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	<title>Daniela KERCK - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Daniela KERCK - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BOESMANS, Julie &#8211; Lisbonne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/boesmans-julie-lisbonne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sixième édition du festival Operafest à Lisbonne, créé et dirigé par Catarina Molder (pétulante soprano portugaise à l’énergie débordante et qui sera cet automne sur la scène de l’opéra de Lisbonne dans Vanessa de Barber). Ce festival, qui cherche à se démarquer d’autres institutions plus installées, se donne entre autre comme objectif d’aller vers tout &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sixième édition du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.operafestlisboa.com/en/">festival Operafest</a> à Lisbonne, créé et dirigé par <strong>Catarina Molder</strong> (pétulante soprano portugaise à l’énergie débordante et qui sera cet automne sur la scène de l’opéra de Lisbonne dans <em>Vanessa</em> de Barber). Ce festival, qui cherche à se démarquer d’autres institutions plus installées, se donne entre autre comme objectif d’aller vers tout public, au moyen notamment de prix défiants toute concurrence. Il se veut ancré à la fois dans la tradition et le contemporain et affiche cette année quatre productions thématisées autour de l’amour, en particulier ces amours interdites et passionnelles (« Forbidden love ») : <em>La traviata</em>, <em>Dido and Aeneas</em> (premier ouvrage baroque du festival), <em>Die Zauberflöte</em>, et, donc, <em>Julie</em> de Philippe Boesmans, dont c’est l’entrée au répertoire au Portugal.<br /><em>Julie</em> est le quatrième opéra du compositeur belge, mort en 2022, et fait partie de ces opus contemporains que l’on retrouve aujourd’hui régulièrement à l’affiche. Créé en 2005 à Bruxelles, il a été repris entre autres à Vienne, Aix-en-Provence, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/julie-limoges-sur-le-fil-du-rasoir/">Limoges</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/je-taime-moi-non-plus-0/">Paris (Athénée)</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/julie-dijon-lemotion-en-noir-et-blanc/">Dijon</a>.<br />La base littéraire est le <em>Fröken Julie</em> (<em>Mademoiselle Julie</em>), pièce naturaliste du norvégien August Strindberg, créée à Copenhague en 1889 et à laquelle Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger, les deux librettistes de Boesmans, sont restés très fidèles, dans la composition de la pièce et même dans les détails du texte (ici la version allemande). Les lecteurs intéressés par l’ouvrage de base pourront se référer à la dernière traduction de l’œuvre, signée Alain Gnaedig, parue en 2023 et qui amende singulièrement l’originale que l’on devait à Boris Vian.<br />Cette fidélité des librettistes concerne l’architecture d’ensemble de la pièce ; il n’y a pas d’entractes, Strindberg considérant qu’à cause de ceux-ci, « le spectateur aurait le temps de réfléchir, donc de se soustraire au pouvoir de suggestion de l’auteur-magnétiseur ».  Cette fidélité vaut aussi pour nombre de détails, comme la scène du serin en cage, que Julie veut absolument emporter avec elle en Suisse et que Jean égorgera. Il est toutefois intéressant de noter que le rôle de Kristin est musicalement réévalué. Dans sa célèbre préface à <em>Fröken Julie</em>, Strindberg écrit à son sujet : « Kristin (…) est une esclave féminine, pleine d’assujettissement et de paresse (…). C’est un personnage secondaire que je me suis volontairement contenté d’esquisser. » Or Boesmans a confié au rôle de Kristin une partie courte, de fait, mais d’une intensité notable. Ses apparitions sur scène sont systématiquement débutées ou achevées par de redoutables vocalises aiguës, voire suraiguës, prises la plupart du temps <em>ff</em> ou <em>fff</em>. De ce fait, l’économie vocale de la pièce s’en trouve très heureusement rééquilibrée.<br />Fidèle à son idée de porter l’art lyrique au plus près de la cité, Catarina Molder n’a jamais choisi le Teatro Nacional de São Carlos comme lieu de représentation ; elle a même souvent préféré le plein-air comme cette <em>Carmen</em> de 2023 donnée dans les jardins du Musée National des Arts Antiques. Cette fois-ci c’est le centre culturel Culturgest, en plein cœur de Lisbonne, qui abrite cette <em>Julie</em> qui n’aurait certainement pas supporté une représentation en plein-air, et encore moins avec amplification.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_1678-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-198934"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Irmin Kerck</sup></figcaption></figure>


