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	<title>Claus GUTH - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Claus GUTH - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>La Boîte à pépites : le cancan de Michael Spyres</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/la-boite-a-pepites-le-cancan-de-michael-spyres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Dec 2025 07:24:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Vite ! Jupiter doit divertir Semele pour chasser de l’esprit de la jeune princesse tout désir d’immortalité. Allegro, ma non troppo, Haendel glisse à l’intention du dieu un air en Ré majeur chargé par son débit pressant et son écriture virtuose de traduire l’urgence de la situation A Munich en 2023, Michael Spyres y alliait diction, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Vite ! Jupiter doit divertir Semele pour chasser de l’esprit de la jeune princesse tout désir d’immortalité. <em>Allegro, ma non troppo</em>, Haendel glisse à l’intention du dieu un air en Ré majeur chargé par son débit pressant et son écriture virtuose de traduire l’urgence de la situation A <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-semele-munich/">Munich en 2023</a>, <strong>Michael Spyres</strong> y alliait diction, souplesse et noblesse de timbre. La mise en scène de <strong>Claus Guth</strong> accentuait encore la difficulté en imposant au ténor un jeu particulièrement véloce, culminant dans un numéro de danse où le ténor, entouré de<em> boys</em>, levait la jambe avec une aisance digne d’un danseur du Moulin Rouge. Depuis Offenbach, on le sait : de l’Olympe à Montmartre, il n’y a qu&rsquo;un pas. Oui, mais de french cancan. </p>
<pre>La boîte à pépites rassemble des vidéos destinées à faire découvrir des moments insolites, admirables ou amusants du monde de l’opéra. (<a href="https://www.forumopera.com/dossier/la-boite-a-pepites-de-la-redaction/">voir nos autres pépites</a>).</pre>


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		<title>PUCCINI, La Bohème – Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-paris-bastille-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Sep 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Que reste-t-il du scandale de La Bohème de Claus Guth, huit ans après sa création ? Pas grand-chose si on en croit la réaction enthousiaste de la salle, bien remplie pour cette soirée d’ouverture de la saison lyrique de l’Opéra de Paris. Il faut dire qu’une fois les esprits refroidis et parvenus à la quatrième &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Que reste-t-il du scandale de <em>La Bohème</em> de <strong>Claus Guth</strong>, huit ans après sa création ? Pas grand-chose si on en croit la réaction enthousiaste de la salle, bien remplie pour cette soirée d’ouverture de la saison lyrique de l’Opéra de Paris. Il faut dire qu’une fois les esprits refroidis et parvenus à la quatrième présentation de cette production, on se rend compte que celle-ci n’est pas aussi iconoclaste qu’on a pu le penser (elle a connu de menus ajustements). Ce qui nous frappe ce soir, c’est à quel point la dimension spatiale s’affaiblit après l’entracte, accentuant l’impression, fugace jusque-là, que, si la scénographie nous amène bien loin du Quartier latin, la mise en scène à proprement parler (la façon d’occuper l’espace scénique) est finalement très proche d’une <em>Bohème</em> traditionnelle : les quatre amis font leurs numéros, la neige tombe sans fin, Musetta chante en exhibant sa jambe, on souffle (lourdement) une bougie lors du finale (comme si l’orchestre déchaîné ne faisait pas déjà entendre les trompettes du destin). Les deux premiers actes, inscrits dans le vaisseau spatial en perdition, sont nécessairement marqués par la claustration et la froideur d’un monde où l’on ne trouve le bonheur que dans son imagination : il n’y a pas là de trahison magistrale du livret, hormis la scène de ventriloquisme du cadavre de Benoît. Mais une fois le crash du vaisseau survenu, l’espace n’est plus qu’une toile de fond dans les deux derniers actes pour des chanteurs qui jouent tout en avant-scène. Alors au bout du compte restent une scénographie spectaculaire, un déplacement pas si radical que ça qui fonctionne parfois assez bien pour suggérer une déréliction diffuse, et quelques détails confus qui remplissent sans rien apporter (le cortège funèbre de Mimi, le mime qui truste la scène jusqu’au finale, les échanges de vêtement entre Rodolfo et son double).</p>
<p>Une conséquence inattendue de ce regard rétrospectif <em>in articulo mortis</em> sur l’histoire d’amour entre Mimi et Rodolfo est de porter un coup au paradigme de la petite femme puccinienne. Ici Mimi a presque un sort enviable, elle repose en paix dans un monde passé bercé d’une lumière douce, un monde de cabaret et de robes rouges, rempli de références enfantines ; elle échappe à la faillite mystérieuse, à l’agonie glacée et désespérée de Rodolfo et de ses amis. Cela rééquilibre la dynamique des sexes et gomme ce que <em>La Bohème</em> peut avoir d’anecdotique dans son déroulé narratif. Il n’est pas sûr que cette production ait un jour des thuriféraires, mais elle n’a plus, de toute évidence, de vrais détracteurs.</p>
<p>S’il y avait une raison d’applaudir au tombé de rideau, c’était pour acclamer <strong>Domingo Hindoyan</strong>, qui nous fait penser que <em>La Bohème</em> gagnerait à être plus souvent envisagé comme un opéra de chef. Il fait chanter le flux foisonnant de l’orchestre de Puccini, en accordant son importance à chacune des cellules mélodiques qui s’entrelacent avec complexité, sans rien négliger du drame. Les tempi sont très convaincants et Hindoyan parvient à moduler le son de l’orchestre pour créer de vraies atmosphères aux teintes franches (on croit parfois entendre des grandes orgues dans la fusion parfaite des timbres de l&rsquo;harmonie et des cordes). La plénitude et le phrasé de l’orchestre de l’Opéra de Paris rappelle que, si <em>La Bohème</em> est un opéra limité en termes d’action, on trouve dans l&rsquo;orchestre les événements et la progression qui manquent au livret. Un bémol cependant : les deux premiers actes sont émaillés de décalages plutôt légers mais audibles, notamment avec les chœurs au deuxième acte.</p>
<p>Le plateau vocal est globalement solide mais sans rien de franchement saillant. Le trio des amis de Rodolfo est très bien servi : on aime toujours autant la voix puissante et claire d’<strong>Étienne Dupuis</strong>, qui campe un Marcello crédible et attachant. En Colline, <strong>Alexandros Stavrakakis</strong> fait des débuts remarqués à Paris : sa voix de basse est exceptionnellement sonore et facile, et sa « Vecchia zimarra » est chaudement applaudie par le public, à juste titre. Le rôle étant moins étoffé, <strong>Xiaomeng Zhang</strong> se démarque moins en Schaunard mais livre une prestation très soignée. La Musetta idoine d’<strong>Andrea Carroll</strong> bénéficie de son timbre clair malgré des si aigus attaqués par en-dessous un peu trop laborieux pour être intégrés à la ligne de chant dans « Quando m’en vo ». On apprécie cependant sa présence scénique dans le dernier acte.</p>
<p>En Rodolfo, <strong>Charles Castronovo</strong> a semblé en difficulté pour la première. « Che gelida manina » le surprend sans mediums et sans graves, comme s’il s’économisait, avec des aigus tendus qui ne semblent pas totalement sous contrôle et un contre-ut qui sort sans brillant, de telle sorte qu’il opte pour la version sans aigu extrapolé de « O soave fanciulla ». Surtout, il semble au premier acte en désaccord avec le tempo du chef qui résiste, ce qui occasionne, sinon de gros décalages, un manque de symbiose regrettable dans toute la scène de la rencontre. Il semble moins gêné dans les deux derniers actes, sans que l’on ait le sentiment d’une aisance suffisante pour permettre une incarnation totale du poète parisien.</p>
<p>Enfin <strong>Nicole Car</strong> est une Mimi solide, qui convainc par ses indéniables qualités de chanteuse. Une direction d’acteur plus soignée aurait sans doute pu tirer plus de cette artiste qu’on sait être par ailleurs bonne actrice : la scénographie des deux premiers actes semble l&rsquo;engoncer, mais elle trouve plus d&rsquo;aisance scénique par la suite. Passés des aigus un peu tendus au début de la soirée (qui font que « Si, mi chiamano Mimi » n’a pas la grâce suspendue qu’on aime y trouver), on apprécie son art du legato et son émission assurée ; c&rsquo;est elle qui offre au troisième acte le premier moment d&rsquo;émotion de la soirée.</p>
<p>En sentant son cœur se dérober lors du finale irrésistible, alors qu’on fait face à des amants séparés de vingt mètres qui ne se regardent pas et sont situés de part et d’autre de débris lunaires sous le regard d’un mime en tenue de deuil, on a surtout envie de saluer une fois encore le sens impeccable du drame dont était doté Puccini. Il assure le succès d’une œuvre qui demeure bouleversante dans presque toutes les situations – surtout quand le chef est au rendez-vous.</p>
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		<title>Jonas Kaufmann : Doppelgänger &#8211; CD et DVD</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-doppelganger-cd-et-dvd/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Vingt ans après leur premier enregistrement en commun, un programme de lieder de Richard Strauss (Harmonia Mundi, 2005), voilà un extraordinaire double album : Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch y marquent la discographie schumannienne de lectures troublantes, musicalement et humainement, de Dichterliebe et des Kerner-Lieder à quoi ils ajoutent le DVD d’une fascinante mise en &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Vingt ans après leur premier enregistrement en commun, un programme de lieder de Richard Strauss (Harmonia Mundi, 2005), voilà un extraordinaire double album : <strong>Jonas Kaufmann</strong> et <strong>Helmut Deutsch</strong> y marquent la discographie schumannienne de lectures troublantes, musicalement et humainement, de <em>Dichterliebe</em> et des <em>Kerner-Lieder</em> à quoi ils ajoutent le DVD d’une fascinante mise en scène du <em>Schwanengesang</em> de Schubert.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1225" height="919" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Kaufmann-1-1-edited.jpg" alt="" class="wp-image-198776"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch © DR</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Bravache</strong></h4>
