est réduite à une pure présence physique, se désarticulant jusqu’à l’excès, rappelant quelques avatars féminins du cinéma contemporain : la tourmentée Ellen de <em>Nosferatu</em> (Robert Eggers) et la monstrueuse Elizabeth-Sue de <em>The Substance</em> (Coralie Fargeat), deux corps où se déchaîne tout ce que le désir et la société refoulent. Son corps se fait également manipuler par les hommes comme une poupée-chiffon, suggérant la violence avec laquelle la société masculine traite le personnage. La Violetta-mourante (<strong>Martina Russomanno</strong>) dialogue en chantant avec la Violetta qui revit les événements – le partage est adroitement fait, donnant le sentiment d’un personnage avertissant son moi du passé. La Violetta-enfant, apparaissant dans une nuisette blanche et un panneau « à vendre » autour du cou, instille un trouble et rappelle combien l’enfance détermine notre avenir social. La dimension sacrificielle du destin de Violetta – et surtout sa mise en spectacle – est elle aussi adroitement mise en avant. De même, les costumes (<strong>Teresa Vergho</strong>) des personnages principaux sont assez réussis, chacun arborant des excroissances ou des incongruités amusantes (des épaulettes surdimensionnées, des corps trop massifs ou coincés dans des manteaux trop grands) qui manifestent une forme de monstruosité sociale larvée. D’autres touches d’humour ici et là (Germont père qui apparaît entre les éclairs et surgit finalement comme un méchant de dessin animé) accentuent la destinée tragique de Violetta. Surtout, même avec toute cette armada de procédés de distanciation, on reste ému par ce qui se déroule sous nos yeux, ce drame inévitable qui dans un autre monde pourrait être retardé ou évité – comment ne pas pleurer en entendant Violetta comprendre qu’elle ne pourra pas guérir si le retour d’Alfredo, son seul espoir, ne l’a pas guérie ?</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2021A090_Traviata_PG_20250611_CaroleParodi_HD-4697-1294x600.jpg" alt="" />© Carole Parodi</pre>
<p style="font-weight: 400;">La représentation commence fort, avec un prélude (de l’acte III donc) déchirant de beauté cruelle. Les pupitres de cordes de l’<strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong>, sous la direction inspirée de <strong>Paolo Carignani</strong>, éblouissent pendant toute la soirée par leur précision et leur puissance expressive, de sanglots désespérés en ricanements diaboliques. Mentionnons aussi la plainte déchirante de la clarinette, l’élan des cuivres ou la force tellurique des percussions. Le chef comprend ce que peu de metteurs en scène parviennent à mettre en avant : la cruauté avec laquelle l’orchestre verdien traite les personnages sur le plateau – le finale que nous n’entendrons pas ici, sous son aspect conventionnel, en est un exemple marquant : les cuivres et les timbales « anéanti[ssen]t cette comédie » en même temps que le rideau tombe comme un couperet.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le premier couplet d’« Addio del passato », chanté par la Violetta-mourante de <strong>Martina Russomanno</strong> est d’une grande beauté : la chanteuse déploie ici et dans le reste de la représentation un timbre onctueux, avec une <em>morbidezza</em> idéale, une projection puissante. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire est un certain manque de variété dans la coloration, mais on rêverait de l’entendre dans le rôle entier. À ses côtés, <strong>Jeanine de Bique</strong>, qu’on connaît surtout dans le répertoire baroque, faisait sa prise de rôle en Violetta. Le résultat est un peu inégal, même s’il est globalement convaincant et surtout émouvant, notamment dans les passages délicats, où la chanteuse déploie des trésors de nuances, avec un timbre splendide et un souffle infini. Dommage que l’interprète ne puisse donner autant de force à d’autres passages, à cause de son émission très couverte et en arrière, et une diction trop floue (les consonnes surtout ne sont pas très nettes, un « salute » devenant « saluce »). Elle est cependant très juste dramatiquement tout au long de la soirée, particulièrement dans son agonie. Le rôle d’Alfredo, franchement ingrat, revient à <strong>Julien Behr</strong>, qui convainc plus dans la deuxième partie, où sa rage et son désespoir lui permettent de convoquer de touchantes ressources expressives, là où son timbre gris et sa projection limitée rendaient le personnage pâlichon en première partie.</p>
