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	<title>John IRVIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>John IRVIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BEETHOVEN, Fidelio &#8211; Berlin (Deutsche Oper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/beethoven-fidelio-berlin-deutsche-oper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Oct 2024 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Soirée militante ce jour dans la deuxième grande maison berlinoise (Deutsche Oper) et si « message » il y a, il est certes sur scène, nous y reviendrons, mais il est aussi dans les coulisses. A peine le rideau tombé sur le premier acte de Fidelio, donné ce soir-là, Tobias Kehrer, Rocco tout juste échappé de l’enfer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Soirée militante ce jour dans la deuxième grande maison berlinoise (Deutsche Oper) et si « message » il y a, il est certes sur scène, nous y reviendrons, mais il est aussi dans les coulisses. A peine le rideau tombé sur le premier acte de <em>Fidelio</em>, donné ce soir-là, Tobias Kehrer, Rocco tout juste échappé de l’enfer de la prison de Pizarro, revient en effet sur l’avant-scène, micro et papier en main et lit son manifeste. Il s’agit de ce qui, à Berlin, fait l’actualité culturelle depuis fin septembre, nous en parlions <a href="https://www.forumopera.com/breve/berlin-taille-dans-le-budget-de-la-culture/">dans ces colonnes il y a peu</a>. Le gouvernement de l’Etat de Berlin entend en effet rogner entre 200 et 300 millions d’euros sur le budget culture sur les deux exercices 2025 et 2026. Depuis, le monde de la culture local est en émoi et se mobilise : immenses affiches accolées sur la façade du Berliner Ensemble, distribution de tracts à la sortie des spectacles, QR codes à scanner dans les salles de spectacles, pour renvoyer vers la pétition en ligne, qui, au moment où Kehrer faisait son annonce, avait recueilli plus de 70 000 clics. Il faut savoir qu’à Berlin, quand une pétition recueille au moins 100 000 signatures, elle peut enclancher un processus qui oblige le Sénat berlinois à l’examiner formellement.<br />
Mais le militantisme est aussi sur scène pour la treizième représentation depuis la première en novembre 2022 de ce <em>Fidelio</em> que <strong>David Hermann</strong> veut lire, lui aussi, comme un véritable manifeste. Une dénonciation du monde carcéral de nos jours, et le moins qu’on puisse dire c’est que celui qui fut à 29 ans le plus jeune metteur en scène du Festival de Salzbourg (2006, <em>Ascanio in Alba</em>) n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il a choisi son sujet et il pilonne autant que possible pour faire passer le message. Dans le désordre : les prisons sont surpeuplées, les détenus y perdent toute identité : on les voit tous affublés d’un même masque qui leur couvre entièrement le visage et dont ils ne se départiront que pour la promenade quotidienne (chœur « O welche Lust »), les matons sont corruptibles (échange d’argent entre Rocco et Pizarro) et violents, voire meurtriers (des détenus sont achevés à coup de pistolet). Et finalement, l’essentiel est de cacher la misère sous le tapis : lorsque Don Fernando se présente pour la « visite officielle » d’une prison sans doute considérée comme modèle, entouré de gardes du corps et de conseillers chargés de faire en sorte que tout se passe bien, les prisonniers apparaissent cette fois tout endimanchés, à moins que ce soit des badauds venus pour l’occasion, on ne le saura pas.<br />
Bref un certain nombre des clichés liés à la perception du monde carcéral sont accumulés, sans que le spectateur ait pu puiser le moindre motif de réflexion. Une sorte de lecture au premier degré, prévisible au vu de ce que nous dit <em>Fidelio</em> et qui, somme toute, déçoit.</p>
<pre style="text-align: center;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2imgtoolkit.culturebase-1-1294x600.jpg" alt="" width="690" height="320" />
© Bernd Uhlig</pre>
<p>La salle du Deutsche Oper est immense, la scène aussi. Et pour remplir l’une et l’autre, il faut des voix adaptées et un orchestre qui leur laisse aussi la possibilité d’exister. <strong>Stephan Zilias</strong> fait de louables efforts pour que l’Orchester der Deutschen Oper ne submerge pas la scène. Il n’y parvient pas toujours. Sa direction ne rend pas une lecture très fluide de la partition ; cela est le cas dès l’ouverture (il a choisi la « Fidelio ») où il peine à discipliner ses vents et particulièrement les cuivres. Toutefois l’orchestre participera à de très beaux moments, comme l’accompagnement tout en retenue du quatuor au I (« Mir ist so wunderbar » ).<br />
De toutes les voix présentes ce soir, seule celle du Rocco de <strong>Tobias Kehrer</strong> passe la rampe sans difficulté. Il avait été de la partie lors du <em>Ring</em> de Stefan Herheim <em>in loco</em>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-berlin-deutsche-oper/">chroniqué en mai dernier par Christophe Rizoud</a> . Ce membre de la troupe possède une basse chantante rayonnante et très prometteuse, à suivre sans aucun doute. Les autres protagonistes ont malheureusement en commun d’avoir des voix mal calibrées pour l’immense volume de la salle. Cela ne leur retire nullement leurs qualités propres. <strong>Jane Archibald</strong> en Leonore ne convainc pas entièrement dans son arioso et air  « Komm Hoffnung », elle semble plus à l’aise dans les ensembles. <strong>Oreste Cosimo</strong> (Florestan) possède un superbe ténor avec un timbre très personnel et il réussit sa difficile entrée « Gott ! Welch Dunkel hier ». <strong>Joel Allison</strong> est un Pizarro retors à souhait même si la prononciation de l’allemand laisse à désirer. Il y a dans la voix de  <strong>Lilit Davtyan</strong> toute la fraîcheur qui sied à Marzelline, enfin <strong>Thomas Cilluffo</strong> en Jacquino et <strong>Artur Garbas</strong> en Don Fernando complètent le tableau sans démériter.</p>