<p>Il y a du panache dans ce CD. Comme une réponse bravache à ceux qui glosent mélancoliquement sur la voix de Kaufmann. « Bien sûr, qu’elle a changé, semble-t-il leur répondre, et je le sais mieux que personne. D’ailleurs écoutez ce qu’elle était en 1994…. » Et de proposer en bonus quelques lieder d’un <em>Dichterliebe</em> enregistré en 1994, qu’il conservait sur une cassette DAT. Il avait vingt-cinq ans. Que pense-t-il de cet Éliacin ? Réponse dans le livret de l’album Sony : « Beau matériel, une voix de ténor flexible et douce, mais qui sonne trop serrée lors de la transition vers les aigus. Cela fonctionne bien avec une jeune gorge pendant un certain temps, mais à long terme il faut absolument trouver le moyen de franchir avec relâchement le <em>passagio</em> vers le haut. Mais le point positif, c’est qu’alors j’essayais déjà d’interpréter. »</p>
<p>Hormis ce bonus, voilà donc le premier enregistrement « officiel » du cycle fameux, mais dont on trouve sur la toile de nombreux témoignages de concert, et aussi un enregistrement « de studio » qui aurait été fait à Hammelburg (Bavière) le 28 juin 2001 avec déjà Helmut Deutsch et non publié.</p>
<h4><strong>Hausmusik</strong></h4>
<p>Quant à celui-ci, d’avril 2020, Helmut Deutsch évoque l’étrange atmosphère de l’époque du confinement, où tout était fermé et les voyages difficiles entre Autriche et Allemagne, mais aussi l’accueil dans une maison privée, à Herrsching am Ammersee, dont l’ambiance, plus chaleureuse que celle impersonnelle d’un studio, donne à cet enregistrement son côté « Hausmusik ». Il n’empêche, ajoute Kaufmann, tout était bizarre, on mangeait à des tables séparées, on se parlait à distance, mais de ces contraintes naquit un travail rapide, dans une grande concentration.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="566" height="724" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/robert_clara_schumann.jpg" alt="" class="wp-image-198777"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Clara et Robert Schumann © DR</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Portrait du ténor en <em>Dichter</em> délaissé</strong></h4>
<p>Parmi les dons généreux qu’il a reçus, la voix, la prestance, etc., Kaufmann a celui d’incarner puissamment un personnage, un état d’âme, une sensibilité, que ce soient Parsifal, André Chénier, Werther, Faust (celui de Berlioz) et combien d’autres. Ici c’est le Poète, ou plutôt l’homme mûrissant, laissé sur le bord du chemin. Est-ce le fait de cette diction parfaite, de cette gravité, au double sens d’austérité et de pesanteur, de ce passage des années que la voix donne inéluctablement à entendre, mais sa lecture de cet illustre cycle de mélodies, davantage que d’innombrables autres auxquelles nous sommes attaché, invite à retourner aux textes admirables de Heine, choisis par Schumann.</p>
<p>Les quatre premiers poèmes-lieder replongent aux temps des amours débutantes, au présent de l’indicatif, puis, apparition du prétérit, quelque chose se brise (« Ich will meine Seele tauchen »), et dès lors les amours du poète mûrissant se vivent sur le mode du ressouvenir et de la douleur.</p>
<h4><strong>Couleurs blafardes</strong></h4>
<p>Kaufmann, dit, incarne, la grandeur désespérée de <em>Im Rhein, im heiligen Strome</em> (« In meines Lebens Wildnis &#8211; Dans ce désert de ma vie »), l’altière indulgence de <em>Ich grolle nicht</em> &#8211; Je ne te maudis pas  (« Ich sah, mein Lieb, wir sehr du elend bist &#8211; j’ai vu, mon amour, ta souffrance »).<br />Et Helmut Deutsch fait déferler les flots de notes de <em>Und wüssten’s die Blumen</em> avant d’en asséner les fatals derniers accords sur « Sie hat ja selbst zerrissen, Zerrissen mir das Herz &#8211; Elle m’a elle-même déchiré, déchiré le cœur » avec une brutalité impitoyable, égale à celle ici de Kaufmann.</p>
<p>Ce n’est pas une version gracieuse de <em>Dichterliebe</em>, c’est une version douloureuse – d’ailleurs en parfaite cohérence avec la conception par Claude Guth du <em>Schwanengesang</em> que propose le DVD -, à l’instar de <em>Das ist ein Flöten und Geigen</em>, dont Kaufmann dévore, mâche, rugit les consonnes avec hargne (<em>schmettern</em> !)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="903" height="508" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/jonas-kaufmann-helmut-deutsch-c-lena-wunderlich-1408x940-1-edited.jpg" alt="" class="wp-image-199043"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch © Lena Wunderlich</sub></figcaption></figure>


<p>L’art du chant est intact. Écouter l’usage de la voix mixte dans <em>Hör’ das Liebchen klingen</em>, les couleurs blafardes qu’elle suggère. Kaufmann se met à la hauteur de Schumann mais aussi et peut-être surtout des poèmes de Heine qui ne sont pas de petites choses : « So will mir die Brust zerspringen / Von wildem Schmerzendrang &#8211; Ma poitrine veut éclater d’un désir sauvage de douleur ».</p>
<h4><strong>Entre terre et brumes</strong></h4>
<p>Nulle tendresse dans <em>Ein Jüngling liebt ein Mädchen</em>, mais seulement de l’amertume, presque de l’aigreur, et un auto-apitoiement suspendu entre terre et brumes dans un <em>Am leuchtenden Sommermorgen</em>, où la voix, presque détimbrée, flotte dans un camaïeu de gris. Comme l’insaisissable postlude qu’égrène Helmut Deutsch comme en rêve.</p>
<p>Écouter justement comment le pianiste ponctue les moroses ruminations de <em>Ich hab’ im Traum geweinet</em> &#8211; J’ai pleuré en rêve. L’osmose est parfaite entre le chanteur et son partenaire, tous deux étirant les silences, et passant du presque rien, du ressouvenir pâli, du pianissimo infime, au sur-expressif, à la violence des deux derniers vers, « Je me suis réveillé et mes larmes coulaient toujours à flots ».</p>
<p>Enfin l’un et l’autre osent l’idylle, presque mièvre, d’<em>Allmächtlich im Traum seh’ich dich</em>, le chromo bondissant (et peut-être ironique sous la plume de Heine) de <em>Aus alten Märchen winkt es</em> ou le sardonique grinçant de <em>Die alten, bösen Lieder</em>, mais à nouveau le long postlude, évanescent, en viendra démentir les dernières résolutions du <em>Dichter</em>, celles d’enfermer les douceurs et les douleurs de ces amours éteintes dans un cercueil qu’on jettera à la mer.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Kaufmann-Doppelganger-1280-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-198419"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kaufmann dans Doppelgänger © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une grande version, tragique, violente, des Kerner-Lieder</strong></h4>
<p>La dramaturgie des <em>Kerner-Lieder</em> n’est pas moins intéressante, notamment si on la rapporte à la vie personnelle de Schumann. Un cycle qu&rsquo;il définit comme <em>Liederreihe</em> (suite de lieder) écrit dans les deux derniers mois de 1840 : enfin le mariage avec Clara a été célébré, mais s’en est suivi pour Robert une période déprimée, un peu creuse et improductive.<br />Les poèmes sont d’un médecin-poète souabe, Justinus Kerner, dont Heine raillait la passion pour le spiritisme, et chantent en vers réguliers la nature, la forêt allemande, le vent, les nuages, les longues marches, les nuits de tempête, les fleurs, les oiseaux (beaucoup). La traduction musicale que Schumann en donne n’a rien d’apaisé ni de bucolique. C’est l’histoire d’une tempête intérieure et Kaufmann en offre une lecture tragique, violente, sauvage. Aucune concession à l’aimable ou au sentimental.</p>
<h4><strong>La vie comme une lande déserte</strong></h4>
<p>Le volcanique <em>Lust der Sturmnacht</em> (Joie d’une nuit de tourmente) donne <em>d’emblée</em> le ton : le voyageur égaré malmené par la bourrasque qui agite la nature et l’âme trouve l’apaisement dans la douceur du foyer : « Puisses-tu ne jamais finir, nuit d’orage ! » Autant Kaufmann est ici ardent , autant il sera séraphique dans le lied suivant, <em>Stirb Lieb’ und Freud’</em>, qui évoque une jeune fille prenant le voile. Helmut Deutsch y est aussi suave de toucher qu’il avait été tempétueux auparavant, tandis que Kaufmann, qui par instant use de la voix de tête, étire le tempo à l’infini.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DOPPELGANGER_07-1024x683-1.jpg" alt="" class="wp-image-198415"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Doppelgänger mis en scène par Claus Guth © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Le <em>Wanderlied</em>, chanson de route conquérante et musclée, semble exprimer la résolution d’embrasser à nouveau la vie, comme un peu plus loin <em>Wanderung</em>, et c’est le dessein de Schumann en somme à ce moment-là. Ce qui émeut, c’est peut-être le timbre un peu vieilli, où l’on croit entendre les fatigues de la vie, et une manière de sursaut malgré tout. <br />Le souvenir (et le désir) d’un printemps consolateur (<em>Erstes Grün</em>) ou la nostalgie d’une forêt protectrice, alors que la vie a pris l’aspect désolé d’une lande déserte (<em>Sehnsucht nach der Waldgegend</em>), la mort des compagnons de route (<em>Auf das Trinkglas eines verstorbenen Freundes</em>), tout cela Kaufmann l’exprime par un jeu de couleurs assourdies, presque grisâtres, des passages translucides en voix mixte, l&rsquo;effacement de toute rutilance.</p>