<p style="font-weight: 400;">S&rsquo;il y a un chanteur qui mérite le voyage à lui seul, c&rsquo;est bien <strong>Tassis Christoyannis</strong>. Lui qu&rsquo;on voit si souvent seulement dans le répertoire français et en version de concert en France, impressionne par son magnétisme scénique et vocal dans le rôle si verdien de Germont père. Le timbre a ses aspérités, mais la projection est débordante de santé et chaque mot est lancé comme une pointe avec un mordant et un aplomb souverains. La mise en scène lui impose de jouer un Germont plutôt odieux, ce qu&rsquo;il fait avec beaucoup de probité, dans laquelle on décèle tout de même une certaine ironie qui ne manque pas de charme. La noblesse du personnage se retrouve dans la ligne châtiée du personnage, son expressivité élégante et finalement, dans le dernier tableau, sa compassion sincère.</p>
<p>Tous les seconds rôles sont excellents, surtout le Marquis d&rsquo;Obigny de <strong>Raphaël Hardmeyer</strong>, solide et puissante voix de baryton. Le Gaston dandinant d&rsquo;<strong>Emanuel Tomljenović, </strong>l&rsquo;inscription sur les murs du plateau (« mon cadavre préféré ») et le parallèle entre Violetta et l&rsquo;animal chassé (notamment quand la Violetta-déjà-morte se retrouve suspendue comme un animal écartelé qu&rsquo;on voyait sur une photo au deuxième acte) interrogent le plaisir que l&rsquo;on prend couramment devant ce rite sacrificiel qu&rsquo;est l&rsquo;opéra de Verdi – ce n&rsquo;est pas le moindre des mérites d&rsquo;une production qui mérite mieux qu&rsquo;une unanime condamnation.</p>
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		<title>HANDEL, Il Trionfo del Tempo e del Disinganno &#8211; Göttingen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/handel-il-trionfo-del-tempo-e-del-disinganno-gottingen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 May 2024 04:21:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un succès&#160;? Non, c’est un triomphe que le public a fait à l’équipe artistique au terme de cette version «&#160;dramatisée&#160;» de l’oratorio Il Trionfo del Tempo et del Disinganno donnée à l’auditorium de Göttingen. Plus que de mise en scène il s&#8217;agit d&#8217;une mise en espace signée Ilka Seifert. En fond de scène, à jardin, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un succès&nbsp;? Non, c’est un triomphe que le public a fait à l’équipe artistique au terme de cette version «&nbsp;dramatisée&nbsp;» de l’oratorio <em>Il Trionfo del Tempo et del Disinganno </em>donnée à l’auditorium de Göttingen. Plus que de mise en scène il s&rsquo;agit d&rsquo;une mise en espace signée I<strong>lka Seifert</strong>. En fond de scène, à jardin, un praticable situé sous un écran de vastes dimensions permet aux chanteurs de prendre place derrière les musiciens. Ils ne seront pas contraints d’y rester, et pourront se déplacer vers l’autre praticable situé à cour sous un écran plus petit mais axé vers l’avant-scène, qui sera le support essentiel des échanges. Leurs allées et venues, suscitées par le discours qu’ils incarnent, prendront souvent l’allure d’une chorégraphie au ralenti. Si c’est le résultat d’un travail très attentif au texte pour faire vivre la confrontation des allégories qui sert de trame à l’oratorio, le quatuor des interprètes a magistralement joué le jeu.</p>