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		<title>BERLIOZ, La Damnation de Faust &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-la-damnation-de-faust-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Mar 2024 16:40:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Annoncé comme une soirée un peu décevante (en cause, les défections de Jean Teitgen et Stanislas de Barbeyrac), ce rendez-vous avenue Montaigne matérialisant l’accord signé entre le Théâtre des Champs-Elysées et Radio France (ce soir-là pour la version de concert de La Damnation de Faust) ne démérita point, sans soulever non plus l’enthousiasme. En cause, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Annoncé comme une soirée un peu décevante (en cause, les défections de Jean Teitgen et Stanislas de Barbeyrac), ce rendez-vous avenue Montaigne matérialisant l’accord signé entre le Théâtre des Champs-Elysées et Radio France (ce soir-là pour la version de concert de <em>La Damnation de Faust</em>) ne démérita point, sans soulever non plus l’enthousiasme. En cause, l’exiguïté de la scène.<br />
L’on fête cette année le jubilé de l’Orchestre national de France et il se produit ici sous la baguette de son directeur musical, <strong>Cristian</strong> <strong>Macelãru</strong>. L’orchestre formé des très nombreux musiciens voulus par Berlioz n’est donc vraiment pas à la fête sur la petite scène du très beau théâtre susmentionné. L’opulence berliozienne, son orchestration savante et inouïe pour son époque passent mal l’avant-scène. Le son semble écrasé en un espace contraint (les cuivres magnifiques dévorant souvent vents et cordes, ces dernières parfois brillantes en échappées solistes) et assez grossièrement amalgamé depuis le parterre. Les musiciens et le chœur ne disposent pas de l’espace nécessaire à l’épanouissement sonore pour rendre justice aux coloris de la fresque. Une certaine lourdeur de la pâte orchestrale en résultera, d’où les solos (du cor anglais ou du hautbois, entre autres) s’échapperont parfois, signalant telle entrée de Méphisto ou telle épiphanie de l’histoire malheureuse de Faust, cette histoire morale, sentimentale et intellectuelle bien proche de celle fantasmée par son créateur, démiurge romantique plus byronien que lamartinien (Berlioz).<br />
<strong>John Irvin</strong>, pressenti pour remplacer Barbeyrac, livre un Faust aux antipodes de son compositeur. Loin d’être une force aux prises avec la nature, il compose une sorte d’Hamlet mélancolique, velléitaire mais émouvant, fragile mais mémorable malgré une certaine absence de vaillance. Le ténor américain livre ainsi une interprétation d’une belle homogénéité, illuminant d’un timbre non pas très lumineux mais jeune, sa course vers l’abîme de la malédiction. La diction et l’articulation sont très belles malgré quelques erreurs de prononciation mineures des habituelles syllabes vocaliques labialisées, la projection aisée (avec le fortissimo attendu mais sans forçage dans « Nature immense »), le phrasé élégant. Pour ce rôle réputé très difficile, ambigu quant aux vocalités engagées (avec les passages nécessitant un chant barytonnant, et engageant ailleurs les talents d’un ténor belcantiste) John Irvin se sort avec les honneurs des difficultés et livre un joli duo avec Marguerite, réussissant même avec agilité son passage en do dièse dans « Ange adoré ». En bref, il a l’intelligence des rossiniens, et se montre bon connaisseur du style français.<br />
<strong>Paul Gay</strong>, Méphisto en pantalon rouge vif, régale souvent l’auditoire avec la gourmandise d’un diable doucereux marqué aux coins de l’expérience. Son interprétation d’un rôle non moins complexe, n’outrepassant pas les limites d’une élégance de bon ton, dessine les facettes d’un personnage ironique, effectivement séducteur mais assez peu infernal. Peut-être aurait-on préféré un envoyé diabolique plus ogre, aux embardées moins contrôlées. Se mettant dans les pas d’un orchestre guère galvanisé par une direction très sage, et cependant souple, attentive certainement aux détails et raffinements de l’écriture berliozienne, le baryton-basse opte le plus souvent pour sa tessiture centrale. Il n’est jamais effrayant.<br />
L’énergie et « la grandeur des idées » que réclamait Berlioz dans la musique se retrouve par ailleurs dans le personnage de Marguerite, chanté avec délectation et art par <strong>Stéphanie d’Oustrac </strong>très investie. Son instrument raffiné a la noblesse et la sensualité attendues (« Ballade des rois de Thulé ») ; elle est particulièrement émouvante dans son grand air aux lignes ici exquises « D’amour, l’ardente flamme ». L’air vivra longtemps dans notre mémoire. Le Brander de <strong>Frédéric Caton</strong>, avec sa chanson du rat, est drôle à souhait.<br />
Tous deux nous rappellent les deux pôles du romantisme français tels que théorisés par Victor Hugo : le sublime et le grotesque.<br />
Le choeur de Radio France se montre pour ce rendez-vous à la hauteur de sa réputation, il incarne avec son grand talent habituel les paysans et bergers, paysans, soldats ou armée céleste idoines.</p>
