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	<title>Etienne PLUSS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<link>https://www.forumopera.com/artiste/etienne-pluss/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Etienne PLUSS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>CHARPENTIER, Louise &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-louise-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 04:43:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Achevée en 1893 mais créée en 1900 seulement, notamment suite au refus de nombreux théâtres de proposer un sujet aussi scabreux, Louise remporta un triomphe à sa première, et l&#8217;ouvrage sera régulièrement produit sur les scènes françaises jusqu&#8217;aux années 60 environ. Peut-on encore jouer Louise aujourd&#8217;hui ? Premier opéra naturaliste, l&#8217;ouvrage traite du désir féminin, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Achevée en 1893 mais créée en 1900 seulement, notamment suite au refus de nombreux théâtres de proposer un sujet aussi scabreux, <em>Louise</em> remporta un triomphe à sa première, et l&rsquo;ouvrage sera régulièrement produit sur les scènes françaises jusqu&rsquo;aux années 60 environ. Peut-on encore jouer <em>Louise</em> aujourd&rsquo;hui ? Premier opéra naturaliste, l&rsquo;ouvrage traite du désir féminin, du sentiment de liberté lié à la vie dans une grande ville, du refus de l&rsquo;autorité parentale et de ses conséquences, de l&rsquo;honneur de la famille (alors que celle-ci n&rsquo;est plus contrainte par le qu&rsquo;en-dira-t-on provincial du fait d&rsquo;un environnement anonyme)&#8230; toutes choses qui disparaissent largement après 1968, mais qui étaient encore bien réelles dans la France de l&rsquo;après-guerre, en particulier dans les familles fraichement montées à la ville. Le succès de l&rsquo;ouvrage doit ainsi probablement davantage à ces thématiques, prégnantes pour le public de l&rsquo;époque, qu&rsquo;à une musique correctement tournée mais sans grâce particulière, à l&rsquo;exception de l&rsquo;air « Depuis le jour » que la plupart des grands sopranos auront mis à leur répertoire (Charpentier n&rsquo;obtiendra d&rsquo;ailleurs plus jamais aucun succès majeur avec ses compositions). La popularité de l&rsquo;ouvrage à l&rsquo;international (on lit souvent que l&rsquo;œuvre conserve une certaine réputations aux États-Unis par exemple) tient sans doute beaucoup à son évocation du Paris montmartrois. Enfin, le livret est souvent un peu ronflant et emphatique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Louise-—-Festival-dAix-en-Provence-2025-©-Monika-Rittershaus_12-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194020"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Il fallait donc une sacrée audace pour reprogrammer cet ouvrage dans le cadre du festival d&rsquo;Aix-en-Provence, d&rsquo;autant qu&rsquo;il est particulièrement lourd à monter en raison d&rsquo;une distribution pléthorique, surtout si l&rsquo;on peut réunir des chanteurs capables de faire vivre la prosodie française. Une approche actuelle aurait pu lui rendre sa modernité : après tout, ce qu&rsquo;on appelle improprement les « crimes d&rsquo;honneur » se multiplient, sans parler de la banalisation des discours masculinistes ou du phénomène des <em>Incel</em>, autant de signes de la fragilité des droits des femmes. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;option qu&rsquo;a choisie <strong>Christof Loy</strong>. Considérant que la composition de l&rsquo;ouvrage suit de peu les travaux (contestés) de Charcot sur l&rsquo;hystérie (1), le metteur en scène allemand a choisi de faire de Louise une patiente traitée pour cette névrose. Le concept n&rsquo;est pas véritablement nouveau : c&rsquo;est celui développé par Andrei Serban pour la production de<em> Lucia di Lammermoor</em> donnée à l&rsquo;Opéra-Bastille depuis trente ans. On ne compte d&rsquo;ailleurs plus les mises en scène se référant &nbsp;à l&rsquo;univers médical : on se rappellera ainsi qu&rsquo;Aix a déjà donné une <em>Carmen</em> qui se passait dans un centre de thérapie sexuelle (2017), et de même pour son dernier <em>Così</em> <em>fan</em> <em>tutte</em> (2023). Dans un décor unique, la salle d&rsquo;attente