<p>La mise en scène est confiée à <strong>Daniela Kerck</strong> qui, au printemps dernier, avait proposé <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/schumann-das-paradies-und-die-peri-boulogne-billancourt-la-seine-musicale/"><em>Das Paradies und die Peri</em></a> à la Scène Musicale. Elle dispose ici d’une scène aux dimensions réduites, qui conviennent parfaitement à ce huis-clos. Le jeu traditionnel entre le noir et le blanc (le fond de scène est noir, la grande table qui prend toute la largeur de la salle est nappée de blanc et les costumes guère plus colorés) n’était pas forcément l’option à retenir, tant l’ambiguïté des trois personnages, les nuances dans la peinture de leurs personnalités, est une part importante du mystère de la pièce. Rien, en effet, ne semble assuré dans la progression dramatique des trois protagonistes. Certes, Kristin est en retrait, mais ses sentiments envers Jean (auquel elle est initialement « destinée ») semblent fluctuer au gré des contingences de son fiancé. Quant à Julie et Jean, leur instabilité est en réalité le fondement de la pièce de Strindberg. Au-delà des relations interpersonnelles, des intentions toujours tenues dans l’ombre ou des problématiques de classe, c’est leur incapacité à y voir clair dans leurs sentiments, à prendre une décision et à s’y tenir qui fait le vrai sujet de la pièce. Rien n’est ni tout blanc, ni tout noir et c’est ce qui tient le spectateur en haleine. Daniela Kerck rend une copie parfaitement fidèle au livret, si ce n’est que la mort de Julie est proposée comme ce que nous avons compris être une resucée de celle de Floria Tosca, l’héroïne choisissant de reposer la lame qui devait lui trancher la gorge, de tourner le dos à Jean et de monter sur un parapet. S’ensuivra un saut dans le vide ou la fuite vers l’inconnu, le mystère demeure, puisque le rideau tombe à cet instant. Orchestre miniature de grande qualité (ensemble Orquestral da Beira Interior) dirigé par <strong>Bruno Borralhinho</strong>) qui pèse chaque note au trébuchet d&rsquo;une partition où vents et percussions ont le beau rôle.<br />Julie est tenue par la française <strong>Julia Deit-Ferrand</strong>, actrice hors-pair et mezzo sachant mettre en valeur des graves habités. Ses moyens vocaux conviennent bien à ce type de scène ; nous avons aimé le rendu des nuances du rôle-titre et l’application dans la prononciation de l’allemand. Jean, proposé par le baryton tchèque <strong>Michal Marhold</strong> (qui sera Donald dans <em>Billy Budd</em> à Lyon au printemps prochain) nous joue un Jean séducteur et entreprenant ; peut-être efface-t-il quelques nuances du personnage de Strindberg ; ici c’est le manipulateur qui prend le dessus. Le baryton est plutôt clair, bien projeté et, là aussi, la diction est quasi parfaite.<br />Bien que son rôle, nous l’avons dit, soit secondaire, la Kristin de la jeune portugaise de 28 ans <strong>Camilla Mandillo</strong> fait forte impression. Encore une fois, toute la difficulté de son rôle tient dans les coloratures et les vocalises où elle excelle, non seulement grâce à une technique déjà bien maîtrisée, mais surtout par un timbre à la chaleur envoûtante.<br />A suivre certainement.