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	<title>Shelley JACKSON - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Shelley JACKSON - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>DONIZETTI, Anna Bolena — Karlsruhe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/anna-bolena-karlsruhe-le-fil-de-damocles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Jun 2018 03:09:26 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dès l’ouverture, le ton est donné : on découvre le temps du bonheur entre Henri VIII et la belle Anna Bolena enceinte qui met au monde une fille puis fait une ou plusieurs fausses couches, des draps maculés de sang annonçant déjà l’issue fatale. La mise en scène d’<strong>Irina Brown</strong> (assistante de Tarkovski, tout de même…) propose une approche à la fois sobre et éclairante d’<em>Anna Bolena</em>. Pour son premier travail en Allemagne, la pétersbourgeoise qui réside en Angleterre séduit par l’efficacité de sa vision avec en prime un travail très subtil sur le jeu d’acteur. Des productions de sa collègue, Peter Brook a salué la force et le dynamisme ainsi que l’intensité et le pouvoir de fascination. Ces impressions sont précisément celles que l’on ressent ce soir, avec en particulier quelques <a href="https://www.youtube.com/watch?v=B3o_vn-7SW0">belles images</a> majestueusement simples, comme ce chœur de femmes portant des lanternes alignées en zigzag dans le noir, tel un éclair figé ou une assemblée céleste d’anges gardiens pour soutenir la pauvre Bolena condamnée. Le décor est immensément vide et intensément métallique, comme un carcan cuirassé, d’un bronze aux nuances variables mais inhumaines et froides qui suggèrent la prison dorée ou l’enfermement mental. Les costumes postmodernes, somptueux pour le trio royal et uniformes modestes pour les membres de la cour, sont un croisement d’influences : empruntés à une manga, une série à succès ou tout droit sortis des tableaux du xvi<sup>e</sup> siècle. D’ailleurs, les rôles principaux sont très crédibles et ressemblent à leurs modèles. Henri VIII, en particulier, correspond au célèbre tableau représentant le roi en pied, jambes écartées, parodié par Charles Laughton dans <em>La Vie privée d’Henri VIII </em>dont la gestuelle à la fois grotesque, autoritaire et aristocratique est ici impeccablement maîtrisée par Nicholas Brownlee. Les personnages évoluent ainsi dans un univers à la fois concentrationnaire et majestueux, qui sublime leur gestes et émotions contrastés, avec pour ornement essentiel deux fils à plomb géants suspendus comme des pendules de Foucault à l’arrêt ou des épées de Damoclès. On ne cesse en réalité jamais de penser à l’échafaud – la passerelle de débarquement pour le retour par mer de Percy, la rampe empruntée par une Anna solitaire et en disgrâce – au milieu de ses gens notamment – et tout anticipe le dénouement avec des décapitations qu’on ne verra (heureusement) pas. L’une des scènes les plus cruelles et insidieuses propose une intéressante mise en abyme : on voit apparaître le chœur d’hommes prêts au départ pour la chasse et tous portent des casques de faucons encapuchonnés, comme autant d’œillères bondage, avec un côté <em>Eyes Wide Shut</em>. Arrive un fauconnier et un authentique pèlerin sur sa main gantée que le roi, guilleret, va titiller (se prenant néanmoins un coup de bec au passage). Le bel oiseau pose d’ailleurs sans capuchon sur l’affiche du spectacle aux côtés d’Anna… Étouffante et neutre à la fois, la mise en scène distille de nombreuses clés de lecture sans jamais s’imposer, magnifiant ce jeu de pouvoir impitoyable et fatidique.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/fvt_anna-bolena_hp2_014_5b17e8d3c3d6d6.36929858_1.jpg?itok=5B1216m3" title="© Falk von Traubenberg" width="468" /><br />
	© Falk von Traubenberg</p>
<p>C’est la première ce soir pour la distribution B du spectacle. <strong>Shelley Jackson</strong> s’y impose par sa présence scénique en Anna, qu’elle habite avec élégance, port de reine et dignité rayonnante. Tout en frémissements inquiets, fureur débordante ou tourments ravageurs, la soprano se sort bien des difficultés du rôle avec beaucoup d’expressivité, mais à l’image de ses aigus parfois laborieux, sa virtuosité manque d’un je-ne-sais-quoi d’excès qui en affadirait presque le rôle. Cette retenue met en valeur, en revanche, le personnage de Giovanna Seymour, incarné par une <strong>Ewa Płonka</strong> superbe et flamboyante, aussi convaincante en amoureuse culpabilisée qu’en suivante compatissante. La voix est naturellement ornée, avec une projection puissante et une belle forme respirant la jeunesse et la santé. Technique très au point et intensité dramatique maximale font qu’on se prend à l’imaginer en Anna, quand bien même elle est mezzo. Malgré ses interventions très brèves, <strong>Alexandra Kadurina</strong> impressionne plus que favorablement en Smeton par la souplesse de sa voix et une belle caractérisation.</p>