d&rsquo;un hôpital, Louise fantasme un amour pour Julien (on découvrira à la toute dernière scène qu&rsquo;il s&rsquo;agit du médecin) et une relation quasi sexuelle avec son propre père, culminant dans une scène finale assez explicite qui se termine par le suicide de l&rsquo;héroïne (suicide lui aussi fantasmé puisqu&rsquo;après un court moment d&rsquo;obscurité totale, on se retrouve à nouveau dans l&rsquo;hôpital, Louise sortant réjouie du cabinet du médecin, et certainement pas guérie). Toute l&rsquo;œuvre est ainsi construite autour du délire de Louise. Certains personnages sont d&rsquo;ailleurs interprétés par ses proches : celui du Chiffonnier dont l&rsquo;histoire résume les craintes du Père pour sa fille, ou du Noctambule, aux mœurs dissolus, chanté par l&rsquo;interprète de Julien (ce qui peut engendrer une certaine confusion chez le spectateur non averti). On comprend moins pourquoi la Mère devient également la Première d&rsquo;atelier de l&rsquo;entreprise de confection dans laquelle travaille Louise (d&rsquo;autant que ladite Mère l&rsquo;a précédemment menacée de la forcer à travailler à la maison). Si le concept semble donc un peu bancal, il n&rsquo;est pas vraiment dérangeant. Enfin, la direction d&rsquo;acteur est excellente et le moindre des petits rôles est travaillé à la perfection. Le Paris montmartrois disparait en revanche dans cette mise en scène.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Louise-—-Festival-dAix-en-Provence-2025-©-Monika-Rittershaus_21-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194056"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Elsa Dreisig</strong> incarne une Louise introvertie, intérieurement vibrante, dont la fragilité s&rsquo;exprime dans un chant délicat, avec une projection souvent un peu ténue, sauf pour les grands scènes où elle fait éclater sa révolte. Sa prononciation est également d&rsquo;une grande clarté et elle se révèle une diseuse exceptionnelle. Le soprano sait également bouger son corps pour traduire avec justesse tout une palette de sentiments. Elle sait, avec une profonde justesse, rendre l&rsquo;évolution de son personnage, même si la révolte contre l&rsquo;autorité parentale devient ici la fuite vers la mort pour échapper à des pulsions incestueuses fantasmées. À sa première intervention, la voix d&rsquo;<strong>Adam Smith</strong> nous fait nous interroger. Le jeune chanteur nous rappelle un peu le grand Neil Shicoff : un chant si énergique, parfois à la limite de l&rsquo;accident toutefois, était-il nécessaire pour une œuvre plutôt délicate ? La réponse nous sera apportée avec le grand duo de l&rsquo;acte III qui nécessite en effet les ressources d&rsquo;un <em>lirico-spinto,</em> et où le ténor britannique, dominant sans problème le bouillonnement orchestral, achèvera de nous convaincre. Le français est dépourvu d&rsquo;accent, mais la prononciation (un peu à la Shicoff justement) est perfectible. Ajoutons une présence scénique évidente, un charme craquant, qui sait rendre très crédible et très vivant le personnage de Julien. <strong>Sophie Koch</strong> incarne la Mère avec autorité. À ce stade de sa carrière, la voix est parfois un peu dure, mais s&rsquo;accorde pour cela même avec ce rôle de composition. L&rsquo;actrice est impeccable. <strong>Nicolas Courjal</strong> est particulièrement investi dramatiquement dans son personnage de Père, lui aussi particulièrement névrosé, d&rsquo;autant que la mise en scène lui en demande beaucoup. Quelques aigus un peu sont à l&rsquo;arraché, mais cela passe dans le feu de l&rsquo;action, et contribue à exprimer le trouble psychique du personnage.</p>