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/boesmans-julie-lisbonne/">BOESMANS, Julie &#8211; Lisbonne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>SCHUMANN, Das Paradies und die Peri &#8211; Boulogne-Billancourt (La Seine Musicale)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schumann-das-paradies-und-die-peri-boulogne-billancourt-la-seine-musicale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 May 2025 08:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La rareté était mise en avant par la Seine Musicale à l’occasion de ces représentations&#160;: «&#160;pour la première fois à Paris, découvrez Le Paradis et la Péri, chef-d’œuvre romantique de Robert Schumann, mis en scène…&#160;». Cette dernière précision avait son importance car, si l’on s’en tient à des représentations utilisant le format d’un concert traditionnel, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La rareté était mise en avant par la Seine Musicale à l’occasion de ces représentations&nbsp;: «&nbsp;pour la première fois à Paris, découvrez <em>Le Paradis et la Péri</em>, chef-d’œuvre romantique de Robert Schumann, mis en scène…&nbsp;». Cette dernière précision avait son importance car, si l’on s’en tient à des représentations utilisant le format d’un concert traditionnel, force est de constater que cet oratorio longtemps négligé connaît, depuis maintenant plusieurs années, une popularité grandissante. A la Philharmonie, Daniel Harding, pour son intronisation à la tête de l’Orchestre de Paris, et Jordi Savall il y a quelques semaines encore, l’ont dirigé&nbsp;; si l’on remonte un peu dans le temps, on retrouve des soirées dirigées, au Châtelet par Marek Janowski, au Théâtre des Champs-Elysées par Simon, à la Cité de la Musique par Emmanuel Krivine et, déjà, par <strong>Laurence Equilbey</strong>. En somme, <em>Le Paradis et la Péri </em>figure parmi ces raretés qui tendent à être de moins rares, réalisant un parcours opposé à celui de ces tubes qui frôlent la disparition. Un regain de popularité justifié&nbsp;: dans cette pièce, qu’il considérait comme une de ses plus grandes réussites, Robert Schumann multiplie les audaces harmoniques, forge des alliages instrumentaux d’une grande richesse (le chœur «&nbsp;Doch seine Ströme sind jetzt roth&nbsp;!&nbsp;»), trouve, tout au long de cette heure et demie, un chemin où la variété de climats ne provoque rien de disparate mais engendre, assez miraculeusement, une réelle harmonie. Harmonie bien compréhensible, là où la diversité des numéros constitue au fond la matière dramaturgique même de l’œuvre puisqu’elle est la traduction des voyages et des découvertes effectués par la Peri. Harmonie indispensable à la réussite des ces «&nbsp;oratorios-monde&nbsp;», où un souffle démiurgique doit tout important. Mais harmonie presque impossible à réaliser en pratique, sauf à s’appeler Haydn, Haendel, Mendelssohn, Berlioz… ou Schumann.</p>
<p>Cette partition si ambitieuse trouve un héraut idéal avec l’<strong>Insula Orchestra</strong>.&nbsp;Certaines sonorités peuvent sembler un peu vertes dans le prélude, les cuivres accusent, de loin en loin, quelques intonations rebelles, mais l’énergie qui se dégage de chaque pupitre donne son impulsion à la soirée. La battue de Laurence Equilbey y est pour beaucoup, qui favorise toujours une grande fluidité de tempi, et dévoile une impressionnante palette de nuances expressives. Placée très bas, la fosse ne masque aucun détail de ce travail, sans pour autant gêner les chanteurs. Remplaçant Johanni van Oostrum, <strong>Mandy Fredrich</strong> n’a presque pas de personnage à camper&nbsp;: la Peri est davantage une quête, celle de la vérité, de la justice et de l’humanité. Cette idée, la soprano allemande sait cependant lui donner corps, cheminant lentement d’une angoisse tournée vers elle-même et son entrée au Paradis à une conscience universelle, qui culmine dans un très émouvant «&nbsp;Schlaf’ nun und ruhe&nbsp;». Claire sans être blanche, la voix révèle un beau medium corsé, et ne montre ses limites que dans le haut de la tessiture. Omniprésent sur scène, où on lui fait jouer un double de Robert Schumann, <strong>Sebastian Kohlhepp</strong> est de ces ténors au timbre lumineux et à la diction irréprochable qui trouvent dans le moindre récitatif des trésors d’éloquence. Sous-employé ici,<strong> Samuel Hasselhorn&nbsp;</strong>accuse une projection plus modeste, et ne dévoile vraiment la richesse de ses harmoniques et sa maîtrise du verbe dans la dernière partie, où il phrase le mystérieux «&nbsp;Jetzt sank des Abends gold’ner Schein&nbsp;» comme ces Lieder qu’il excelle à ciseler. Du reste d’une distribution sans faille, on retiendra les jeunes amoureux de <strong>Clara Guillon</strong> et <strong>Lancelot Lamotte</strong>, et l’excellence du Chœur qui est presque, ici, le personnage principal. A chaque intervention d’<strong>Accentus</strong> fascinent la clarté des plans sonores, le clair-obscur des nuances, la précision de la diction, la ductilité des timbres. On était septiques de voir insérés, avant le prélude et à la fin de la première partie, deux pièces pour chœur a cappella&nbsp;; on en ressort chargé d’une émotion qui balaye tous les doutes que le procédé pouvait soulever sur un plan dramaturgique.</p>