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		<title>César FRANCK, Les Béatitudes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/cesar-franck-les-beatitudes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jan 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Le Christ s&#8217;est assis au piano des Béatitudes de César Franck ». Julien Green n&#8217;y allait pas de main morte dans son Journal, en conférant à cette musique un statut quasi divin. Vincent d&#8217;Indy, fidèle disciple, va encore plus loin : « L&#8217;œuvre (..) restera comme un temple solidement fondé sur les bases traditionnelles &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Le Christ s&rsquo;est assis au piano des <em>Béatitudes </em>de César Franck ». Julien Green n&rsquo;y allait pas de main morte dans son <em>Journal</em>, en conférant à cette musique un statut quasi divin. Vincent d&rsquo;Indy, fidèle disciple, va encore plus loin : « L&rsquo;œuvre (..) restera comme un temple solidement fondé sur les bases traditionnelles de la foi et de la musique, et s&rsquo;éleve au-dessus des agitations du monde en une fervente prière vers le ciel. » César Franck voyait dans cet oratorio son <em>opus</em> <em>magnum</em>. Il y a travaillé dix ans, de 1869 à 1879, et n&rsquo;a jamais pu en entendre une exécution intégrale avec orchestre. Seule une version avec piano fut jouée à son domicile, et des extraits furent donnés à gauche ou à droite, mais le plus souvent en son absence. Il fallut attendre  juin 1891 pour que l&rsquo;œuvre soit créée à Dijon, et Paris tardera jusque 1893, soit trois ans après la mort du Maître.</p>
<p>D&rsquo;Indy avait raison : à notre humble avis, et quels que soient les mérites de la Symphonie en ré mineur, de la sonate pour piano et violon, du <em>Chasseur maudit</em> et du quintette,<em> Les Béatitudes</em> sont le chef-d&rsquo;œuvre de toute une vie. L&rsquo;émotion s&rsquo;y marie avec un sens parfait de l&rsquo;équilibre. Après un bref prologue, les huit béatitudes se déroulent avec une complexification croissante. Chacune obéit à la même structure : un contre-exemple, lié aux péchés de l&rsquo;humanité, l&rsquo;énoncé de la voie vertueuse par le Christ, et un commentaire de la vie bienheureuse. L&rsquo;écueil sur lequel ont buté pas mal de compositeurs français de musique sacrée à la même époque (Gounod, Théodore Dubois, Massenet, &#8230;), c&rsquo;est qu&rsquo;ils ont donné aux pécheurs et aux païens une musique colorée et mobile, alors que les disciples du ciel doivent se contenter d&rsquo;aligner des lieux communs sur un ton compassé. Cela déséquilibre le propos, et amène bien des auditeurs à choisir le camp du mal. On pense à la phrase de Mark Twain : « Je choisis le paradis pour le climat, et l&rsquo;enfer pour la compagnie. » César Franck échappe à ce travers. Certes, ses païens, ses chœurs terrestres, ses foules et ses pharisiens déploient une superbe énergie, mais le Christ de Franck n&rsquo;est jamais mièvre. On sent le compositeur bouleversé par cette figure qui a guidé toute sa vie, avec laquelle l&rsquo;identification était complète. L&rsquo;humble organiste de la tribune de Sainte-Clotilde, écrasé de soucis dans sa vie privée, le <em>pater seraphicus</em> adoré par ses élèves, le compositeur qui a dû tant se battre pour s&rsquo;imposer lentement, tous ces avatars ont un point commun : celui de puiser leur force et leur espoir dans l&rsquo;exemple du Jésus de Nazareth. Au moment de le mettre en musique, Franck donne le meilleur de lui-même. Et les dernières parties de chaque béatitude échappent aux bondieuseries en mariant harmonieusement le romantisme (on croit entendre Wagner plus d&rsquo;une fois, même si la question est controversée) et la tradition palestrinienne. Loin de l&rsquo;art sulpicien, l&rsquo;oratorio est un équivalent musical de la coupole de Saint-Pierre de Rome.</p>
<p>Malgré ses qualités, l&rsquo;œuvre est rare au disque. Helmut Rilling (Hänsler) est sage, mais un peu trop. Jean Allain (ASV) sonne provincial, et c&rsquo;était finalement Armin Jordan (Apex) qui dominait les débats, mais l&rsquo;enregistrement est devenu difficile à trouver. Il était grand temps de faire paraître une version moderne de référence. Le bicentenaire de Franck, en 2022, était l&rsquo;occasion rêvée. Fuga Libera et <strong>l&rsquo;Orchestre philharmonique Royal de Liège</strong> ont unis leurs efforts pour capter ce concert de décembre 2022. Et le succès est total.  Au point que ce coffret pourrait selon nous marquer un tournant, en imposant l&rsquo;œuvre au répertoire de manière définitive.</p>
<p>Maître d&rsquo;œuvre ultra concerné par les enjeux, le chef <strong>Gergely Madaras</strong> empoigne la partition avec une énergie qui chasse définitivement les derniers miasmes de sacristie. Sa baguette impérieuse transforme la partition en une vaste action théâtrale qui voit s&rsquo;affronter le ciel et l&rsquo;enfer. Certes, ce Franck sonne un peu germanique et dense, l&rsquo;éloignant de sa filiation française, mais il est presque impossible de résister à tant d&rsquo;entrain, et à des cuivres particulièrement en verve. Très abondamment sollicité, le <b>Chœur national hongrois</b> tonne, vrombit, caresse, prie et exulte avec une ferveur qui rallumera la foi chez les plus sceptiques. La comparaison qui vient naturellement à l&rsquo;esprit est celle des vagues, qui éclaboussent l&rsquo;auditeur avec de plus en plus de force, jusqu&rsquo;à une « Huitième béatitude » extatique, qui emporte tout sur son passage. Seul point faible : la diction française pas toujours claire. Comme le livret n&rsquo;est pas joint dans la version papier (il faut utiliser un code qui renvoie vers un site internet), l&rsquo;intelligibilité de l&rsquo;œuvre en pâtit ; mais la musique n&rsquo;est-elle pas éloquente en elle-même ?</p>