<p>La pléthore de seconds rôles est impeccablement distribuées. <strong>Marianne Croux</strong> offre toute la truculence requise au personnage de la couturière Irma, avec un timbre chaud et de beaux graves. Remplaçant au pied levé Roberta Alexander souffrante et qui s&rsquo;est désistée pour toute la série, <strong>Annick Massis</strong> apporte une touche de nostalgie avec le personnage de la balayeuse qui connu son heure de gloire. La voix est toujours lumineuse et d&rsquo;une belle fraîcheur. Difficile de ne pas craquer pour le Gavroche idéal de <strong>Céleste Pinel</strong> campé avec abattage et humour (elle chante également l&rsquo;Apprentie, une jeune couturière). En marchand d&rsquo;habits, mais surtout en Pape des Fous, <strong>Grégoire Mour</strong> fait preuve d&rsquo;une splendide musicalité, d&rsquo;un beau phrasé, avec une belle maîtrise de la voix mixte. Là encore, la prononciation est impeccable. Les autres chanteurs ont des interventions souvent plus limitées mais toujours exigeantes, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de franchir le mur de l&rsquo;orchestre ou d&rsquo;exister au milieu des ensembles. Tous sont à citer car tous sont parfaits. Les deux gardiens de la paix, les jeunes <strong>Filipp Varik</strong> et <strong>Alexander de Jong</strong> sont déjà des promesses. Le Bricoleur de <strong>Frédéric Caton</strong> est pétri d&rsquo;humanité. <span style="font-size: revert;"><strong>Carol Garcia</strong> est une Gertrude espiègle et pleine de vie. </span><span style="font-size: revert;"><strong>Karolina</strong> <strong>Bengtsson</strong> est une Camille rêveuse et empathique. <strong>Julie Pasturaud</strong> est une Marguerite un brin maternelle. <strong>Marie-Thérèse Keller</strong> est une Madeleine enjouée. <strong>Marion Vergez-Pascal</strong> dispense un timbre agréable en Élise. <strong>Marion Lebègue</strong> (Suzanne, La Glaneuse de charbon) offre une belle projection et une excellente diction. </span><strong>Jennifer Courcier</strong> est une Blanche et une Plieuse de journaux pleine d&rsquo;entrain. <span style="font-size: revert;">Le <strong>Chœur de l’Opéra de Lyon</strong> et la <strong>Maîtrise des Bouches-du-Rhône</strong> sont excellents, idéalement </span>sonores, scéniquement très vivants, mais relativement peu sollicités par la partition.</p>
<p><strong>Giacomo Sagripanti</strong> dirige d&rsquo;une baguette experte, avec une grande attention envers le plateau. Les ensembles sont parfaitement coordonnés. En dépit des qualités de l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Opéra de Lyon (par ailleurs renforcé par Orchestre des Jeunes de la Méditerranée pour la musique de scène), l&rsquo;acoustique de l&rsquo;Archevêché ne permet pas trop toutefois de goûter l&rsquo;opulence de l&rsquo;orchestration, l&rsquo;ensemble apparaissant davantage fondu qu&rsquo;émaillé de touches subtiles.</p>
<pre>(1) Fondateur de la neurologie, Jean-Martin Charcot, dont les apports scientifiques sont indéniables, se trompait toutefois sur la nature de l'hystérie qu'il pensait d'origine neurologique stricte, alors qu'on la considère aujourd'hui comme d'origine psychiatrique. </pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-louise-aix-en-provence/">CHARPENTIER, Louise &#8211; Aix-en-Provence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>HAENDEL, Ariodante – Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-ariodante-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 Nov 2024 08:15:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra national du Rhin nous gâte, avec cette très belle production d’Ariodante de Haendel, idéalement chantée, servie par une mise en scène stylée et portée par un chef qui obtient des trésors de l&#8217;Orchestre symphonique de Mulhouse. Devant une si belle réussite, on n’hésitera pas à y envoyer avec confiance des néophytes inquiets, par exemple, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra national du Rhin nous gâte, avec cette très belle production d’<em>Ariodante </em>de Haendel, idéalement chantée, servie par une mise en scène stylée et portée par un chef qui obtient des trésors de l&rsquo;Orchestre symphonique de Mulhouse. Devant une si belle réussite, on n’hésitera pas à y envoyer avec confiance des néophytes inquiets, par exemple, quant à la durée du spectacle ou la complexité supposée du répertoire baroque. On leur conseillera de lire avant ou après le spectacle le programme édité par la maison d’opéra, toujours aussi agréable à lire et bien écrit (on ne se lasse pas de louer au passage cette collection d’excellentes brochures…). Trois ans après avoir proposé une version de concert d’<em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/alcina-strasbourg-prima-la-musica/">Alcina</a></em> composée par Haendel la même année qu’<em>Ariodante</em> et un an après la programmation de <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/porpora-polifemo-strasbourg/">Polifemo</a> </em>du concurrent Porpora (créé un mois après notre <em>opera seria</em>), le directeur de la maison strasbourgeoise, <a href="https://www.forumopera.com/alain-perroux-la-beaute-des-bannis-les-marginaux-et-les-declasses-sont-des-objets-de-fascination-pour-le-public/">Alain Perroux</a>, nous offre un beau panorama du monde de l’opéra londonien en 1735.</p>