<h4><strong>Crépusculaire ?</strong></h4>
<p>Dépouillement, effacement, confidence <em>sottovoce</em> (mais le piano dit ce que la voix ne veut avouer), le sublime <em>Stille Liebe</em> côtoie le silence, moins désemparé, dénudé, décharné toutefois que l’encore plus sublime<em> Frage</em> (Question). C’est le moment où l’on se dit que cet enregistrement a quelque chose de crépusculaire.</p>
<p>Tout le savoir, toute la vie d’un <em>liedersänger</em> semblent se concentrer dans le monumental <em>Stille Tränen</em> (Larmes secrètes), sommet de cette <em>liederreihe</em>. Le texte très beau évoque les larmes qu’un homme peut verser la nuit, en secret, avant de reprendre sa route au matin, dans une nature qui a versé, elle, des larmes de pluie. </p>
<p>Kaufmann, sur les accords obsédants du piano, construit un crescendo infini, comme s’il allait chercher petit à petit les ultimes ressources de sa voix. Voix qui monte à la recherche de ses notes les plus hautes (un <em>si</em> bémol sur <em>Schmerz</em>, douleur, dans la tonalité originelle d’<em>ut</em> majeur) et jubile enfin sur un <em>fröhlich Herz</em>, un cœur joyeux, conquis de haute lutte. L’impression d’un effort (réel ou simulé ?) ajoute encore au tragique de ce lied. <br />Que suivront deux lieder somnambuliques, qui s’enchainent, <em>Alte Laute</em>, le dernier, semblant le fantôme de <em>Wer machte dich so krank</em> (Qui t’a rendu si malade ?)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="640" height="426" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DOPPELGANGER_12.jpg" alt="" class="wp-image-198416"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Doppelgänger, mise en scène par Claus Guth © Monika Rittershaus</sub><br></figcaption></figure>


<h4><strong>Un testament ?</strong></h4>
<p>Dernier message testamentaire ? Kaufmann y semble s’effacer, faire un dernier signe de la main avant de disparaitre. Il n’y a plus là qu’un filet de voix, fragile, chancelant, désolé. Certes, Kaufmann et Deutsch ne font là que respecter à la lettre les indications de Schumann, <em>Langsam, leise</em> (lentement, doucement) puis <em>Noch langsamer und leiser</em> (Encore plus lent et plus doux), mais le piano et la voix mourant là ensemble, sans postlude, ils semblent vouloir prendre congé. Sans retour ? C’est à la fois magnifique et d’une tristesse infinie.</p>
<p>Quel contraste alors avec les six lieder de 1994, l’enthousiasme, l’innocence des débuts, la voix éclatante de santé, les aigus insolents. On écoute ces exploits d’abord en jubilant, avant de tomber dans une mélancolie sans fond, schumannienne s’il en est.</p>
<h4><strong>Doppelgänger : le Chant du cygne transfiguré</strong></h4>
<p>Neuf rangées de lits métalliques blancs, chacune de sept lits, sauf une où un piano a pris la place d’un lit. Là, en pantalons militaires, chemises sans col et bretelles, dix-huit hommes, dont Jonas Kaufmann.</p>
<p>On entend des grondements sourds, explosions de mortier au loin, passage de blindés ou escadrilles d’avions. Ces bruits menaçants composés électroniquement par <strong>Mathis Nitschke</strong> s’ajouteront à la partition de piano (jouée bien sûr par Helmut Deutsch).</p>
<p>De part et d’autre de l’immense aire de jeu, dans l’ancien arsenal de New York, les gradins du public, dont l’éclairage bleuté froid contraste avec la chaleur de celui des soixante-deux lits.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="640" height="427" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/doppelganger-2-scaled-e1695489577237.jpeg" alt="" class="wp-image-198418"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Doppelgänger, mis en scène par Claus Guth © DR</sub></figcaption></figure>


<p>Gisant sur eux, les blessés sont parfois agités de soubresauts. Les uniformes bleus et les vastes tabliers blancs des six infirmières évoquent les sœurs de charité dont parle Rimbaud. Encore que celles-ci, avançant d’un pas militaire en poussant les potences des perfusions, ont des airs et des raideurs de garde-chiourmes.</p>
<p>Il semble – mais on est dans le symbolique, non pas dans le réalisme – que cet hôpital de campagne pourrait être sur le front durant la Première Guerre mondiale. Et les gestes incontrôlés des jeunes soldats, se soulevant sur leurs lits, ou errant dans les travées, font supposer des dégâts psychologiques plutôt que des blessures sanglantes.</p>
<h4><strong>Donner chair au lied</strong></h4>
<p>Jonas Kaufmann est l’un de ces vaincus de la guerre. Il traverse parfois l’aire de jeu à grands pas, comme hagard, parfois il s’inscrit avec ses compagnons de malheur dans la chorégraphie de <strong>Claus Guth</strong>, puis se recouche, avant de se relever hagard. Il écoute les bruits, scrute le ciel où passent des bombardiers (et des bandes de lumière menaçantes balaient l’espace d’un bout à l’autre), et il chante le <em>Chant du cygne</em> de Schubert dans (croyons-nous) la seule version scénarisée qui en existe (le <em>Voyage d’hiver</em> l’a été plusieurs fois). <br />Ce cycle bâti quelque peu de bric et de broc, déséquilibré par les six lieder sur des poèmes de Heine placés à la fin, y trouve une cohésion qu’on lui dénie le plus souvent.</p>
<p>On se prend à penser que <em>Kriegers Ahnung</em> (Pensées de guerrier), le deuxième lied du cycle, mais placé ici en premier, a pu être à l’origine de cette mise en scène : « In tiefer Ruh liegt um mich her / Der Waffenbrüder Kreis &#8211; Autour de moi, dans une profonde quiétude, / Dorment en cercle mes compagnons d’arme ».<br />Mais tous trouveront un sens nouveau dans ce contexte. Un peu comme ceux de <em>Dichterliebe</em>. Les plus tendres prenant les couleurs du ressouvenir des moments heureux. L’ordre traditionnel de passage est entièrement modifié dans cette optique (cf. nos « détails »), à quoi s’ajoute un lied <em>Herbst</em>-Automne D. 945 (texte de Rellstab aussi) qui ne fait pas partie du recueil.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="640" height="426" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DOPPELGANGER_05.jpg" alt="" class="wp-image-198414"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jonas Kaufmann © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Glissement de sens</strong></h4>
<p>Nombre de lieder changent de sens ou d’esprit, ainsi <em>Frühlingssehnsucht</em> dont Kaufmannn livre une version violente et désespérée et tandis qu’il fait jaillir des pétales de fleurs rouge sang des lits vides, que les soldats et les infirmières sont soulevés par un vent de folie, Helmut Deutsch transforme le postlude du lied en musique répétitive rageuse. <br />Le doux <em>Ständchen</em> (Sérénade), chanté par un Kaufmann se traînant au sol, devient pathétique et désespéré. <em>Aufenthalt</em>, moment où il semble menacé par ses comparses puis ignoré par eux qui errent comme des zombies, devient l’expression de la solitude humaine. <em>Abschied</em> (adieu) devient le chant douloureux d’un prisonnier qui croit pouvoir s’évader, mais cette velléité va déclencher on ne sait quelle attaque de gaz qui les précipitera tous au sol.</p>
<p>Alors commencera quelque chose d’inouï : le second mouvement de la sonate en <em>si</em> b majeur de Schubert, joué par Helmut Deutsch, ce formidable pianiste qui s’est promis de ne jamais donner un concert en soliste.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="400" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/24doppelganger-review-1-qlkh-articleLarge.jpg" alt="" class="wp-image-198412"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Doppelgänger, mis en scène par Claus Guth © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Cet intermède marquera le début de la deuxième partie. Secouée par un spectaculaire bombardement ordonné, dirait-on, par <em>Der Atlas</em> (et ce lied sonne plus impressionnant que jamais). Puis c’est l’ombre gigantesque d’un B52 qui jette au sol les hommes.<br />Tous se prennent à rêver sous la menace de la mort, à plonger dans leur passé, les infirmières deviennent autant de <em>Fischermädchen</em>, d’images d’un bonheur possible. Mais Kaufmann a été blessé, une tache rouge envahit sa chemise, on l’entoure comme un mourant, on porte son lit comme un cercueil, c’est gisant là qu’il chante<em> Am Meer</em>, et son cortège funèbre traverse tout l’espace.</p>
<h4><strong>Effet de réel</strong></h4>
<p>Images saisissantes : celle des infirmières le livrant sur lui à une manière de toilette mortuaire, prématurée puisqu’il se relève alors que s’ouvre dans un grand fracas la porte d’acier de l’Armory donnant sur Lexington Avenue et qu’il commence <em>Die Stadt</em> (magnifiquement). Effet de réel formidable : la rue, les voitures qui passent, des taxis jaunes, des passants indifférents. Il en revient suivi de son double halluciné, blessé comme lui.<br />Image fascinante et indéchiffrable à la fois : les lits, les soldats gisants, le Dichter et son double, son <em>Doppelgänger</em> qui lui vole sa place sur son lit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="780" height="520" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/urnpublicidap.org52241b6d8022a91bfb465a18f42e85d5Opera_-_Doppleganger_24541.jpg" alt="" class="wp-image-198783"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Fin énigmatique d’une mise en image superbe et troublante. D’autant plus marquante qu’elle est abstraite et laisse place à l’imaginaire.</p>