<p>En dehors du Prologue et de la « Quatrième béatitude », qui contient un solo de ténor de grande envergure, les solistes chantent ensemble la plupart du temps. Plutôt que d&rsquo;épingler les performances individuelles, il faut donc juger de la façon dont les voix se marient entre elles. Le chef hongrois a eu la main heureuse, en sélectionnant des timbres particulièrement bien appariés. On soulignera les interventions à la fois somptueuses et contrites des deux mezzos : <strong>Eve-Maud Hubeaux</strong> et <strong>Héloïse Mas</strong>. Dans sa quasi-scène d&rsquo;opéra et dans l&rsquo;introduction de l&rsquo;œuvre, <strong>John Irvin</strong> s&rsquo;impose d&#8217;emblée comme un lointain héritier de l&rsquo;Evangéliste des passions de Bach, à la fois éloquent, droit et tendre.</p>
<p>Une prise de son aérée et remarquable de naturel parachève cette réussite. Les mélomanes n&rsquo;ont désormais plus aucune excuse pour continuer à ignorer ces <em>Béatitudes</em>. César Franck reprend enfin son rang en tant que compositeur de musique vocale.</p>
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		<title>ROSSINI, Ermione — Naples</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ermione-streaming-naples-angela-meade-en-majeste-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2020 04:37:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le 27 mars 1819 le compositeur vedette du Théâtre San Carlo de Naples propose Ermione, une « action tragique » inspirée par la tragédie de Racine, Andromaque. Elle quittera l’affiche après cinq représentations, sept si l’on compte les deux soirs où l’œuvre fut réduite au premier acte. Malgré cet échec, Rossini conservera la partition toute sa vie &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 27 mars 1819 le compositeur vedette du Théâtre San Carlo de Naples propose <em>Ermione,</em> une « action tragique » inspirée par la tragédie de Racine, <em>Andromaque. </em>Elle quittera l’affiche après cinq représentations, sept si l’on compte les deux soirs où l’œuvre fut réduite au premier acte. Malgré cet échec, Rossini conservera la partition toute sa vie et refusera de la remanier, se bornant à y puiser pour des œuvres ultérieures comme <em>La donna del lago, Zelmira </em>ou <em>Maometto secondo</em>, un autre insuccès. Il faudra attendre 1977 pour qu’à la faveur de la Rossini Renaissance on la redécouvre, à Sienne. Depuis lors d’autres éditions sont restées célèbres, dont celle de 1987 à Pesaro, mais l’œuvre reste une des moins représentées du Rossini <em>serio. </em></p>
<p>Aussi l’annonce du titre à Naples pour novembre 2019 avait piqué la curiosité. Cette captation permet donc de découvrir le spectacle. Une remarque s’impose dès les premières images, la transposition temporelle choisie est assez indéfinissable. Cela n’est pas gênant, puisque le drame représente le choc fatal de passions inhérentes à la nature humaine par-delà les siècles. Vont dans ce sens les formes choisies par <strong>Nikolaus Webern </strong>pour les décors, assez simples et épurées pour qu’on ne puisse précisément les dater. En revanche les costumes de <strong>Giusi Giustino </strong>introduisent la confusion car ils mélangent des références antiques à d’autres contemporaines sans convaincre du bien-fondé de ce pot-pourri. Ils ont un autre défaut, pour nous, en particulier le costume près du corps de Pirro, où la robe fluide d’Ermione, c’est de priver les personnages du décorum et de la prestance liés à leur statut social. Or ce sont des éléments du tragique : la puissance de la position accolée à l’impuissance à maîtriser les sentiments.</p>
<p>Ce contraste entre la grandeur apparente que leur confère leur statut et la misère profonde de leur affectivité, <strong>Jacopo Spirei</strong> ne le met pas nettement en valeur. Est-ce lui qui a choisi les accessoires, le jeu de chaises, les tables rondes que des domestiques préparent pour un souper ? Ils introduisent un arrière-plan de réalisme trivial à nos yeux incompatible avec le sujet. Sans doute sa mise en scène est-elle bridée par différents paramètres indépendants de sa volonté. Mais maintes fois on s’interroge sur la direction d’acteurs, quand Andromaca repousse son fils loin d’elle en chantant : « Fils bien-aimé, tu es le seul pour qui ma vie se prolonge ! » ou quand Pirro lève la main sur Ermione pour la frapper, ou quand il s’agenouille devant Andromaca en présence des ambassadeurs grecs, ou quand il s’éloigne main dans la main avec Ermione à la fin du premier acte : on perçoit le départ d’un couple réuni alors qu’elle lui a fait violence pour le bloquer et qu’il la traite de furie implacable à la cruauté insurpassable. </p>
<p>Un des motifs avancés pour expliquer le fiasco de 1819 serait la déception éprouvée par le public devant une composition qui dérangeait ses habitudes. Telle était en effet la volonté de Rossini, ainsi qu’on peut le percevoir dans le chœur invisible qui s’immisce dans l’ouverture, avant de réapparaître dans l’introduction une fois le rideau levé. Alors que dans le <em>Mosè </em>donné trois semaines plus tôt avec un immense succès les chœurs prédominaient, ici ils sont réduits à la portion congrue. Cela suffit pour apprécier leur musicalité, malgré des attaques qui ne sont pas toujours impeccables.</p>