<p>La metteuse en scène néerlandaise <strong>Jetske Mijnssen</strong> propose une vision très actuelle de l’œuvre. Concentrée sur les caractéristiques psychologiques des personnages, elle réussit à les rendre très humains, proches de nous, dans un décor et des costumes contemporains où la sobriété et une palette de couleurs harmonieuses et douce sont remarquablement mis en lumière par <strong>Fabrice Kebour</strong>. Le majestueux décor d’<strong>Étienne Pluss</strong>, qui rétrécit petit à petit, de façon presque imperceptible, rappelle les beaux appartements du XVIII<sup>e</sup> siècle ici dépouillés de leur charge rococo. Le résultat, fort esthétique au demeurant, nous amène à nous concentrer sur les protagonistes et l’évolution subtile de leurs affects. Les costumes d’<strong>Uta Meenen</strong> apportent des touches délicatement raffinées ou violemment écarlates bienvenues dans le cadre désaturé en couleur, dans des coupes élégantes et intemporelles. La metteuse en scène se dit inspirée par les familles royales et le beau film <em>Amore</em> tourné, avec Tilda Swinton, dans la merveilleuse villa Necchi Campliglio de Milan. La référence est belle. Mais on pense beaucoup à Robert Carsen et notamment sa célèbre version de <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/au-lit-avec-bartoli/">Sémélé</a></em>, toujours de Haendel, qu’il avait su rendre infiniment drôle. De l’humour, il y en a également ici, mais pas suffisamment. Les figurants virevoltent et nous rendent le premier acte très festif ; le rythme s’essouffle ensuite, c’est bien dommage. Cela correspond avec le rythme de l’œuvre, me rétorquera-t-on, puisque les actes suivants sont liés au désespoir puis à l’épopée, mais on aurait aimé une cadence constante par la suite. Cela dit, certaines scènes sont superbes, comme le combat au fleuret, d’ailleurs réglé par un maître d’armes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Ariodante-Generale-4749presse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176326"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Klara Beck</sup></figcaption></figure>


<p>Mais le finale aura de quoi en étonner plus d’un, puisque le <em>lieto fine</em> qui voit le méchant supprimé, le roi satisfait et le couple enfin marié est ici transformé, la fin heureuse virant au drame tragique : le roi est mort alors que la mariée refuse l’union et s’en va&#8230; Jetske Mijnssen a pour le moins contemporanéisé sa vision de la femme n’acceptant pas la trahison des deux hommes qui lui sont le plus proches. Cela peut s’entendre. L’étude psychologique, <em>a contrario</em> du livret ou pas, se justifie et se révèle très fine. On n’a pas envie de bouder son plaisir, car le plateau est idéal. La mezzo française <strong>Adèle Charvet</strong> est époustouflante dans son incarnation du rôle-titre. Tout d’abord parce qu’on croit à son personnage : à l’aide d’un simple catogan, d’un postiche qui lui fait de jolies rouflaquettes et d’un costume idéalement coupé, elle campe un homme qui chante avec une voix aux accents délicieusement féminins, mais avec toute l’autorité masculine exigée par le rôle. De ses nombreux airs <em>da capo, </em>dont le sublime et exigeant « Scherza infida », elle se tire avec grande classe et une virtuosité époustouflante. Au plus près de son personnage, elle nous en fait vivre toutes les facettes et l’on se délecte en permanence de son art ineffable. En Polinesso, polisson jaloux et ambitieux jusqu’à la moelle, responsable de tous les maux qui surviennent dans l’intrigue, <strong>Christophe Dumaux</strong> réussit à sublimer un méchant dont on attend avec impatience toutes les interventions. Le contre-ténor français est mieux qu’à son aise : ses vocalises puissantes et aisées nous transportent et nous font dresser le poil d’excitation et de plaisir. Pour ne pas être en