<p>Sur les écrans des images sont projetées. Les prises vidéo en direct sont mélangées à des enregistrements où les images de la Beauté – Bellezza &#8211; explicitent ses états d’âme. C’est en effet sur elle que s’exerce la fonction discursive du Temps et de la Désillusion, puisqu’il s’agit de la sauver en l’amenant à comprendre la fragilité des plaisirs éphémères liés à l’apparence et à choisir la voie austère qui mène au plaisir véritable, celui que le Temps ne peut altérer. Les illustrations sont claires, les vagues se succèdent, les heures s’écoulent, les fleurs se fanent, les bougies se consument, mais … Mais nous n’avons pas adhéré à la dramatisation car dès le début, on nous montre une Beauté travaillée par le doute ; cela renforce son évolution ultérieure, mais cela ne dévalorise-t-il pas l&rsquo;entreprise conjointe du temps et de la Désillusion? On nous montre aussi un Plaisir sur ses gardes, au visage fermé, peu avenant, quand il nous semble – à moins d’en faire un Plaisir baudelairien, un « bourreau sans merci » &#8211; qu’il devrait rester, même à l’instant de sa défaite, aussi souriant que possible.</p>
<p>Si pourtant tout cela fonctionne, c’est sans doute grâce à la direction de <strong>George Petrou,</strong> qui témoigne une fois encore de la souplesse avec laquelle ce chef sait s’adapter aux situations. Haendélien confirmé il maîtrise assez la partition pour la dramatiser savamment afin d’épouser le parti-pris de la représentation, et réussit cet exploit d’équilibriste sans qu’aucune outrance ne dénature l’orfèvrerie de la composition. L’orchestre, groupement éphémère d’une trentaine de musiciens spécialisés dans la musique baroque qui se retrouvent pour ce festival Haendel, lui répond amoureusement, et cet engagement est heureusement mis sous les yeux du public par des images projetées, où l’on peut voir la guitare baroque alterner avec le théorbe, et la Beauté approcher fascinée de l’organiste dont la virtuosité est conforme aux attentes dans ce portrait de Haendel par lui-même. On aurait aimé savoir le nom de la violoniste qui viendra à l’épilogue sur le praticable à l’avant-scène susurrer le renoncement dans la caresse toujours plus subtile de ses cordes jusqu’à ce que le son s’éteigne, en même temps que la lumière.</p>
<p>Si, pour l’orchestre, le bonheur est sans mélange, c’est un peu différent pour les chanteurs, des êtres humains avant tout. Manifestement handicapé par des problèmes de respiration même s’il renifle très discrètement <strong>Xavier</strong> <strong>Sabata</strong> n’est pas au mieux de sa forme et cela retentit sur le souffle, même s’il résout au mieux dans ces conditions les vocalises de son dernier air, et sur l’émission, car il disparaît dans la quatuor de la deuxième partie. Le cas de <strong>Anna</strong> <strong>Dennis</strong> est différent ; manifestement rien ne handicape la force de la projection, qui donne aux aigus un éclat strident &nbsp;peu agréable, en tout cas dans la première partie, quand la Beauté sûre d’elle-même repousse avec arrogance les mises en garde du Temps et de la Désillusion. Ceci pourrait expliquer cela ? Reste l’impression d’un hiatus, puisque les images projetées et le jeu de l’interprète montrent le doute en œuvre dès le début. En tout cas après l’entracte, quand le cheminement vers la conversion a commencé, ces éclats disparaissent et les intentions interprétatives s’accordent avec les moyens, jusqu’à culminer dans l’air final.</p>
<p>Peut-être cette interprète pâtit-elle un peu du voisinage d’une <strong>Emöke Baràth </strong>en pleine forme, qui enchaîne avec une virtuosité sans faille les vocalises les plus rapides et exerce un contrôle souverain sur son émission, la modulant à souhait pour sublimer le texte. Regrettons – mais peut-on le lui reprocher ? – le parti pris qui rend presque hargneux le Plaisir, que nous préférons toujours aimable même quand il perd. Elle signe avec « Lascia la spina » une interprétation qui soulève l’enthousiasme malgré une lenteur peu propice à l&rsquo;incitation avant le feu d’artifice de son dernier air. Quant à l’interprète du Temps, nous le découvrons et gageons que sauf accident on entendra parler de lui : le ténor <strong>Emanuel Tomljenovic </strong>a, malgré sa jeunesse, une voix<strong> &nbsp;</strong>pleine, homogène et souple, des aigus bien timbrés et des graves sonores, et montre une belle musicalité au service d’un engagement dramatique prenant ; son air de bravoure au deuxième acte a été justement acclamé.</p>
<p>Ainsi administrée, la gravité du propos perd de son amertume, puisque la musique de Haendel renouvelle le plaisir à chaque instant !</p>
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