<p>Un reproche favori des détracteurs de Rossini concernait son orchestration, toujours plus soutenue, « à l’allemande ». Faut-il incriminer la prise de son, qui donne parfois aux cuivres une présence surabondante et dénonce quelque bavure aux cors, au premier acte ? En même temps elle soulignera la solennité menaçante de trombones irréprochables. Qu’en a-t-il été pour les chanteurs ?</p>
<p>Dire que <strong>John Irvin </strong>n’était pas le premier choix du théâtre pour le rôle de Pirro n’est pas lui faire injure mais énoncer un fait. A Pesaro, en 2017, il avait tiré son épingle du jeu dans <em>Le siège de Corinthe </em>et dans le concert des trois ténors dont le lecteur curieux pourra chercher la trace dans nos archives, saine occupation en période de confinement. Au San Carlo, il fait montre des mêmes qualités de musicalité et d’élégance, mais la voix est-elle aux dimensions du théâtre ?  Dans la scène quatre du premier acte, quand la rencontre de Pirro avec Oreste tourne au défi, on pourrait souhaiter plus de mordant. Est-ce sa position en retrait sur la scène qui amortit la projection ? On admire qu’il chante sans forcer notablement sa voix face à un <strong>Antonino Siragusa </strong>claironnant mais toujours capable d’attaques moelleuses, égal à lui-même malgré les années, d’autant plus à l’aise qu’il n’en est pas à son premier Oreste. Certes, dans ce voisinage Pirro manque un peu de poids, mais pas au point de le huer aux saluts, comme on peut l’entendre au milieu des applaudissements. En fait, cette (relative) fragilité vocale peut s’admettre pour ce personnage dont les atermoiements ne se résolvent que sous une contrainte extérieure.</p>
<p>Andromaca, que le chantage de Pirro – épousez-moi ou je livre votre fils aux Grecs – désespère, est interprétée avec conviction par <strong>Teresa Iervolino</strong>. La voix est assez étendue et agile pour rendre justice à l’écriture, et après un début un peu engoncé dans le grave atteint sa plénitude ; par un maintien légèrement emprunté la comédienne explicite le malaise permanent d’un personnage vivant dans une contrainte sans fin. Captive, elle ne peut se soustraire aux assiduités de Pirro – grâces soient rendues en passant au metteur en scène qui nous épargne une actualisation avec derniers outrages à la clef – mère elle tremble pour la vie de son fils pris en otage, veuve elle souffre de la perte de son mari, mais elle conserve toute sa dignité.</p>
<p>De quoi nourrir la colère d’Ermione qui voit Pirro, qu’elle doit épouser, faire une cour assidue à la Troyenne. Elle ne lui mâche pas ses mots, et c’est tout le vocabulaire du ressentiment qu’elle exhale ; mais comme elle est amoureuse, la tendresse jaillit par bouffées, et l’espoir renaît, car enfin, il va rentrer en lui-même, respecter les engagements pris. Et s’il persiste, les ambassadeurs sauront bien lui faire sentir la menace. C’est le cercle vicieux de l’amoureux exclu, qui remâche ses sentiments contradictoires dans des redites obsessionnelles où la seule issue au blocage devient le meurtre de l’ingrat. Ce kaléidoscope où la hargne se transforme en douleur, où la tendresse le dispute à la rancœur, où l’appel sans écho se mue en injure, il incombe à l’interprète de le déployer et de nous y entraîner. Gageure tenue avec brio par <strong>Angela Meade</strong> dont la voix se plie à toutes les exigences du rôle, grâce à son étendue très homogène où les aigus sont brillants et les graves bien sonores, et à ses sauts, rebonds et sons tenus. Au deuxième acte, où le désordre mental et affectif du personnage précède une introspection hallucinée suivie d’un cruel retour à la lucidité, la palette expressive ne laisse rien à désirer.</p>
<p>Il serait injuste de ne pas mentionner les confidents et messagers. <strong>Cristiano Olivieri </strong>et <strong>Chiara Tirotta </strong>ont trop peu de texte pour se faire valoir mais <strong>Gaia Petrone </strong>tire le maximum du rôle de Cleone, la dévouée suivante d’Ermione. Tous trois ont en commun une bonne projection. C’est aussi le cas de <strong>Filippo Adami </strong>et de <strong>Guido Loconsolo, </strong>qui a besoin d’un moment pour que sa voix se dégage et s’affermisse ; leur duo au deuxième acte est pleinement réussi.</p>
<p><strong>Alessandro de Marchi, </strong>spécialiste de musique baroque, déconcerte dans une ouverture où il cherche la solennité majestueuse et frôle la lenteur pesante. Plus d’une fois au premier acte on s’interroge sur la présence des cuivres, sans doute fidèle aux volontés de Rossini, qui exploitait les ressources d’un orchestre alors considéré comme le meilleur de la péninsule. Est-ce la prise de son qui les valorise parfois à l’excès au détriment des voix ? A-t-on assez pris en compte les performances acoustiques d’instruments modernes ? L’équilibre fosse-plateau nous semble bien meilleur au deuxième acte et on se laisse alors emporter sans réticence. Heureux somme toute d&rsquo;avoir réentendu ce chef d&rsquo;oeuvre, visible en streaming jusqu&rsquo;au 8 mai.</p>
<p> </p>