reste, la formidable <strong>Emőke Baráth</strong> incarne une Ginevra noble et digne, courageuse et décidée, tout en maîtrise et en souplesse. La soprano hongroise est suprêmement bluffante. Le roi d’Écosse, qui a fort à faire pendant tout l’opéra où il s’éteint en tremblant plus qu’à son tour, s’effondrant lourdement et en continu jusqu’au trépas, réussit tout de même à garder sa dignité et sa justesse de chant. La basse américaine <strong>Alex Rosen </strong>y pourvoit avec autorité et distinction. En petit frère éconduit puis courageusement volontaire et enfin justicier, le ténor britannique <strong>Laurence Kilsby</strong> tire son épingle du jeu et peut se mesurer avec fierté au reste de la distribution. Passée par l’Opéra Studio de l’Opéra national du Rhin, la ravissante soprano franco-catalane <strong>Lauranne Oliva</strong> campe une Dalinda qui nous enchante par la pureté de son timbre et l’énergie de son chant. Lumineuse et fascinante, la jeune chanteuse est magnifique. Autre membre de l’Opéra studio, le ténor belge <strong>Pierre Romainville</strong> seconde brillamment le reste de la distribution.</p>
<p>À la tête de l&rsquo;Orchestre symphonique de Mulhouse avec lequel il montre une grande complicité, le chef britannique <strong>Christopher Moulds</strong> parvient à obtenir un équilibre de pupitres passionnant, aussi intéressant à écouter qu’au service des voix, qui ne sont jamais malmenées par la puissance d’un orchestre symphonique plutôt qu’une formation baroque sur instruments anciens. Et pour cause : le chef a opéré un travail remarquable de marquage des partitions, transformant les annotations de « forte » ou « mezzo-forte », etc., et d’une contribution des instrumentistes avec une commune réflexion qui se solde par une vraie réussite sonore, tant au niveau du basson que des autres instrumentistes et du continuo. On se réjouit de la grande qualité de ce spectacle, pour cette première fois à Strasbourg. <em>Ariodante</em>, après sa tournée alsacienne, partira à Londres pour retrouver Covent Garden où il est né, mais n’a plus été représenté en version scénique depuis trois siècles.</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | ARIODANTE | Bande-annonce" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/XVKnlHqSm6s?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | ARIODANTE | Présentation Alain Perroux" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/S5WA6BARWwQ?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>PUCCINI, Turandot &#8211; Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-vienne-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Dec 2023 07:54:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fin d&#8217;année en beauté pour l&#8217;Opéra de Vienne avec cette Turandot particulièrement attendue qui affichait les débuts d&#8217;Asmik Grigorian dans le rôle-titre et ceux scéniques (après le concert de Rome) de Jonas Kaufmann en Calaf. Pour cette nouvelle production viennoise de l&#8217;ultime opéra de Giacomo Puccini, Claus Guth nous propose une transposition dans un cadre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Fin d&rsquo;année en beauté pour l&rsquo;Opéra de Vienne avec cette <em>Turandot</em> particulièrement attendue qui affichait les débuts d&rsquo;Asmik Grigorian dans le rôle-titre et ceux scéniques (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/turandot-rome-a-rome-une-version-de-reference-pour-une-turandot-particuliere/">après le concert de Rome</a>) de Jonas Kaufmann en Calaf. Pour cette nouvelle production viennoise de l&rsquo;ultime opéra de Giacomo Puccini, <strong>Claus Guth</strong> nous propose une transposition dans un cadre contemporain. Nous sommes dans une sorte de régime totalitaire asiatique. L&rsquo;époque est&nbsp; imprécise (les costumes sont modernes mais le trou du souffleur est caché par une horloge Art-déco qu&rsquo;on entend battre avant le début de l&rsquo;opéra). Les pékinois sont uniformément grimés à l&rsquo;image de l&#8217;empereur Altoum, perruques comprises. Les mouvements sont souvent robotisés. La bureaucratie règne : la tête du Prince de Perse est précisément mesurée sous toutes les coutures, la boîte qui doit la recevoir est dument étiquetée, les formulaires remplis et classés, et