<p>Si le baryton-basse <strong>Nicholas Brownlee</strong> manque de notes abyssales, il réussit cependant à camper un Henri VIII remarquable, comme déjà souligné plus haut. Il n’en reste pas moins que l’Américain excelle à faire miroiter toutes les facettes d’un roi très humain. Beaucoup d’humanité également chez <strong>Alexey Neklyudov</strong>, attachant et émouvant Percy mais doté de suraigus nasillards un rien désagréables. Seul <strong>Andrew Finden</strong> reste très en retrait dans un Rochefort bien fatigué alors que, pour compléter une distribution tout de même très homogène, <strong>Klaus Schneider</strong> endosse vaillamment son funeste rôle de porte-parole. Les chœurs contribuent, malgré une diction peu articulée par endroits, à la bonne tenue de l’ensemble et l’orchestre, mené tout en finesse par <strong>Daniele Squeo</strong>, dynamise l’action, toujours au service du chant, pour un spectacle de grande qualité. Décidément, le Staatstheaters de Karlsruhe est une bien belle maison, hautement recommandable, avec des tarifs plus que raisonnables, offrant des productions propres à faire rêver…</p>
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		<title>BIZET, Carmen —</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-carmen-au-karcher/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Jun 2017 06:53:31 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On reconnait un chef d&#8217;oeuvre à ce qu&#8217;il résiste à tous les traitements, bons ou mauvais : ses qualités intrinsèques finissent toujours par éclater. C&#8217;est le cas de cette Carmen, proposée par le nouveau Grange Opera Festival, dans une mise en scène qui prend le parti de moderniser l&#8217;ouvrage. Treillis et oripeaux des années 70 &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On reconnait un chef d&rsquo;oeuvre à ce qu&rsquo;il résiste à tous les traitements, bons ou mauvais : ses qualités intrinsèques finissent toujours par éclater. C&rsquo;est le cas de cette <em>Carmen</em>, proposée par <a href="/breve/grange-park-opera-se-dedouble">le nouveau Grange Opera Festival</a>, dans une mise en scène qui prend le parti de moderniser l&rsquo;ouvrage. Treillis et oripeaux des années 70 (?) ne sont pas sans rappeler <a href="/carmen-paris-bastille-somptueuse-anita-rachvelishvili">le traitement infligé par Calixto Beito </a>à l&rsquo;héroïne de Bizet dans une production créée en 1999, vulgarité en moins. Déjà vu ? Oui et non : le parti d&rsquo;<strong>Annabel Arden</strong> est différent. Il s&rsquo;agit plutôt de décaper l&rsquo;ouvrage jusqu&rsquo;à l&rsquo;os et d&rsquo;en accélérer la progression dramatique, par exemple en remplaçant la quasi totalité des dialogues par l&rsquo;intervention de deux comparses qui commentent l&rsquo;action, en anglais, avec un fort accent « afro ». S&rsquo;il n&rsquo;est pas inintéressant de rappeler que Don José a déjà tué, la plupart des commentaires relèvent toutefois du café du commerce (Le compère : « <em>Don José aime Carmen parce qu&rsquo;elle est libre et veut la posséde</em>r » / La commère : « <em>Mais s&rsquo;il la possède, elle n&rsquo;est plus libre !</em> »), ou bien ne font que paraphraser l&rsquo;action (pourtant pas bien compliquée) en complément des surtitres. La modernisation des rares dialogues ne devrait pas passer à la postérité, telle cette adresse du Remendado à Don José à l&rsquo;acte III : « <em>Ta jalousie &#8230; Oh ! Le p&rsquo;tit bébé (&#8230;) Monte la garde  ! Et si quelqu&rsquo;un nous suit, fais toi plaisir : défoule-toi sur lui</em> », subtilités qui passent au dessus de la tête d&rsquo;un public non francophone. Une partie des interventions chorales sont également aménagées (notamment celles où interviennent des enfants, parfois remplacés par le choeur féminin : le plan d&rsquo;économie n&rsquo;a pas affecté l&rsquo;équipe de production, assez pléthorique). « Voici