<p>Car <strong>Daniela Kerck</strong> ne parvient certes pas à démontrer clairement l’utilité de mettre en scène <em>Le Paradis et la Péri</em>. Son travail, volontiers littéral, n’apporte pas d’éclairage inédit sur l’œuvre. Les différentes parties solistes ne deviennent pas des personnages à part entière (sauf peut-être le ténor-Robert Schumann, qui tente de déterrer un piano et cherche à diriger les chœurs). Ce qu’elle fait est plus modeste&nbsp;: déployer une cohérence esthétique, organiser une direction d’acteurs précise et volontiers majestueuse. Dans un espace délimité par un rais de lumière, les protagonistes, vêtus de blanc ou de noir selon leur appartenance céleste ou terrienne, restent toujours disponibles pour le chant. Que ce livre d’images ne contienne rien qui fasse obstacle à la musique n’est pas son moindre mérite&nbsp;; et si son hiératisme percute étrangement la vitalité qui sourd des chanteurs et de la fosse, il la laisse s’exprimer dans toute sa force.</p>
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		<title>VERDI, Aida — Erl</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/aida-erl-out-of-aida/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jul 2019 22:54:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Première production d’été après le départ en retraite sur fond de rumeurs diverses de Gustav Kuhn, créateur et animateur du festival pendant ses vingt premières années, cette Aida laisse perplexe. Pourtant, il faut convenir qu’après le « système Kuhn » avec toutes ses faiblesses scéniques, on a assisté là à un spectacle hautement professionnel, avec une mise &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Première production d’été après le départ en retraite sur fond de rumeurs diverses de Gustav Kuhn, créateur et animateur du festival pendant ses vingt premières années, cette <em>Aida</em> laisse perplexe. Pourtant, il faut convenir qu’après le « système Kuhn » avec toutes ses faiblesses scéniques, on a assisté là à un spectacle hautement professionnel, avec une mise en scène pensée, une vraie direction d’acteurs, un décor cohérent et d’excellents éclairages.</p>
<p>	Mais, premier problème, la metteuse en scène <strong>Daniela Kerck </strong>nous raconte sa petite histoire à elle, qu’elle a soigneusement concoctée (à partir de l&rsquo;idée du feuilleton américain <em>The Handmaid&rsquo;s Tale</em> &#8211; <em>La servante écarlate,</em> comme nous l&rsquo;a signalé avec justesse un de nos fidèles lecteurs) et qui n’a absolument rien à voir avec l’œuvre originale. Ce soir, nous sommes – semble-t-il, car il est souvent difficile d’y voir très clair et de comprendre ses intentions – chez les Islamistes, ce qui n’est guère nouveau. Les femmes sont enfermées dans une sorte de harem dirigé par une kapo, et le Roi les engrosse à tour de rôle (comme Ramsès II qui a eu une bonne centaine d’enfants). Pendant le prélude, un cours de remise à niveau est délivré à ces femmes décérébrées mais réceptives, par des projections de textes du genre : « Ce n’est pas vous les femmes qui possédez votre corps, c’est l’homme. Mais vous serez sauvées en mettant au monde des enfants ». Ramfis, qui a des vues sur Amnéris (ce n’est pas nouveau non plus) est en lutte ouverte avec le Roi qu’il tue finalement au début de l’acte trois pour prendre sa place. Quant à Radamès, il a le choix entre une grande femme élégante richement vêtue et une petite boulote quelconque et mal fagotée : laquelle pensez-vous qu’il va courtiser ? Le tout sur projections des récentes destructions d’œuvres d’art dans les sites archéologiques et dans les musées. L’impression générale est qu’une fois de plus, il fallait faire nouveau, être différent, et profiter d’<em>Aida</em> pour y projeter ses propres états d’âme sur l’actualité, qu’ils soient existentiels ou sociologiques. Cette vision féministe condamne le pouvoir machiste et la violence masculine, et c’est sur cette guerre des sexes qu’est donc fondée la civilisation donnée à voir dans ce spectacle (de toute évidence plus islamique qu’égyptienne antique). Le résultat est terne et dérangeant, et l’œuvre ne gagne guère à ce féminisme à la fois outré et simpliste (accueilli par une bronca au salut final de la première, et par un relatif détachement ce soir).</p>