le condamné doit lui-même signer son arrêt de mort. Tout n&rsquo;est pas parfait et parfois la mécanique déraille : ainsi, Calaf manque d&rsquo;être confondu avec le Prince et emmené à la place de celui-ci. Le décor est composé de deux immenses pièces : un vestibule (actes I et III) et la chambre de la princesse (acte II), séparés par un mur en fond de scène et une porte monumentale. Le mur affiche des projections fantomatiques de la princesse. Les tons verdâtres évoquent un peu l&rsquo;univers glauque de <em>Squid Game,</em> de sorte que les deux Corées, celle du nord et celle du sud, pourraient servir de référence à la scénographie. Dans la chambre, de gigantesques poupées (animées à certains moments) entourent le lit de la princesse. Celle-ci enfilera sa robe de mariée pour la scène des énigmes, avec un air un peu blasé. Dans cet univers particulièrement dérangeant, le récit initial de Turandot semble aller de soi, manifestation d&rsquo;un traumatisme souligné par le décor. Elle est belle, élégante, elle a l&rsquo;air fragile et gentille cette pauvre princesse, mais c&rsquo;est elle qui menacera d&rsquo;un couteau et qui torturera de ses mains la pauvre Liu. Ainsi, Guth ne nous montre pas l&rsquo;habituelle Turandot glaciale et imposante, mais un être fragile, humain dans sa perversité même.&nbsp;</p>
<p>L&rsquo;ouvrage est ici donné dans la rare version longue du finale composé par Franco Alfano. Rappelons les circonstances de sa composition. Puccini meurt à Bruxelles le 29 novembre 1924, victime de complications cardiaques conséquences d&rsquo;un cancer de la gorge détecté tardivement et inopérable. Il s&rsquo;était rendu dans la capitale belge au début du mois pour y suivre une radiothérapie. Il avait emporté avec lui ses esquisses pour la scène finale. Le dernier acte n&rsquo;est avancé que jusqu&rsquo;à la mort de Liu. Puccini rêve d&rsquo;un duo final monumental, songeant à <em>Tristan und Isolde</em> : ambition étonnante puisque le chef d&rsquo;oeuvre de Wagner appartenait déjà au passé (il fut créé 60 ans plus tôt) et que le compositeur excellait surtout dans la miniature (ses opéras sont relativement courts et certains de ses airs les plus célèbres durent à peine 2 minutes : dans « Nessun dorma » le ténor en chante moins de 3). Puccini laisse donc l&rsquo;oeuvre inachevée et l&rsquo;éditeur Ricordi cherche un compositeur pour le terminer. En accord avec Arturo Toscanini, qui doit diriger la création à la Scala dont il est le directeur musical, le choix se porte sur Franco Alfano. Celui-ci produit une première version (il n&rsquo;en existe aucune trace connue à ce jour) que le maestro trouve trop courte. Alfano en compose alors une seconde, incorporant de la musique purement de son cru. Selon les souvenirs rapportés par Antonino Votto, second chef de la Scala, l&rsquo;ombrageux Toscanini est très en colère au vu du résultat qu&rsquo;il estime trop long et trop éloigné du style de Puccini. Une troisième version est donc produite, Alfano éliminant notamment les mesures entièrement sorties de son imagination : c&rsquo;est celle-ci que l&rsquo;on entend habituellement (1). A l&rsquo;écoute de la version originale toutefois, on a du mal à comprendre la réaction de Toscanini. Peut-être nos oreilles sont-elles moins gênées par le style &nbsp;d&rsquo;Alfano ? Surtout, cette version, plus longue dans son développement, permet de mieux préparer la transition entre l&rsquo;affrontement initial et l&rsquo;amour final. Si cette transformation reste tout de même particulièrement étonnante, elle a ici davantage de place pour se déployer.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Turandot_054_KAUFMANN_GRIGORIAN_ENSEMBLE_c_Monika-Rittershaus-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-153168"/><figcaption class="wp-element-caption">© Monika Rittershaus</figcaption></figure>


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<p><strong>Asmik Grigorian</strong><span class="apple-converted-space"> </span>est une interprète réputée de Salome, autre princesse perverse, et on croirait cette production faite sur mesure pour le soprano lituanien tant elle s&rsquo;y coule avec une venimosité souriante. La voix, plutôt lyrique, n&rsquo;est pas du métal des grandes références du rôle. Ici, point d&rsquo;aigus dardés façon laser, même si la projection remplit la salle sans aucun effort. C&rsquo;est une Turandot qu&rsquo;il faut voir en même temps qu&rsquo;on l&rsquo;entend, tant cette composition dramatique est atypique, vénéneuse et déjantée, parfaitement adaptée à l&rsquo;interprète. Face à cette performance monstrueuse (au sens propre), les autres rôles sont fatalement en retrait.</p>