<p>Jonas Kaufmann y est constamment puissant, grandiose et désemparé. Il s’empare de ces lieder, les habite, leur donne corps, physiquement impressionnant comme dans ses plus belles incarnations à l’opéra. Musicalement il ne l’est tout autant, utilisant avec art sa voix actuelle pour donner de ce <em>Schwanengesang</em> une lecture inoubliable de force et d’émotion.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-doppelganger-cd-et-dvd/">Jonas Kaufmann : Doppelgänger &#8211; CD et DVD</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>POULENC, La Voix humaine, BARTOK / Le Château de Barbe-Bleue &#8211; Erl</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-la-voix-humaine-bartok-le-chateau-de-barbe-bleue-erl/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Jul 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quel pourcentage du public de ce soir a-t-il déjà vu Le Château de Barbe-Bleue et La Voix humaine, au point d’en connaître toutes les finesses et les interprétations historiques qui ont construit la notoriété de ces deux œuvres ? Certainement très faible, ce qui peut expliquer qu’il montre par ses applaudissements démonstratifs, qu&#8217;il a été &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quel pourcentage du public de ce soir a-t-il déjà vu <em>Le Château de Barbe-Bleue</em> et <em>La Voix humaine</em>, au point d’en connaître toutes les finesses et les interprétations historiques qui ont construit la notoriété de ces deux œuvres ? Certainement très faible, ce qui peut expliquer qu’il montre par ses applaudissements démonstratifs, qu&rsquo;il a été enchanté du plat qui lui a été servi, même si les ingrédients en sont sinon frelatés, du moins pas de première fraîcheur. D’abord se pose la question de la réunion de ces deux pièces si dissemblables. Pourquoi pas s’il s’agit d’être à la mode en regroupant des œuvres où le machisme domine, ce qui semble le parti pris de la production. Mais c’est oublier que, pour Jean Cocteau, il s’agissait à l’origine d’une rupture entre deux hommes, proposée pour des raisons de meilleure intégration sociale à une femme, en l’occurrence la créatrice de la pièce, Berthe Bovy. Et que dire du choix musical d’enchaîner <em>L’Élégie du Concerto pour orchestre</em> de Bartók avec le début de <em>La Voix humaine</em>, avec tout juste un quart de seconde d’interruption ? Bien sûr le choix est amusant, car on retrouve dans l’œuvre de Bartók des réminiscences de la sonnerie du téléphone. Mais n&rsquo;y a-t-il pas quand même là tromperie sur la marchandise ?</p>
<p>Alors au total, de quoi s’agit-il&nbsp;? Après la courte apparition d’une femme portant une valise, on entre dans un magnifique décor de <strong>Monika Korpa</strong> rappelant irrésistiblement les tableaux d’Edward Hopper (1882-1967), où un homme est aux prises avec sa nouvelle épouse, pendant que les précédentes hantent les lieux telles des poupées Barbie en mal de Ken. Poupée dont l’une, désarticulée, se déglingue sous nos yeux pour le plus grand plaisir des anti-Barbie. On ne peut trouver démarche plus machiste, ou alors c’est de l’inconscience. Après l’entracte, et l’interprétation de <em>L’Élégie </em>de Bartók, commence <em>La Voix humaine</em>. La même femme avec sa valise arrive à la réception d’un hôtel, prend une chambre, et commence à se battre avec un téléphone en bakélite rouge des années &rsquo;70 (rendant particulièrement étranges les interventions avec une opératrice). Puis petit à petit, le champ s’agrandit autour du petit canapé-lit du début, jusqu’à proposer des ouvertures, l’une d’entre elles étant l’épisode révélateur du chien.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/54646931267_89c9f52ba0_o-corr-1-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-195044"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Barbara Hannigan et Penny&nbsp; © Photos Tyroler Festspiel Erl / Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Dans un Tweet du 12 juillet 2025, l’interprète de « Elle », <strong>Barbara Hannigan</strong>, rappelle qu’il y a deux règles au théâtre&nbsp;: refuser de jouer avec des enfants et avec des animaux&nbsp;! Mais là, elle a craqué pour la bonne grosse chienne Penny, qui adore les gratouilles, et qu’elle qualifie d’irrésistible… Ce qu’elle est indéniablement. Or une fois de plus, était-il nécessaire de concrétiser ce qui est raconté en contredisant le texte dans une partie généralement coupée sur scène, alors que c’est un des moments émouvants qu’il fallait préserver. Sans vouloir diminuer les mérites de cette brave bête, elle remue les sentiments de tous les spectateurs amoureux des chiens mais détourne l’attention de l’objectif premier de l’œuvre&nbsp;: le texte et son interprétation. Bref, la malheureuse «&nbsp;Elle&nbsp;» se retrouve ensuite dans le château de Barbe-Bleue, qui était donc l’horrible mâle qui la torturait au téléphone, et qu’elle tue d’un coup de révolver, transformant l’œuvre en fait divers sordide. Que les mânes de Cocteau et de Poulenc pardonnent cette trahison. Le public, de son côté, est content de croire avoir vu et apprécié l’œuvre de ces deux auteurs, alors qu’on ne lui a proposé qu’un succédané.</p>
<p>Cela dit, <em>Le Château de Barbe-Bleue</em> est remarquablement servi par <strong>Florian Boesch </strong>et <strong>Christel Loetzsch</strong>. Les deux voix sont parfaitement en symbiose, également fortes et expressives. La violence du jeu des deux chanteurs suit parfaitement leurs échanges verbaux, et on a certainement là une interprétation proche de l’idéal, à condition de faire abstraction de tous les éléments parasites introduits par le metteur en scène <strong>Claus Guth</strong>, toutes ces femmes empruntées ne sachant trop pourquoi elles sont là ni ce qu’elles ont à y faire. Alors que l’échange central se déroule avec force, l’attention est sans cesse détournée par ces femmes-fantômes élégantes mais inconsistantes.</p>
<p>Si l’on excepte la scène finale, le cas de <em>La Voix humaine</em> est tout différent, car il repose sur une seule cantatrice, et de préférence une personnalité forte. Et de cela Barbara Hannigan peut se prévaloir, elle qui a chanté le rôle à travers le monde dans les mises en scène les plus extrêmes, y compris à Radio-France en dirigeant elle-même l’orchestre. Sans doute est-ce le metteur en scène qui lui a imposé de minauder au lieu de se cantonner dans la simplicité et la subtilité. Malheureusement, les lois de la nature sont incontournables, et ce soir, c’est avec une voix engorgée et sourde, dont on ne comprend quasiment pas un mot, que la cantatrice se débat (mais qu’importe, il y a les surtitres en allemand et anglais), émettant simplement avec sûreté – car bien sûr elle connait l’œuvre dans ses moindres recoins – des aigus forte qui arrivent à dépasser l’orchestre quand celui-ci le lui permet. Il est difficile de comprendre que le chef <strong>Martin Rajna</strong> – excellent dans le Bartók – puisse négliger à ce point l’équilibre sonore d’une œuvre tellement délicate et hors du commun, au point de rendre l’interprète et le texte qu’elle doit défendre quasiment inaudibles. Mais pour lui aussi, visiblement, le texte n’a que peu d’importance, conduisant tout en force et faisant fi des beautés et des raffinements de la partition. Et l’on se prend à rêver de la même interprétation dans la version pour piano, qui devrait maintenant beaucoup mieux convenir à Barbara Hannigan.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-la-voix-humaine-bartok-le-chateau-de-barbe-bleue-erl/">POULENC, La Voix humaine, BARTOK / Le Château de Barbe-Bleue &#8211; Erl</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Richard STRAUSS, Salomé &#8211; New-York (Streaming)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/richard-strauss-salome-new-york-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 May 2025 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après deux décennies d’absence, Salomé est à nouveau à l’affiche du Metropolitan Opera dans une nouvelle production signée Claus Guth. Pour sa première collaboration avec le théâtre new-yorkais, le metteur en scène allemand a réalisé un spectacle grandiose, extrêmement fouillé et complexe qui captive d’emblée le spectateur, en dépit de quelques libertés discutables prises avec &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après deux décennies d’absence, <em>Salomé </em>est à nouveau à l’affiche du Metropolitan Opera dans une nouvelle production signée <strong>Claus Guth</strong>. Pour sa première collaboration avec le théâtre new-yorkais, le metteur en scène allemand a réalisé un spectacle grandiose, extrêmement fouillé et complexe qui captive d’emblée le spectateur, en dépit de quelques libertés discutables prises avec le livret. L’intrigue est transposée à l’époque d’Oscar Wilde, le décor monumental imaginé par <strong>Etienne Pluss</strong>, se divise en deux niveaux : un gigantesque salon victorien, aux parois de couleur noire et, surgissant des dessous, l’intérieur d’un blanc crayeux d’une citerne sans ouverture, dans laquelle Jochanaan à demi-nu est enchaîné. Peu de meubles dans le salon, si ce n’est une dizaine de chaises noires et une statue représentant un homme à tête de bélier, sans doute le dieu égyptien Khnoum. Au lever du rideau, l’on entend le carillon d’une boîte à musique tandis que sur un écran est projetée l’image de Salomé enfant qui démembre sa poupée, une petite fille dérangée en somme, qui a sans doute subi d’indicibles sévices. Ce n’est pas la première fois que Guth va chercher dans l’enfance de son héroïne les traumatismes qui justifient son comportement. Déjà dans sa production de <em>Rigoletto</em> à l’Opéra Bastille, trois Gilda apparaissaient sur le plateau. Ici, l’on découvre rapidement que Salomé est accompagnée par six clones d’elle-même à des âges différents qui portent toutes une robe noire à col blanc comme les petites filles sur un cliché de la photographe américaine Diane Arbus qui a inspiré Stanley Kubrick pour son film <em>Shining</em>. De fait, la danse des sept voiles, dépourvue de tout érotisme, devient la danse des sept Salomé qui se reflètent dans les plateaux d’argent que brandissent des serviteurs vêtus de noir, en cercle autour d’elles, face à Hérode qui contemple la scène en maître de ballet dominateur, coiffé d’une tête de bélier. Lorsque la musique atteint son paroxysme, Salomé brise la statue de Khnoum, se libérant ainsi de l’emprise du beau-père incestueux. Le dernier tableau, très réaliste, nous montre Jochanaan assis sur une chaise, la tête posée sur les genoux. Ce tableau est d’autant plus saisissant au cinéma, car la caméra se plait à multiplier les gros-plans sur le corps décapité du personnage. A la fin de l’opéra, Salomé n’est pas tuée par les soldats d’Hérode, elle s’éloigne vers le fond de la scène, nimbée par la pâle lumière que projette la lune tandis que son beau-père s’effondre victime d’un malaise cardiaque.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Salome-©-Evan-Zimmerman.-Metopera-9-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190174"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Salomé © Evan Zimmerman. Metopera</sup></figcaption></figure>