la quadrille », un des tubes pourtant, est réduit à sa simple exposition. A noter que l&rsquo;intervention des enfants au I est supprimée, et celle au IV écourtée et octroyée aux sopranos, sans doute pour des raisons économiques. Au positif, le spectacle est très efficace et séduisant, avec une excellente direction d&rsquo;acteur et beaucoup de détails intelligents (juste avant son « Toréador », Escamillo, la peur au ventre, noie son stress dans l&rsquo;alcool avant de venir faire bonne figure devant son public). Les décors sont assez limités et les vidéos n&rsquo;apportent pas grand chose à la production.Le public novice ou davantage habitué à la comédie musicale qu&rsquo;à l&rsquo;opéra y trouve largement son compte, mais l&rsquo;amateur lyrique reste un peu sur sa faim face à un tel décapage. </p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/leonardo_capalbo_don_jose_shelley_jackson_micaela_carmen_the_grange_festival_2017_crobert_workman.jpg?itok=EDEjcpt4" title="Carmen, The Grange Festival 2017 © Robert Workman" width="468" /><br />
	Carmen, The Grange Festival 2017 © Robert Workman</p>
<p>La partie musicale recèle quelques vraies pépites. <strong>Nahama Goldman</strong> est une Carmen absolument superbe, à la ligne de chant impeccable et au français soigné, sachant intelligemment colorer les mots en fonction de la situation dramatique. Et le ramage est à la hauteur du plumage : scéniquement, son abattage fait merveille, comme si elle avait fréquenté ce rôle depuis de nombreuses années, et son français est impeccable. Au dernier acte, la mise en scène nous la propose soumise et résignée face à son destin, un parti pris qui peut se justifier. Toutefois, nous avouerons qu&rsquo;un tel tempérament aurait été peut-être plus efficacement exploité avec quelques débordements histrioniques ! Dramatiquement, le Don José de <strong>Leonardo Capalbo</strong> est au diapason de sa Carmen, capable de figurer toute une gamme de sentiments. Le chant est stylé, le français très correct, avec un beau phrasé et une belle musicalité. Suivant la situation dramatique, l&rsquo;aigu est tantôt puissant (avec un contre ut additionnel au finale du II), tantôt éthéré (le chanteur opte pour une fin pianissimo de l&rsquo;air de la fleur). Si on apprécie un tel engagement, le rôle est quand même à la limite des moyens de ce ténor lyrique. C&rsquo;est sans doute une certaine fatigue qui explique qu&rsquo;à plusieurs occasions, dans le médium, des harmoniques en dessous de la tonalité viennent se méler à la note juste. L&rsquo;Escamillo de <strong>Phillip Rhodes</strong> est certes physiquement séduisant (ce qui suffit souvent pour être engagé dans certains festivals méridionaux), mais il est surtout impeccable vocalement, avec une belle noirceur de timbre, de légères nasalités à la française qui font irrésistiblement penser à Robert Massard et à l&rsquo;ancienne école de chant français. A l&rsquo;entendre, on oublie les difficultés de ce rôle, bien plus ardu à chanter que le grand public ne le pense généralement. La Micaëla de <strong>Shelley Jackson</strong> est un petit plus en retrait : voix franche et saine (elle aussi se permet de rajouter un aigu), mais français difficile à suivre, non pas tant en raison de l&rsquo;accent que de l&rsquo;articulation, et le personnage a du mal à prendre corps. Des seconds rôles, on retiendra en particulier l&rsquo;excellent Dancaïre de <strong>Tiago Matos</strong>, ses collègues étant quant à eux d&rsquo;un très bon niveau. Théâtralement, les choeurs sont excellement dirigés. Vocalement, l&rsquo;ensemble manque d&rsquo;unité, quelques puissantes individualités suffisant à entrainer leurs collègues.</p>
<p><strong>Jean-Luc Tingaud </strong>est un des atouts de la réussite de cette soirée. Sa direction est vive et ne laisse jamais faiblir la tension. La lecture allie efficacité dramatique et lecture analytique. Rarement a-t-on entendu se détacher aussi bien les contre-chants, ressortir des détails de la partition que l&rsquo;on n&rsquo;entend pas d&rsquo;habitude (malheureusement, notre placement en extrémité de rangée pas loin de la grosse caisse et des trompettes ne nous a pas permis de profiter de toutes ses subtilités !). Cette lecture ne se fait jamais aux dépens de la progression théâtrale de l&rsquo;oeuvre et l&rsquo;orchestre est en osmose totale avec son chef.</p>
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