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		<title>ROSSINI, Le Siège de Corinthe — Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-siege-de-corinthe-pesaro-pourquoi-tant-de-laideur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Aug 2017 05:36:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Qu’ont recherché Carlus Padrissa et La Fura dels Baus dans cette nouvelle production du Siège de Corinthe pour le Festival Rossini de Pesaro ? On comprend que leur thématique se développe autour de la maîtrise de l’eau, mais le rapport avec l’œuvre reste obscur et le spectacle est d’une rare laideur. Les décors se résument à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’ont recherché <strong>Carlus Padrissa</strong> et <strong>La Fura dels Baus</strong> dans cette nouvelle production du <em>Siège de Corinthe</em> pour le Festival Rossini de Pesaro ? On comprend que leur thématique se développe autour de la maîtrise de l’eau, mais le rapport avec l’œuvre reste obscur et le spectacle est d’une rare laideur.</p>
<p>Les décors se résument à des murs composés de bidons d&rsquo;eau (qui évidemment s&rsquo;effondreront à la fin du spectacle) et de projections non identifiées, lugubres et opressantes. Le comble de la hideur est cependant atteint avec les costumes qui font tour à tour penser à des combinaisons en Lycra de jongleurs ou de catcheurs. Certains esprits chagrins suggèrent que <strong>Lita Cabellut</strong> (responsable également des projections et de toiles qui elles non plus ne semblent pas avoir de lien avec le livret) pourrait s’être fournie auprès d&rsquo;une chaîne de distribution de vêtements espagnole bien connue pour ses vêtements bariolés. Les ballets (création à l&rsquo;Opéra de Paris oblige) se réduisent, eux, à une bataille pour des bidons d&rsquo;eau.</p>
<p>Quel dommage pour cette œuvre rarement donnée qui constitue le premier ouvrage français du Cygne de Pesaro. Rossini alors directeur du Théâtre des Italiens à Paris, se voit proposer d&rsquo;écrire un opéra en français, une gageure pour lui qui ne maîtrise pas parfaitement la langue.  Pour ce coup d&rsquo;essai, il décide de s&rsquo;appuyer sur une œuvre donnée à Naples six ans auparavant (1820), <em>Maometto II</em>. L’histoire reste identique même si le lieu est modifié (Corinthe au lieu de Negroponte) : les Corinthiens sont encerclés par les troupes de Mahomet II. Cléomène, gouverneur de la ville veut unir sa fille Pamyra au vaillant Néoclès, qui la protègera au cas où il mourrait au combat. Pamyra refuse cependant cette union, ayant déjà promis sa main à un certain Almanzor. Or cet Almanzor s’avère être Mahomet II en personne, qui voyageait alors sous un faux nom. La jeune fille est donc déchirée entre son amour pour le sultan et celui pour sa patrie. Elle choisira finalement d’épouser Néoclès et se poignardera devant Mahomet II alors qu’il entre victorieux dans la ville.</p>
<p>Afin de coller aux canons alors en vigueur dans la « grande boutique », Rossini adapte significativement l&rsquo;œuvre : modification des noms des personnages, transposition du rôle de Néoclès (Calbo) de mezzo-soprano à ténor, passage de deux à trois actes, ajout d&rsquo;une ouverture, de ballets et d&rsquo;une scène impressionnante, la bénédiction des drapeaux. Pour cette dernière, le metteur en scène tente de faire participer le public à la ferveur des Corinthiens qui courent au martyre, en disséminant dans la salle des figurants qui se lèvent et manifestent leur adhésion, entraînant quelques malheureux (vrais) spectateurs avec eux pour se mêler au chœur. Si le procédé scénique échoue avec une participation limitée du public, la scène n&rsquo;en reste pas moins saisissante, le prêtre (Hiéros) de <strong>Carlo Cigni</strong> d’une grande autorité malgré une certaine usure des moyens et le chœur del Teatro Ventidio Basso d’une grande cohésion et d’un engagement constant parvenant à communiquer toute l’ampleur patriotique de cette scène.</p>
<p>Les héros de la soirée sont sans conteste <strong>Roberto Abbado</strong> et les musiciens de l&rsquo;Orchestra Sinfonica Nazionale della RAI. Le chef sait parfaitement mêler les différents aspects de la partition, le côté martial et grandiose mais également la poésie (dont la célèbre prière « Juste ciel » est un parfait exemple) : dès l&rsquo;ouverture, nous sommes plongés dans cette tragédie qui ne nous lâchera pas jusqu’au massacre final.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="305" src="/sites/default/files/styles/large/public/_c2a9879_john_irvin_-_sergey_romanovsky_-_nino_machaidz_resized.jpg?itok=cfDAydjz" title="John Irvin (Cléomène), Sergey Romanovsky (Néoclès) et Nino Machaidze (Pamyra) © Studio Amati Bacciardi" width="468" /><br />
	John Irvin (Cléomène), Sergey Romanovsky (Néoclès) et Nino Machaidze (Pamyra)<br />
	© Studio Amati Bacciardi</p>
<p>Vocalement le bilan est plus mitigé notamment au niveau de la prononciation du français. Il est à ce titre assez surprenant de ne trouver aucun chanteur francophone dans la distribution. La palme de l&rsquo;inintelligibilité est cependant remportée haut la main par <strong>Nino Machaidze</strong> (Pamyra) : on a beau tendre l&rsquo;oreille, aucun mot n&rsquo;est reconnaissable dans cette langue privée de consonnes. Cette mollesse de diction est d’autant plus agaçante que la chanteuse a une belle présence scénique, un timbre prenant et une belle extension dans l&rsquo;aigu. La vocalisation manque en revanche de délié, privant en partie le rôle d&rsquo;une part de son emprise émotionnelle.</p>
<p>Le Mahomet II de <strong>Luca Pisaroni</strong> fait au contraire preuve d’une bonne prononciation française et l’écriture vocale ne lui pose pas de problème. Tout juste notera-t-on qu’il semble gêné dans certains passages par la tessiture un peu grave du rôle.</p>