<p>La distribution, parfaitement homogène est dominée par l’impressionnante prestation d’<strong>Elza van den Heever </strong>qui avait chanté sa première Salomé sur la scène de l’Opéra Bastille à l’automne 2022. La soprano d’origine sud-africaine possède les moyens exacts du rôle. Son timbre clair et ses aigus lumineux évoquent la jeunesse du personnage, la voix dont le volume lui permet de dominer l’énorme masse orchestrale déchaînée par le chef, est également capable d’émettre d’impalpables pianissimi, quant à l’incarnation, elle est tout simplement admirable tant la chanteuse se glisse avec aisance dans la conception de Guth. Cette Salomé hallucinante et hallucinée livre un monologue final d’une rare intensité dramatique. Face à elle <strong>Peter Mattei</strong> campe un Jochanaan hiératique et distant. Si le timbre manque de profondeur sépulcrale dans sa première intervention, le personnage est admirablement campé par cet immense interprète au chant noble et stylé. <strong>Gerhard Siegel</strong> possède une voix large et bien projetée qui lui permet d’être un Hérode particulièrement inquiétant, tour à tour libidineux et obscène vis-à-vis de Salomé et terrifié par Jochanaan. Vêtue d’une robe rouge qui tranche dans ce décor sans couleurs, <strong>Michelle DeYoung</strong> incarne une Hérodias autoritaire et revancharde qui écrase son mari de son mépris. Elle apporte à son personnage un timbre chaud et une voix saine, loin des chanteuses en fin de carrière que l’on entend habituellement dans ce rôle. <strong>Piotr Buszewski</strong>, doté d’une voix claire et sonore est impeccable en amoureux transi et craintif qui meurt en venant s’empaler sur le barreau avec lequel Salomé le menace. Enfin le page de <strong>Tamara Mumford</strong> possède un timbre fruité et prometteur.</p>
<p><strong>Yannick Nézet-Séguin</strong> tire du somptueux orchestre du Met des couleurs chatoyantes. Même dans les pages les plus retentissantes. Il maintient une transparence orchestrale qui fourmille d’infinis petits détails dans des tempi globalement lents et reçoit une ovation bien méritée au rideau final.       </p>
<p>Le samedi 31 mai, le Metropolitan Opera retransmettra dans les cinémas du réseau Pathé Live, <em>Le Barbier de Séville </em>de Rossini dans une production de Bartlett Sher.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/richard-strauss-salome-new-york-streaming/">Richard STRAUSS, Salomé &#8211; New-York (Streaming)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, Rigoletto &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-rigoletto-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 May 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Près de dix ans après sa création à l’Opéra de Paris, la production de Rigoletto de Claus Guth conserve toute sa puissance évocatoire. Le metteur en scène multiplie les niveaux de lecture et de sens. C’est d’abord un propos social que cette production met en évidence : le bouffon, monstre social et marginal, prend les &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Près de dix ans après sa création à l’Opéra de Paris, la production de <em>Rigoletto</em> de <strong>Claus Guth</strong> conserve toute sa puissance évocatoire. Le metteur en scène multiplie les niveaux de lecture et de sens. C’est d’abord un propos social que cette production met en évidence : le bouffon, monstre social et marginal, prend les habits du sans-abri, détruit physiquement et psychologiquement par ses traumatismes. L’opéra démarre ainsi par l’apparition d’un double de Rigoletto, vieilli et affaibli, un carton abîmé entre les mains dans lequel il plonge le regard. Le décor tout entier se révèle alors être un gigantesque carton qui prend toute la scène, décor conçu par <strong>Christian Schmidt</strong> au sein duquel les personnages évoluent jusqu’au drame final, dans un récit rétrospectif revécu par Rigoletto, figure étonnante du metteur en scène impuissant.</p>
<p>Le dispositif scénique retenu amplifie la tonalité tragique : tout est écrit d’avance puisque tout s’est déjà produit et le carton, boîte à souvenirs, est aussi le carcan du fatum qui enferme les personnages dans leur destin. Autre niveau de lecture, la production multiplie les mises en abyme : la boite n’est jamais qu’un théâtre dans le théâtre, auquel se rajoute la scène de théâtre qui fait office d’auberge à l’acte III. Malgré ce cadre réussi, certains choix laissent le spectateur plus sceptique. On regrettera l’incohérence des costumes qui font signe vers diverses époques, du Moyen Âge à nos jours, sans que cela ne trouve d’explication narrative ou symbolique. L’approche scénique est parfois bien trop littérale, comme durant « La donna è mobile » et sa danse de cabaret, avec costume des années 1930 et coiffes plumées, qui n’atteint clairement pas sa cible. Le tout est surmonté de quelques vidéos, réalisées avec soins mais dont la valeur ajoutée est loin d’être évidente.</p>
<p><strong>George Gagnidze</strong> se fond aisément dans la noirceur du rôle-titre. Alors qu’il est donné souffrant, il déploie un timbre rocailleux et lugubre à souhait qui sied particulièrement bien au personnage. Son jeu scénique est toutefois un peu trop monolithique : seule la scène finale laisse éclore la vulnérabilité qu’on aurait aimé voir surgir bien avant, notamment lors des duos avec sa fille. C’est cette dernière qui remporte tous les suffrages : <strong>Slávka Zámečníková</strong> est une Gilda idéale, toute en sensibilité et en détermination. La soprano franchit toutes les difficultés du rôle avec aisance et offre de lumineux aigus comme de cristallins pianissimi. Brava !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20250503_Rigoletto_Ge-piano_097_Benoite-Fanton-1-1024x684.jpg" alt="© Benoite Fanton - OnP" class="wp-image-189388" width="582" height="388"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Benoîte Fanton / OnP</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Dmitry Korchak</strong> campe un Duc de Mantoue qui lorgne du côté du Don Juan et impose une belle présence scénique. Au plan vocal, la voix est très expressive mais le volume n’est pas toujours suffisant pour les lieux. En Sparafucile,<strong> Alexander Tsymbalyuk</strong> est aussi ténébreux qu’escompté et la chaleur enveloppante de sa basse ne le rend que plus glaçant. <strong>Justina Gringyté</strong> est une Maddelena rayonnante et pétillante qui nous gratifie d’une voix à la hauteur du rôle. <strong>Seray Pinar</strong> incarne une Giovanna au timbre charnu et au jeu théâtral affirmé, tandis que <strong>Daniel Giulianini </strong>fait montre de tout le charisme attendu d’un comte de Monterone qui fait froid dans le dos lorsqu’il maudit le héros.</p>
<p>Dans la fosse, <strong>Andrea Battistoni</strong> ne ménage nullement ses efforts. Il parvient à insuffler un réel dynamisme à la partition et évite tout effet fanfaronnesque par un beau travail des contrastes. Il fixe un équilibre entre l’orchestre et le plateau vocal ciselé, qui permet à l’Orchestre de l’Opéra national de Paris de montrer les muscles à plusieurs reprises. Le chœur se distingue par une émission et une diction précises, en dépit de séquences chorégraphiées peu convaincantes. &nbsp;</p>
<p><em>In fine</em>, c’est le comédien <strong>Henri Bernard Guizirian</strong> qui, en double de Rigoletto, concentre l’essentiel de la charge émotionnelle de la production. Spectateur impuissant des événements qui ont marqué son existence, il dispense, tout en silence et en mimes, une grande palette d’émotions, allant du désespoir ineffable à la sourde résignation. Sa disparition finale dans l’ombre suggère toute synthèse impossible et l’éternel retour du traumatisme. Sa présence ainsi que ses réactions, bouleversantes, à ses pires souvenirs confèrent à cette production un supplément d’âme déchirant.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-rigoletto-paris-bastille/">VERDI, Rigoletto &#8211; Paris (Bastille)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>DUSAPIN, Il Viaggio, Dante – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-il-viaggio-dante-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Mar 2025 13:50:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La figure du poète Dante Alighieri a laissé d’importantes traces dans l’histoire de la musique. Hector Berlioz, Franz Liszt et plus récemment Pascal Dusapin figurent parmi les compositeurs ayant consacré des œuvres au créateur de la Divine Comédie. L’Opéra de Paris propose actuellement une reprise d’Il Viaggio, Dante initialement créé lors de l’édition 2022 du Festival &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La figure du poète Dante Alighieri a laissé d’importantes traces dans l’histoire de la musique. Hector Berlioz, Franz Liszt et plus récemment Pascal Dusapin figurent parmi les compositeurs ayant consacré des œuvres au créateur de la <i>Divine Comédie</i>. L’Opéra de Paris propose actuellement une reprise d’<i>Il Viaggio, Dante</i> initialement créé lors de l’édition 2022 du Festival d’Aix-en-Provence.</p>