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<p><strong>Jonas Kaufmann</strong><span class="apple-converted-space"> </span>est un Calaf qui apparait initialement comme le brave type un peu dépassé par les événements, un brin espiègle dans la scène des énigmes, puis attendri et attentif lorsqu&rsquo;il triomphe de la princesse. On en s&rsquo;appesantira pas une fois de plus sur la projection du ténor allemand : Kaufmann sait gérer ses réserves de puissance en crescendo au fur et à mesure de la représentation et le célébrissime « Nessun dorma » est un modèle de musicalité, sans afféteries toutefois. La voix sait passer la barrière d&rsquo;un orchestre particulièrement tonitruant pour nous faire entendre un chant racé, un timbre aux couleurs fauves, et une musicalité exceptionnelle. Si les deux contre ut sont un peu tirés, ils sont crânement affrontés. Cerise sur le Chongyang, Grigorian et Kaufmann forment un couple parfaitement appariés.</p>
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<p>On a désormais l&rsquo;habitude (peut-être un peu trop) des Liu aux voix frêles distillant des pianissimi évanescents. La voix de<span class="apple-converted-space"> </span><strong>Kristina Mkhitaryan</strong><span class="apple-converted-space"> </span>est plus corsée, davantage dramatique, au timbre plus capiteux (et avec quelques beaux piani quand même !). C&rsquo;est une Liu brulante, forte jusque dans son sacrifice, mais elle aussi atypique, comme si les typologies vocales de l&rsquo;esclave et de la princesse tentaient de se rapprocher.</p>
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<p style="font-weight: 400;">Dans cet ouvrage, les autres rôles n&rsquo;ont guère l&rsquo;occasion de briller mais la distribution n&rsquo;en est pas moins d&rsquo;un haut niveau. En Altoum, <strong>Jörg Schneider</strong> offre une belle voix franche de ténor (il chante également la rôle du prince). Le Timur de <strong>Dan Paul Dumitrescu</strong> est efficace quoiqu&rsquo;un peu charbonneux. Le trio de ministres, <strong>Martin Hassler,</strong> <strong>Nobert Ernst</strong> et <strong>Hiroshi Amako</strong>, est composé de vraies voix parfaitement audibles, bien chantantes, et ils jouent admirablement. Le Mandarin d&rsquo;<strong>Attila Mokus</strong> est également d&rsquo;une belle prestance.</p>
<p style="font-weight: 400;">A la tête de l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Opéra de Vienne en grande forme, <strong>Marco Armiliato</strong> propose une direction luxuriante, parfois un peu trop bruyante, toutefois, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-paris-bastille/">et assez différente de celle qu&rsquo;il offrait à l&rsquo;Opéra de Paris</a> il y a quelques semaines. Les tempi sont plus lents (ainsi le deuxième acte est plus long de trois minutes et demi), les couleurs davantage contrastées, et la puissance bien plus élevée. La direction remet la sauvagerie au centre de l&rsquo;ouvrage. Enfin, les Choeurs sont splendides et il est un peu dommage qu&rsquo;ils soient relégués en coulisses aux deux derniers actes. Au global, cette <em>Turandot </em>est une réussite atypique, dérangeante mais captivante, du vrai théâtre musical.</p>
<pre style="font-weight: 400;">1. Le soir de la première, Toscanini posa la baguette après la mort de Liu puis, se tournant vers le public, annonça avec émotion que la musique de Puccini s'arrêtait là. Depuis quelques années, certains théâtres ont choisi de faire de même, nous privant de finale, cuistrerie particulièrement frustrante pour le public : rappelons que Toscanini revint à la version complète dès la représentation suivante.</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-vienne-staatsoper/">PUCCINI, Turandot &#8211; Vienne (Staatsoper)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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