<p>On retrouve également les deux ténors accompagnant Michael Spyres lors du <a href="https://www.forumopera.com/tenors-pesaro-le-retour-des-trois-tenors">concert Ténors</a> quelques jours plus tôt. <strong>John Irvin</strong> ne peut prétendre à une séduction particulière du timbre mais convainc en Cléomène, gouverneur de Corinthe, grâce à une articulation soignée et à une belle projection qui se joue de l’acoustique parfois problématique de l’Adriatic Arena. <strong>Sergey Romanovsky </strong>(Néoclès), lui, renouvelle la réussite du concert : si quelques aigus tirés dans sa grande scène au début du troisième acte dénotent une certaine fatigue (il s’agit de la dernière représentation de la série), il séduit par l&rsquo;intensité de son chant qui n’exclut pas un grand soin porté aux nuances (avec certains passages chantés mezza voce), sa puissance et l&rsquo;égalité de ses registres. Certainement un ténor à suivre, que l’on retrouvera avec plaisir <a href="https://www.forumopera.com/breve/pesaro-2018-programme-et-premieres-rumeurs">l’année prochaine dans <em>Ricciardo e Zoraide</em></a> (et en français dans le rôle-titre de <em>Don Carlos </em>à Lyon).</p>
<p>Comme souvent à Pesaro, les rôles secondaires sont tenus par des chanteurs issus de l&rsquo;Accademia Rossiniana (<strong>Xavier Anduaga, Iurii Samoilov et Cecilia Molinari</strong>) et cela s&rsquo;entend : parmi eux se cache peut-être la star du chant rossinien de demain.</p>
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		<title>Tenors — Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tenors-pesaro-le-retour-des-trois-tenors/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Aug 2017 05:23:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quoi de mieux que de débuter le Festival Rossini de Pesaro par un concert d&#8217;après-midi électrisant, célébrant le ténor rossinien sous toutes ses facettes ? Pour l&#8217;occasion, il ne faut pas un mais trois chanteurs sur scène, qui concluent le programme par un terzetto d&#8217;Armida « In quale aspetto imbelle » scotchant (repris immédiatement en bis avec encore &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quoi de mieux que de débuter le Festival Rossini de Pesaro par un concert d&rsquo;après-midi électrisant, célébrant le ténor rossinien sous toutes ses facettes ? Pour l&rsquo;occasion, il ne faut pas un mais trois chanteurs sur scène, qui concluent le programme par un terzetto d&rsquo;<em>Armida</em> « In quale aspetto imbelle » scotchant (repris immédiatement en bis avec encore plus de réussite, les artistes, plutôt figés pendant le concert, semblant se détendre).</p>
<p>Mais revenons au début : après une ouverture d&rsquo;<em>Armida</em> un peu bousculée, nous sommes immédiatement plongés dans le bain avec un duetto de <em>Ricciardo e Zoraide</em> où <strong>Michael Spyres</strong> (qui s&rsquo;est déplacé spécialement à Pesaro pour ce concert) joint sa voix à celle de <strong>Sergey Romanovsky</strong> (qui, lui, interprète Néoclès dans <em>Le Siège de Corinthe</em> – il chantait d&rsquo;ailleurs la veille, ce qui rend sa performance d&rsquo;autant plus impressionnante). Les deux ténors rivalisent d&rsquo;audace, de puissance et d&rsquo;agilité. Si le Russe ne peut prétendre à l&rsquo;ambitus délirant de son confrère américain, il ne pâlit pour autant pas de sa proximité, ce qui est déjà en soi un exploit. Il fait montre d&rsquo;une solidité du médium à toute épreuve et d&rsquo;une égalité de l&rsquo;émission tout au long de la tessiture qui emportent l&rsquo;adhésion, le tout combiné à un volume sonore presque excessif dans le petit Teatro Rossini. Sergey Romanovsky fait également plus que tirer son épingle du jeu dans la cavatina extraite de <em>Zelmira</em> (opéra <a href="https://www.forumopera.com/zelmira-lyon-haute-voltige">qu&rsquo;il a interprété à Lyon</a>), où sa hargne et sa puissance donnent tout son potentiel au scélérat Antenore.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="315" src="/sites/default/files/styles/large/public/tenors_et_parry_resized.jpg?itok=-aLoRSHw" title="John Irvin, David Parry, Michael Spyres, Sergey Romanovsky © Studio Amati Bacciardi " width="468" /><br />
	John Irvin, David Parry, Michael Spyres, Sergey Romanovsky © Studio Amati Bacciardi</p>
<p>Le clou du concert reste cependant la cavatine « Minacci pur » chanté par Michael Spyres, extraite encore de <em>Ricciardo e Zoraide</em> : il y renouvelle la performance de son <a href="https://www.forumopera.com/michael-spyres-hommage-a-andrea-nozzari-florence-il-est-libre-mike">concert hommage à Nozzari en octobre dernier à Florence</a>, en parcourant avec une apparente facilité une tessiture meurtrière et en se jouant de sauts d&rsquo;octave vertigineux. Le public du Teatro Rossini lui réserve une ovation méritée. Il est d&rsquo;autant plus frustrant d&rsquo;apprendre que <a href="/breve/pesaro-2018-programme-et-premieres-rumeurs">Michael Spyres ne chanterait pas le rôle</a> l&rsquo;année prochaine.</p>
<p>En comparaison de ces deux lions, le troisième ténor a du mal à trouver sa place. <strong>John Irvin</strong> (qui chante également dans <em>Le Siège de Corinthe</em>) est un ténor à la voix plus légère et au timbre plutôt nasal. La grâce du duetto « Come l&rsquo;aurette placido » lui reste étrangère et l&rsquo;air d&rsquo;Idreno le pousse audiblement dans ses retranchements. Il sera beaucoup plus à son avantage quelques jours plus tard dans <em>Le Siège de Corinthe</em>.</p>