<p>Dusapin et son librettiste Frédéric Boyer ont réalisé un croisement entre l’œuvre phare de Dante, <i>La Divine Comédie</i>, et <i>Vie nouvelle</i>, premier texte attribuable à l’écrivain italien des XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> siècles. Au paroxysme du désespoir spirituel, hanté par le souvenir de Béatrice, sa bien-aimée morte à seulement vingt-quatre ans, Dante traverse les enfers en compagnie du poète Virgile (Virgilio), envoyé par celle-ci. Il rencontre aussi une version plus jeune de lui-même pleurant la perte de sa femme – élément tiré de <i>Vie nouvelle</i> – ainsi que Sainte-Lucie (Lucia) qui œuvre au salut du poète. Des prières et textes liturgiques viennent compléter cet assemblage en italien. Tout cela est narré par un Monsieur Loyal (Giovanni Battista Parodie) en costume de revue, qui recourt au texte original.</p>
<p>Ce dispositif, qui renvoie à la perception de l’œuvre au-delà du simple argument, n’est pas le seul élément à faire penser à l’opéra précédent de Dusapin, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-macbeth-underworld-paris/"><i>Macbeth Underworld</i></a>, sorte de <i>Macbeth</i> à rebours, en négatif. Si les lignes vocales d’<i>Il Viaggio</i> sont plus plastiques, d’une grande expressivité et pleines de profils différents, l’orchestre présente les mêmes caractéristiques que celui de <i>Macbeth</i>. L’espace musical se forme essentiellement par superposition de nappes sonores. Ce continuum, souvent encadré par une strate dans le grave et une autre dans l’extrême-aigu, se décompose en champs différents, fréquemment consonants ou modaux autour de notes pivots. La présence de fragments de chant grégorien ne fait que souligner ce qui est inhérent à la musique. Les gestes mélodiques sont rares, l’organisation est davantage horizontale. Cette technique permet la cristallisation de structures et de couleurs insoupçonnées, mais aussi l’apparition du conventionnel. On est dans un flux continu. Même la danse macabre, évoquée lors de la descente aux enfers, est plus sous-entendue qu’elle n’est rythmique. Tout a l’air de s’écouler d’un seul trait, ce qui a ses avantages – le public rentre dans une sorte de transe – et ses désavantages – le temps lyrique est difficilement contrôlable. Dusapin utilise le terme « opératorio » pour ce mélange entre opéra et oratorio, ce qui est dû en grande partie à l’omniprésence du chœur qui, bien qu’invisible, contraste avec les individus. Toutefois, lorsque le chœur devient une menace, tous les éléments sont réunis pour créer un <i>tableau </i>de <i>grand opéra</i> romantique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="689" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/26825-Bernd_Uhlig___Opera_national_de_Paris-Il-Viaggio-Dante-24-25-Bernd-Uhlig-OnP-9-1600px-1024x689.jpg" alt="" class="wp-image-185662"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>IL VIAGGIO DANTE © Opéra de Paris, Bernd Uhlig</sup></figcaption></figure>


<p>Le metteur en scène<strong> Claus Guth</strong> invente un cadre concret pour le livret qui enchaîne des situations plutôt spirituelles et abstraites : le spectacle commence par la projection d’une vidéo où l’on voit Dante traverser une forêt – image empruntée à la <i>Comédie</i> – en voiture, avant que l’apparition soudaine de Béatrice ne provoque un accident. Dante rentre chez lui, dans sa chambre, grièvement blessé, et on se demande s’il est déjà mort et si tout ce qui suit n’est qu’un rêve. À plusieurs reprises, Guth invoque des images cinématographiques. Le purgatoire, rempli de personnages tourmentés par des tics et le souvenir de leur vie terrestre, semble sortir de l’imagination d’un David Lynch ou d’un Stanley Kubrick. Les étranges raccourcis entre des visions et la vie réelle sont proches d’opéras tels qu’<i>Angels in America</i> de Péter Eötvös (bien que l’esthétique soit différente). À la fin du voyage, alors qu’il est sauvé et réuni avec Béatrice, Dante<span class="Apple-converted-space">  </span>se retrouve de retour dans sa chambre, seul, ensanglanté et mourant au lieu d’entrer au paradis. Le programme de salle offre une explication à cela. Une citation du <i>Mythe de Sisyphe</i> d’Albert Camus évoque la prise de conscience d’une vie machinale comme début d’un mouvement psychique qui mène soit au suicide soit à l’acceptation et au rétablissement. La scène en serait alors la vie quotidienne et non pas l’au-delà.</p>
<p>Par conséquent, <strong>Bo Skovhus</strong> campe un Dante expressionniste, physiquement éprouvé. Rompu aux rôles du répertoire contemporain tels que <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lear-paris-garnier-les-bonnes-vieilles-casseroles/"><i>Lear</i></a> d’Aribert Reimann, il manie sa partie avec une grande maestria. Le jeune Dante est un rôle travesti très ambigu dont l’aspect impulsif et le chant plastique sont parfaitement interprétés par la mezzo-soprano <strong>Christel Loetzsch</strong>. Même s’ils utilisent toute l’étendue des registres, les deux Dante retombent régulièrement dans l’extrême-grave de leurs tessitures. Virgilio, quant à lui, remplit son rôle de guide avec un stoïcisme inébranlable, et <strong>David Leigh</strong> projette sa basse volumineuse d’une manière vigoureuse. Lucia (<strong>Danae Kontora</strong>), qui semble être aveugle bien que son nom signifie « lumière », est un soprano colorature aérien d’une transparence irréelle dans les aigus. À l’image de la plupart des personnages, exception faite des rôles principaux, elle adopte une démarche stylisée aux gestes anguleux d’un mannequin. La Voix des damnés (<i>Voce dei dannati</i>), à laquelle Dante est confronté dès le premier cercle de l’enfer, prend la forme d’un contre-ténor à qui sont également confiées d’autres acrobaties vocales. <strong>Dominique Visse</strong> joue cette Voix des damnés comme un <em>dandy queer</em> digne d’un Quentin Crisp, et ajoute un élément grotesque à la distribution. Enfin, Béatrice, hautaine pendant la plus grande partie de l’œuvre, ne se laisse aborder qu’à la toute fin lorsqu’elle se voit attribuer un des passages les plus ouvertement lyriques. <strong>Jennifer France</strong> fait preuve à la fois de puissance et de précision dans tous les registres de sa voix.</p>
<p>Sous la direction de <strong>Kent Nagano</strong>, les voûtes sonores de l’orchestre, opposées aux lignes vocales plus dessinées, prennent tout le relief nécessaire, dans un opéra dont la dramaturgie s’émancipe souvent du texte, malgré le propos littéraire de l’œuvre.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-il-viaggio-dante-paris/">DUSAPIN, Il Viaggio, Dante – Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Verdi, Rigoletto, Paris (Opéra Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-rigoletto-paris-opera-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Bouctot]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Dec 2024 05:44:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>De l’ineffable boîte en carton recyclée ad nauseam par l’Opéra de Paris depuis 2016, ressortent nécessairement les souvenirs des distributions passées. Sans parvenir à égaler l’inoubliable duo Tézier/Sierra en octobre 2021 dans cette même production, cette nouvelle reprise met en lumière un très joli plateau globalement équilibré et fougueusement mené par la baguette chatoyante de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rigoletto-paris-bastille-un-carton/">l’ineffable boîte en carton recyclée<strong> a</strong><em>d nauseam</em> par l’Opéra de Paris depuis 2016, </a>ressortent nécessairement les souvenirs des distributions passées. Sans parvenir à égaler <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rigoletto-paris-bastille-peu-de-bonheur-mais-beaucoup-de-magie-en-boite/">l’inoubliable duo Tézier/Sierra en octobre 2021</a> dans cette même production, cette nouvelle reprise met en lumière un très joli plateau globalement équilibré et fougueusement mené par la baguette chatoyante de <strong>Domingo Hindoyan.</strong></p>
<p>Déjà présent dans le même rôle en 2021,<strong> Goderdzi Janelidze </strong>confirme son aisance en Sparafucile. Ses graves profonds et puissants siéent à merveille à ce trouble personnage et se marient de manière idyllique au timbre cuivré d’<strong>Aude Extremo</strong> dont la voix somptueuse, ample, sensuelle et envoûtante confère un rare relief à sa Maddalena superlative, personnage trop souvent injustement négligé dans les distributions.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/25656-Benoite_Fanton___Opera_national_de_Paris-Rigoletto-24-25-Benoite-Fanton-OnP-6--1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1733118220832" />© Benoite Fanton / OnP</pre>
<p>Autre belle découverte de cette après-midi d’hiver, le magnifique Monterone <strong>de Blake Denson</strong>. La puissance vocale du baryton américain couplée à son impressionnante présence physique dessine un comte réellement inquiétant et on comprend parfaitement l’angoisse de Rigoletto lorsque ce dernier le maudit.</p>
<p>Le bouffon proposé par <strong>Roman Burdenko</strong>, plutôt volontairement gauche au premier acte, se révèle bouleversant dès que sa fille est évoquée : les tempi supersoniques du « Cortigiani », où le baryton russe déploie sa voix splendide et puissante, s’étirent soudainement pour la formule qui résume tout l’opéra et tout l’amour d’un père pour sa fille « Tutto al mondo mia figlia è per me ». Cette émotion ne cessera de croître tout au long de l’opéra pour atteindre son paroxysme lors de la mort de sa fille, Gilda, interprétée par la délicieuse <strong>Rosa Feola.</strong></p>