<p><img decoding="async" alt="" height="312" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/3_2019_aida_tirolerfestspieleerl_xiomara_bender_023_48212754207_o.jpg?itok=6pTLAGn7" width="468" /><br />
	© Foto Xiomara Bender</p>
<p>Car dans tout cela, que reste-t-il de l’opéra de Verdi ? La musique, bien évidemment, et le texte qui n’est pas modifié. Mais, second problème, la cheffe d’orchestre <strong>Audrey Saint-Gil</strong> s’est de son côté appropriée la partition, qu’elle dirige à une rapidité souvent exagérée (notamment par exemple le ballet de la scène du Triomphe). Avec une durée de deux heures trente (soit une vingtaine de minutes de moins que les versions les plus lentes), elle est dans le peloton de tête des Aïda <em>runners</em>. Et cela au détriment du lyrisme verdien. Les musiciens de l’orchestre ont l’air dépassés, le plateau courre la poste, et la cheffe n’en a cure. Ce qui fait que par moments, on n’entend plus qu’une bouillie sonore d’où émergent ça et là un mot ou un cri. Il est étonnant qu’une cheffe professionnelle comme elle ne semble pas avoir envoyé ses assistants dans la salle vérifier à la fois le niveau du son et la clarté des pupitres. Bref, une certaine déroute sonore accompagne les partis pris scéniques, à un rythme effréné qui en lui même ne serait pas forcément dérangeant s’il avait été correctement maîtrisé.</p>
<p>	Sur le plateau, l’ensemble se défend plutôt bien dans ces conditions difficiles. <strong>Maria Katzarava</strong>, dont on sait les qualités et la puissance vocales avec notamment les notes filées dont Montserrat Caballé n’aurait pas rougi, joue une Aïda à la fois passionnée et révoltée, mais dont on n’arrive pas toujours à comprendre les motivations. Paradoxalement, elle manque de violence dans la scène de confrontation avec Amnéris (mais il est vrai qu’elles sont souvent bien éloignées l’une de l’autre), et quand vient l’air du Nil, ici dans une grande salle encombrée d’œuvres d’art prises à l’ennemi (?), elle se prend à chanter une berceuse façon <em>Porgy and Bess</em>, et peine autant à trouver le ton juste qu’à lancer en force l’ut final.  L’Amnéris de <strong>Teresa Romano</strong> est assez monolithique et stéréotypée, entre attitudes hautaines et désespérance. La voix est belle et chaude, les graves non poitrinés et les aigus bien projetés, montrant qu’après des rôles de soprano lyrique, c’est plutôt dans cette tessiture qu’elle trouve la plénitude de ses moyens. <strong>Ferdinand von Bothmer</strong> enfin est un Radamès à la fois très musical et un peu fade, que parfois l’on n’entend plus dans certains ensembles, et qui peine à la fin du « Triomphe ». En revanche, il est l’un des rares à faire <em>diminuando</em> la note finale de son air d’entrée, sans toutefois chanter la phrase grave qui suit.</p>
<p>	<strong>Giovanni Battista Parodi</strong> est un Ramfis de bonne stature vocale, de même que le roi de <strong>Raphael Sigling</strong>, peut-être un peu jeune pour être le père d’Amnéris. En revanche l’Amonasro d’ <strong>Andrea Silvestrelli</strong> accuse une fatigue vocale qui se traduit par des aigus détimbrés voire criés. Un messager toujours guilleret après avoir parcouru quelques milliers de kilomètres (<strong>Denys Pivnitsky</strong>) et une excellente prêtresse (<strong>Giada Borrelli</strong>) complètent la distribution.</p>
<p>	Pour l’anecdote, gageons que la metteuse en scène n’a jamais manipulé un projecteur de cinéma, car à quoi sert de changer des bobines qui ne tournent pas, alors même qu’on assiste à un faux départ sur l’écran avant même que la bobine correspondante soit en place…<br />
	 </p>
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