<p>La direction de <strong>David Parry</strong> vive et attentive (lui qui est désormais un partenaire de concert privilégié de Michael Spyres) parvient à maintenir l&rsquo;intérêt dans les intermèdes musicaux (danses extraites d&rsquo;<em>Armida</em> et <em>Guillaume Tell</em>). Le bilan serait on ne peut plus positif, n&rsquo;était une ouverture d&rsquo;<em>Armida</em> plombée par les multiples couacs aux cuivres de la Filarmonica Gioachino Rossini.</p>
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		<title>Méhul : The First Romantic — Londres</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mehul-the-first-romantic-londres-thank-you-the-bru-zane-people/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Feb 2017 16:35:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Londres honore Méhul. Et la France ? demanderont certain. Patience, nous ne sommes encore qu’en février de l’année marquant le bicentenaire de la mort du compositeur lorrain, et à défaut de commémoration nationale, on aura sans doute encore l’occasion de signaler diverses initiatives, comme certaine Stratonice donnée à Paris, sur laquelle on reviendra dès la semaine &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Londres honore Méhul. Et la France ? demanderont certain. Patience, nous ne sommes encore qu’en février de l’année marquant le bicentenaire de la mort du compositeur lorrain, et à défaut de commémoration nationale, on aura sans doute encore l’occasion de signaler diverses initiatives, comme certaine <em>Stratonice</em> donnée à Paris, sur laquelle on reviendra dès la semaine prochaine.</p>
<p>Si l’on joue Méhul à Londres, tant mieux pour les Anglais qui découvriront ainsi sa musique. Et si les interprètes sont anglophones, le projet revient au très francophone Palazzetto Bru Zane : l’indispensable Centre de musique romantique française, non content de publier l’<em>Uthal</em> enregistré l’an dernier à Versailles, avait décidé de faire retentir le même jour sa musique avec le concours d’un ensemble britannique. <strong>The Orchestra of the Age of Enlightenment</strong> est régulièrement invité au festival de Glyndebourne, ce qui n’est pas rien : on l’a ainsi entendu dans l’extraordinaire <em>Saül</em> donné il y a deux ans, et il y est régulièrement en fosse pour les Mozart.<strong> Jonathan Cohen</strong> y dirigeait <em>Les Noces de Figaro</em> l’été dernier, et le concert donné en l’ex-église St John&rsquo;s, Smith Square, permet de voir tout l’enthousiasme et toute l’énergie que ce jeune chef met à diriger ses musiciens, avec un résultat totalement convaincant dans les nombreuses pages orchestrales qui composent le programme, en alternance avec les airs chantés. Cette fougue nous vaut notamment une superbe ouverture d’<em>Astyanax</em> de Kreutzer, et bénéficie également à l’étonnante <em>Cinquième Symphonie</em> laissée inachevée par Méhul, qui n’eut le temps de composer que deux mouvements sur les quatre attendus.</p>
<p>Présenté comme « le premier romantique », Méhul était ici escorté de ses contemporains, français et assimilés – Gluck et Salieri – ou allemands – Mozart et Beethoven. S’il n’eut pas nécessairement leur génie, du moins sut-il trouver des accents originaux qui donnent à sa musique un caractère parfois assez imprévisible et, dans ses pages les plus réussies, une saisissante beauté. Sur les six airs prévus, un seul n’est pas de Méhul, nous y reviendrons. Par rapport au programme annoncé de longue date, première surprise : outre le ténor vedette, un autre ténor est à l’affiche. Un duo se cache-t-il parmi ces titres ? s’interroge le mélomane. Point du tout, et les deux premiers airs sont confiés au seul <strong>John Irvin</strong>, jeune chanteur américain. L’artiste est expressif, la voix n’est pas vilaine, malgré quelques nasalités, mais elle est vite couverte par l’orchestre. Et si le français est globalement intelligible, de gros progrès restent à accomplir en matière de prononciation, en particulier pour les habituelles syllabes problématiques pour les non-francophones : il faut vraiment se référer au programme pour comprendre la phrase « en vain je veux la fuir » dans l’air extrait de <em>Mélidore et Phrosine</em>.</p>
<p>Bien sûr, celui qu’on attendait, c’est l’excellent <strong>Michael Spyres</strong>, qui semble avoir décidé, au milieu d’un agenda chargé, de se réserver pour les morceaux les plus exigeants, à commencer par celui avec lequel il fait enfin son entrée, le célébrissime air de <em>Fidelio</em>. Beethoven a-t-il souvent été chanté par des ténors rossiniens ? L’expérience est en tout cas on ne peut plus concluante. Admirablement projetée, la voix de Michael Spyres remplit d’emblée toute la nef ; là où tant d’autres s’étranglent et s’époumone, ce Florestan-ci lance avec une superbe aisance les aigus meurtriers qui s’accumulent quand le prisonnier finit par avoir la vision de son ange, Léonore. Le ténor américain revient pour un air à peine moins exposé, tiré d’<em>Euphrosine</em><em> ou le tyran corrigé</em>, qu’il interprète dans un français parfait. Et après avoir chanté la douleur du père d’Ina (la Ginevra haendélienne, puisque l’<em>Ariodant</em> de Méhul conte évidemment la même histoire qu’<em>Ariodante</em>), Michael Spyres offrira au public conquis un bis tiré du même opéra, sur un registre plus tendre, où sa voix peut se montrer suave, après avoir été tour à tour vaillante et tragique. Annonçant ce bis, le ténor aura salué les efforts de « <em>the Bru Zane people</em> », et l’on ne peut que se joindre aux applaudissements alors obtenus, en espérant que d’autres occasions nous seront ainsi offertes d’entendre cette musique bicentenaire.</p>
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