<p>Si elle s&rsquo;avère très légèrement gênée sur une ou deux notes à la fin d’un « Caro Nome » assez académique, la soprano italienne se métamorphose à partir de l’acte II et régale l’auditoire de son timbre cristallin. Elle cisèle intelligemment chaque inflexion du cœur de la jeune fille bafouée jusqu’à son sacrifice suprême pour sauver l’ineffable et inconstant Duc de Mantoue. Très engagé scéniquement, le Duc de <strong>Liparit Avetisyan</strong> ne démérite pas même si son timbre plaisant ne permet pas toujours de dissimuler quelques aigus un peu verts et un vibrato omniprésent.</p>
<p>Enfin il convient de souligner le timbre exquis de la Comtesse de Ceprano de <strong>Teona Todua</strong> qu’on espère entendre à nouveau dans un rôle un peu plus long</p>
<p>A mes côtés, un petit garçon de 11 ans saisit la main de sa mère lors de l’agonie de Gilda. Deux larmes glissent sur ses joues. Peut-être est-ce là, pour les artistes, la plus importante critique de cette reprise.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Femme sans ombre est d’une telle complexité, d’un tel foisonnement, qu’il a fait tourner la tête à plus d’un – Strauss lui-même et son librettiste Hofmannsthal les premiers&#160;! Claus Guth, qui signe la mise en scène de cette Frau ohne Schatten (dixième représentation depuis la première en avril 2017) à Berlin (Staatsoper), prend le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La <em>Femme sans ombre</em> est d’une telle complexité, d’un tel foisonnement, qu’il a fait tourner la tête à plus d’un – Strauss lui-même et son librettiste Hofmannsthal les premiers&nbsp;! <strong>Claus Guth</strong>, qui signe la mise en scène de cette <em>Frau ohne Schatten</em> (dixième représentation depuis la première en avril 2017) à Berlin (Staatsoper), prend le parti très respectable de non-littéralité, une lecture littérale qui, on l’imagine, l’aurait mené (et les spectateurs en même temps) dans des chemins insécures.<br />
C’est bien sans doute le défaut de cette pièce (ses huit années de gestation disent assez combien nos deux hommes ont bataillé pour mener l’entreprise à bien), de vouloir à la fois trop en dire et trop en faire entendre. Pour le coup, le fameux «&nbsp;trop de notes&nbsp;» reproché en son temps à Mozart aurait eu ici (et pas que, il y a un certain nombre d’opéras «&nbsp;bavards&nbsp;» chez Strauss convenons-en) une certaine pertinence. Quant au «&nbsp;trop de mots&nbsp;», ou peut-être «&nbsp;trop de densité&nbsp;», il aurait fallu les inventer pour dire à Hugo von Hoffmannstahl que trop, c’est parfois trop&nbsp;! Cette histoire, d’une éminente poésie, se perd dans les entrelacs de considérations dispensables, qui font que malheureusement, le spectateur peut être amené à devoir démêler l’important de l’accessoire, sans toujours être capable de le faire.<br />
Claus Guth décide de contourner l’obstacle et il le fait avec une rare habileté et, surtout, une idée force&nbsp;: l’Impératrice est malade, elle est victime d’hallucinations. C’est ce qui est montré en quelques secondes avant que retentisse le premier accord, et l’on comprend que toute la suite, les trois heures et demie de musique, constitueront le rêve qui habitera l’Impératrice jusques et y compris dans la scène de réconciliation finale, qui précèdera son réveil.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_848_e233afbafdbbd5d209f70b64fabed0b2_FRAU_20OHNE_20SCHATTEN_GP0509-1294x600.jpg" alt="" width="701" height="325">
© Hans Jörg Michel</pre>
<p>Une idée qui va permettre à Guth ainsi qu’à <strong>Christian Schmidt</strong>, qui signe de magnifiques costumes ainsi que les décors, de nous proposer une fable onirique du plus bel effet. Visuellement, le spectacle est entièrement réussi, la scène est peuplée d’animaux féériques (à moins que certains ne soient diaboliques) qui entretiennent l’idée directrice du rêve de l’Impératrice. Dans ses rêves elle se revoit en gazelle immaculée, est confrontée au faucon, à son père Keikobad sous les traits d’un cerf à tête noire. Le personnage de l’Impératrice, spectatrice de sa propre histoire, est par conséquent présent sur scène pratiquement durant toute la durée de la représentation.<br />
Le reproche que l’on pourrait faire à cette mise en scène est en réalité le pendant de ses qualités. La trame narrative est simplifiée, des détails (y compris importants) sont laissés de côté (la pétrification de l’Empereur par exemple), mais tout cela vise à une meilleure appréhension d’un ouvrage sans doute excessivement foisonnant.<br />
Quant au foisonnement de l’orchestre (la fin du II nous renvoie dix ans en arrière, à <em>Elektra</em>), le rendu n’en est jamais brouillon. <strong>Constantin Trinks</strong>, à la tête d’une Staatskapelle des grands soirs, permet à ses cuivres en particulier et ses vents en général de briller, dans une partition extrêmement exigeante, et il faut saluer comme il se doit les deux solos (violoncelle au II et violon au III) qui embellissent les accompagnements et les intermèdes. N’oublions pas les chœurs du Staatsopernchor, tellement émouvants dans le final du premier acte.<br />
Plateau vocal de première classe. <strong>Camilla Nylund</strong> dans le rôle-titre est au sommet de sa forme. Rien ne nous dit qu’elle ait été à quelque moment que ce soit en difficulté. Elle gravit toutes les marches de sa partie avec beaucoup d’application. La &nbsp;précision des accents, la projection impressionnante et, surtout, une identification à l’Impératrice qui rend le personnage si attachant. <strong>Andreas Schager</strong> est un empereur à la santé vocale insolente. On connaît le bonhomme, rien dans cette partie pourtant exigeante ne peut l’effrayer. On aurait toutefois aimé qu’il rende, par son jeu, davantage la complexité du personnage, souvent tiraillé entre le doute et l’ignorance de son devenir. <strong>Oleksandr Pushniak</strong> est le Teinturier Barak. Ne possédant pas exactement les mêmes moyens vocaux que les autres personnages principaux, il compense par une intensité dramatique rare. Le spectateur souffre avec lui, espère avec lui et finalement se réjouit avec lui lors de l’improbable <em>happy end</em>. <strong>Elena Pankratova</strong> est une formidable femme du Teinturier. Grâce à son jeu, toujours crédible, et son engagement vocal, comme d’habitude sans retenue. Manque parfois alors une application dans la diction, mais la prestation d’ensemble (et notamment l’aria «&nbsp;Schweiget doch, ihr Stimmen&nbsp;» au début du III suivi du magnifique duo avec Barak) méritait les ovations qui l’attendent au baisser de rideau. <strong>Michaela Schuster</strong> est une Nourrice qui possède également de magnifiques moyens vocaux. La puissance est là, la nuance un peu moins et parfois un vibrato qui s’impose et semble trahir une certaine fatigue de la voix. Tous les rôles secondaires sont irréprochables&nbsp;; les trois frères (<strong>Karl-Michael Ebner</strong>, <strong>Jaka Mihelač</strong>, <strong>Manuel</strong> <strong>Winckhler</strong>) l’esprit messager (<strong>Arttu Kataja</strong>), la voix du faucon (<strong>Maria Kokareva</strong>) et surtout le jeune homme (<strong>Johan Krogius</strong>), qui complètent parfaitement une distribution sans point faible.</p>
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		<title>RAMEAU (d&#8217;après), Samson &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rameau-dapres-samson-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Jul 2024 05:50:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Festival d’Aix-en-Provence aura beaucoup fait dans son histoire pour la réception de Jean-Philippe Rameau. C’est au Théâtre de l’Archevêché que la musique des Boréades fut pour la première fois entendue par un public, l’œuvre n’ayant pas été créée du vivant du compositeur. Le cas de Samson est un peu différent puisque contrairement aux Boréades, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Festival d’Aix-en-Provence aura beaucoup fait dans son histoire pour la réception de Jean-Philippe Rameau. C’est au Théâtre de l’Archevêché que la musique des <em>Boréades </em>fut pour la première fois entendue par un public, l’œuvre n’ayant pas été créée du vivant du compositeur. Le cas de <em>Samson</em> est un peu différent puisque contrairement aux <em>Boréades</em>, aucune partition complète de l’œuvre ne subsiste. Le livret imaginé par Voltaire pour Rameau à partir de l’histoire biblique de Samson ne fut jamais accepté par la censure et la musique que le compositeur écrivit pour lui donner vie ne fut jamais répétée à l’Académie Royale de musique. L’œuvre fut entendue en petit comité par quelques-uns, dont Voltaire, mais la partition ne fut jamais éditée, Rameau préférant réutiliser dans d’autres opéras la musique qu’il avait originellement composé pour <em>Samson</em>. Quant à Voltaire, il publia son <em>Samson</em> à la fin de sa vie, pour l’édition de ses œuvres complètes, mais dans une version qu’on suppose édulcorée.</p>
<p>Dès lors, il convient de lever toute ambiguïté qui pourrait subsister : le <em>Samson</em> présenté à Aix-en-Provence n’est pas une reconstitution de ce <em>Samson</em> disparu, mais comme l’indique le programme de salle, une « libre création de Claus Guth et Raphaël Pichon d&rsquo;après <em>Samson</em>, un opéra de perdu de Jean-Philippe Rameau et un livret censuré de François-Marie Arouet dit Voltaire ». Pour parler plus franchement, il s’agit d’un <em>pasticcio</em>, comme on en a vu fleurir ces dernières années, mais qui prend en considération les recherches musicologiques à propos du <em>Samson</em> de Voltaire et Rameau. En effet, Voltaire voulait proposer à Rameau une révolution stylistique de la tragédie lyrique en renforçant le rôle du chœur et en limitant la place des divertissements dansés, qu’il considérait étrangers au drame. <strong>Claus Guth</strong> semble aller dans ce sens, en proposant un objet musical singulier qui, s&rsquo;il n&rsquo;est pas toujours abouti, demeure stimulant.</p>
<p>Comme souvent chez Claus Guth, les événements qui prennent place sur le plateau constituent une reconstitution rétrospective de l&rsquo;action à partir des souvenirs d&rsquo;un personnage. Ici, c&rsquo;est la mère de Samson, désormais âgée, incarnée par <strong>Andréa Ferréol</strong>, qui revient sur le lieu du « crime » : une salle ruinée par un cataclysme, qui pourrait être une salle du Palais de l&rsquo;Archevêché, radiographiée et fouillée par des hommes en combinaison qui semblent appartenir à notre époque. C&rsquo;est là que Samson s&rsquo;est donné la mort en abattant ces murs, entraînant avec lui tous les Philistins qui l&rsquo;avaient emprisonné. Sa mère se demande alors comment son fils en est arrivé là, dans un fin jeu d&rsquo;analogie entre l&rsquo;espace démoli, le corps désormais anéanti de son fils et sa mémoire brisée. Tout le reste du spectacle se présente alors comme l&rsquo;enquête menée par la mère de Samson pour mieux comprendre la mort de son fils.</p>
<p><figure id="attachment_168452" aria-describedby="caption-attachment-168452" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-168452 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Samson_Festival-dAix-en-Provence-2024_©-Monika-Rittershaus_21-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-168452" class="wp-caption-text">Jacquelyn Stucker (Dalila), Andréa Ferréol (la Mère de Samson) et Jarrett Ott (Samson) © Monika Rittershaus</figcaption></figure></p>
<p>En opérant un retour à la source du texte biblique, Guth et sa dramaturge <strong>Yvonne Gebauer</strong> nous présentent toute la geste de Samson, depuis l&rsquo;annonce de sa naissance par un ange, préfigurant l&rsquo;Annonciation, en passant par son mariage avec la philistine Timna, jusqu&rsquo;à sa rencontre avec Dalila qui le mène à sa chute. À partir de cette trame, Raphaël Pichon a glané dans le corpus ramiste des bouts du <em>Samson</em> perdu disséminés par le compositeur dans ses œuvres ultérieures, mais aussi des morceaux correspondant au climat des scènes retenues par le metteur en scène. On entend ainsi des extraits de <em>Zoroastre</em>, <em>Castor et Pollux</em> ou des<em> Indes galantes</em>, mais aussi d&rsquo;œuvres moins connues comme <em>Les Surprises de l&rsquo;Amour</em>, <em>Acante et Céphise</em> ou <em>Les Fêtes de Ramire</em>. Le texte a parfois été modifié sous la plume minutieuse d&rsquo;<strong>Eddy Garaudel</strong> et les choix musicaux sont souvent du plus bel effet (tout le duo Dalila/Samson est particulièrement réussi). Cependant, il manque à l&rsquo;ensemble un je-ne-sais-quoi d&rsquo;organique : on perçoit parfois les coutures et telle ou telle scène sonne un peu à côté, comme « Par un sommeil agréable » tiré de <em>Dardanus</em> ou bien l&rsquo;air de Télaïre dans <em>Castor et Pollux</em> qui, malgré les modifications du texte, se rapporte trop explicitement à la déploration devant un mausolée.</p>
<p>Pour lier les éléments de son scénario, Guth a recours à un travail audacieux de <em>sound design</em>, mené par <strong>Mathis Nitschke</strong>, qui révèle paradoxalement la modernité et l’exceptionnelle beauté de la musique de Rameau, jaillissant au milieu des craquements, des broiements et des échos d&rsquo;une bande-son bruitiste. De manière moins heureuse, Guth emploie aussi des extraits du Livre des Juges étirés sur un bandeau au-dessus du décor. Trop souvent, les actions ou les paroles des personnages ne sont pas incarnées, mais annoncées sur ce bandeau, ce qui crée parfois de la confusion ou donne à ce qui se passe sur scène la dimension d&rsquo;un commentaire ou d&rsquo;un fait anecdotique. Par exemple, Samson ne révèle pas à Dalila son secret par sa bouche, mais c&rsquo;est le bandeau qui nous l&rsquo;indique : la révélation n&rsquo;a pas d&rsquo;impact dramatique car elle n&rsquo;existe que comme un fait narratif.</p>
<p><figure id="attachment_168451" aria-describedby="caption-attachment-168451" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-168451 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Samson_Festival-dAix-en-Provence-2024_©-Monika-Rittershaus_14-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-168451" class="wp-caption-text">Julie Roset (l&rsquo;Ange) et Jarrett Ott (Samson) © Monika Rittershaus</figcaption></figure></p>
<p>Ce qui ressort de plus puissant dans le travail commun de Pichon et de Guth, c&rsquo;est la complexité du portrait de Samson, tour à tour héros et anti-héros, saint et démon, tortionnaire et martyr. L&rsquo;histoire de Samson n&rsquo;est qu&rsquo;une répétition sans fin de violences et de vengeances, justifiée par l&rsquo;élection divine du <em>nazir</em>. Ce <em>Samson</em> se révèle une bouleversante illustration des pires justifications que les hommes donnent aux violences qu&rsquo;ils exercent, rejoignant la dénonciation voltairienne du fanatisme religieux, mais mâtinée d&rsquo;une mélancolie qui est bien de notre temps. Comment aussi ne pas songer aux événements qui déchirent actuellement les territoires palestiniens et israéliens en reparcourant cette histoire biblique qui met en scène des affrontements inextricables sur la terre de Gaza ?</p>
<p><strong>Jarrett Ott</strong> se révèle idéal pour porter toutes les ambiguïtés de ce Samson. Sa stature impressionnante et sa solide voix de basse-taille incarnent la vigueur de la figure biblique. Mais l&rsquo;on perçoit aussi au détour d&rsquo;un mot ou d&rsquo;un geste toute la vulnérabilité du personnage, sa tendresse et son humanité. Le français n’est pas impeccable, mais le texte est interprété avec beaucoup de mordant et de conviction. Toute aussi engagée scéniquement, la Dalila de <strong>Jacquelyne Stucker</strong> est violemment sensuelle. Sa voix capiteuse ensorcelle, puis déchire le cœur lorsqu&rsquo;elle exprime ses remords et se livre au suicide ; on peut cependant regretter que le texte soit un peu flou. L&rsquo;autre femme de la vie de Samson, c&rsquo;est <strong>Lea Desandre</strong> qui l&rsquo;incarne en la personne de Timna. Avec elle, le texte révèle toute sa saveur et la musique de Rameau affirme ses tendres séductions. Elle offre à ce personnage anonyme dans la Bible une vérité et une présence scénique pudique et frémissante.</p>
<p>Dans le rôle d&rsquo;Aschich, père de Timna et maître des Philistins, <strong>Nahuel Di Pierro</strong> est savoureux de méchanceté, le verbe haut et incisif, mais la voix manque quelque peu d&rsquo;ampleur pour asseoir pleinement l&rsquo;autorité du personnage. <strong>Laurence Kilsby</strong> incarne lui aussi un personnage créé de toute pièce, Elon, un ami de Samson révolté par la violence de ses actions, qui passe du côté des Philistins. Le personnage est secondaire, mais l&rsquo;interprétation électrique du ténor le place au devant de la scène et marque profondément. <strong>Julie Roset</strong> est quant à elle délicieuse en Ange qui surgit des profondeurs pour s&rsquo;élever vers le ciel et <strong>Antonin Rondepierre</strong> est convainquant, bien que ses différents personnages soient très peu caractérisés par le metteur en scène.</p>
<p><figure id="attachment_168453" aria-describedby="caption-attachment-168453" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-168453 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Samson_Festival-dAix-en-Provence-2024_©-Monika-Rittershaus_22-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-168453" class="wp-caption-text">© Monika Rittershaus</figcaption></figure></p>
<p>Les grands triomphateurs de la soirée, qu’ils soient dissimulés dans la fosse ou disséminés sur le plateau, ce sont les membres du chœur <strong>Pygmalion</strong> qui, sans être réellement les acteurs premiers du drame, n’en sont pas moins très présents, comme incarnations des Israélites et des Philistins ou comme commentateurs de l&rsquo;action. Les voix sont d&rsquo;une franchise et d&rsquo;une clarté qui permet d&rsquo;apprécier le vertige harmonique dont Rameau pare ses ensembles choraux. On se prend plus d&rsquo;une fois à renverser la tête, contemplant les étoiles au-dessus du Théâtre de l&rsquo;Archevêché, pénétré par la plasticité cosmique de cette interprétation. Dans la fosse, les membres de l&rsquo;orchestre ne sont pas en reste. Avec quatre instrumentistes par pupitre de vent, l&rsquo;orchestre sonne dense et miroitant. Raphaël Pichon exalte les talents d&rsquo;instrumentation de Rameau en transformant la fosse en véritable chaudron d&rsquo;expérimentations sonore et plastique.</p>
<p>On l&rsquo;a déjà dit, l&rsquo;entreprise de Claus Guth et Raphaël Pichon n&rsquo;est peut-être pas continument aboutie, mais elle a le mérite d&rsquo;interroger notre rapport à la création dans le monde de l&rsquo;opéra aujourd&rsquo;hui. Dans le programme de salle, le metteur en scène déclare vouloir à présent « travailler davantage sur l&rsquo;invention de formes théâtrales à partir de compositions anciennes et arrêter de sacrifier trop étroitement à la tradition de la mise en scène comme processus d&rsquo;interprétation et d&rsquo;adaptation d&rsquo;une œuvre à notre époque ». Ce <em>Samson</em>, au-delà des enjeux politiques et esthétiques qu&rsquo;il porte en propre, peut se percevoir comme une proposition de réponse à cette sorte de crise que traverse l&rsquo;opéra depuis plusieurs décennies : quand on constate que les maisons d&rsquo;opéra jouent aujourd&rsquo;hui presque uniquement des œuvres du passé (et bien souvent la même trentaine d&rsquo;œuvres), comment l&rsquo;inscrire comme un art vivant et en renouvellement ?</p>
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